‹ Hurons et Iroquois [microforme]Chapitre 26 sur 30 · EE · texte numérisé non relu

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pratiquement des principes de saint Ignace, il so considérait comme l’homme de Dieu mis au ser. vice de sa plus grande gloire. Le désir de la procurer l’avait conduit chez les Hurons. Pour l’étendre il y vécut, il y souflrit, il y mourut.

Das ses entreprises, c’est au Ciel, que le regard de sa pensée ne quittait pas, qu'il demandait protection et soutien. Dès con arrivée dans sa chère mission, il la mit sous le patronage de saint Josepn, ct il voulut qu’un des principaux villages fut dédié à son Immaculée Conception. À mesure qu'il faisait une nouvelle conquête à l'Evangile, il la consacrait à Dieu par un nom de Saint. Suivant une pieuse pratique de tant de serviteurs de Dieu ses modèles, il n’allaitnulle part sans saluer l’Ange Gardien du lieu.Au milieu des épreuves il n’attendait Je secours que d'en haut.Combien de fois dans les non:b.cux dangers qu’il a courus, ne l’a-t-on pas va sc iter par des vœux à saint Joseph, et à sa sain's éjouse pour obtenir protection ? Que de comimunions, que de sacrifices, que de chapelets il cff.it ou il fit offrir dans les moments de péril,pour lui et pour les siens? Quand il avait ainsi confié sa cause au Oiel, il était tranquille, et rivn n’égalait a confiance inaltérable en Dieu et son héroïque abandon à sa volonté sainte. Le P. Pagrienceu lui demandait un jour s’il n'aurait pas une grande répuguance, au cas qu'il devint captif des Ircquois, à être dépouillé de ses vêtements.« — Non, rvon-

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« dit-il, puisque ce serait la volonté de Dieu, et « alors je ne penseraïs qu'à lui.— Mais le supplice « du feu ne vous ferait-il pas peur? — Je le crain- « drais, lui dit le serviteur de Dieu, si je n'envisa- « geais que ma faiblesse, car la piqüre d’une mou- « che est capable de m'impatienter; mais j'espère « que Dieu m'assistera toujours, et avec le secours « de sa grâce, je ne redoute pas plus les tourments « terribles du feu que la pointe d'une épingle. » De cet esprit de foi naissait encore une aulre qualité bien précieuse dans l’apôtre et le religieux, la facilité de quitter Dieu pour Dieu. « Je n'ai ja- « mais vu personne, écrit le P. Chaumonot, moins « attaché que lui à ses dévotions, quoiqu'il y reçut « de grandes grâces du Ciel.»Il se tenait ainsi dans une sairte indifférence, ne consultant en toutes choses que le bon plaisir de Dieu. C'est ce qui rendait son obéissance si admirable. Ses Supérieurs n'étaient pour lui que les organes et les représentants du Ciel, Un jour qu'il méditait ces paroles de l'Évangile « Et il leur était soumis, » il dit à Notre-Seigneur avec une sorte de familiarité respectueuse : « Seigneur que voulez-vous que je fasse? « IL entendit cette réponse:» Va trouver Ana” nie. C'est lui qui te dira ce que tu dois faire. » Et désormais se faisant aveugle volontaire, il résolut de ne plus marcher par d’autre voie que par la volonté de ceux qui étaient pour lui de vrais Ananies. 1l aimait à se mettre entre leurs mains

comme un enfant. « Incapable de me conduire « moi-même,disait-il, je trouve autant de plaisir à « obéir qu’un enfant qui n’a pas la force de mar- « cher, en trouve à se laisser porter dans les bras a de sa mère. »

Son obéissance éclatait aussi dans son inviolable fidélité à ses règles quiétaient pourluilecodesacré, où il allait apprendre les lois qui présidaient à sa vie. Le P. Ragueneau, qui l’a pratiqué longtemps, a laissé de lui ce beau témoignage, qu'il ne l’a jamais vu en violer même la plus petite. C'était du reste une de ses résolutions qu'on à trouvée: dans ses écrits, « de se laisser mettre en pièce plutôt que d'en violer aucune.» Maxime admirable, dont la pratique suppose un haut degré de vertu et de perfection.

Est-il étonnant qu'un homme aussi obéissant fut humble ? Ces deux vertus se soutiennent et se fécondent mutuellement. L’humilité le mettait si bas à ses yeux qu’il déclarait « n'être propre u qu’à obéir parce qu’il était dépourvu d'esprit et « de prudence; que s’il était apte à quelque « chose c'était à garder une porte, à préparer un « réfectoire, à faire la cuisine, et qu’enfin sa con- « dition dans la Compagnie était celle d’un men- « diant, auquel tout ce qu'on donne est une pure « faveur. »

Aussi trouvait-il qu’il ne faisait jamais rien de bien, tandis qu’il trouvait toujours à louer ce qu’a-

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vaient fait les autres, et alors comme un enfant il demandait humblement à ses frères comment ils s'y prenaient, pour pouvoir les imiter.

Une des épreuves de son humilité fut de se voir nommé Supérieur. Quand il envoyait les rapports sur la mission au R. P. Général, au milieu de tout ce qu'il racontait de ses frères, on ne savait où trouver ce qu'il avait fait lui-même. S'il lui arrivait de parler de lui, c'était, comme dans une lettre de 1636, pour avouer « qu'il vivait dans la tiédeur, au milieu de ses frères, tous ardents à la perfection. » Il se vengeait d’être à la première place en se mettant dès qu’il le pouvait à la dernière. Il se chargeait souvent des travaux les plus bas et les plus matériels, et s’y livrait avec tant de naturel qu’on ne l'eut pas pris pour le Supérieur, ni même, disent les Mémoires, pour un prêtre, mais pour un frère coadjuteur. Enfin quand Notrc- Seigneur pour récompenser sa vertu lui eût fait des faveurs célestes, et que ses Supérieurs lui eurent donné l'ordre de les mettre par écrit, il fallut toute son obéissance pour véRquRte son humilité à les faire connaître.

La douceur et l'humilité que Notre-Seigneur aimait à unir dans son enseignement comme dans son cœur, devaient aussi se rencontrer dans leserviteur de Dieu. L'une est la compagne inséparabla

de l’autre. La douceur faisait même le fond de son

caractère, et devenait, avec la patience et l'amour

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de la croix, letrait caractéristique de sa vertu. |

Il avouait avec simplicité « que Dieu dans sa | u bonté lui avait accordé mansuétude et bénignité « à l'endroit de tout le monde, » et il reconnaissait les'obligations que cette faveur lui imposait, 11 disait « qu'ilétait responsable de ces talents, et pour

« ne pas les laisser infructueux, il prenait la réso- 1 « lution de faire son examen particulier sur ce L « point. » Il la tint si bien que ses frères lui ont $ donné cet éloge « qu'il ne se départit jamais de sa |

douceur. » « Depuis douze ans que je le connais- | : « sais, écrit encore le P. Ragueneau, je l'ai vu ù ©

« Supérieur, inférieur, tantôt dans les affaires tem- « porelles, tantôt dans les travaux des missions, « traitant avec les sauvages, les chrétiens, les in- « fidèles, les ennemis, en butte aux persécutions, « auxcalomnies, et jamaisje ne l’ai vu, je ne dis pas « en colère, mais donner la moindre marque d’im- « patience ou de vivacité. Parfois on cherchait à « l’attaquer par le côté qui devait lui être le plus « sensible, mais toujours son œil restait bénin, ses « paroles pleines de douceur, et son cœur calme et « tranquille. »

{ Un des grands exercices de sa patience fut d’at- | tendre longtemps la récolte des âmes, avant de la \ voir müûrir ; mais rien ne pul le lasser, Il savait | que Dieu lui demandait d'ar:cser ce champ de ses | sueurs, et qu'il n’appartenait qu’à lui de le féconal Il semble que par une destinée qui se rap-

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