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LE P. DF BRÉBEUF. 259 prochait de celle de ce peuple, il ne devait le rendre accessible à la divine semence qu'après l'avoir rougi de son sang. Nous verrons qu’il le versera avec joie. On peut dire que la soif de souffrir pour Jésus-Christ et l'amour de sa croix étaient comm: l'âme de toute sa vie, et formaient selon sa manière de parler, avec la douceur et la patience, le troisième instrument de perfection pour lui et de salut pour les autres.
Il nous a laissé, sur son ardeur de souffrir pour Jésus-Christ, des protestations brûlantes comme celle que nous avons citée page 75.
Les promesses et les protestations ne lui suffisaient pas, il s’y engageait par des vœux dont l’objet était la souffrance jusqu’au plus douloureux martyre. Dès 1639, il traçait celui-ci avec une solennité qui marque toute la gravité de sa résolution : « Mon Seigneur Jésus, que vous rend «en retour du bien que vous m'avez fait ? Je « prendrai voire calice et j’invoquerai votre nom ! « Je fais donc vœu en présence de votre Père Éter- « nel et du Saint-Esprit, en présence de votre « très-sainte Mère et de Joseph, son très-cher « époux, devant les anges, les apôtres, les martyrs « et mes bienheureux Pères Ignace ‘et François- « Xavier,oui, mon Seigneur Jésus, je fais vœu de « ne jamais manquer à la grâce du martyre, «wi, « dans votre miséricorde, vous l’offrez à votre in. « a.gne serviteur, Ainsi à l’avenir je ne pourrai
« plus me permettre de fuir les occasions qui sa
« présenteront de mourir pour vous, et de ne pas « accepter avec joie le coup de la mort, à moins toutefois que votre plus grance gloire ne demande le contraire. Je vous offre donc dès aujourd’hui et de grand cœur, Ô mon Seigneur Jésus, et mon sang et ma vie, afin que si vous m'en accordez la grâce, je meure pour vous qui avez daigné mourir pour moi. Faites que je vive « de manière à obtenir que vous m'’accordiez ce « genre de mort. Ainsi, Seigneur, je prendrai u voire calice et j'invoquerai votre nom Jésus! « Jésus ! Jésus ! »
En attendant que son Sauveur lui accordât cette faveur, le P. de Brébeuf ne se contentait pas des souffrances attachées à sa vie de missionnaire des sauvages, Au milieu de tous les genres de privations, il exerçait sur lui-même toutes les rigueurs de la pénitence, et tourmentait son corps par des jeûnes, des veilles et toutes les austérités qu'ont pratiquées les saints, Encores’accusait-il de lâcheté et de tiédeur, et pensait-il n'avoir d’assurance de son salut que quand la bonté divine lui aurait donné occasion de souffrir. Il l'obtint : Notre-Seigoeur, que nous l'avons entendu invoquer tout à l'heure avec tant d’instances, lui préparait le genre de mort qu’il demandait ; mais il l’y menait par des voissadmirables, réservées ordinairement pour ses plus dévoués serviteurs,
Dès 1630, il lui inspire un désir ardent, comme
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LE P. DE BRÉBEUP. 261
nous l’avons vu, d'endurer tout ce qu'ont souffert les martyrs.
Quatre ans après, en 1634, Notre-Seigneur lui apparaît portant la couronne d'épines sur la tête, présage de celle dont les Iroquois doivent orner son front,
Après le désir et une image ébauchée, vint l’appel dans un symbole plus net et plus précis. À la veille de la retraite de 1637, Dieu lui montre pendant sa confession un tableau qu'il ne cessa devoir qu'après sa pénitence. Il apercevait deux soleils, jetant un très-vif éclat; entre eux, il y avait’ une croix dont les bras, le pied et le sommet paraissaient d'égale grandeur. À une des extrémités fleurissait un lys, à une autre se trouvait un Chérubin ; à la partie supérieure, il voyait la figure de Notre-Seigneur, dont la voix se faisait entendre intérieurement à son cœur et l'invitait à la croix.
L'appel devient ensuite plus clair encore et plus pressant, mais aussi plus tendre. Il vit alors Notre- Seigneur ne plus se contenter de lui inspirer le désir du martyre, ni de lui en montrer la figure, ni de l’y appeler par un choix de prédilection, mais se décharger de la croix qu'il portait, la poser sur ses épaules ; et comme le P. de Brébeuf s'offrait volontiers à la prendre, Notre-Seigneur se montra à lui « couvert de lèpre et sans beauté, » et reconnaissable seulement à ses plaies. C'était li-
mage saisissante de l’état affreux, où la rage de ses bourreaux devait le réduire lui-même un jour.
Que restait-il à faire à Notre-Seigneur, si ce n’est d’oindre la future victime, comme préparation prochaine à la lutte ? En effet, le 30 de mars de la même année « je me recueillais après ma « messe, écrit le P. de Brébeuf, pour écouter ce « que me dirait Nolre-Seigneur en moi-même, et « il me sembla voir comme une main qui, avec je « ne sais quelle huile, faisait des onctions sur « mon cœur, et sur tout mon intérieur ; cette vue « me remplit d’une paix ineffable. »
Le soldat était armé pour le combat, et le martyr était prêt à monter au calvaire. Avant d'en gravir les degrés, Notre-Seigneur et lui vont de concert, l’un par son inspiration, l’autre par sa fidèle correspondance, dresser le calvaire dans son propre cœur. Sous l'impulsion de la grâce il s’immola par le vœu le plus crucifiant, mais aussi le plus méritoire qu'il pût faire.
Ce vœu donnera le dernier coup de pinceau au portrait que nous avons tracé.
Pendant sa retraite de 1645, il s’engagea donc par vœu, comme le fera trois ans plus tard un autre grand serviteur de Dieu, le P. de la Colombière, à tendre dans toutes ses actions à tout ce qu'il croirait de plus parfait. Le voici tel qu'il le rédig ‘1-même, suivi des explications qui en
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règlent avec une rare sagesse l'étendue et les conditions.
« Désormais, au moment de la communion je « ferai chaque jour, avec le consentement du « P. Supérieur, le vœu de faire ce que je connaîtrai « être pour la plus grande gloire de Dieu et pour « son plus grand service. Ce veau aura deux règles: « 1° moi-même lorsqu'avec drciture, clarté et sans « aucun doute, je jugerai qu'une chose est pour la « plus grande gloirede Dieu; 2° le P. Supérieur ou « le P. Spirituel que je consulterai dans le doute « lorsque je le pourrai.
« J'ajoute comme explication : 1° ce vœu s'étend « à tout ce qui est de précepte ; de sorte que là où « il y aurait péché mortel en vertu du précepte, il « y aurait aussi sacrilége en vertu du vœu. Pareil- « lement, là où il y aurait péché véniel en vertu « du précepte, il y aurait péché vénielen vertu du « VŒU.
« 2° Dans les choses qui ne sont que de conseil, « mais qui sont importantes et de grave conséquence pour la gloire de Dieu, ce vœu m'engagera sous peine de péché mortel. Si la chose est « peu importante je ne m'engagerai que sous péché véniel.
« 3° Pour que dans une chose peu importante je « sois tenu par ce vœu sous peine de péché véniel, « il faut que je voie clairement et sans hésitation « qu'elle peut contribuer à la plus grande gloire