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vages et donner plus d'extension à leur œuvre, les
Missionnaires se divisèrent et formèrent deux stations. Le P. de la Roche d’Aillon alla s'établir au village de Caragouha (1) sur la côte ouest de la presqu'île huronne, et les deux Jésuites s’arrêtèrent à celui d’'Ihonatiria (2) auquel le P. de Brébeuf restitua le nomde Saint-Joseph, que lui avaient donné autrefois les Récollets.
Une consolation attendait là les deux missionnaires. Ils retrouvèrent encore debout la petite cabane bâtie par le P. Le Carron en 1615, et ils s’y retirèrent. C’est dans ce lieu que pour la première fois, l’Auteur de notre salut était descendu au saint autel sur la terre des Hurons. « On vit alors «a dit à ce propos l'historien américain Bancroft, « l’hostie consacrée que l'Église présente aux « princes et aux grands de la société européenne, « devenir le partage du plus pauvre néophyte « sauvage, qui allait apprendre dans la vie des fo- « rêts, à espérer un bonheur éternel et à redouter « les feux vengeurs. »
La position avantageuse de cette cabane, non moins que ses souvenirs, avait attiré les Missionnaires. Elle était à une petite distance du village,
(1) Ce nom disparaît peu après dans l'histoire, et est remplacé par celui d'Ü::ostane ou de Mission de la Conception.
(2) On trouve quelquefois /hortatu'ia, Jhonatari, etc. Champlain donne à ce village le nom de Ülouachar. D'autres l'ont appelé T'archen, Toachin, ete., sans qu on puisse se rendre bien compte de ces variantes. Sa position était à l'entrée ouest de la baie actuelle de Penetanqueschene.
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mais entièrement iolsée. Ils pouvaient s’y rendre facilement, et ils étaient en même temps soustraits à la vie bruyante et si souvent licencieuse des sauvages. Le P. de Brébeuf donnait un autre motif aux sauvages : Nous avons, leur disait-il, de graves affaires à traiter avec le Maître de la vie, Elles demandent la solitude et le silence.
Une fois installés, les Missionnaires s’appliquèrent d’abord à connaître le caractère et les usages des sauvages pour mieux entrer dans leur esprit et gagner leur cœur. À ce premier travail s’aoutait l'étude de la langue, pour laquelle, écrit, Champlain, le P. de Brébeuf avait une merveilleuse aptitude. Déjà un peu initié à son mécanisme, il parvint sans peine à se perfectionner. Malgré ses effonts et sa bonne volonté, son compagnon le P, de Noüe trouvait, surtout à cause de son âge, un tel obstacle à ses progrès qu’il finit par le croire insurmontable. Sans l’usage de la langue, que faire au milieu des sauvages ? Ses services pouvaient au contraire être utilisés avec grand avantage dans la colonie française de Québec. Son départ fut donc résolu. Dans l'intérêt commun, le P. de Brébeuf n’hôsita pas à ce sacrifice, et se résigna à un pénible isolen t.
Il allait devenir plus complet encore par le départ du P. de la Roche d’Aillon, avec qui il pouvait avoir des relations de temps en temps. Ce P. Récollet, fixé A'abord à Caragouha, avait tenté une
expédition apostolique au milieu de la nation Neutre, voisine des Hurons. Elle devait ce nom aux Français, parce que, située entre les Hurons et les Iroquois, elle ne prenait aucune part à leurs guerres continuelles, et son territoire ne devait jamais servir de théâtre à leurs conflits : mais rien ne vint confirmer les espérances données au P. de la Roche d’Aillon. Il trouva plutôt des cœurs hostiles. À la nouvelle des dangers qu’il courait, le P. de Brébeuf lui envoya une lettre pressante, pour l’engager au nom de la religion et de la colonie, où sa mort pourrait porter le trouble, à revenir chez les Hurons. Les sollicitations du Jésuite lui parurent sages et prudentes, et il s’'empressa de les suivre. Ce ne fut pas pour partager longtemps les travaux de son confrère, et meltre fin à sa dure solitude. Presqu’aussitôt, il fut rappelé à Québec, et le P. de Brébeuf n’eut plus pour confidents de ses pensées, et témoins de ses sacrifices, que Dieu et ses Anges.
Cependant une chose coûtait plus encore au cœur du P, de Brébeuf que sa solitude, c'était la stérilité apparente de ses œuvres. Il avait beau se dépenser auprès des sauvages, les visiter, s’entretenir avec eux, leur rendre tous les services que peut inspirer le zèle, il obtenait bien leur estime et leur affection, mais il ne venait pus à bout de remuer leur insouciante indifférence pour la foi. « Tes usages ne sont pas comme les nôtres, répon-
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LE P, DFE BRÉBFWF. 55
« daient-ils invariablement à la Robe Noire. Notre pays est si différent du tien, qu'il n'est pas possible qu'ils aient le même Dieu pour au- « teur, »
Un orgueil secret et surtout la vie iicencieuse Joints aux préjugés et aux pratiques superstitieuses, étaient des obstacles bien plus difficiles encore à vaincre pour arriver à lenrs cœurs. Ge triomphe ne pouvait être que l’œuvre du temps et de la grâce.
Le P. de Brébeuf attendait « dans la patience » l'heure du Seigneur. Cependant il allait tcnjours à la recherche des enfants malades et en danger de mort, et il leur ouvraitles portes du ciel. Il visitait les malades et les soignait souvent de ses propres mains, |] accourait surtout auprès de ceux qu’il apprenait être en danger, pour leur parler, s’il était possible, du Dieu qui console dans la maladie, et leur offrir par les sacrements de la foi, un accès à léternel bonheur. Pius d'une fois sa parole apostolique triompha de leurs résistances, et grâce à l'eau sainte Au baptême, il Jui fut donné d'envoyer au ici quelques élus de plus,
Une autre œuvre bien digne de son zèle, et qui devait être d'une grande utilité pour les futurs Missionnaires hurons, occupait une partie de son temps. [l entreprit la traduction du catéchisme du P. Lédesma, qui résume en quatorze lecons trèscourtes, tout l'enseignement de la foi : travail pré-
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cieux que Champlain a sauvé de l'oubli, en l'insérant, en 1632, à la suite de l’histoire de ses voyages, comme un curieux spécimen d’une langue inconnue jusque-là en Europe.
Telle était la vie du P. de Brébeuf pendant son premier séjour aux Hurons : mais s’il gaguait peu d’âmes à la foi, il avait eu le secret de gagner ies cœurs. Un fait qui tient du prodige, et que le Ciel accorda à ses prières, donna à son crédit une puisgance et un éclat nouveaux. Laissons la parole à l'homme de Dieu, qui en a inséré le récit quelques années après, dans la Relation des Missions de 1636. Ce récit révèle son zèle et sa foi, en même temps que son humilité.
« La sécheresse étoit extraordinaire partout, « mais principalement dans notre village et aux « environs. Je m’étonnois de voir parfois le ciel « chargé de nuées ailleurs, d’ouir bruire le ton. « nerre, tandis qu'en nos quartiers au contraire, « le ciel étoit très-pur, très-serein et très-ardent ; « il sembloit même que l'orage se divisoit pour « fuir nos contrées, Un certain sorcier, nommé « Téhoren-Haegnon, plus fameux que les autres, « étant prié de faire pleuvoir, réponlit qu’il ne le « pouvoit pas, et que le tonnerre qu’il supposoit « être un oiseau, avoit peur de la croix qui étoit « devant la maison des Francois ; que cette cou- « leur rouge dont elle étoit peinte, étoit commeun « fe ardent et flamboyant, qui partageoit les
en l’insé.
« nuées en deux, quand elles venaient à passer
de ses
ne langue « par dessus.
« Les capitaines du village ayant entendu ces dant son « nouvelles me firent appeler, et l'un d'eux me guait peu 1 « dit: « Mon neveu, voilà ce que dit un tel, que agner les ÿ « réponds-tu à cela ? Nous sommes perdus, car e le Ciel à « nos blés ne naissent pas et ne mûriront pas. Si ine puis- À « au moins nous mourions par la main et les parole à " « armes de nos pneu qui sont près de fondre quelques « sur nous, encore à Ja bonne heure ; nous ne siohs: da « languirions pas, mais si, étant échappés de n même « leurs fureurs, nous tombons dans la famine, « c'est bien pis. Qu'en penses-tu ? Tu ne voudrois partout, « pas être cause de Rats mort? Cela, après [ous étais « t'importe autant qu’à nous. Nous serions d'avis s Le ciel « que tu abattisses cette croix. Cache-la pour Be « un temps dans ta cabane ou cons le lac; ntraire, « le tonnerre, ne la voyant plus, n'aura plus ardent : « peur, et après la moisson tu la replanteras. » it pour « Je répondis: « Jamais je n’abattrai ni ne 1ommé « cacherai la croix où est mort l’Auteur de tous autres, « nos biens. Pour vous, si vous voulez le faire, ne le « avisez-y ; je ne pourrai pas vous en em êcher; )posoit À « mais prenez garde d'irriter Dieu et d'accroître 1 étoit : « encore votre misère. Croyez-vous à cet impos- Ga ï « teur ? Fait-il ce qu'il ou Depuis plus d'un an neun i « que cette croix est plantée, combien de fois at-il Are { « plu ici? Il n’y a qu’un ignorant qui puisse dire
« que le tonnerre la craint; car ce n’est pas un
I SR ANE oO AR EU RTS
animal, mais une exhalaison sèche et embrasée qui, élant renfermée, court ça et là pour sortir. Et puis que craint le tonnerre ? Cette couleur rouge? Otez donc aussi toutes ces figures et peintures qui sont sur vos cabanes. »
« À cela ils ne savoient que répliquer; ils se regardoient, murmuroiïient : c’est vrai, gardonsnous bien de toucher à cette croix; et cependant, ajoutoient-ils, Téhoren-Haegnon a dit cela. » Hs
« Il me vint alors une pensée : « Puisque, ajoutai-je, Téhoren-Haegnon prétend que le tonnerre craint cette couleur, si vous voulez, nous peindrons la croix en blanc, en noir, ou de quelqu’autre façon ; et si, incontinent après, il vient à pleuvoir, vous croirez que Téhoren- Haegnon a dit vrai; sinon qu'il est un imposteur. — C'est fort bien avisé, s’écrièrent-ils ; ainsi faut-il faire !
« On peint donc la croix de blanc; mais un, deux, trois, quatre jours se passent, et il ne p'euvoit pas plus qu'auparavant. Cependant tous ceux qui voyoient la croix se fâchoient contre ce sorcier, qui étoit cause qu’on l’avoit défigurée de la sorte.
« J’allai alors trouver les anciens : « Eh bien! a-til plu davantage qu'auparavant ? Étes-vons satisfaits ? » — « Oh! dirent-ils, nous voyons bien que Téhoren-Haegnon est un ménteur ;
t embrasée Jour sortir, tte couleur figures et
lier; ils se , gardonset cepenon a dit
Puisque, d que le 1S voulez, oir, ou de
après, il Téhorenn imposrent-ils ;
mais un, et il ne lant tous ontre ce curée de
h bien!
es-vorns voyons énteur ;
mais apprends-nous, toi, ce que nous devons faire, et nous t’obéirons. »
« Alors Notre-Seigneur m'inspira de les instruire du mystère de la Croix, de l'honneur que partout on lui rendoit et de Jeur dire que j'étoi: d'avis qu'ils vinsseut tous en corps, hommes et femmes, adorer la croix, pour réparer l'injure qu'on lui avoit faite.J'ajoutai que, puisqu'il s’agissoit de faire croître les blés, ils feroient bien d’en apporter chacun un plat pour en faire offrande à Notre-Seigneur, et que ce qu'ils donneroient seroit ensuite distribué aux pauvres du village. « L'heure est fixée au lendemain; ils ne l’attendent pas, ils la préviennent. La croix avoit repris sa première couleur, et j’y avois mis un crucifix. Nous faisons quelques prières, puis j'adorai Dieu, et baisa: ‘instrument de son supplice pour leur montrer comment ils devoient faire. Ils me suivirent les uns après les autres, apostrophant notre Sauveur crucifié, par des prières que la rhétorique naturelle et la nécessité du temps leur suggéroient. Certes, leur fervente oraison me donnoit de la dévotion. Bref, ils firent si bien que, dès la même journée, Dieu leur accorda de la pluie, et enfin une très-heureuse récolte avec une grande admiration de la puissancz divine. »
Le P. de Brébeuf conclut ainsi: « S'il y avoit ici quelqu'un doué du don des mir::les, ainsi
« qu'étoient les premiers apôtres qui ont annoncé « l'Evangile au monde, il convertiroit, à mon « avis, sans difficulté, tous ces barbares; mais « Dieu départ ses faveurs quand, à qui et com- « ment il lui plaît, et peut-être veut-il que nous « attendions la récolte des âmes avec patience et « persévérance. »
Le serviteur de Dieu ne se trompait pas dans ces appréciations sur la conduite de la Providence. Il était encore loin du terme de ses épreuves. Les tristes événements qui se passaient à Québec allaient le returder encore,
annoncé , à mon ‘es; mais i et comque nous atience et
pas dans ovidence, ives. Les
Québec
Détresse de la colonie. — Retour du P. de Brébeuf à Québec. — Compagnie des Cent associés. — Siége de Québec. — Énergie de Champlain. — Prise de Québec. — Conduite sacrilége du vainqueur. — Départ des Missionnaires. — Le P. de Brébeuf à Rouen. — Ses derniers vœux.
|Tandis que le P. de Brébeuf jetait seul, avec tant de peine et si peu de succès apparent, les fondements de la mission huronne] la colonie se voyait réduite à une détresse extrême. Le monopole ruineux, exercé par l'administration avare des marchands, devait y conduire infailliblement. Les efforts de Champlain pour conjurer ces malheurs, étaient impuissants. Ceux des religieux n’étaient pas plus heureux, et leurs missions étaient aux abois. Aux demandes qu’ils adressaient aux agents du commerce, ceux-ci répondaient invariablement: « Nous n’avons pas d'ordres pour vous assister, »
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Dans l'espérance de prévenir ces crues embarras, les Jésuites avaient renvoyé en Europe le P. Noirot, et ils l’attendaient avant l'hiver avec les secours qu’il aurait pu recueillir : mais l'hiver toujours si long et si rigoureux dans ces contrées approchaiït, et aucun convoi n’arrivait, On avait même appris que le P. Noirot était lui-même en Europe, aux prises avec des difficultés dont il ne prévoyait pas le dénouement.
Cette situation critique alarma avec raison le P. Ch. Lalemant, qui avait vingt-huit personnes à entretenir ; que faire ? Dans cette cruelle anxiété, il prit un parti extrême qui nous révèle toute la gravité de la position. IL s'embarqua lui-même pour l’Europe avec ses vingt ouvriers, devenus une charge trop lourde pour la mission. 11 voulait hâter l'arrivée des secours s’ils étaient prèts, les préparer s’ils ne l'étaï-nt pas, et porter plus efficacement ses plaintes à la Cour.
Le P. Lalemant laissa le P. Masse à la tête de ln mission. « Il accommoda ses frères le mieux qu'il « put, dit Champlain, achetant dix barriques de « biscuit du magazin au prix des sauvages, c’est-à- « dire sept castors par barriques, à un écu comp- « tant par castor. Il payait ainsi chèrement ce que « la nécessité demandait. »
Dans ces extrémités, le P. de Brébeuf avait recu l’ordre de quitter les Hurons, et de descendre à Québec. Ce fut un coup bien dur au cœur de
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l'apôtre. Il fallait abandonner son œuvre encore aux fondements ! Qu'allaient devenir ces deux années de souffrances et de travaux ? Il fallait s’arracher à ses sauvages devenus sa famille d'adoption, qu'il aimait comme saint Paul aimait les premiers chrétiens, et dont il était au fond plus aimé qu'il ne pensait. Son cœur se fendit en entendant leurs reproches et leurs adieux touchants, « Eh quoi! Echon (nom huron du P. de Brébeuf), « tu nous abandonnes! Depuis deux ans, fn vis
« avec nous pour apprendre notre langue, et nous ”!
« apprendrt à contiaître le Maître de la vie. Déjà « tu parles comme nous, mais nous ne savons pas « encore adorer et prier Dieu comme toi, et tu « nous laisses! Si nous ne connaissons pas le « Dieu que tu sers, nous l’appellerons à témoin « que ce n’est pas notre faute, mais la tienne puis- « que tu nous quittes. »
Le P. de Brébeuf ne pouvait répondre que par des larmes à ces touchants témoignages d'affection, et son cœur était brisé par la douleur, il se consolait pourtant dans l’espérance de revoir un jour ce théâtre de ses preniiers combats, et il rassura les sauvages eux-mêmes par l'espérance de son retour. D'autres épreuves plus poignantes encore atten- Jient 1e serviteur de Dieu à son retour à Québec. il venait partager les dernières souffrances de la colonie, et assister à sa ruine.
Le P. Lalemant était parti du Canada le 2 sep-
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teinbre 1627, -et à son arrivée en France, il fut agréablement surpris de voir le mouvement de réforme qui commençait à s'opérer dans les affaires de la colonie. Les plaintes si souvent formulées contre l'administration des marchands, avaient enfin trouvé de l’écho auprès du gouvernement, Le Cardinal de Richelieu, alors à l'apogée de sa puissance, avait résolu d’y porter remède. Il obtint sans peine que le vice-roi, le duc de Ventadour, renon(çdt à ses droits dans l'intérêt de la colonie.
Je Cardinal forma une administration sur un plan tout nouveau. Les anciennes sociétés des aarchands n'ayant pas rempli leurs engagements, furent supprimées. Il leur substitua une Compagnie de cent associés dont les lettres patentes fureut signées par Louis XIII au camp de la Rochelle, le 25 avril 1627. Tous ses membres étaient animés des motifs les plus purs, et les plus sageg mesures semblaient prises pour assurer la prospérité et le bonheur de la colonie; des revers de toute nature vinrent déjouer tous les plans et ruiner les plus belles espérances.
Dans le désir de subvenir aux besoins les plus pressants, la nouvelle Compagnie expédia au plus tôt au Canada un navire chargé de vivres, ?
fut capturé par les Anglais, que de avaient avertis de son départ. 5 >n acharnés de la prospérité de la France autant que de sa religion, ne s’en tinrent pas là. Ils crurent
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le moment favorable pour s'emparer de la colonie française, dont ils connaissaient la détresse. Ils mirent à profit les services d’un traître, David Kerkt, calviniste de Dieppe, qui s'était réfugié en Angleterre avec ses deux frères, et ils lui donnèrent le commandement d’une escadre avec ordre de fermer le Saint-Laurent à tout secours venant de France, ct de s'emparer de Québec.
Kerkt s'avança jusqu'au cap Tourmente, à 26 kilomètres de Québec, et le 3 juillet 1628, il envoya sommer Champlain de se rendre.
L'état de détresse de cette ville infortunée avait toujours été croissant. Sa seule ressource était dans l'énergie et l’activité de son intrépide gouverneur. Il fit à l'Anglais une réponse que l'histoire peut mettre au rang de ses belles paroles : S'il « a envie de nous voir de plus près, lui fit-il dire, «qu’il s'achemine,etne nous menace pas desi loin.»
Cette ferme contenance en imposa à Kerkt, et il n’osa avancer dans la crainte que la place ne fût en meilleur état qu'il ne pensait. « Cependant, « ajoute Champlain, chaque homme était réduit à « sept onces de pois par jour, n'ayant plus alors « que cinquante livres de poudre à canon, plus de mêches et de toutes autres commodités, mais en « ces occasions bonne mine n’est pas défendue. »
Champlain comptait un peu sur la flottille des Hurons avec lesquels devait descendre le P. de Bréfeuf. Leurs canots arrivaient ordinairement
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chargés de blé d’Inde: mais en abordant le 17 juillet, ils n’en apportèrent que deux sacs sur lesquels tout le noude se jeta. « IL fut hors de ma « puissance, ajoute Champlain, d'en avoir ni peu, « ni prou (1). Il ne m’eu fut pas même offert une t écuellée. Toutefois, je prenais patience ayant « toujours bon courags. »
Ce retour du P. de Brébeuf ne ramena donc pas l'abondance à Québec, mais il vint partager les épreuves de ses frères et des colons, et les aider à les supporter. Elles étaient loin en effet de toucher
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à leur terme. Il fallait se préparer à passer l'hiver
dans un dénuement presque complet. « Il y avait « dans J’habitation, écrit le Récollet Sagard, « quatre-vingts bouches, dont les dents croissaient « comme l'herbe en bonne terre, faute d’avoir de « quoi les employer. » Il fallut toute la prudence et l'énergie de Champlain, et l'influence morale des Missionnaires pour prévenir les désordres qu’engendrent ordinairement ces grandes calamités. Mais la Providence allait donner à cette crise une solution triste et imprévue.
Ignorant ce qui se passait sur le Saint-Laurent, la Compagnie des cent associés avait fait de grands préparatifs pour envoyer au Canada en 1628, une flotte de cinq vaisseaux, munis de secours de toute nature. Eile était commandée par M. de Koque-
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