TE
EE
ne
sur lui, et il reçut plusieurs fois des coups de bâton. Loin d’arrêter son zèle les mauvais traitements ne faisaient que l'enflammer. Son dévouement n'avait plus de bornes. « Il ne négligeait, « écrit le P. J. Lalemant, aucun moyen d'assister « le corps et l’âme de ses sauvages. Il est allé sou- « vent jusqu'à s’ôter le morceau de la bouche. Sa
charité est d'autant plus précieuse aux yeux des
Anges, qu’elle n'a été jusqu’à présent récompensée
que par l’ingratitude... Depuis peu il a été indi-
gnement traité et battu avec outrage dans le « village même. »
Il termine cet éloge en révélant la cause de cet acharnement particulier. « C’est lui qui, dans l’es- « prit des sauvages, passe pour le plus grand sor- « cier des Français, et la cause de tous les malheurs « qui ruinent le pays. »
Tel fut le P. de Brébeuf pendant cette rude tourmente, toujours le premier à la peine. Dieu soutenait son courage par la grâce et par les bénédictions qu'il donnait à ses œuvres. Il eut la joie de conférer plusieurs baptêmes, et de voir plusieurs de ses néophytes défendre généreusement la foi, et montrer une constance héroïque.
Ce fut au milieu de ces épreuves bien dures,
is qui ne furent pas sans fruits, que se passa ée 1640.
Après l'hiver, Dieu qui avait amassé les nuages,
les dissipa. Le calme fat rendu pour quelque
bàite- Jueeait, ister gou- >. SA x des ensée indins le
de cet 8 l’esd sorlheurs
toursoutections e conrs de foi, et
dures, ) passa
uages, uelque
théâtre.
" P, DE BRÉDEUF.
temps à cette terre désolée, et les Missionnaires purent reprendre librement leurs travaux apos. toliques. [ls songèrent même à en étendre !s
Nouvelle mission du P. de Brébeuf dans le pays de la Nation Neutre. —— Abandon à la Providence. — Dangers et souffrances. — Chute,
Les Hurons étaient liés d'amitié et d'intérêt avec deux nations voisines, la Vation du Petun ou les Kionnontateronnons, et la Nation Neutre ou les Attikaderonnons. La première avait déjà reçu la visite des Missionnaires l’année précédente; elle était donc un peu connue. La seconde, visitée en 1624 par le P. Récollet Joseph de la Roche d’Aillon, avait été abandonnée peu après. C'était un sol tout à fait nouveau à exploiter; comme elle offrait de grandes difficultés, cette mission fut confiée au P,. de Brébeuf, comme au plus vaillant, Le champ était vaste; il s’étendait depuis le pays \ AS jusqu’à celui des Iroquois, dont il n'était séparé que par la fameuse chute du Niagara, et occupait toute la côte nord du lac Erié. Cette nation comptait quarante villages et douze mille
de la angers
t avec ou les Ju les cu la >; elle tée en d’Ailait un e elle on fut illant.
> pays ont il
agara, Cette mille
LE ?. DB BRÉBEUP. 197
âmes. On y trouvait les mêmes préjugés superstitieux, les mêmes croyances vaines, les mêmes mœurs, les mêmes habitudes que chez les Hurons. C'était à peu de chose près le même peuple. Les langues ne différaient pas sensiblement. Celle-ci
u’était que le dialecte de l’autre. Mais le voisinage
immédiat des Iroquois, les éternels ennemis des
l’apostolat dans cette contrée plus dangereux. Le théâtre était digne de l'apôtre. On lui adjoignit le P. Chaumonot, nouveau venu de France, mais qui donnait les plus belles espérances.
Vers les premiers jours de novembre de l'année 1641, le P. de Brébeuf et le P. Chaumonot quittaient le dernier village huron, pour entrer sur les terres de la Nation Neutre.fls étaient accompagnés de deux serviteurs dévoués, qui semblaient s’occuper du commerce pour donner le change sur les intentions de leurs maîtres. Un coup du Giel les tira d’un cruel embarras, au moment de leur départ.
Les deux interprètes qui s'étaient engagés à les conduire, manquant à leur parole, les laissèrent brusquement. On vit alors quel était l'abandon du P. de Brébeuf à la divine Providence, et en même temps quel soin elle prend de ceux qui se confient en elle. Sans s’émouvoir ni s'inquiéter le bon religieux se met à genoux, et fait une prière à Dieu. Puis il s6 relève plein de résolution, et va
Hurons et finalement leurs destructeurs, rendait”
198 UURONS ET IROQUOIS.
«’adresser au premier jeune homme qu'il rencontre, en l’invitant leur servir de guide. Celuiciquine les connaissait pas, consentit sans hésiter, ct se mit aussitôt en route avec eux.
Le voyage était hérissé de difficultés. Il fallait traverser des forêts épaisses, dans des chemins à peine tracés, le plus souvent couverts de broussailles et de branches d’arbres, et entrecoupés de marais fangeux ou de cours d’eau, qui n'offraient d’autres ponts que des troncs d’arbres renversés. D'asile pour la nuit, il n’y fallait pas compter dans ces solitudes. La nourriture consistait dans un peu de blé d'Inde que les Missionnaires emportaient avec eux, et qu’ils faisaient griller. Mais enflammés comme ils l’étaient de l'amour des âmes, toutes ces difficultés leur paraissaient légères! Ils se sentaient protégés du Ciel qui leur accordait même des faveurs singulières. C'est ainsi qu'un jour au moment où le P. de Brébeuf terminait son oraison en marchant, Dieu lui fit voir une troupe d’esprits célestes, qui le précédaient et linvitaient à s’avancer avec confiance. Ce bienfait signalé se renouvela, et le P. de Brébeuf en sarda toujours un consolant souvenir. Pour en perpétuer la mémoire, il voulut que la nouvelle mission prit le nom de Mission des Saints- Anges.
Après cinq jours passés ainsi dans des fatigues extrêmes, mais aussi au milieu des consolations les plus douces, les voyageurs atteignirent, le 7 no-
vembre, le premier village de la Nation Neutre. Il portait le nom de Kandoucho, qu'ils changèrent en celui de Village de tous les saints, en l’honneur de la fête de la Toussaint dont ils faisaient l’octave.
L'arrivée avait été difficile, le séjour va l’être davantage, et finira par devenir impossible. Pour s’aboucher avec les capitaines de la nation il leur fallut pénétrer plus avant dans le pays. Mais avant même cette visite, les hostilités contre les nouveaux venus avaient commencé. Leur réputation les avait devancés; Echon surtout dont le nom était si populaire chez les Hurons, était déjà connu comme un sorcier habile et un ennemi dangereux.
Par malheur les Missionnaires venaient de renvoyer les deux domestiques fidèles, qui servaient à donner le change sur leur intention. Le voile du commerce ne couvrait plus leur venue. « Que vou- « laient-ils, disait-on ? évidemment la ruine de la « ration. »
Cette noire calomnie se répandit bientôt de tous côtés, portée qu’elle fut par la colère et la haine de deux Hurons idolâtres, qui parcouraient le pays. Peu contents de parcourir les cabanes, ils parurent dans les assemblées des anciens, et afin de donner plus d'autorité à leur parole, 1ls l'appuyèrent par l’offrande de plusieurs haches de fer, présent toujours d’un grand prix pour des sauvages. Ils semèrent ainsi des soupçons et des craintes dans les cœurs. Tout devint suspect et menaçant dans les
Missionnaires. — « Que signifiait leur costume « étrange? — Et ce genre de vie inoui chez les « sauvages? — Ne cachent-ils pas quelque noir « dessein ? — D'ailleurs ils portent des instruments « de magie. Qu'est-ce autre chose, ce bréviaire, ce « crucifix, ce chapelet qu'on voyait sur eux? Quoi « de plus mystérieux que l'écriture qu’ils em- « ployaient et le papier qui parlait sans rien dire ? « Pourquoi ces prières à genoux? N'est-ce pas « l'attitude d’un sorcier ? »
Ces pensées et mille craintes semblables agitaient tous les esprits. On évitait la rencontre de ces hommes de Dieu. On tremblait qu’ils ne missent le pied dans une cabane. A les voir, disait-on, les enfants tombaient malades et les femmes devenaient stériles; la peste suivait leurs pas. Si par respect pour les lois de l'hospitalité, si sacrée et si inviolable chez les sauvages, on n'osait pas les chasser de la cabane où ils entraient, ses habitants étaient saisis de terreur; la paix n’y régnait plus. On ne touchait plus aux objets qui leur avaient servi. Leurs présents mêmes étaient suspects, et passaient pour des gages de malheur. On redoutait jusqu’à leurs traces. Les routes où ils avaient passé étaient regardées comme infectées, et les ruisseaux où ils avaient bu comme empoisonnés, L’alarme et l’effroi régnaient partout.
À la vue de cette consternation générale, les capitaines tinrent conseil pour décider du sort de ces
ume z les noir jents e, ce Quoi emdire ?
> pas
agire de ssent n, les deve- 'i par > et si as les itants plus.
aient ts, et outait passé seaux arme
DS Ca Le ces
deux étrangers. Le P. de Brébeuf qui avait l'usage de ces assemblées, se présenta hardiment. Fort de la bonté de sa cause et du secours du Ciel qu’il avait imploré, il voulait leur exposer son but, et obtenir le droit de prêcher l'Évangile. Son premier acte, selon l’usage, fut d'offrir un collier de porcelaine pour prévenir en sa faveur. « Nous ne vou- « lons pas de tes présents, s’écria brusquement « ün orateur; il faut que tu quittes le pays. — Ne « $ais-tu pas, ajouta un autre, le danger que tu « cours. On veut ta mort. Nous savons ce que tu « às fait de mal aux Hurons. Nous ne voulons pas « que tu nous traites comme eux. »
L'homme de Dieu voulut parler, mais en vain; lés cris, les menaces des capitaines lui coupaient säns cesse la parole. Après d'inutiles essais, et voyant qu’il n’y avait rien à gagner, il se retira dans la cabane où il avait demandé l’hospitalité, Là son compagnon et lui se préparèrent à la mort qui leur paraissait inévitable : mais le Ciel veillait sut eux, et les arracha cette fois encore à un péril certain. Le P. de Brébeuf reçut de cette protection un avertissement mystérieux. Comme il achevait l'examen qui termine la journée, et se disposait à prendre un peu de repos, il vit devant lui un spectre hideux. Son regard était farouche. Il tenait à la main trois javelots dont il menaçait les deux missionnaires. Il les lança en effet contre eux l’un après l’autre. Mais au lieu d'atteindre leur but, les
javelots tombèrent à leurs pieds, comme si une main invisible les eût arrêtés. Cette image le remplit de consolation, et il s’endormit plein d’espérance.
Cependant l'assemblée des capitaines s’était prolongée bien avant dans la nuit. Trois fois la mort des Missionnaires fut décidée ; trois fois la sentence fut rapportée. Enfin contre toute attente quelques capitaines ayant donné en faveur des Missionnaires des raisons d'état qui parurent graves, leur avis l’emporta, et ils furent sauvés.
L'hôte des accusés, qui assistait au conseil, accourut aussitôt pour porter cette bonne nouvelle aux Missionnaires. Grand fut son étonnement de les trouver plongés dans un sommeil profond, incapable qu'il était de comprendre une pareille tranquillité d'âme dans des circonstances si critiques. Il les réveilla aussitôt, et le P. de Brébeuf eut par son récit l'intelligence de sa mystérieuse vision. Remplis de reconnaissance ils se mirent à genoux, pour rendre grâces à Dieu de les avoir si paternel: lement gardés.
Les Missionnaires avaient donc la vie sauve, mais ils le devaient plus à la crainte qu’à la bienveillance.
S'ils étaient rassurés contre le coup de la mort, ils ne l’étaient pas contre les calomnies et les soupçons. Ceux mêmes qui avaient protégé leur vie devant le conseil, étaient les premiers à les répandre.
1 une > rem- ’espé-
it pro- , mort itence ques sSiOn- , leur
1, acavelle nt de incatranques.
1 par sion.
Ce n'était pas tant pour entretenir la haine contre eux, que pour les forcer enfin à quitter eux-mêmes le pays. Ceux-ci n’en firent rien. Enhardis par le: conclusions de l’assemblée, ils poursuivirent courageusement leur œuvre. Ils parcoururent dix-huit villages, et s'arrêtèrent dans dix. Un seul, le village de Kioeta,. qu’ils surnommèrent Saint-Michel, leur fit un accueil favorable.
À Onguiara, village sur la rivière qu’on nomme aujourd’hui Niagara, sur les confins du pays près des Iroquois, ils furent accablés d’injures, et accusés d'être venus préparer avec les Iroquois la ruine du pays. Toutefois on ne leur fit aucun mal.
Dans un autre village ils faillirent périr. C'était dans la rude saison. Le froid était très-rigoureux. Après avoir cherché inutilement un asile pour la nuit, ils usèrent de ruse. I's se blottirent près de la porte d’une cabane, dans l'intention d'y entrer aussitôt qu’elle s’ouvrirait, Un sauvage vint à sortir, aussitôt nos Missionnaires, forts des lois de l'hospitalité, pénètrent dans l'enceinte. Les habitants sont saisis d’épouvante, maïs sans oser leur faire résistance. L’alarme se répandit bientôt dans tout le village. De tous côtés on accourt; les uns par curiosité, les autres pour prêter main-forte. Mais comment faire sortir ces audacieux visiteurs? Personne n'ose mettre la main sur eux. Cependant les vieillards s’enhardissent etles pressent de sortir, d’abord par leurs reproches et bientôt par leurs
HL L "a fr nn + ; sp HE A PE
RE gs 7 EN ieE
Be
Dre r5 marc
menaces, Les jennes gens s'impatientent et semblent se préparer à en venir aux dernières extréuutés, «Je suis las, disait Pun, de manger la chair « noire de mes ennemis, je Seiais heureux de goû- « ter Ja chair blanche des Français. » Un autre plein de fureur saisissail sou arc et ses flèches, et faisait le mouvement pour »ercer le cœur des Missionuaires, Voulait-il seulement les effrayer, ou Dieu qui protége les siens arrêla-t-il son bras ? Toujours est-il que son arme s'abaissa tout à coup, et qu’il se retira comme honteux de son action,
Pendant ces tristes scènes, le P. de Brébeuf ne perdait rien de son calme et de sa bonté. « Je ne « viens au milieu de vous, leur disait-il, que pour « votre bien. Je veux vous apprendre à servir le « Maître de la vie, et à être heureux dans ce monde « et dans l’autre. »
7 Tant d’intrépidité et de douceur triomphèrent de ces natures grossières, et les sauvages finirent | par admirer cet héroïsme. Peu à peu ils s’enhardirent, s’approchèrent des Missionnaires, leur parlèrent et voulurent voir et toucher les objets français. Ceux-ci se prêtèrent volontiers à satisfaire leurs caprices d'enfants.
Le P. Chaumonot raconte dans une de ses lettres l'expérience qu’ils voulurent faire de l'écriture, qui était pour eux quelque chose de si mystérieux. « Le P. de Brébeuf, dit-il, sortit de la cabane assez @ loin pour ne pas pouvoir nous entendre, Un des
sem extréchair e goûautre es, et s Misér, OU bras ?
COUP, on.
euf ne Je ne > pour vir le nonde
1èrent 1irent nharparfransfaire
titres iture, ieux.
assez n des
« témoins me dicta à très-basse voix les paroles « suivantes: Je vais à la chasse, — je trouve un « chevreuil, — je prends une flèche dans mon car- « quois, — je bande mn arc, — je tire, et du pre- « mier coup j'abats ma proie, — je la charge sur « mes épaules, — je l'apporte à ma cabane et je « fais un festin à mes amis, »
« Le P. de Brébeuf est rappelé. Il prend le pa- « pier, et lit aussitôt mot pour mot tout ce qu’on « m'avait dicté. À cette lecture les assistants je- « tèrent un grand cri d’admiration. Ensuite ils « prirent le papier, et après l'avoir bien tourné et « retourné, ils se disaient eutre eux: Où est donc « la figure qui représente le chasseur? Où le che- « vreuil est-il peint ? Où sont Liarquées la chaudière « et la cabane du festin? Nous ne voyons rien de « tout cela, et pourtant l'écrit l’a dit à Echon. » Ne dirait-on pas une troupe de grands enfants qui passent soudain des cris de mort aux cris d'admiration, et dont la haine se transforme sans transition en familiarité?
Ils se montrèrent toutefois constants sur un point, ce fut au regard de la foi. Les Missionnaires ne purent rien gagner. À peine obtinrent-ils qu’on leur laissât baptiser quelques enfants en danger de mort. Mais à l’insu des parents ils parvinrent à en régénérer un grand nombre, qui moururent presqu'aussitôt. C’étaient autant d’anges pour le Ciel.
LMI QI
995 HURONS ET 1ROQUOIS.
Quatre mois s’écoulèrent dans cet apostolat ouvert dans la haïne et continué dans l'admiration, mais en définitive peu fécond en fruits, et ce qui est plus triste, sans grandes promesses d'avenir. Le P. de Brébeuf crut que dans les desseins de Dieu l'heure de grâce pour ce peuple n'avait pas encore sonné, et qu'il fallait attendre des jours meilleurs. Il se décida à mettre fin à sa mission. Il repartit avec son compagnon dans les premiers jours de mars. La neige tomba tout à coup en si grande abondance qu’ils furent retenus malgré eux à Teatonguiaton, surnommé Saint-Guillaume. Contre leur attente, ils trouvèrent là l’accueil le moins attendu.
La maîtresse de la cabane où ils furent conduits par la main de Dieu, sembla avoir recu mission du Ciel pour leur faire oublier, par ses soins em pressés, les mauvais traitements de ses compatriotes. Ses attentions allaient jusqu’à la délicatesse. C'était le temps du carême. Ayant remarqué, sans en comprendre la raison, que ses hôtes ne mangeaient pas de viande, elle leur préparait pour eux seuls une portion de blé d'Inde et de poisson. Quand ils prenaient la nourriture commune de la cabane, elle choisissait toujours pour eux la meilleure part.
Cependant la neige tombait toujours. Pour profiter de ce loisir forcé, les deux Missionnaires cornplétaient leurs études sur la langue de ce peuple.
at ouation, ce qui ir. Le Dieu >ncore leurs, partit 1rs de rande à Teaontre moins
nduits ission S EM ompaélicarqué, es ne pour sson.
de la meil-
pro- OInuple.
Téur hôtesse se prêtait admirablement à ce travail et prenait plaisir à satisfaire à toutes leurs questions. Elle leur dictait les mots syllabes par syllabes, les décomposait, et en montrait l’application dans des récits qu’elle leur donnait.
Elle voulut que ses enfants fussent comme elle à leur service. Ils ne partageaient en rien la crainte qui semblait dominer jusque-là tous ceux de leur âge. Loin de fuir ces hommes de Dieu ils s’en approchaient volontiers, ils aimaient à les entendre, et à l'exemple de leur mète ils leur rendaient toute espèce de bons offices. Elle fut même blâmée et injuriée par ses compatriotes, qui en vinrent jusqu’à une véritable persécution. Rien n’y fit,et pendant vinct-cinq jours que les Missionnaires passèrent heureusement sous ce toit, elle ne changea ni de sentiments ni de procédés. Cependant (chose triste à dire) cette femme si bonne, si dévouée n'ouvrit pas son cœur à la grâce, et ne donna pas aux pieux voyageurs la consolation que leurs cœurs appelaient de tous leurs vœux, de pouvoir l’admettre parmi les enfants de l'Église.
Parmi les faveurs que le ciel avait accordées au P. de Brébeuf pendant cette mission, il en est une dont il conserva un précieux souvenir. Elle semblait soulever devant lui le voile de l’avenir bien que d’une manière confuse et sans détails précis. Dieu lui montra un jour une croix énorme qui semblait venir du côté des Iroquois, et qui s’éten-
208 LURONS ET IROQUO!S.
dait sur tout le pays des Hurons, Image mysté: ricuse des graves événements dont cette mission devait être la victime quelques années après. Il en prit surtout l'avertissement pour lui, et ayant laissé échapper devant le P. Chaumonot quelque chose de son secret, celui-ci le pressa de questions ; mais sans pouvoir obtenir d’autre réponse que celle-ci : « Cette croix est assez grande pour porter tous les « Missionnaires des Hurons. »
Au repos bienfaisant qu’ils avaient trouvé dans la cabane de Teatonguiaton, allaient succéder les rudes épreuves du voyage pour le retour. La saison était rigoureuse, mais aussi la plus favorable pour voyager à pied. Les marais et les cours d’eau étaient encore glacés, et la neige durcie sur les chemins favorisait la marche. Cependant le froid devint trèsintense et fit beaucoup souffrir les voyageurs. « Il « élait si violent, écrit le P. Chaumonot, que nous « entendions souvent les arbres craquer et se fendre « avec fracas... mais nous avons marché coura- « geusementet joyeusement, malgré le froid, la fa- « tigue et des chutes sans nombre sur la glace ; ce « doit mes genoux ont conservé bon souvenir. »
Une chute que fit le P. de Brébeuf eut des suites L'ès-graves. Elle fit trop éclatersa vertu pour que nous n’en donnions pas le récit. C'était en traversant un lac sur la glace vive. Le pied lui manqua, et la chute fut si violente qu’il resta longtemps étendu à terre sans connaissance. Quand il eut
ysté:
ssion Ilen laissé chose mais Ile-ci :
us les
6 dans der les saison le pour étaient nemins nt très- 8. « Il e nous , fendre coura- Ù , la fa ace ; ce air. »
eut des tu pour en trai manotemps d il eut
LO P. DE BRÉBEUR. 209
repris ses sens et qu'il se fût relevé à l’aide du P. Chaumonot et d’un guide qu'on leur avait envoyé des Hurons pour le retour, il s’aperçut que la clavicule gauche était cassée. Dans la situation présente il n’était pas possible d'y porter remède. Le long trajet qui restait encore à faire ne fut pour le P. de Brébeuf qu’un douloureux martyre. Dans les endroits escarpés qu’il fallait quelquefois gravir en se traînant sur la neige, on voyait le pauvre blessé s’appuyer péniblement sur son bras droit. Pour descendre les coteaux, il se laissait glisser sur le côté plutôt que de s’exposer à faire un faux pas. Témoin de ses cruelles douleurs que malgré ses eftortsil ne pouvait pas dissimuler entièrement à ses compagnons, le P. Chaumonot fit d’inutiles instances pour les soulager. Il lui proposa de le placer sur un traîneau qu'il ferait glisser sur la neige. L'héroïque serviteur de Dieu ne voulutjamais consentir à ce qu'on lui rendit un pareil service, et il trouva dans l’énergie de son caractère et de sa mâle vertu, assez de force pour soutenir jusqu’au terme cette rude épreuve.
Ce fut saint Joseph qui le ramena à Sainte-Marie. Les voyageurs y arrivèrent le jour de sa fête, qui était celle de la mission. Leur présence ne fut pas une des moindres joies de la journée. Pour eux on peut dire que leur bonheur était au comble. Jls retrouvaient leurs frères, leurs néophytes, leurs sauvages, mais surtout il leur était donné après
21C HURONS 1.1 1ROQUOIS.
quatre mois de privations de remonter au saint autel, et de se nourrir de la sainte Eucharistie, la plus grande consolation et le plus puissant soutien dans ce laborieux apostolat,
La fracture du P. de Brébœut ue rouvait trouver aucun remède dans la mission ; il fallut l’abandonner à l’action de la nature. Pour la seconder et vbtenir une prompte guérison, un repos absolu eût été nécessaire, mais l’inaction n'allait pas à cette âme ardente. Il préféra reprendre une partie de ses travaux accoutumés, sans se préoccuper de sa santé. Il y gagna dix-huit mois de souffrances, et aussi de mérites, jusqu'au moment où ses Supérieurs trouvèrent enfin la facilité de lui procurer un peu de rexos pour se rétablir,
u saint istie, la soutien
trouver bandon- Jnder et solu eût à cette ie de ses sa santé.
et aussi périeurs : un peu
Relour du P. de Brébeuf à Québec. — Changements qu'il y trouve. — Séjour prolongé.
Depuis 1639, la mission du Canada était gouvernée par un nouveau Supérieur, le P. Barthélemy Vimont qui, du collége de Vannes où il était recteur, vint remplacer le P, le Jeune à Québec. Il manifesta au P. Jér. Lalemant, supérieur chez les Hurons, le désir qu’il avait de bien connaître cette mission importante et l'impossibilité où il était de la visiter à cause de la distance. Celui-ci ne vit pas de moyen plus efficace de répondre à son désir, que de détacher un des Pères pour aller faire au Supérieur général un rapport circonstancié sur l’état de la mission. Tout semblait désigner le P. de Brébeuf, T1 l’avai! fondée et gouvernée pendant cinq aus. Il avait uns connaissance complète de ses besoins comme aussi du caracière et des mœurs de ses habitants. Son courage (et il en falluif pour ce voyage, ainsi qu’on le verra) était à l'é-
212 RORONS ET IROQUOIS.
preuve. D'ailleurs il souffrait encore de sa fracture, et on espérait que les soins d’un homme de l’art pourraient lui apporter du soulagement.
Il s’'embarqua vers la fin de l'été de 1641 accompagné du P. François Duperron, de quatre Français et de six sauvages. L'histoire nous a laissé le nom d’un de ceux-ci. C'était un jeune catéchumène d'Ossossane, fils de capitaine et capitaine lui-même. Il avait nom Tondatsa. Depuis les premières prédications du P. de Brébeuf il s'était attaché à lui autant par estime que par sympathie. Sa cabane était toujours ouverte au missionnaire, et quand tous le repoussaient, il était heureux de l’accueillir. HN lui avait permis de baptiser ses enfants. Luimême désirait ardemment le baptême; mais le P. de Brébeuf sévère presque à l’excès pour les adultes, comme nous l'avons vu déjà, différait toujours de satisfaire ses vœux. Loin de le refroidir ce retard ne faisait qu'enflammer l’ardeur du néophyte, et ses demandes devenaient de plus en plus pressantes. Tout à coup il apprit le départ du serviteur de Dieu pour Québec, il vint aussitôt s'offrir pour le conduire lui-même dans son canot; touchant témoignage d’affection et de dévouement qui allait lui mériter, au milieu des circonstances les plus solennelles, la faveur qu'il sollicitait.
Sa compagnie du reste était très-précieuse ponr les Français, car le voyage était plein de dangers. Sans compter les difficultés de la route elle-même
acture, le l’art
ACCOM- "ançais le nom umène même.
es pré- 1é à lui cabane quand ueillir.
s. Luimais le jour les ifférait le re- ’ardeur de plus départ ussitôt canot; tement tances t.
e ponr ngers. même
REA NPA PRG PH ré a D al gi
on avait à redouter les Iroquois, qui distribués en trois bandes étaient cachés en embuscade sur le fleuve, dans les passages les plus périlleux.
Conduit par le brave et habile Tondatsa ou plutôt protégé par le bras tout-puissant de Dieu, le convoi du P, de Brébeuf échappa à la dangereuse rencontre des ennemis, et arriva sain et sauf à Québec. Rien d’ailleurs de plus édifiant que ce voyage. Les heures y étaient réglées comme dans un couvent. Elles se partageaient entre le travail, la prière et l'instruction. Le P. de Brébeuf enseignait chaque jour la doctrine chrétienne. Le plus avide à l'écouter était toujours Tondatsa. Il se montrait aussi le plus ardent pour la prière, et plus d’une fois, dans le danger, on le vit s’armer le premier du signe de la croix.
L’heureux succès de ce voyage parut bien plus providentiel encore, quand on apprit le sort d'un canot de Hurons, qui suivait ce premier convoi à deux jours de distance. Tous les voyageurs étaient tombés entre les mains des Iroquois, et avaient été ou tués ou faits prisonniers.
À ce motif de reconnaissance se joignait pour le P. de Brébeuf la joie et la consolation de revoir ses frères de Québec, la ville qu'il avait vue à son berceau, et cette population française au milieu de laquelle il avait exercé son zèle. Après sept ans d'absence il y trouvait bien des changements. Il ne revoyait plus son brave et pieux gouverneur,
l'illustre Champlain mort déjà depuis plusieurs années, Mais son successeur, le chevalier de Montmagny, modèle parfait d'honneur et de piété, se montrait en tout digne de le remplacer. Aux dons éminents de }’#sprit il unissait les plus belles qualités du cœur. Il avait eu le tact, assez rare même dans un homme de mérite, de suivre les plans formés par son prédécesseur, et de s'attacher à compléter son œuvre. Les sauvages transformèrent son nom en le traduisant dans leur langue, et l’appelèrent Onontio, qui veut dire grande montagne.Ce nom devint depuis commun à tous les gouverneurs du Canada.
La ville commençait à s'étendre ; le plateau du Cap-se couvrait peu à peu de gracieuses habitations et d'établissements utiles.
Les Jésuites étaient partagés en trois maisons, L'une était au sud sur les bords du grand fleuve à quatre kilomètres au-dessus de Québec, et que le P. de Brébeuf ne connaissait pas encore. Elle se nommait Saint-Joseph de Sillery, et devait sa fondation à l’illustre chevalier de Malte de ce nom. Cet homme, éminemment pieux, avait quitté depuis peu d'années la haute position qu’il occupait dans le monde, pour entrer dans l'état ecclésiastique. Une pensée de zèle le poussa à établir à ses frais une résidence qu’il confia aux Pères de la Compagnie. Il voulait y attirer les sauvages indisènes de lingue algonquine, pour les instruire
Re LS
sieurs Montté, se x dons 28 qua- | même ins forà coment son l’appeigne.Ce erneurs
teau du itations
1aisOnS, fleuve à t que le Elle se sa fonce nom.
itté depccupait clésiaslir à ses es de la Ages innstruire
plus facilement dans la foi. Commencée en 1638 avec deux familles seulement, on en vit bientôt un grand nombre d’autres venir y « dresser aussi « leurs cabanes et demander à échanger leur vie « nomade contre une vie chrétienne et civilisée. » (Rég. des baptêmes de Sillery.)
La seconde résidence au nord de la ville était Notre-Dame des Anges, que connaissent nos lecteurs. Celle de Québec, la première en date, avait subi une transformation pendant l'absence du P. de Brébeuf. Au ministère pastoral les Jésuites avaient voulu en ajouter un autre, celui de l’éducation. Dès 1632 le P. le Jeune avait ouvert lui-même une petite école ; ce n’est qu’en 1636 qu’elle prit le nom de collége. Sa fondation était due à la générosité du marquis de Gamache. Ses commencements furent bien modestes, mais il avait la gloire d'être le premier collége de l’Amérique du Nord. Il précédait d’une année celui des Puritains de la Nouvelle-Angleterre,devenu célèbre sou: le nom de collége Hawvard, près de Boston.
Plus tard en 1647 sur uu terrain donné par la Compagnie des Cent associés, les Jésuites construisient un édifice qui :aéritait enfin de porter le
nom de collège. I fut rebâhi plus grandiose encore au commencement du siècie dernier, mais il devait changer de festination, Une fois maitres du Canada
les Anglais le transformérent en caserne, cependant à la gloire de leur esprit conservateur, ; VA
= due, Phi =. ee
QU f QE be FE 4
qu’ils n’ont jamais fait disparaître les traces qui témoignent de sa destination primitive. Dans le tympan du couronnement de la porte d'entrée, comme dans la girouette qui domine tout l'édifice, l'œil du visiteur peut lire encore aujourd’hui le monogramme du nom de Jésus.
Tout modestes qu’ils étaient, ces premiers efforts en faveur de l'éducation remplirent de joie l’âme du P. de Brébeuf. Il voyait avec raison, dans la formation des jeunes générations, tout l'avenir de la colonie.
La joie ne fut pas moins grande en trouvant à l’œuvre les religieuses Ursulines et Ho:pitalières, amenées de France par le P. Vimont. Depuis quatre ans qu'elles étaient à l'œuvre, que de bien n’avaient-elles pas déjà fait, les premières dans leurs écoles, les secondes dans leur hospice ? Les Ursulines étaient déjà entourées de petites filles françaises et sauvages à qui elles apprenaient avant tout à connaître et à aimer Dieu. Grande était la ferveur dans cette pieuse maison; il est vrai qu’elle avait pour supérieure la sainte et illustre Marie de l'Incarnation, qui mérita par les faveurs dont elle fut favorisée et les précieux écrits qu'elle a laissés, d’être appelée à bon droit la Thérèse de la Nouvelle- France.
Les Iospitalières avaient trouvé en arrivant un théâtre digne de leur dévouement. Les maladies épidémiques et surtout la petite vérole sévissaient
mt JP, bem
3; qui ns le trée, ifice, ui le
fforts 1e du rmaje la
ant à ères, epuis bien dans ? Les filles avant ait la
’elle ie de t elle ssés,
elle-
t un dies ient
presque toujours parmi les sauvages et faisaient de nombreuses victimes. Au moment où le P. de Brébeuf aborda à Q: ébec, la petite vérole avait redoublé d'intensité et multipliait ses ravages. Le bon missionnaire fut envoyé plusieurs fois pour exercer là son ministère. Il se rendit utile et aux malades et aux religieuses. Il sut leur inspirer un zèle si ardent pour la conversion des sauvages, que son passage alaissé parmielles des tracesineffaçables Lesannalesde laGommunauté nousapprennentqu'à son invitation les religieuses firent le vœu, qu’elles renouvellent encore tous les ans, d'offrir chaque mois une communion pour le salut des sauvages. Nous verrons plus tard comment, même après sa mort, le serviteur de Dieu fut l'instrument de la Providence en faveur de cette excellente Communauté.
Cependant Tondatsa, le capitaine huron venu avec le P. de Brébeuf à Québec, nourrissait toujours son désir du baptême. Tout ce qu'il venait de voir à Québec n'avait fait que l’accroître encore. Sa visite à la mission de Sillery y contribua puissamment. Il vit cette chrétienté toute composée de sauvages, les uns déjà fervents chrétiens, les autres se préparant au baptême, tous admirables par leur foi. On y voyait bien quelques païens voyageurs, mais ils ne s’y trouvaient qu’en passant. Telle était en effet la règle, établie par les capitaines eux-mêmes de la mission, que les étrangers
218 HURONS ET TROQUOIS.
non chrétiens ne pouvaient pas y séjournér plus de trois jours.
La transformation, opérée par lareligion dans des sauvages comme lui, ravit d'admiration le bon néophyte. « La vertu dans les Français, disait-il, « n’a rien qui m'étonne ; ils la connaissent depuis « longtemps. Mais voici mes semblables qui ont « vieilli dans l'erreur, et dont les mœurs étaient « naguères les nôtres. Ils ont embrassé la foi chré- « tienne, et voilà qu'ils sont chastes, qu'ils affec- « tionnent comme des frères des hommes étrangers « à leur nation, qu'ils brisent avec leurs préjugés « &t leurs anciennes habitudes, sans efforts, sans « regret et avec un courage que rien ne peut ébran- « ler. Quelle est donc la force de cette loi nou- « velle? »
L'accueil si cordial et si généreux qu’il avait reçu des chrétiens à Sillery, le faisait soupirer avec plus d'ardeur que jamais après le jour où il pourrait les embrasser comme ses frères.
La vue des deux couvents des Ursulines et des Hospitalières, qui lui révélaient dans un sexe faible des vertus et des dévouements qu’il n'avait jariais connus, augmenta puissamment son admiration et son amour pour la foi.
Le bon Tondatsa n'y tenait plus. Chaque jour le
ovait faire de nouvelles instances auprès du P. de ÿ .ébouf pour obtenir Île baptême. Il avait gagné
l'estime et l’affection du gouverneur qui plaida
lus de
ns des le bon sait-il, depuis ui ont staient i chréaffecangers éjugés s, Sans ébrani nou-
it reçu ec plus ait les
et des sexe n'avait admi-
jour le P. de gagné
plaida
lui-même sa cause, et voulut être son parrain. Les dispositions du néophyte n'étaient plus douteuses. Le P. de Brébeuf le reconnut sans peine, et il fut décidé qu’il recevrait le baptême dans la chapelle de Saint-Joseph de Sillery, en présence de tousles sauvages. Ils reçurent cette nouvelle avec des transports de joie.
La cérémonie eut lieu le 26 juin. Les Français étaient accourus de Québec en grand nombre, Aucun sauvage ne manquait à l’appel. Ils étaient curieux et fiers de voir ce capitaine, distingué dans sa nation, devenir comme eux un humble enfant de la foi.
Le P. Vimont, supérieur général de la mission, présidait la cérémonie. Au P. de Brébeuf appartenait l'honneur de faire les interrogations solennelles qui précèdent l'admission dans l’Église de Dieu. Le catéchumène y répondit résolument, en protestant bien haut qu’il voulait vivre et mourir en chrétien.
Le chevalier de Montmagny donna au nouveau chrétien le nom de Charles, qui était le sien, et aussitôt après le baptême il l’embrassa cordialemeut. Il lui dit en lui faisant présent d’une arquebuse : « Je me réjouis de te voir chrétien. « Garde bien la parole que tu as jurée à Dieu. Le « baptême te donne des armes contre les ennemis « invisibles ; celle-ci sera pour repousser les enne- « mis visibles qui te font la guerre. Tu exhorteras
« tes compatriotes à suivre ton exemple, et tu peux « les assurer de ma protection. »
Le premier capitaine des sauvages de Sillery prit à son tour la parole, et dit au néophyte : « En « embrassant la prière des Français tu deviens « vraiment notre frère. Nous n’avons plus qu'un « père qui est dans les Cieux, etune mère la sainte « Église. Tes amis sont nos amis et tes ennemis « sont nos ennemis. Puisqu'Omontio t'a donné « une arme à feu, tes frères te présentent de la « poudre pour t'en servir ; » et il lui fit don d’un sac à poudre,
Profondément ému, le bon Charles essaya une réponse, et n’en trouva pas d’autre qu'une nouvelle profession de sa foi, et des promesses de fidélité inviolable, C'était bien la meilleure.
Cependant la fête, selon l’usage, devait se terminer par un festin, et le gouverneur voulut en faire les frais. Charles y parut radieux au milieu de ses frères, mais si tous les cœurs étaient contents, la joie s'épanouissait plus vive encore dans celui du P. de Brébeuf. Avoir régénéré dans le sang de Jésus-Christ un chef de sa mission huronne, que pouvait-il lui arriver de plus heureux ?
Cette mission restait toujours l’unique objet de ses pensées, de ses projets, et de ses espérances, avant qu’elle devint sa couronne. Il attendait impatiemment l'heure du retour, mais elle sonna plus tard qu’il ne l’aurait désiré, Dans l'automne,
peux
llery « En viens qu'un sainte 1emis jonné de la d'un
a une uvelle ñdélité
termifaire de ses ts, la lui du ang de 2, que
jet de ances, endait sonna omne,
a totnpeme
à l'époque où sont terminés les échanges des Hurons voyageurs, il les vit partir sans lui. Sa santé n’était pas encore suffisamment rétablie, et le P. Vimont désirait en même temps posséder le serviteur de Dieu pour s’éclairer de ses lumières, et aussi pour profiter de son ministère en faveur de quelques Hurons, qui allaient passer l'hiver à Québec, Il resta donc dans la colonie, partageant son temps et son zèle entre les Corimunautés religieuses, les chrétiens sauvages de Sillery et les Ilurons de Québec.
Parmi ces derniers, deux sauvages se faisaient remarquer par leur rang et leur caractère, mais aussi par leur haine pour la foi, au progrès de laquelle ils avaient fait une forte opposition dans leur patrie. La grâce les attendait là. Ils étaient | venus chercher des richesses périssables, elle leur ouvrit les trésors célestes, et changeant leurs sentiments de persécuteurs elle en fit des chrétiens fidèles. L’heureux instrument de ce changement fut le P. de Brébeuf. Il alla les voir. Sa parole pleine de douceur et de bonté pénétra dans leurs cœurs, et leurs yeux s'ouvrirent. Ils commencèrent paradmirer les exemples de piété, de dévouement et d'héroïsme qu'ils voyaient depuis longtemps sans les comprendre, et bientôtils demandèrent lagräce du baptême. Mais le P. de Brébeuf, dont la prudence égalait le zèle, mettait toujours des retards à leurs désirs. Ils subirent avec patience la longue
épreuve. Ils n’en virent le terme qu'au 25 mars de l’année suivante 1642. Quand le grand jour arriva enfin, ils le saluèrent avec une joie d'enfants. Atondo, l’un d'eux, reçut au baptême le nom de Paul, et son compagnon OhanKouandoro, celui de Jean-Baptiste. Leur première communion suivit de près leur baptême, Elle eut lieu le jour de Pâques, et le chevalier de Montmagny, pour leur donner une plus grande marque d'intérêt et témoigner plus hautement sa foi, voulut communier entre eux deux. Il leur en donna peu de jours après un autre beau témoignage, quandils le virent le jeudi saint, se mettre à la tête des principaux habitants de la ville pour laver les pieds des malades de l’Hôtel-Dieu, et les baiser avec respect comme les membres de Jésus-Christ.
Le P. de Brébeuf eut encore d’autres Hurons à préparer au baptême, mais nous n’en parlons que pour rappeler le concours admirable qu'il trouva dans un de ses anciens néophytes de la même nation. C'était Andeouarachen, qui avait recu au baptême le nom d'Armand. Ge sauvage courut un jour un très-grand danger sur lelac Huron, et faillit périr. Dans cette extrémité l’image de l'Enfer s’était présentée à lui, et il fit vœu s’il échappait à la mort de mener une vie plus parfaite. Il se mit aussitôt à l'œuvre, et partit pour Québec. En abordant le P. de Brébeuf après sa messe, il lui dit : « Père, j’ai grande envie de bien faire, et j’y suis
mars ar arfants.
m de
celui n suiur de r leur et ténunier s après rent le Lux haalades comme
rons à ns que trouva me naeçu au irut un et faillit fer s’éait à la | se mit n abor-
i dit:
j'y suis
« résolu, car je crains les feux qui ne s'éteindront « jamais. Je veux demeurer toujours avec toi, et « ne plus retourner aux Hurons. Il y a là-bas trop « d'occasions d'offenser le bon Dieu. Mais je ferai « comme tu voudras ; Car je suis sûr que Ce sera « la volonté de Dieu. »
Le P. de Brébeuf l’accueillit avec bonté, et en tira admirablement parti pour l'instruction et la direction des néophytes. Il jugea quelque temps après que sa présence au milieu de ses compatriotes serait d’un bien plus grand intérêt pour la foi. 11 le renvoya donc dans son pays, et pendant dix-sept années qu'il vécut, ce bon chrétien fut toujours un modèle de constance et de ferveur.
| 4 | | ( ki.)
ES
Triste état de la mtsston huronne. — Prise des PP. Jogues ct Bressani, — Etat de la colonie. — Départ du P, de Drébouf pour les Hurons.
Cependant la haine mortelle que les Iroquois portaient aux Hurons, devenait de jour en jour plus menaçante, Les Missionnaires de Sainte-Marie s’en alarmaient avec raison, non-seulement pour leurs néophytes, mais aussi pour la mission, qui manquait des objets de première nécessité ; or il devenait très-difficile de les faire venir de Québec. Dans sa juste sollicitude le P,. Jér. Lalemant songea à détacher deux des Missionnaires pour aller avertir le gouverneur français du danger, et demander à ses frères de venir à leurs secours.
Le choix tomba sur le P. Jogues. C'était un des meilleurs ouvriers de la vigne du Seigneur. Sa vie devait être traversée par bien des épreuves, et couronnée par une mort glorieuse, On lui donna pour compagnon le P. Raymbaut, que cinq années de mission avaient complétement épuisé, Ce n'était
Jogues y P, de
oquois n jour Marie 1t pour n, qui ; oril uébec.
emant
pour cer, et rs.
n des Sa vie bt COUa pour es du n'était