CC
il était permis de mettre en doute leur sincérité ou leur constance. Les missionnaires, pleins de regret mais non sans espérance, laissèrent les Hurons remonter seuls dans leur pays, et retournèrent à leur couvent en attendant des jours meilleurs.
Il en avait beaucoup coûté au P. de Brébeuf de n'avoir pu suivre les Hurons dans leurs déserts, mais la divine Providence lui ménageait un dédommagement, comme nous allons voir. En attendant, il se livrait avec ses frères à l’étude des langues indigènes, sans lesquelles leur ministère était sans action. Mais comment obtenir ce résultat pour des langues qui n’avaient pas de livres, dont le mécanisme était inconnu, et que l’on n'avait pas encore réduites en principes ? Malgré leurs ellorts, les missionnaires ne tardèrent pas à se convaincre qu'ils n’obtiendraient qu'un résultat bien imparfait par leur travail ingrat, Ils comprirent que dans ces commencements, le meilleur maître pour eux serait l’usage et la vie au milieu des sauvages, et le P. de Brébeuf fut l'heureux élu pour faire la première expérience. « Le P. de Bré- « beuf, écrivit le P. Lalemant à ses supérieurs en « Europe, qui joint à la piété la prudence et une « santé robuste, me parut le plus propre à ce « dessein. » Il reçut la mission de suivre dans leur chasse d'hiver quelques Algonquins, moins éloignés de Québec que les Hurons, Il partit tout
ar sincérité ou pleins de relaissèrent les ays, et retourant des jours
de Brébeuf de leurs déserts, ménageait un lons voir. En s à l’étude des leur ministère enir cerésultat de livres, dont e l’on n’avait
Malgré leurs rent pas à se qu'un résultat at, [ls comprits, le meilleur
vie au milieu t l'heureux élu
Le P. de Bré-
s supérieurs en udence et une s propre à ce de suivre dans nquins, moins , Il partit tout
LE P. DE BRÉREUF, 33
joyeux le 20 octobre 1625. C'était à une rude école qu’il allait faire son apprentissage. Il fallait vivre au milieu des bois, dans un isolement complet de ses frères, à quatre-vingts ou cent kilomètres de Québec, nourri et logé sous la tente d'écorce avec les sauvages, sans savoir un mot de leur langue. Cette vie allait au cœur généreux de l'apôtre, qui avait soif de privations et de sacrifices. Le lecteur peut la juger par la description que nous en a laissée la plume naïve et spirituelle du P. Le Jeune, qui parlait par expérience: « L'hi- « ver au Canada est beau, bon et bien long:
« Voilà ses qualités. — Beau, car il est blanc « comme neige, sans crotte et sans pluie. — Bon, « car le froid est rigoureux, et il y a partout
:« quatre à cinq pieds de neige. Il est parfois si
« violent que les arbres dont la peau est plus « dure que celle de l’homme, ne lui pouvant
.« résister, se fendent jusqu’au cœur, faisant un * « bruit comme d’un mousquet en éclatant. Le reste .« du temps, quoiqu'il surpasse beaucoup les gelées …« de France, n’a rien d'intolérable. Dans les pays
‘« les plus sujets aux maladies, il se trouve plus
« de remèdes; si le mal est présent, le remède
« n’est pas loin : là s’il y a du froid, il y a du bois.
« L'hiver est long; depuis novembre jusqu’à la € fin d'avril, la terre est toujours blanche de neige le et tout y est glacé.
« La vie dans les bois, avec les sauvages, a
nd NT SAP, AE RPM RER DEA RP Cu ER MU,
34 HUAONS Bi |A UQUUIS.
« quelque chose de plus pénible encore que le « froid de l'hiver.
« La cabane (1) se construit à chaque nouveau « campement. Sa base est un grand trou creusé « dans la neige sur lequel on plante une charpente légère formée de perches recouvertes « d'écorces de bouleau cousues ensemble. De « petites branches de sapin, répandues sur le sol, « servent de planches et de lit, Vous ne sauriez « demeurer debout dans cette maison, tant pour sa « bassesse que pour la fu mée qui suffoquerait ; et « par conséquent, il faut toujours être couché ou « assis sur la plate terre : c’est la posture ordinaire « des sauvages.
« Ce cachot a de grandes incommodités: le « froid, le chaud, la fumée et les chiens. Pour le « froid, vous avez la tête à la neige ; il n’y a qu’une « branche de pin entre deux, bien souvent rien « que votre bonnet. Les vents ont la liberté d’en- « trer par mille endroits, quand il n’y aurait que « l'ouverture d’en haut qui sert de fenêtre et de « cheminée tout ensemble.
« Ur, cependantlefroid ne m'a pastanttourmenté « quela chaleur. Un petit lieu comme sont cescaba- « nes s’échauffe aisément parun bon feu. D'aller à « droitsouà gauche vous nesauriez; carlessauvages
(1) Il s’agit de la cabare iégère et étroite que les sauvages dressaient dans leurs courses. Dans les villages, ils les conetruisaient solides et très-grandes.
ncore que le
que nouveau | trou creusé te une chary recouvertes nsemble. De es sur le sol, us ne sauriez , tant pour 8a ffoquerait ; et re couché ou ture ordinaire
nmodités: le iens. Pour le ] n’y a qu'une souvent rien liberté d’en- *y aurait que enêtre et de
nttourmenté sont cescabafeu. D'aller à rlessauvages
ue les sauvages os, ils les cons-