HUSS ET L'ÉGLISE ROMAINE
l'arcbeTêqne Zbjaék et les livres de 'Wiclif. — Tentatives de conciliKtioa. ^ HuBs et la papauté. — Les indulgences. — Uusa en exil,
Le décret du 18 janvier 1409 avait atteint indirectement
l'arehevÈque de Prague, Zbjnek, en donnant la direction de
l'Université au parti favorable h la neutralité. Zbynek per-
aùta cependant daaa une résistance dont l'issue était désor-
mwB prévue et refusa de reconnaître Alexandre "V. Le roi,
*res irrité de rencontrer de nouveaux obstacles au moment
o" il espérait en avoir fini avec toute opposition, ordonna
de saisjf les biens des prêtres qui ne se soumettraient pas
*"! décrets du concile de Pise : l'archevêque lança l'interdit
sur la viiiede Prague. La nouvelle de la nomination d'Alexan-
^ » avait été accueillie avec la plus vive joie par Huaa et
^mîB, aussi jugèrentrils eévèrement la conduite de l'ar-
•^lûvôqyg et ne tinrent-ils aucun compte de l'interdit. L'agî-
""Ou ^andissalt : le peuple, excité par des prédications
*™ûQte8 dont les mt^tres virent trop tard le danger, obéît
aux. Oïdres de Vaclav avec un enthousiasme menaçant. Les
bieug ^y clergé furent pillés, plusieurd prêtres maltraités.
"■* He respectait plus iea ecclésiastiques, et si quelque laï-
V^^ essayait d'intervenir, il était aussitôt dépouillé et chassé
°^ la ville (l). Ces désordres, qui ne sont que le prélude
W Compilatio chronobfica, ciU par Hdfler (Uag. Huss, p. 289).
DiatizeabyGoQt^Ic
(l'éTéDements plus terribles, marqaent le commencement d'une période nouvelle : les sermons de Bethléem ont retenti dans le pays tout entier, enflammé tous les cœum, et les novateurs comptent des partisans jusque dans les campagnes les plus reculées et les villes les plus lointaines (1) ; mais, h Prag-ue surtout, an milieu de cette population nombreuse, mobile, troublée par d'anciennes rivalités et des haines héréditaires, ils entnutnent b leursuite une foule enthousiaste et passionnée. Ces disciples nouveaux et fougueux prennent bientôt dans la Réforme un rôle actif, ils n'hésitent pas devant les conséquences des principes qu'ont posés les maîtres : pour rendre à l'Église sa pureté primitive, ils dépouillent les prêtres de leurs biens; pour défendre la liberté de la parole de Dieu, ils outragent ou maltraitent les représentants de l'autorité ; c'est le moment où la lutte, jusque-là théorique, prend un caractère pratique, où les actes succèdent anx paroles, où les idées deviennent des faits : la Réforme se change en Révolution.
Cette révolution ne fut exempte ni de violences ni d'injustices : h plusieurs reprises, les docteurs reculèrent effrayés devant les excès d'une foule en délire et plus d'un fut mordu au cœur par le doute et le remords ; aujourd'hui encore, l'historien se sent pénétré de tristesse, au moment où il est condamné h quitter la région sereine des recherches intellectuelles et où il voit s'ouvrir devant lui une longue période de luttes sanglantes et trop souvent criminelles. Il serait si doux de voir ceux qui combattent pour la liberté et le droit garder toujours plus de modération que leurs adversaires et laisser les cruautés et les injustices aux défenseurs des abus et de l'autorité absolue. Rêve Irréalisable! la nature humaine reste imparfaite, même dans sesplus généreux élans vers l'Idéal ; la Réforme devait essayer, sous peine de n'être qu'un inutile jeu d'esprit, d'accomplir les transformations qu'elle croyait nécessaires; elle était condamnée à toucher la terre et allait s'y salir de boue et de sang. Heureux ceux qui, comme Huss, surent se défendre de ces entraînements, restèrent cléments dans la bataille, et moururent avant d'avoir vu leurs espérances flétries et (!) V. la laUra de Hua» aai babitonU de Laua; (Doc., p. 10).
DiatizeabyGoQt^Ic
lenra congcienced troublées par des malheurs irréparables. L'effervescence ^nôrale força l'archevêque à de sérieuses réflexions. Alexandre V avait été reconnu par presque toutes les Dations de l'Enrope. Zbynek se résigna. Mais il g-arda QQ long ressentiment de l'échec qu'il avait subi et résolut de se venger de Husa qu'il en rendait particulièrement respon- B^le. Dès lors, il mit nn acharnement étrange b poumuivre BOD ancien favori ; il reprit pour son propre compte la lutte dans laquelle il n'avait été auparavant que rinstrument Indif- Kreat du parti anti-réformateur. De nouvelles plaintes Avaient été déposées contre Huss (1409) {1} ; il les accueillit ^vorablement et lui ordonna de comparaître devant l'iaqui- Eiteur Maurice Rvacek; ces accusations n'étaient guère d'ailleurs que la reproduction de celles qui avaient été présen- *^ à l'archevêque en 1408. On reprochait à Huss ses atlalues contre le clergé etson admiration pour Wiclif : un seul P'^'Qt Tiaatt le dogme et Huss protesta contre les paroles ^Oq luiattribuait (2). Malgré le mauvais vouloir de l'inquisiteur et de l'archevêque, ces griefs ne suffisaient pas pour condamner le prédicateur de Bethléem, ils ne désespérèrent pas de l'atteindre indirectement par une suite de mesures générales.
Les circonstances cependant étaient difficiles : Alexandre Y, instruit de la longue opposition de l'nrchevèque, devait quelque reconnaissance aux mattreg bohèmes; lorsque Zbyoek avait ordonné de remettre tous les livres de Wiclif à une commission chargée de les examiner, cinq jeunes gens avaient refusé d'obéir et en avaient appelé à Rome. Le pape accueillit leur recours et ordonna & Zbynek de venir se justifier devant lui. Mais la cour pontificale prit bientôt
(ODoctuD. p. 104.
(Q U ptincipal aultar de cet ac(« d'sccasa^on iuit Jean Protiva, ftudea ■"^^ÙïMllr de Delhléem. Huas aurait dit qu'en prèlre en péché mortel ne P<B( pu consacrer l'hoalie ou consommer les sacrements. Tous ceux qui out ■nui mil sermons, répond Huss, safent que j'ai prâclié le contraire ; j'ai dit 'fila mauTaif prëtn coiuaere aussi biea qu'un bon : la grâce divioe agit Hi u DuaTM* comme par nn bon prél^ (Do£., id.). Tous les livres de ^* prouvent clairement que c'iiait bien lA «n ellét ce qu'il croyait et en-
DiatizeabyGoQt^Ic
uDeattitude toute différeute. Les envoyés de l'arclievôque, le cliaiioiiie Jiaoch et le fraociscaÏQ Jaroslav, évêque in partibua de Sarepta, trouvèrent, dit-oa^ des argument» irrésistibles, et, le 20 décembre 1400, Alexandre V chargea Zb;nek de former une commission de six membres qui devrait examiner les livres de Wiclif et arrêter les progrès de l'hérésie. Il était défendu de prêcher partout ailleurs que dans les cathédrales, les églises paroissiales et les chapelles des couvents {1). Le pape annulait d'avance tous les appels contre cette bulle (2).
Cette mesure produisit en Bohème une sourde colère (3) ; elle semblait en effet ajouter foi à ces accusations d'héréele qni avaient déjèi si fort inquiété Yaclav et que tousles Cèques mettaient leur amour-propre national à éviter. Malgré leur intime conviction qu'ils étaient d'accord sur tous les points avec l'Église catholique, les mc^tres bohèmes sentaient les soupçons grandir autour d'euxj d'autant plus irritants qu'ils étaient plus vagues et ainsi plus difficiles à détruire. Les étudiants qui avaient quitté Prague étaient autant d'accusateurs répandus dans toute l'Allemagne ; exaspérés par ces calomnies toujours réfutées et toujours répétées, ils espéraient ramener l'opinion à force de réserve et de sagesse ; les plus fougueux cherchaient à ne donner aucune arme contre eux : Jérôme de
{l)Docani., p. 375 : Necflsaarium ait prohiberi, ne per aligaos, e(iain al sint super hoc apostolleo vel alio quorie iodulto muniti, pradicaUoneE (tat Mrmoii«* ul populam fiant, niii ia eathadralibui, coUegi&tii, panichiftlibna ant moDWteriorum ecleiua wb earum cemitariui... Ca n'était carie* pas la première tenUtive qui était f^ite pour arrêter tes prèdicatioca de Bethlêam. Noua aaTona en eCTet que Krif, le damier aurvirant daa fondatenn de la chapelle, arait demandé à Qrégoire XII de confirmer Isa bnllea préoédsntàa, et cette demanda avait été aana doute déterminés par dea maaacei &nalogaet à celle qui venait d'aboutir. Kri^ reîut une buUe tràa Batteuse du papa (14 mai 1408), dana laquelle Grégoire XII ordonnait & l'archeTêque de cooaacrer en aon nom la chapelle de Bethléem. Quand la balle arriva, l'archeTêque était déjà mal diapoté pour Hnaa et il ne donna paa niite à cette attire.
(3) La bulle est du 30 décembre ; celle par laquelle le pape ordonnait & Zbynck de venir se juatifier !i ILoma est du 3 décembre. On expliqua ce bniique revirement par dea présenta qu'avaient apporléa à Meiandre V Jinoch et Jaroalar.
(3) Bile arriva à Prague le 9 mm 1410. U. Lecbler dit 1409, mai« ce ne peut être qn'une faute d'impretaîon.
Di3tizeabyG00»:^Ic
Prague lui-même, si bouillant, si impétueux, se gardait de tontexcèsdeparole*, lors de la grande discuBsiouda 1410, après s'être plaint dans un discours éloquent des soupçons injastoa dont les Bohèmes étaient l'objet, il s'était efforcé de prouver lenriDanitéitout en reconnaissant qu'il avait trouvé beaucoup de vérités incontestables et utiles dans les livres de Wiclif, U avût déclaré hautement qu'il repoussait toutes les hérésies qu'ils pouvaient convenir et recommandé aux étudiants une grande prudence dans la lecture et l'étude de ces lîyns (1). Et c'était b ce moment-là que l'archevêque, par une sorte do trahison, s'unissait aux ennemis d« son peupla et aauctionnait leurs accusations de son autorité ! qu'il arrachut ftu pape abusé une bulle qui était une véritable mise GD suspicion de la Bohême ! Malgré la clause du décret pontifical qui annulait d'avance tous les appels, Huas en appela >nr le champ au pape mieux informé, en s'appuyant sur la déclaration antérieure de l'archevêque, qui avait déclaré le diocèse purdetoutehérésie.MaisZbynek, sûr désormais d'être BOntenii par la cour romaine, pria la commission d'enquête et d'examen de terminer rapidement ses travaux. Le résultat n'était pas douteux; le 16 juin 1410, l'archevêque, sur l'avis de la commission, défendit de soutenir et d'enseijrner les articles hérétiques contenus dans les livres de Wiclif, interdit tonte prédication dans les maisons particulières, c'est-^ dire dans les chapelles, et décida que lee livres qui lui avaient été remis seraient brûlés. Ceux qui avaient jusqu'alors refusé de livrer leurs exemplaires, devaient les apporter sut le champ, sous peine d'excommunication (2].
[I) Lm dùciusions joiiai«Dt aion un grand rôle dans lei UuiveniUs : à
fngne, il ; en aTait uae régulièrement ;ous lei samedis. Maîa la plus im- IwrUiiW et la pliia hrillanle était une discusaion annuelle qui commençait le * J*0'ier et durait plusieura jours (dieputatio da quolibet). X.e président (^nwlUbetariai} était élu 6 moii à l'avance. Ea 1410, ce fat Malhias de *■"*, Le» couMiller* de Prague, lei ambaiiadeurs des ducs de Bourgogne *''ieBrabant y assistaient. La discours de Jérdme a été publié jar Hofler '"t il!) : seulement il l'attribue à Huas, et te place en 1409. M. Tomet a tfKii qu'il ifgii l'cauTre de Jérûme et qu'U a été prononcé ea 1410. (Dejepis "■^ï.p. 479).
W Docnm. p. Ï79.
DiatizeabyGoQt^Ic
Husa poussé h bout accepta la lutte : 11 obtiat de l'Uaiversité qu'elle ae prononçât par deux fois contre le décret de l'arclievêque (1) et qu'elle priât le roi de s'interposer. Ainsi couvert par les plus bautes autorités li^'que et ecclésiastique de la Bohâme, il adressa au pape un second appel. Il avait appris la mort d'Alexandre Y et il espérait que son successeur, libre de toute déclaration antérieure, se montrerait plus bienveitlaut. Il voulut donner une plus g-rande force & sa protestation en y associant ses Sdèlesde Bethléem. N'étaitil pas naturel qu'aux calomnies de ses adversaires il opposât le témoignag:e de ses auditeurs ordinaires ! A plusieurs reprises déjà il les avait fait juf^es desaconduite, et il s'était peu k peu habitué à parler dans ses sermons des grands événements qui intéressaient la Bohème et l'Ég-lise : c'était une sorte de tribune d'où la voix du prédicateur retentissait dans le royaume tout entier. Huss était fort loin de voir dans cette conduite rien qui ressemblât à une tentative de révolte, 11 était toujours le fils soumis de l'Église, il ne demandait pas h ses amis de choisir entre le pape et lui, mais de s'agenouiller avec lui aux pieds du pontife pour lui montrer en toute bumilité le piège que lui tendait l'Antéchrist. Et cependant dans cet acte, que Huss accomplissait avec toute la tranquillité d'une conscience sûre d'elle-même, il y avait en germe une révolution, et la plus grande peutêtre de celles qui ont agité le monde. Ce peuple, qui prenait ainsi parti pour un simple prêtre contre l'archevêque et le pape, s'arrogeait en réalité le droit de juger la conduite des chefs de l'Église: la barrière qui séparait les clercs des laïques était forcée, sinon brisée ; le sanctuaire était envahi. Huss était le complice inconscient et le précurseur involontaire de la grande révolte qui allait remplacer l'oligarchie du moyen-âge par la démocratie taborite.
Une foule ardente était accourue, aussi nombreuse que lorsque HuFs louait le décret du 18 janvier ou enflammait le courage des Praguois contre les Misuiens. Huss lut d'abord la bulle du pape. Et mol, je déclare, ajouta-t-il, et j'en remercie Dieu que je n'ai trouvé aucun hérétique eiV
(J) Doc, p. 3«6.
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Bohême, Ces accusations ne Bont que mensonges! — Meu- Bong'es, mensonges, répondirentles assistanta. — Huss attaqua ensuitesaosménagenmnt la conduite du pape qui accomplissait les prophéties, en persécutant l'Evangile et la foi chrétienne. J'ai fait appel, dit-il en terminant, des coudamnatiouB de rarchevêqae, je fais appel de nouveau, Youlez-vous me sontenirî — Oui, oui, reprit la foule, nous te soutiendrons (1). Le 25 juin, on lut en effet dans la chapelle de Bethléem l'appel de Huss et des maîtres, bacheliers, étudiants, seigneurs, chevaliers et bourgeois qui s'étaient joints à lui. Était-il raisonnable, demaud&ient-ils, de brûler des livres de philO' HipMe, de morale, de mathématiques, de physique, dans lesquels étaient traitées des questions purement scientifiques?... En admettant même que les livres de Wiclif fussent hérétiques, fallait-il pour cela ne pas les lire? Le meilleur iQo;en de combattre l'erreur n'est-il pas de l'étudier? Comment la réfuter, si on ne la connaît pas? Les signataires de l'appel protestaient du reste da leur fidélité à l'Église et déclaraient en présence de tous qu'ils ne soutenaient aucune hérésie, daus quelque livre qu'elle se trouvât (2). Ils discuttùent ensuite l'interdiction de prêcher dans les chapelles, rappelaient l'exemple et les paroles du Christ qui avait ordoané k ses disciples d'enseigner partout, et en toute liberté, la vérité éternelle et divine. C'était \h le point vif du débat 6t il est évident que Huss avait été bien plus sensible encore au décret qui fermait sa chapelle et interrompait ses sermons qu'à la condamnation des Livreâ de Wiclif. Il était meoacé, arrêté dans l'œuvre h laquelle il avait consacré sa fie tout entière : on lui demandait d'abandonner ce peuple qu'il conduisait ^ Dieu, on lui imposait une défection, une ^hîson. Il était résolu èi ne pas y consentir. Mieux vaut abéir à Dieu qu'aux hommes dans tout ce qui est nécessaire an salut (3) ; il préférait mourir que perdre son âme,
L'archevêque écrivit au pape pour prévenir l'effet de cet ^pel, accusa Huss d'avoir propagé l'hérésie et pria
WDoL, p. 4(B.
lî) 11, p. S93.
(3)11, id.
Jean XXO de le citer devaat la cour romaine et de le punir. Puis, il résolut de frapper les esprits par un coup d'éclat. Mal^é riaterreutioQ de Yactav qui espérait encore éTÎter une rupture ouverte, il exécuta l'arrêt de la commission d'enquête. Le 16 juillet, il réunit son chapitre et un g-rand nombre de prâb-es dans la cour du palais arcliiépiscop^. On apporta lea livres de WicUf : il y avait environ deux c«its volumes, quelques-uns richement reliés, on les jeta sur un bûcher et on les brûla, pendant que les cloches sonnaient le glas et que les prêtres chantaient le Te Dwm (1). Deux jours après, Zbynek excommunia Huss et tout ceux qui en avaient appelé au pape avec lui.
L'effet de ces mesures fut tout différent de celui qa'avait attendu l'archevêque : les prédicateurs de la Réforme étaient dès lors trop avancés pour reculer, toutes les mesures de rigueur n'eurent d'autre conséquence que d'exaspérer leurs partisans. La destruction des livres de Wiclif n'intéressait guère que les membres de l'Université : elle fut ressentie par tout le peuple comme une Injure nationale. N'était-ce pas la Buite de cette sorte de conspiration contre laquelle les Bohèmes se débattaient en vain et qui tendait h. les représenter tous comme suspects d'hérésie. « Zbynek a brûlé les livres >, chantait-on, — < Zbynek a allumé le feu — Pour insulter les Cèques. — Malheur à toute cette prôtraille sans foi ■ (3). D'autres chansons raillaient l'ignorance de l'archevêque A B C D qui avait brûlé les livres, parce qu'il ne pouvait savoir ce qu'il y avait dedans. Des placards injurieux furent affichés dans les rues. — Le grand succès 1 disaient les étudiants; ABC Da brûlé quelques exemplaires de Wiclif, il ne nous eu manque pas d'autres : qu'il s'avise encore de nous les demander, il verra comme noue lui obéirons. Nous le forcerons même & nous remplacer ceux qu'il nous a pris > (3).
L'excommunication fut l'ociusion de nouvelles scènes de violence : dans l'église métropolitaine le tumulte fut tel que
(i) Chron. UdItbm. (Hôf, I, p, ït).
(S) Hall,,!, 622.
<3> P«t, ibei. ftaecd.,IV,386.
DiatizeabyGoQt^Ic
le prâtre gui célébrait la grand'mesae et les quarante autres iini l'entouraient furent forcés de prendre la fuite. A Saint- Ëtienne, le curé qui blasphémait (1) fut attaqué par sis hommea armés et très maltraité. I/effroi fut tel que les autres ptètrea refusèrent de fulminer l'excommunication (2). Le parti de l'archevêque répondit à cea violences par d'autres violences. Plusieurs personnes notoirement favorables h, la Réforme forent arrêtées et battues (3), mais la majorité était évidemmeQtducôté de Huss. Celui-ci, impuissant à contenir la foule, se tenait & l'écart de ces manifestations tumultueuses, il ne montait en appeler qu'à la libre discussion. Sur sa proposition, les maîtres de l'Université défendirent les traités de ^iclif dans une assemblée publique : les discours des professeurs empruntèrent & la gravité des circonstances une P^iaioo, une netteté et une vigueur assez rares dans ces »Dip3 de subtilités philosophiques ; plus d'un, emporté par Ja discussion, commença dès lors h émettre des opinions véritablement hérétiques (4) : la lutte a pour effet inévitable d'accuser les divergences et d'aeculer les adversaires à des conclusions devant lesquelles ils auraient reculé tout d'atiord.
Vaclav ne savait auquel entendra et était fort indécis : cependant, il était partisan de la liberté absolue de la prédication, avait été surtout froissé des accusations d'hérésie que contenait la bulle d'Alexandre V, de la précipitation et de la violence de l'archevêque. Aussi se prononça-t-il en bveatde Huss; il défendit, il eatTrai, déchanter les satires composées contre Zbynek. mais il lui ordonna d'indemniser les étudiants et les professeurs dont il avait brillé les livres, n écrivit en même temps & Jean XXUI et loi demanda de ne pas confirmer les bulles de son prédécesseur (5). La reine,
(I) C'm-iL-dire qui lisait reicommunicatioa. t^ChroD. UaiT., Hof. I, p. SI.
^BiaHtelop., p. 12 •! 13.
(4)I)ocuin.,p. 399. Le diseoara d«Hast a été publié; c'«st carUùnemenI ooedeHiauTTes las plus remarqnablM.
(^DoenM. p. 410. — 10 MpMmbra 1410.
DiatizeabyGoQt^Ic
plusieurs seigueurs, les conseillers de la ville écrivirent au pape dans le mâme sens (1). Le mécontentement de Vaclar s'accrut à la nouvelle que le cardinal Otton de Oolonna avait félicité l'archevêque de son énergie et cité devant la cour romaine Husa, dont l'appel était rejeté (2). Le roi répondit par une lettre violente : il tioulait que le pape imposât silence aux deux partis, mais il voulait surtout qu'on dispensât Huss de comparaître en personne, car il était indigne du royaume « de livrer à la discrétion de ses ennemis un prédicateur si utile et de plonger dans la consternation une Immense multitude > (3) . Huns adressa au pape la même demande et il cliargeaJeaude Jesenice.aon ami, de le représenter k Bologne : sortir du royaume, pensait-il, c'était courir & une mort certaine (4); certes, alors déjb, il n'eût pas reculé devant le sacrifice de sa vie, mais le moment n'était pas venu, croyait-it, où sa mort pourrait servir au triomphe de la vérité.
A ce moment, Husa regardait l'avenir avec confiance : la protection du roi non-seulement le mettait à l'abri de tout danger personnel, mais attirait & sa cause bien des courages timides et des esprits indécis. Jusque-là les attaques du clergô avaient eu pour unique résultat de prouver à tous son impuissance: sa tactique même s'était retournée contre lui; à force d'accuser ses adversaires d'être des disciples de Wiclif, il avait fait naître l'hérésie qui n'existait pas : le Dialogue, le Trialogue, le Discours sur la Trinité avaient été lu», commentés, discutés, loués : Hues était dépassé sur beaucoup de points et un grand nombre de maîtres et d'étudiants acceptaient des doctrines ouvertement contraires k la doctrine do l'Église. Dès 1408, le prieur du couvent des Chartreux de
fl) Docum., p. 41t-4U.
Il momaDt où Tenaient de putir tes et de la reine.
(3) Docum., p. ai.
H). La principale raiwin qu'invoqua Hum étù% le pan de sécnriié des rontea. IL dtait penuadi çu'il Heroit mia & mort dis qu'il entrerait en Allemagne, Ces craintes n'étaient pas feintes ; on te voit bien par l'étonnemenl qu'il montre, lors de son départ pour CoDstance, do l'accueil que lui font les populations.
DiatizeabvGoOgle
Doiab, près d'Olomac, pousse un cri d'alarme : « Gortaina maîtres du parti de Wiclif, après avoir parcouru les pays étraD^ers, fout retentir maintenant de leurs hurlements affreux et de leurs funestes trompettes tes cours des princes, les salles de l'UnîTersité, les maisons du peuple et même les cloîtres et Ibs maisons Bolitaires des Chartreux > (1). Les tristesses et les Inquiétudes que faisaient naître dans l'âme de Hnss les eza^rationa de quelques-uns de ses disciples ne résistaient pas aux nouvelles favorables qu'il recevait du dehors. Les représentants de l'archevêque de Prague auprès du pape voulaient obtenir de l'Université de Bologne qu'elle brûlât les livres de Wiclif. Le doyen de la foculté de théolog'ie, Thomas d'Udine, convoqua tous les maîtres de Bologne, de Paris ou d'Oxford qui se trouvaient dans la ville. Une très forte majorité refusa de suivre l'exemple de Zbynek. Les considérants que l'Université ajouta à sa résolution lui donnèrent une gravité particulière ; elle déclara qu'elle ne voulait pas blesser l'Université de Prague et reprit la plupart des arguments de Huss et de ses amis (2). En Angleterre, tous ceux qui étaient restés fidèles au souvenir de Wiclif suivaient avec intérêt le mouvement bohâme. Un ancien compagnou de Wiclif, Richard Fitz, écrivit à Huss une lettre qui fut lue devant dix mille auditeurs et dans laquelle il le félicitait du zèle qu'il avait déployé jusqu'alors pour la cause de la vérité et l'exhortait à ne pas se laisser troubler par les pièges de l'Antéchrist ^3). Huss le remercia dans une lettre admirable:
(1) Pu, tlw(. «DBcd. IV. 8,p. ISO. ÈOenne ds DoUn, + MSI, mérita d'BtM •anominé Ui marteau de Hnidie*. II fnt an moiDa nn de leurm adT«naires Im plus ardcDt*. Éiienne est un ferTent patriote et il déplora K ce titre l'innaioa da fhiréiie et la aonillure de la gloire bohème jatqn'alora intante. Il tcriTÏteiillOSIaMadaUatritîci seu Anli-W;kleffui, pabLié an 17ï3parPM ThMMtnu anecdotonmi, IV {de la colonne 149 ï la colonne 30D). Le trait la plu remarqnable de ce travail, qui conaiila «urtout eo ditensBion* théologlqoM diffiuei et fort enanjeniea, eai la haine penounallaen qaalque lorta de l'aotenr contre Wiclif. Quelquefoit, il le prend à parti, la presse, l'accable d'inTectÎTea. On voit qu'il a peur de lui, ce qui praOTO lea progrès ds lea doctrine*.
{tl DacuDL, p 417.
(!i) Hôner, II, StO-818.
DiatizeabyGoQt^Ic
« Déjà, dit-il, le peuple qui marchait daiiB les ténèbres s va la grande lumière de Jésua-Chriet ; les rayons de la vérité sont apparus k ceui qui habitaient les régions obscures de la mort Apprends, mon très cher frère, que le
peuple n'a plus d'oreilles que pour l'Écriture sainte, surtout l'ÉTangile et les Ëpîtres; partout, dans les cités, dans les Tilles, dans les châteaux ou les villages, partout oii arrive un prédicateur de la vérité sainte, accourent en foule les
populations; elles méprisent le clergé indigne Satan est
en fureur, tantôt il nous calomnie et nous accuse d'hérésie, tantôt il nous flatte ; il multiplie les flammes de la censure, promène dans les diocèses voisins la torche de l'horrible excommunication, mais, dans notre pays, il ne peut encore atteindre ma tête ; l'heure n'est pas venue, le Seigneur n'a pas fini l'œuvre qu'il m'a confiée è. moi et à mes frères, il n'a pas arraché de la bouche de Béhémot tous ceux qu'il a prédestinés au salut. Aussi donnera-t-il la force à ceux qui évangélisent jusqu'à ce qu'ils aient broyé complètement la tète et les membres de Béhémot. Nous le désirons de
tout cœur Pour Lui nous devons souffrir humblement la
mort L'Église du Christ en Bohème h l'Église du Christ
en Angleterre i (1). Cette lettre confirme les plaintes du prieur de Dolan, elle nous donne surtoutune idée de la fermeté douce et résignée du maître, de son inébranlable confiance, de cet oubli de lui-même qui contribua dans une si large mesure k lui gagner tous les cœurs et qui eu fait une des personualîtés les plus séduisantes de l'histoire.
Malheureusement pour Huss, ces témoignages de sympa^ thie inquiétaient la cour romaine et le rendaient suspect. N'étaient-ils pas en effet l'irrécusable témoignage des désirs de Réforme qui fermentaient dans toute l'Europe chrétienne 1 Les ardentes espérances qui avaient entouré la réunion du concile de Pise, avaient été suivies d'amères déceptions. Aucun abus n'avait disparu: jamais les prélats n'avaient été plus avides, les exactions plus dures; on avait rêvé l'unité, on avait un pape de plus ; à cdté d'Alexandre V
(1) Docum., p. U-li.
DiatizeabyGoQt^Ic
et de Jean XXIII, Benoît XIII et Grégroire XII comptaient encore des sujets, d'entant moine disposés à se rallier qu'ils tiraient plua d'avantages du scMsme. Du concile de Pise, il n'était resté qu'un immense découragement, la défiance des autorités de l'Église, la disposition k chercher ailleura la aslut, k attendre le prophète, qui viendrait, comme Jésus, chasser les vendeurs du temple.
Jean XXIII était trop perspicace et trop prudent pour ne pas pressentir le péril qui menaçait la papauté. L'histoire a été sévère pour lui. Il a eu le sort de tous les vaincus, ses ennemis seuls ont eu la parole, il a été comme la victime expiatoire de^ erreurs et des vices des pontifes qui, depuis 1378, se disputaient l'empire du monde. Lesjécrivains protestants ont répété avec complaisance les accusations de Théodoric deNlem sou secrétaire et son biographe, les catholiques n'ont pas osé protester contre la condamnation du concile de Constance, ils OQt foit la part du feu. Il 7 a peut-être bien pourtant quelque excès de rigueur dans cette sentence impitoyable : le pape ne peut pas âtre défendu, l'homme a droit siuon an respect, au moins h l'attention. li était hautain, avide, assez ignorant en matière de foi; dansla tiare, il n'avait.vu que le poavoir;pour la saisir, il avait su « faire taire les dogues >, sûr de réparer facilement, après l'élection, les brâches de sa fortune(l). Maître de l'autorité, il en usa sans ménagements et en abusa sans remords. Il n'avait aucun sens religieux, nuUe^iété (S), mais il ne manquait ni d'énergie ni d'adresse (S) ; sa vie agitée lui avait donné l'expérience des affaires (4), lui avait appris & connaîtra les hommes. Ses qualités comme ses défauta le mettaient en opposition nécessaire avec Huss. La vio austère du réformateur était une critique du luxe et des richesses de la cour pontificale; sa résistance aux ordres
(1) On l'aecM» d'sroir «mpoiionné AleiMidra V ; riea à» moLni prouvé
«t de moins probable.
(!) la spiritualibai rero ddUu( onmino Btqae ineptus, Marakiri XIX, p. 927 . (3] Vir quidem ÎDganio ferox et plitris audaciœ qnnm poaliflcatis clemcntia cl piaUi Kqalrebat. Id. XX, 797.
(4) Vir rarum gorendaraiB esperiaiitia magii qnam litteria sut sanctimonia dams. [XXI, p. Iô3).
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d'Alexandre Y compromettait l'autorité dont le pape était si jaloux. Plus son action était éner^que, son influence considérable, ses relations lointaines, plus sérieux étaient les dangers dont il menaçait l'Église : Jean voyait trop bien que la moindre étincelle menaçait d'embraser le monde entier, pour ne pas essayer d'étouffer la première lueur d'iuceudie. Aussi, malg^ré les lettres du roi, malgré les efforts de Jean de Jesenice et de Jean Kardinal les envoyés de Huas, Otton de Colonna, qui avait eu outre des raisons personnelles pour ne rien refuser & Zbynek, déclara Huss coupable de rébellion, pour n'avoir pas obéi à l'ordre du pape et lança contre lui rexcoinmumcation (fév. 1411).
Elle fut annoncée dans toutes les églises de Prague (1), mais les censures pontîScales furent aussi impuissantes que les censures épiscopales : le roi avait déj k montré & plusieurs reprises qu'il n'entendait pas laisser contester sou autorité ; U somma de nouveau l'archevêque d'indemniser les étudiants dont il avait brûlé les livres, et sur son refus, fit saisir ses biens: Zbynelc excommunia ceux qui avaient exécuté les ordres du roi et lança l'interdit sur Prague [3Mai)(9).yaclav défendit aux prêtres d'obéir i, l'archevêque : quelques curés intimidés ou favorables h. Huss n'observèrent pas l'interdit, les autres furent chassés de leurs béoéflces, quelques-uns même expulsés du royaume. Dès qu'il s'ag:issait de résister aux usurpations du clergé ou de réduire ses privilèges, la royauté était sure de l'appui de la noblesse : la diète défendit de porter aucune affaire civile devant un tribunal ecclésiastique ; ceux qui n'obéiraient pas à cette défense ou les j ugea ecclésiastiques qui jugeraient une affaire civile auraient leurs biens confisqués. Admirable occasion pour les seigneurs de mettre la main sur les richesses qu'ils convoitaient depuis si longtemps! Un grand nombre de propriétés furent enlevéesaux couvents et aux curés et lesuobles n'attendirent pas toujours un prétexte qui justifiât leur conduite. Ils pouvaient compter sur l'impunité, ils ne voulaient pas laisser
(j) A l'cicepliou de TègliBn do St-Bonlt et (la l'ÂgUia du St-Uichel, qui nvait poar cura ClirLiti^ta d> Prnclixiica. (ÏJDocum., p. 4a»,
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échapper une ai agréable occasion de faire leur salut, en tra- Taillant à la Réforme de l'ÊfifUse.
CetempressementiDquiétal'arcIieTèque; l'exemple récent de Jean de Jenstein permettait de prévoir l'issue d'une lutte, où le roi serait Bouteuu par la nation tout entière : trop d'opiniâtreté pouvait amener la ruine de tout le clergé bohème. Les événements politiques inspiraient à Jean XXIil des réflexions analogues: il avait cru effrayer Husa et Yaclav, mais il était dangereux de pousser à bout le roi de Bohème, précisément su moment où il redevenait le chef nominal de l'Allemag'ne. La mort délivrait en effet Vaclav de ses rivaux, d'abord de Robert le Palatin, 1410, puis du margravede Moravie, Jost, 1411. Restait encore, il est vrai, le roi de Hongrie, Sigismond, le propre frère de Vaclav que quelques électeurs avaient élu roi des Romains, mais les deux princes se récoacilîërenteu juin 1411, et Sigismond promit k Vaclav de ne plus lui disputer Is couronne impériale ; il lui succéderait après sa mort. Le roi de Bohème était donc redevenu en droit le chef temporel de ]a chrétienté, et la position de Jean XXIII, déjà très compromise, aurait été sérieusement menacée par son hostilité déclarée. Sigismocd avait déjà pris parti pour Grégoire XII, il fcllait éviter h tout prix que Vaclav ne suivît son exemple. Jean, beaucoup plus préoccupé de ses intérêts particuliers que des intérêts généraux de l'Eglise, comprit qu'il risquait de se jeter dans un péril immédiat pour écarter un péril éloigné et problématique: il enleva à Utton de Colonua l'examen de' l'affaire de Huss et le remit h une commission de trois cardinaux en leur recommandant de gagner du temps; par une lettre confidentielle, il engogetût en même temps l'archevêque de Prague à une résignation nécessaire : Zbynek promit d'acepter la décision des arbitres désignés par Vaclav (3Juilietl411) (1). Vaincu, il dutpayer ies frais de la guerre : sana doute, les arbitres s'engagèrent à faire restitoer les biens usurpés et respecter les privilèges du clergé, niais ils exigèrent en retour de très graves concessions: l'archevêque se soumit au roi, dut lever l'excommunication et l'interdit et envoyer au pape une lettre pour lui annoncer («Dotum., p. 434.
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qu'il n'y avait pas d'hérésie en Bohêiûe, qu'il s'était seulement élevé entre le clergé et l'Université quelques difScuttés, lieureusement aplanies par la médiation royale (1). En 1411, comme, en 1409, la lutte se terminait par le triomphe du parti réformateur.
Mais les ennemis de Huss firent honte à l'archevêque de sa faiblesse, et il ne put se décider à exécuter un traité qui était une véritatle abdication. Il refusa de relever de l'interdit les prêtres qui ne l'avaient pas observé auparavant : le pape seul, disalt^il, a le droit de remettre de pareilles fautes. Etienne Palec protesta: qui a le droit de prononcer l'interdit, a le droit de le lever, disait-il ; les prêtres accusés de ne pas l'avoir observé ne sontd'aiUeurspascoupaMes.rarchevôquel'a reconnu lui-même, en avouant qu'il avait ag:i avec imprudence (2). Zbynek, loin de se laisser convaincre et sous prétexte que tous les biens confisqués n'étaient pas encore rendus, refusa d'envoyer au pape la lettre convenue. Huss essaya du moins de profiter de la neutralité à laquelle Zbynek était condamné pour quelque temps et des dispositions conciliantes de Jean XXIII. Il écrivit au pape et aux cardinaux.
On m'a reproché, disait-il, d'avoir enseig^né que la substance du pain reste dans l'hoslie après la consécration, que le prêtre en péché mortel ne peut consommer les sacrements, que les laïques ne doivent pas payer la dîme et ont le droit de saisir les biuns du clergé. Tout cela est faux. Je ne suis pas venu à Rome, non par mépris pour les ordres du pape, mais parce que c'était m' exposer à une mort certaine que de traverser l' Allemagne. Je supplie donc le sacré pontife de me dispenser de comparaître en personne, et le prie de croire que je n'ai jamais cessé d'être le fils respectueux et soumis de l'Église catholique (3). L'Université approuva la lettre de Huss et la scellade son sceau. L'archevêque était allé conférer avec l'évêque de Lîtomysl, Jean de Fer, un des adversaires
(t) Docum., p. 437-440. 11 o«t probable, comme le croit M. Lachlar, qii« la lettre ne fut pas Écrits par l'arclievéque, mais rédigûe par la commiïsioa et que Zbynek n'eut gu'ùlasîgner.
(t) Doeum., p. 432.
(3) ld.,p. 20.
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les plus résolus et les plus redoutables du parti réformateur. Sous 90U influence, H écrivit au roi une lettre qui était une véritable déclaration de guerre : son honneur et sa conscience, disait-il, ne lui permettaient pas d'adresser au pape les protestations que l'on exigeait de lui. Le traité conclu avait été rioté par ses adversaires, des hérésies étaient enseignées pnbliquement, il était insulté et menacé à Prague. Abandonné par Vaclav qui refusait d'intervenir et de punir ces scandales, il ne lui restait plus qu'à aller implorer la protection du roi de Hongrie (1). Zbynek partit en effet, mais les derniers événements avaient épuisé ses forces; il tomba malade et mourut h Presbourg avant d'avoir rencontré Sigismond (2). Cette mort causa moins de regrets parmi les ennemis de Huss que dans le parti de la Réforme (3) ; Huss surtout conserva toujours de Zbynek un souvenir pieux et attendri. Il oublia les dernières années et les persécutions dont il rejetait la responsabilité sur des conseillers qui avaient abusé de la faiblesse de leur maître, il ne se rappela que la confiance qu'il lui avait montrée d'abord. Zbynek avait entrevu un moment une Église pure de richesses et de souillures; cette vision d'un instant l'avait en quelque sorte consacré et suffisait pour expier tous ses torts.
La mort de Zbynek marque un moment d'arrêt dans la lutte. Les adversaires, fatigués d'un combat toujours incertain, semblent se résigner k une tolérance mutuelle. Les cardinaux, dociles aux ordres secrets de Jean XXIII, ajournent toute décision et laissent le silence se faire autour d'une question qui a déjà trop agité les esprits. A Prague, éclatent bien encore de temp^ en temps quelques discours violents (4}, et l'on discute assez souvent à l'Université des
(U Docnin. p. 443-447.
Ht) U.. id.
(3) Pm, The», anecd., IV, para 8, p. 418. — Quelques chroniqneara ont ptétsnda qu« Zbynek étnit mort «mpoisouné. Rian de moin* prooTé et de pis* iuirùsamblable. C«8 bruits d'cmpoÎMantmeiit reTienaent chaque fois lu'uae mort mattendue frappe les esprits.
W Dus U quodlit'St d» 141£ ud maître, pent être Jakoubet de Slribro, dit qna U ^^ itail l'ADtcebrist.
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propositions tirées des livres de Wiclif: peu à peu cependant, l'atteution se fatigue de voir saas cesâe reparaître les mêmes arguments. Le calme se rétablit lentement, les yeux se détournent des dernières lueurs d'une flamme qui semble prèa de s'éteindre.
Personne n'était plus satisfait de cetapaisementquelenou- Tol archevêque de Prague. Il gardaitune neutralité qui ressemblait singulièrement à de l'indlfFérence, mais qui contribuaità fatiguer les passions. Siglamond n'avait pas réusdi à faireélire son favori, l'évêque de Litomysl, Jean deFer, et Jean XX.IIIavait con&rmé, après quelques liésitations, la candidat de Yaclav, Alblk. C'était un Morave, d'origine allemande, fort instruit, mais qui ne s'était jamais occupé de théologie. Il avait été marié et ne fut ordonné souE^diacre qu'en février 1413, prêtre qu'en juin. Médecin renommé, il était professeur à l'Université et avait composé de nombreux ouvrages qui lui avaient valu une assez grande réputation. Fort riche et quelque peu avare, très vieux: d'ailleurs, il n'avait pas brigué l'archevâché et nel'avaitaccepté que pour ne pas encourir la colère de Yaclav ; il craignait surtout de compromettre sa tranquillité. Cette humeur pacifique était sans doute une dea raisons qui l'avaient recommandé au choix du roi : il espérait que son inertie triompherait de la passion des deux partis et l'événement semblait lui donner raisoa lorsqu'une circonstance imprévue détruisit toutes les espérances de paix. C'était d'ailleurs facile à prévoir ; dans l'état des esprits, tout accord définitif était impossible: un armisticepouvaitae prolonger plus ou moinslongtemps,mais il devait forcément se produire un incident queN conquequi amènerait une reprise du combat; lorsque deux principes opposés sont eu présence, toutes les tentatives de conciliation sont inutiles, elles retardent quelquefois, elles n'empôcheut jamais un confiit inévitable.
De tous les partisans de Grégoire XII, aucun n'était plus détesté de Jean XXIII que le roi de Naples, Ladislav, parce qu'aucun n'était plus redoutable. Ladislav rêvait de soumettre l'Italie entière ^ sa domination ; Jean XXIII, menacé dans Rome, avait été obligé de chercher un asile àBologne;
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il excommunia Lndîslav et prêcha la croisade contre lui : tous les princes, prélats ou fidèles qui prendraient les armes contre te roi de Naples mériteraient les mêmes indulgeocea que les anciens croisés ; une seconde bulle accordales mêmes faveurs b, ceux qui contribueraient & la croisade par leurs offrandes, et les légats pontificaux allèrent porter dans toutes les provinces les indulgences plénières et recueillir l'argBnt. Ils arrivèrent k Prague au mois de mai 1412 : & leur tète, le doyen de Paasati, Vaclav Tiem.
Le trafic des indulgences en 1393 avait entraîné de graves abus et rarchevèque prit certaines mesures pour eu empêcher le retour: il défendit aux confesseurs de taxer leurs pénitents et de leur vendre l'absolution. Mais ces prescriptîonsrestèrent lettre morte et Vaclav Tiem agit avec une imjmdencequi devait avoir de funestes résultats. A Prague, on plaça dans trois des principales églisesdes caisses destinées à recevoir l'argent. Tiem afferma la vente aux diacres et aux curés (I) et établit un système de primes pour stimuler leur zèle. L'argent commença k pleuvoir de tous côtés et Tiem comptait déjii sur une excellente recette quand ses calcuis furent dérangés par l'intervention intempestive de Huas.
Comment le prédicateur de Bethléem, le réformateur do l'Église aurait-il assisté eu silence k ce qu'il regardait comme une profanation? Ses protestations fort naturelles allaient renouveler le coufiit. Un siècle plus tard la vente des indulgences servit aussi d'occasion à la querelle d'où sortit le protestantisme. On s'est souvent étonné de l'influence qu'a eue sur les destinées de la religion catholique cette question des indulgences; Léon X, comme Jean XXUI, témoigna une sur> prise tout àfaît sincère de se voir contester un droit dontl'origine était fort ancienne et qui découlait par une suite de transitions lentes et de conséquences naturelles d'un principe admis par tous les chrétiens (2). On avait commencé par im-
(1) Dwmm., p. !23.
[î) f L« tréior dos indulgaaMS qui appartient nu peps et aux dvêquas se compote dea aatisraclions (uraboadaDtee de JiBU8-Cbrt«l. Une seula ^utia du ang de l'Uonune-Dna aurait suffi pour racheter des mtUiera de mondes. Ace fonds inépuiiable de miritei Tiennent s'ajouter, agréées de Dieu comme méritoire* à cause de leur union avec les «ttiiCaclions du Sauveur, Us s&-
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poser aux péDÏtenta des charités, quelques sacri&cas pécuniaires. De là h vendre les indulgrences, il n'y avait qu'un pas. Aassi les papes ne s'expliquaient-ils pas l'opposition que soulevait Texercice d'une prérogative si simple ; ils ne s'apercsTaient pas que la vents des îndulg'ences était comme le résumé et le symbole de la confusion de l'Église et du Monde, et par suite de la corruption contre laquelle les novateurâ cherchaient h réagir. Attaquer La venta des indulgences, c'était attaqner toute la constitution de l'Église su moyen-âge, et engager la lutte dans les conditions les plus favorables, car l'abus était évident, manifeste, ressenti par tous et la lutte devait passionner bien des esprits qu'aurait laissés indifférents une question de théologie pure.
Etienne Palec était alors doyen de la faculté de théologie; il avait à plusieurs reprises blâmé la conduite de Tiem: Uuss espéra obtenir par lui une déclaration de la faculté et de l'Université qui condamnerait le trafic des indulgences. Mais Palec s'effraya des suites d'une pareille démarche : il ne s'agissait plus de résister aux ordres de l'archevêque, audace peu dangereuse en somme, avec l'appui du roi et de l'Université; il fallait rompre avec l'Église entière, s'attaquer directement à l'autorité pontiScale. Stanislas de Zoojm et Etienne Palec avaient déjà fait la douloureuse expérience de ce que coûtaient les rébellions. ABologne, où ils avaient été plaider auprès de Jean XXIII la cause de Huss, ils avaient été jetés en prison et n'avaient été remis en liberté que grâcj à l'iatervention de quelques protecteurs puissants et dévoués. Cette épreuve avait abattu leur courage; depuis lors, ils restaient sur une réserve craintive et n'attendaient qu'une occasion pour se séparer d'un parti, avec lequel ils se trouvaient déjà trop compromis. Dana l'a&ire des indulgences, ils se prononcèrentcontreHuss et du premier coup se mirent par leur violence àla tète duparti opposé. Ils en enlevèrent ladirectionàJeauÉlieetGeorges de Bora qui, un moment
tlsEaciiona d« Uari», la mira des doul«ara, qui n'eut jamaii aacuD* tant» i expier et Mlles d'an grand nombre de sainte qoi ont soufTart pour la jnstàee •t pntiquA ds lonfoei pinitenee* pour de légère* imperfection!. » (Oone, Trid. leiH. XI, cb. 19.)
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uDÏfi avec les novateurs, en 1400, n'avaient jamais cessé de protester contre les doctrines nouvelles et avaient représenté avec plus de perséTérance que d'éclat l'enseignement catholique. Leur ardeur de néophytes fit dea anciens maîtres et compagnons de Huss ses ennemis les plus cruels et ses accunteurs les plus acharnés. Mais cette injuste passion même Se» condamne aux yeux de l'histoire: les convictions sincères Bont plus calmes et leur haine de Huss n'edt été ni si exagérée ni surtout ai bruyante si elle n'eîlt eu d'autre motif que l'intérêt de la foi. Huss ressentit douloureusement cet abandon, mais il ne perdit pas courage: il n'était pas de ceux que le péril effraie; au contraire, le danger même l'attirait, 11 avait Boif de sacrifice: la tentation du martyre fut celle qu'il eut le plus de peine h vaincre.
Etienne Palec et Stanislas de Zoojm firent décider par la laculté de théologie qu'il ne lui appartenait pas de juger la conduite du pape qui avait promis les indulgences ou de s'opposer aux ordres du roi qui en avait permis la distribution (1). Malgré cette déclaration, Huss attaqua le trafic des indulgences dana ses sermons, publia une dissertation sur ce sujet et annonça une discussion publique k l'Universi* té. Des afiiches furent placardées dans les rues les plus fréquentées, à la porte des églises et des édifices publics. Dans l'état d'effervescence des esprits, cette polémique avait pour résultat fatal d'accroître l'agitation ; aussi la faculté de théologie chercha-t-elle & empêcher la discussion. Sur sa demande, l'archevêque fit comparaître devant lui Huss et les légats pontificaux. « Voulez-vous obéir aux ordres apostoliques, demanda-t-il au maître. —De tout moncceur, répondit-il. — Eh bien 1 s'écrièrent les prélats triomphants. ~ Entendez-moi bien^ continua Huss, je nomme apostoliques les ordres des apôtres de Jésus-Christ et je suis prêt k obéir au pape en tant que ses ordres sont conformes & l'enseignement du Sauveur, mais s'ils y sont contraires, je n'obéirai pas, euBsé-je mon bûcher dressé devant moi (â}. » Hussem-
(Il Docnm., p. 449.
(î) TouMk, Dejepu t Pnhj, 111, p. GSO.
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porté par la sitnation, faisait un pas décisif; jusque-là, il avait été en opposition avec l'Église de fait plutôt qu'en principe, il n'avait contesté aucune des vérités enseignées, attaqué aucun des dogmes fondamentaux ; la Réforme qu'il désirait pouvait être accomplie par le pape. Sans doute, il n'avait pas obéi aux citations de Jean XXIII, mais ses résistances de détail n'impliquaient nullement une pensée générale de révolte : sa déclaration même qu'il vaut mieux obéir h Dieu qu'aux hommes n'était qu'une formule assez Tague, très a^aiblie par l'emploi fréquent qu'on en avait fait, ei nullement inconciliable avec la soumission dont il faisait profession. Dans tous les cas, la rupture n'était ni complète ni définitive. Maintenant, au contraire, eu déclarant que le pape n'est pas toujours le représentant unique de la vérité, il proclamait la légitimité éventuelle d'une révolte. Sans méconn^tre d'ailleurs la portée de la parole de Huss, il faut ee garder pourtant d'en tirer des conclusions exiigérées. De ce jour, a-t-on dit, Huss a cessé d'être catholique : promettre, en effet, d'obéir aux ordres du pape tantqu'ils seront conformes à la loi du Christ, n'est-ce pas revendiquer le droit d'expliquer l'Écriture, se faire juge des décisions supérieures, n'est-ce pas en un motcoufesser la doctrine protestante, opposer à l'autorité le libre examen 1 Rien n'est plus dang^ereuxetn'est plus injuste que de juger les hommes par les conséquences dernières de leurs principes; que de pères de rÉgUse,[& commencer par Saint-Âugustin, seraient couvain* eus d'hérésie si l'on poussait à l'extrême les idées qu'ils représentent (1). Il est incontestable que la proposition de Huss n'allait à rien moins qu'à foire de l'Écrituro l'unique fondement de la foi et à reconnaître k chaque homme le droit d'interpréter les paroles du Christ. Il est inutile pour le prouver de desceudre jusqu'à Luther, l'exemple des disciples
(1) QsTMU, qui coadamne ronnallement lei doctrines da Hou, n'hiaite pas à dire : Il est certain qu'il faut acconler une plus gnode Toi k l'Érangila qu'au pape ; il Ta mËme plus loin : 11 pourrait se faire qu'un indiridn mdb aucune autorité (aliquis simplei non autoriulns) eût uns coDDaittaaee si parfeile de l'Écriture sainte, que dans un cas de doctrine il valât mieux suivre tea opinion que celle du pape. (De eiominalione doctrinarunt, 0pp. I, p. 11). En condura-t-on que Oerson était protestant I
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Immédiats de Huss sufHt ; les Ttiborites arrivèrent, ea dé- Teloppant les principes da maître, à des conclusions au moins tout aussi radicales que celles de Calvin ou de Zwingle. Mais Huss ne peut pas être jugé, condamné ou loué pour deaactes qu'il efttréprouTâs. Ils étaient en g:erme,dira-t-on, dans sa réponse à rarchevèqua; peat>ètre, mais jamais il ne les aperçut ou du moins ne les accepta (1). Pour contester au pape le droit exclusif de l'interprétation de l'Écriture sainte, ou, ce qui revient au même, pour dire qu'il est lé- ^time dans certains cas de désobéir à ses ordres, II ne re}etaît pas l'autorité de l'Église, il commençait seulement à se former une conception de l'Ëgrlise différente de celle qui alors était généralement acceptée. Il ne faut pas oubliersurtout qu'au XV* siècle le gouvernement de l'Église n'était pas aussi nettement constitué qu'il Ta été plus tard ; la puissance des papes était, sinon limitée, du moins contestée, et les protestations de Huss contre l'autorité absolue du souverain pontife allaient trouver un écho dans les célèbres décrets du concile de Constance.
La faculté de théologie fit une dernière tentative pour empêcher la discussion, elle défendit à tous ses bacheliers d'y prendre part, et Huss était bachelier en théologie. Mais il passa outre, et la discussion eut lieu le 17 juin 1412; elle fut présidée par le recteur de l'Université, Marcde Kralové Bradée. Ëst-U conforme & la loi chrétienne, demandait Huss, et la gloire de Dieu, le salut du peuple chrétien et le bien duroyaumepermettsnt-its de recommander aux fidèles les bulles du pape relatives à la croisade contre Ladislav, roi de Naples et ses partisans ? — • Huss parla le premier et il s'efforça de prouver qu'il était contraire à la volonté divine de donner de l'argent au pape pour vertier le sang chrétien. Plusieurs mitres prirent ensuite la parole pour réfuter ses ar-
(1) Nom ktods de ctlta mimt haaée UtS nne lettre de Huia &ai raoinei de DoUo, dam laquelle apparaît cbùrement eon dé*ir de te laver da tont reproche d'hiréu* et aa ferme intention da ne pas se liparer de rÉgliae : il n'obéit paa au pape li lei ordres MUt contraires à la loi dinae, mais il ne •ontisolBaciiiieerreur contraire à i'Écrilare. 11 résitterait, doq teulenmnt 1 Wiclif, mais à un ange descendu du ciel, s'il prêchait contre la vérilA. (I>o- «im.,p.8i.)
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^menta. Jérôme de Prague, l'ardent auxiliaire de Euss. le premier propagateur des livres de Wiclif, répondit par un long et éloquent discours ; grieé par ses proprea paroles, il voulait aller trouver sur le champ les conaeillerB de la ville et affirmer devant eux que les indulgences n'étaient que tromperies et mensonges. Un grand nombre d'étudiants, partageant son émotion et son enthousiasme, se levèrent . pour te Euivre (1), et le recteur ne parvint qu'h grand peine h leB calmer. A la fin de la discussion, la plupart des étudiants suivirent Jérôme ; l'influence de ce maître passionné est visible dans les événements euivanta. Le 24 juin, une grande procession satirique fut organisée par un fevori de Vaclav, Yok de Valdstein : quelques centaines d'étudiants, armés de bâtons et d'épées, escortaient un char rempli de bulles du pape ; sur le char, debout, se tenait un étudiant déguisé en courtisane ; il agitait de petites clocliettea d'argent, suspendues à son cou et à ses mains suivant la mode de l'époque, et portait, attachées sur la poitrine, des bulles pontificales ; d'autres étudiants, déguisés en huissiers, couraient autour du char en criant à tue-téte qu'on allait brûler publiquement les lettres d'an hérétique et d'un coquin (S). La procession fit le tour du palais archi-éplscopal, traversa la VielU^YiUe, et les bulles Airent brûlées soleanellement sur le marché de la Nouvelle- Ville. Ces discussions et ces démonstrations n'avaient pas que le résultat moral d'affaiblir l'autorité du chef de l'Église; elles diminuaient dans une large mesure les bénéfices qu'avaient espérés les vendeurs d'indulgences. Les prédicateurs qui exhortaient les fidèles k sauver îeurs âmes en contribuant k la croisade étaient interrompus par des étudiants, accueillis par des huées. Dans les troncs, on trouva des traités contre les indulgences : il vaut mieux, disait l'un d'eux, écouter Huss
(1) Stari letop., p. 16.
^ Martin Lupac, qui Avait pris part en perfonoe k la procewioa, noua en a laiasè une cnrieusa dsecription. (l^bliie par Hôfler, 11, 172). Voir auwi Isa accDsalàoaB contre Is roi VocUt, prâteoties au conciie de Constanee (Docum., p. 6iO). 11 ait difAcile de «avoir pourquoi Lupac plaça cotte proctaaioQ en 1403. Palack; semble la mettre au moii d'août, nutii caos donner ancune prenfc. (Comp. ton der Hardi, IV,fi7ï).
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t|ui dit la vérité que tout un synode menteur de prélats. I^ eQDemis du maître se réjouûsaient de ces violences ; ils crurent le moment venu de reprendre leurs accusations d'hérésie (1). Etienne Palec et Stanislas de Znojm firent condamiier par la faculté de théologie les 45 articles de Widif condamnés déjà en 1403 et en 140S et en ajoutèrent six nouveaux qui s'appliquaient aux derniers événements. Elst hérétique quicoDque a sur les sacrements ou sur les pou- Toirs de l'Église une autre opinion que l'Église romaine. — C'est une hérésie de dire que l'Antéchrist qu'a annoncé l'È- Taogile règne déjà, — de prétendreque les règles établieapar les saints Pères et les coutumes de l'Église ne doivent pas être observées, parce qu'elles ne sont pas contenues dans l'Ecriture, — de soutenir qu'il ne faut pas vénérer les reliques des saints. —Est hérétique quiconque enseigne que les prêtres ne remettent pas les péchés, mais annoncent seulement au pénitent que ses péchés lui sont remis, — ou quiconque conteste au pape le droit d'appeler les ûdèles à sa déiense ou de leur demander de l'argent (2).
La faculté de théologie présenta ces résolutions au roi : Taclav, qui, malgré toutes ses incertitudes, était fort loin d'être hostile au parti réformateur, avait été cependant assez mécontent des récents désordres : il désirait par^dessus tout qne l'ordre public ne f&t pas troublé et que la bonne renomnée du royaume ne fût pas compromise. Aussi accueiUit-îl usez favorablement les résolutions de la faculté. A la suite des conférences qui eurent lieu à Zebrak entre les docteurs (3) et les conseillers royaux, on décida que l'on dernan* deraîtla condamnation des 51 articles à l'archevêque, au chapitra et à l'Université : ceux qui refuseraient de se son-
(1) La lÎTTe De Eccleaio, chapitre XI, renferme une déclaration trèi-cunaate de Hou qui dâyoile nettement le plan de ses adTersairea : < Les prA- >>*• dn CbrUt ost fiAcM ««atre lee vioei d'an dergi corrompu, de là Mt TMiM U qntt«U« : Duûs let docteur! voulaient qna c«iu qui âT&ngéliiaieat «sti eoueot une opûiioa hirétiqDe idf le pouvoir des cl£f ; avec l'aide de Dicn, ils ne le prouveront paa de lear vie. i
(î) Docnm., p. «5.
(3) On délignait ordinidrcinenl lee profesiinrs do la faculté de tbéologie Kuile nom dedocteiin.
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mettre Beraient excommuniés et chassés du royaume : on iaterdirait la chaire aux prédicateurs qui causeraient des troubles. Enfin, le roi défendit boqs peine de mort de parler contre les induli^nces ou d'attaquer l'autorité pontificale. Il paraît certain qu'il n'avait gnère l'intention que d'effirajOT les agitateurs par ses menaces, et il était difficile de prendre ces ordres su sérieux, loraqne le principal organisateur de la g^nde procession satirique, Yok de Valdstein, échappait % toute puQitioD et conservait même la &veur royale. Mais ceux qui étaient chargés de l'exécution des nouveaux arrêts Burent avec une sévérité et une promptitude fort éloisrnéos des intentions réelles de Vaciav. Les conseillera de la ville . de Prague étaient intervenus à plusieurs reprises en faveur de Huss et de ses amis, ils avaient écrit au pape en même temps et dans le même sens que le roi et la reine ; mais ils avaient sans doute obéi h désordres supérieurs bien plus qu'à leurs propres sentiments. En effet, le conseil de la ville était encore presque exclusivement composé d'Allemands, et la bourgeoisie allemande,àpsrt de très rares exceptions, gardait vi&-À-vi8 des novateurs une attitude pleine de réserve etde défiance. Elle avait ressenti vivement ce qu'elle appelait l'expulsion des étudiants allemands ; le départ de milliers d'étrangers avait produit une grave crise commerciale; par intérêt comme par tradition, elle était hostile à toutes les manifestations 'qui arrêtaient les afiiùres et e&ayaient les capitaux. D'ailleurs, bien qu'elle n'eût encore à se plaindre d'aucune attaque même indirecte, elle fioirait une catastrophe prochaine : la nationalité et les richesses des principaux habitants de Prague étaient autant de sujets de haine pour le petit peuple cèqne. Rien n'était plus éloigné de la pensée des mi^tres bohèmes que de prêcher une guerre sociale : mais contiendraient-ils la foule une fois déchaînée ? Dans une pareille disposition d'esprit, la haute bourgeoîâie praguoise et le conseil qui la représentait assez exactement avaient été certainement très irrités d'être forcés de se faire les défenseurs d'adversaires qu'ils redoutaient et ils saisirent avec empressement l'occasion de vengeance que leur offraient les nouveaux ordres du roi.
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L'effdrvescence était trop tîtq poar èire arrêtée en un jour, par un simple décret royal. Trois jeunes g^ns interrompirent les prêtres qui prêchaient en faveur des iadulgencea et furent arrêtés et conduits en prisou. Le lundi, — l'arrestation avait eu lieu le dimanche, — le bruit de lear détention se répandit dans la ville ; Husa et quelques maîtres in rendirent aussitôt à rHdtel-de-Yiile, escortés par environ SOOO étudiants. Les étudiants et quelques professeurs restèrent sur la place, Husa et les autres maîtres furent introduits dans le conseil et supplièrent les magistrats de faire grBce aux jeunes prisonniers. S'il; avait un coupable, dl> sait HosR, c'était lui seul : le premier il avait parlé contre les indulgences, il était l'unique cause des troubles qui avaient suivi ; lui seul méritait d'être puni. Les magistrats, effrayés du nombre et de l'attitude des pétitîoanaires, pro" mirent que l'affiiîre n'aurait pas de suite; les maîtres, confiants dans leur parole, se retirèrent et se séparèrent. Huss K rendit à l'ËgUse de Bethléem, sans doute pour remercier Dieu de la grâce qu'il avait obtenue. Dès le matin, le conseil avait fait ordonner par les béraults k tous les habitants de Prague, riches ou pauvres, de se réunir sur la grande place et le rink était encore couvert par une foule curieuse et agitée ; les conseillers lui âreat ordonner par les huissiers de se di^rser ; loritque la place fut à peu près vide, ils appe' làrent les juges et le bourreau et leur livrèrent les trois pri- Bonniers en leur ordonnant de les exécuter sur le champ (1). Le bourreau emmena aussitôt les condamnés et on se dirigea vers le lieu du supplice ; & mesure que le triste cortège s'avançait, la foule grossissait. Il y avait bien Ik quelques Allemands qui approuvaient l'énergie des conseillers, mais ils étaient perdus au milieu de ceux qui louaient la vérité et les martyrs qui allaient mourir pour elle. La foule était calme, recueillie, et ne montrait aucune velléité de s'opposer à l'exécutiou. On craignit cependant de la soumettre à une
(1) La chroniqueur qui doui a laitti la récit déisillé et trài carieui de eettt jonmie ajonte ici: ■ A catte ipoqae, preique loiu Les eouMiUan ét«i«nt (lUmaïuIi, lei gardas aussi étaient Dlleraan'ia et il T avait U beanroup d'hibîlanls «llemandi. ■ (Stftri iatop, p. 17'.
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118 trop longrne épreuve ; avant d'être arrivé au lieu ordinaire des supplices, le cortège s'arrêta, et le bourreau donna boq premier baptême de sang h la Réforme bohème. Une femme s'approcha aussitôt et couvrit les cadavres de drapa de lit blancs ; l'exécution était à peine terminée qu'arriva une nombreuse troupe d'étudiants conduite par maître ' Jean Jicin : ancan n'était armé, ils étaient très calmes, presque joyeux ; ils ne venaient pas sauver leurs frères, mais honorer la mémoire de leurs marbra. Ils entonnèrent le Isti sunt sancti et emportèrent les corps à Bethléem ; des fenêtres de l*Hôtel-de- Ville, les conseillera aperçurent le cortège, mais n'osèrent pas s'opposer à la manifestation (1).
Les magistrats apprirent bientôt que la violence se brise contre les idées. Les Allemands appelèrent dès lors par dérision la chapelle ds Bethléem l'église des trois saints, mais leurs railleries ne détruisaient pas la consécration nouvelle qu'avait reçue le sanctuaire de la Réforme. Une doctrine, quelle qu'en soit la valeur réelle, est comme anoblie par le sacrifice de ceux qni meurent pour elle; les progrès d'une religion se marquent par ses martyrs. Le conseil avait supposé que sa sévérité frapperait les partisans de lîusa d'une terrear salutaire ; le supplice, loin de tes efflrayer, les attira : une sorte de folie de l'échafaud s'empara du peuple de Prague, il sembla que l'âme de Huss eElt passé dans chacun de ses auditeurs ; ce furent les conseillers qui reculèrent, impuissants devant cet enthousiasme, troublés dans leur raison d'hommes d'état par le délire de ces fanatiques pour qui la mort avait perdu son aiguillon. Au moment OÙ la hache était tombée, les héraults avaient crié au peuple : Ainsi périront ceux qui commettront la même faute ; de tons côtés, des voix s'élevèrent; les uns juraient que les suppliciés étaient innocents et que leur sang retomberait sur la tète de leurs juges ; les antres confessaient leur foi et provoquaient la justice hésitante. Les huissiers firent d'assez nombreuses arrestations ; la foule n'opposa aucune résistance ; on aurait dit
(1) Cette exécution eat lien le landi 11 juillet 1418. Les trois ^tudiaots se nonuuaiect Martin, Jean e( Slasek. Ils appartenaient, sembLe-(-iI, aux classer iaUrieurea de la (wpaUtîon. (Doenm., p. 736).
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qn'ellfl eni|rQ&it de s'opposer aux ordres do Dieu, en privàDt les priBODniers du glorieux supplice et de l'étemelle récompense qui les attendaient. Ils passèrent la nuit en prison : le? conseillers étaient fort inquiets, très peu rassurés sur les dispositions de VaclaT, dont ils avaient exécuté les ordres m&is dépassé les inteations, et du peuple, sujet aux revirements aoblts. Ils ordonnèrent de relâober les prisonnierâ : il Matlesforcer&accepter leur liberté, ils ne voulaient pas reDODcer It la mort On dut employer la rusa ponr les faire Boitirde prison. On leur dit qu'on allait les mener devant le coaseil, puis, quand ils furent dehors, on ferma la porte sur eux. Longtemps encore, ils errèrent devant la tour, il fallut le3 chasser à coups de fouet. Plusieurs jours de suite, l'Hdtel-de-Tille fut assiégé par la foule ; en vain on la dispersât, en vain les huissiers parcouraient la ville en défendant aux habitants de se réunir; chaque jour le peuple accourait, ardent etrecueilli, plein de vengeance et de douceur. Les adversaires de Huss expliquèrent cette aoif de dévouement par quelque sortilège : ■ Les écrits de Wlclif sont si chers fc beaucoup de gens, dit Palec, dans un discours violent contre les novateurs, qu'il leur est doux de mourir ponr eux, vous avez tu naguère avec quelle joie et quel conrage quelques-uns ont livré leurs tètes au glaive du boarreau. Et c'est Ib un signe évident d'hérésie, car parmi nous, & peine en trouverait-on un qui mourrait pour sa foi et peut-être ne trouverait-on personne ■ (1) .
Vaclav avait approuvé la conduite des conseillers ; qu'on en exécute des milliers, s'il le faut, a'était-il écrié dans un accès de colère ; si vous n'avez pas assez de bourreaux dans le royaume, j'en ferai venir de l'étranger. Mais les dootenrs
(1) Tomsk, Dejepis i Prahy, p. 5!0, Il est corieui da ramarquar qne Haa» dus son urmoQ du 17 juillet ne parla point de l'eiAcutiou dai trois jeunes put. C* lilenca prodoÏKit qnelqns itannemeot dans l'auditoire qui était iri* nanbNiii «tqoelquet-una turent même que Lea conieillera at lei huiuiers lui aitaùnt fermé U bouche. Maia le £-1, it prononfa ua éloquent ébjce dei Mis marljra. (Stari lelop. p. 18J. IL est probable qu'il avait voulu laiiser aux pauions le temps de se c^mer, 11 ne prit jamais une part activa aux déinoiitraliona populaires ; il «e déOait de la foule, blâmait l'ardeur impétueuse et la violences de JérAma de Prague et de Jeaa de Jesenice. Sa modértuion le rendit mime nu moment autpect aux plus ardents de ses amis.
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avaient fait trop soaveut déjh la triste expérience des brusques variations du roi : il serait saua doute bientôt ramené par ses favoris h des sentiments tout opposés; il n'y avait pas davantage à compter sur l'archevêque qui observait une neutralité absolue et se désintéressait du débat: et cependant, le péril croissait chaque jour, le peuple lisait avec passion l'Écriture sainte, traduite en Bohême, et chacun l'interprétait à sa g-uise ; des laïques discutaient en public avec des prètree sur des questions de dogme et de discipline ; quelques-uns même prêchaient dans les réunions (1). Des chevaliers, de riches et puissants seigneurs soutenaient avec conviction la cause des novateurs : h cOté de Nicolas de Lobkovice dont le râle avait été si important en 1409, le burgrave suprême, Lucek de Kravar, qui fut nommé quelque temps après gouvornear de Moravie et son frère Pierre, Cenek de Wartemberg qui fut burgrave aprètf Lucek, les seigneurs de Ghium et de Duba qui accompagnèrent Huss à Constauce, Henri Lefl de Lazan, la plupart des conseillers etdes favoris du roi protégeaient le prédicateur de Bethléem et grâce k leur inâuence la Réforme faisait de nombreux prosélytes dans lesprovinces, en Moravie surtout, et môme dans quelques pays étrangers, Pologne, Russie, Croatie. Le clergé de Prague et les docteurs s'adressèrent encore une fois & Jean XXIIL Ils choislreat pour représentant UQ prêtre allemand, de N2mecky Brod, Michel de Gausis : c'était un homme d'une réputation douteuse ; un moment curé d'une paroisse de la Nourelle-Vilie, il s'était bientôt fatigué de cette vie paisible. Il avait quelques connaissances spéciales et le roi le chargea d'apporter quelques améliorations dans l'exploitation des mines. Après quelques essais malheureux, il s'enfuit avec l'argent qu'on lui avait confié et se réfugia & Rome (2). Prêt è tout pour arriver & ses fins, débarrassé depuis longtemps de toute espèce de scrupules, il mit au service de ceux qui lui donnèrent leur confiance une impudence extrême, une connaissance pro-
(1) Coehl&«, HUt. dM Husaites, 18.
(i) Helation de PierM de Mlndenoiice. Doeura., |>. iiO.
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ftnde des hommes et des chosea de la cour pontificale et une tadiffirence absolue sur les moyens à employer. Jean était d'ailleurs tout disposé & agir arec énergie contre Huss; il lui aarnit pardonné d'avoir nié tous les articles du symbole plutôt que d'avoir osé contester son autorité et il avait reporté sur lui une part de la haiae que lui inspirait Ladislav de Naplea. L'examen du procès fut enlevé au cardinal Bnncas qui n'avait pas fait preuve d'assez d'énergie, et confia au cardinal Pierre de Saint-Ange qui reçut l'ordra d'agir sans ménagements et sans retards. Le pape défendit &Qx partisans de lluss de reparaître devant lui : le plus actif de tous, Jean de Jesenice, fut excommunié, jeté en prisou et n'échappa à une longue captivité et peut-être même su supplice que grâce à la connivence de quelques étu- 'liants de Bologne, favorables à la Réforme. Pierre de S^at- ^ge prononça contre Huss l'excommunication majeure : si, ^8 un délai très court, il ne s'était pas soumis aux ordres «6 i'É^iiae, elle serait formellement fulminée, au son des ''^^ixes, et avec toutes les cérémonies usitées : défense à .^^ les chrétiens d'avoir aucune relation avec l'escommu- * 4e lui donner à manger ou h boire, de le recevoir dans ^ *'^ maisons ; partout où il serait, le service divin serait V^ndu, les enfants ne recevraient pas le baplâme, les \^C^Yts seraient enterrés sans la bénédiction du clergé (1). Ces rigueurs ne satisfirent pas encore le pape ; à mesure qu'arrivaient k Rome des détails plus précis sur les derniers événements de Prague, la colère du pontife grandissait II refosa cependant de citer devant son tribunal quelques-uns des favoris du roi qu'avait dénoncés Michel de Gausis (2), il avait besoin de Yaelav et était trop habile pour le jeter dans une opposition ouverte par des attaques inutiles; il l'aimait mieux indifférent qu'ennemi. Mais, pour tout le reste, il donna complète satisfaction au clergé de Prague et somma même tous les habitants d'arrêter Huas et de le livrer à l'archevêque de Prague ou k l'évêque de Litomyal, pour
(I) Docnm., p. 461-U.
(1} a araît (Unonei on*erl«Dent le roi. < Il calommia BOn-Mulement 1« roTuiiM, mait It roi. > (Chron. Unir. HÔfl. I, p. SO).
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dtre conAamné et br&lé ; l'église de Bethléem devait être rasée, las partisans de Haas étaient excommuniés et tous ceux qui n'abjureraient pas leurs erreurs avant un mois seraient cités devant la cour pontificale (1).
La nouvelle de ces résolutions extrêmes causa à Pragae une très vive émotion. Huss en appela du pape b Jésua- Christ, le véritable et le seul chef de l'Ëg-lIse (2) : mais ses ennemis, encourais par le silence de Yaclav, poussèrent leurs entreprises. L'interdit fut observé avec la plus g-rande rigueur, toutes les églises furent fermées, les cloches ne sonnèrent plus), la ville entière prit an air de désolation et de deuil. Prague se partagea en deux camps ; les Cèques se déclarèrent pour Huss, les Allemands contre lui (3;. Une troupe nombreuse de bourgeois allemands envahit en armes la chapelle de Bethléem, pendant que Huss était en chaire : ils voulaient enlever le prédicateur, démolir l'église. La ferme attitude des auditeurs déjoua leurs projets. Dans une réunion à l'HOtel-de-Ville, on prépara une nouvelle expédition contre la chapelle, mais telle était ^effervescence générale, qu'on crut prudent d'y renoncer. Un conflit semblait imminent ; pour éviter une lutte sanglante et afln d'épargner à ses concitoyens les rigueurs de l'interdit, Huss se résigna à quitter la ville. It en eut bientôt des remords : sa vie était menacée à Prague ; n'avait-ll pas cédé aux conseils du démon 7 n'avalt-ll pas abandonné par crainte la cause du Christ? (4) Il revint et recommença ses prédications : l'interdit, un moment suspendu, fut aussitôt repris. Le roi pria alors Huss de s'éloigner quelque temps, et lui
(1) ChroD. Uoir. HôO.!, p.ZS.
(S) Docnia., p. 464.
(3j I) MtAtidant qu'il nepaut âlre qn«tdoa qaa d'ans dUiiioa gâBémiU; il ne manqua pu d'Allemands qui sa prouoncèrant ea fareur d« IIuss et il y eut aussi quelques Bohé m* s qui prirent parti contra lui. Ces dernlen Mmblent cepandast avoir éii trè» rares ; l'hoDoeur national était sn jeu ; abandonner Huu, c'était on quelque lorta aToner que lea acenutioDS d'béréaie, qui déshonoraient le pays, étaient foudées,
(4) Ces remords lui reviureat plus lard, quand il qiitla Prague, par ordre du roi : ■ Ja crois que j'ai péché, brique, suivant ta volonté du roi, j'ai cessé de prêcher. (Doeum., p. ST).
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promit de ne rien négliger pour le réooneilier avec l'Èglisé. Le maître ae soumit ; il avait peu d'espéraoce dans les négociations qui allaient s'ouvrir, il connaissait trop ses adveI^• saires pour supposer qu'ils se montreraient plus modérée qu'en 1411, il voulut au moins donner à Vaclav une preuve Incontestable de son désir de paix etd'union (décembre 141Ë). Les événements qui suivirent prouvèrent que les prévl- ^ons de Huss n'étaient que trop fondées. Un synode rénnî k Prague au mois de février 1413 n'aboutit à aucua résultat. Bien que fort affecté de Bon écbec, le roi n'abandonna pas son irréalisable projet de conciliation et nomma une commission chargée de rétablir la paix dans le royaume. Elle se composait de l'archerâque Albik, du prieur Zden«k de Labann, du doyen du Yysehnid, Jacob, et du recteur de l'Université, Christian de Prachatice. La commission cita Pierre et Stanislas de Znojm, Jean Ëlie et Etienne Paleo, les chefs les plus autorisés du parti anti-réformateur et Jean de Jesenice, Jakoubek de Stribro et Simon de Tisaov, les représentants du parti novateur ; mais les passions étaient trop excitées et les divergences trop profondes pour qu'il fbt possible d'arriver à un accord : les arbitres s'ingénièrent en vain i, inventer des formules assez vagues pour être admises par tous : ils n'y réussirent pas. Maître Zden«k demanda d'abord aux assistunta s'ils acceptaient les décisions et les doctrines de l'Église romaine, en tout ce qui se rapportait aux sacrements, à l'autorité et & la foi catholique: tons répondirent afflrmativement, seulement les docteurs ajoutèrent qu'ils entendaient par Église romaine cette Église dont le pape est la tète et le collège des cardinaux le corps.etlesamlade Huss, qu'ils se soumettalentaux décisions de l'Église romaine, dont le chef réel est Christ, le chef visible le pape, dans tout ce qu'ils étaient tenus d'admettre comme fidèles chrétiens. Les docteurs protestèrent contre cette restriction, et après un débat long et confus, les juges rompirent l'entretien (1). On ne saurait guère bl&mer les
(I) ElieuDc Palac âciÏTit pour ses coliègtiai de la faculté de (héotogie ua compte-reada de cette conférence, — 11 a été publié dans Palackj, Doeum. p. SfflSlO,
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docteurs d'avoir repoussé une explication qui était en quelque sorte la négation de la proposition mâme. Une entente conclue sur une équivoque n'aurait été ui sérieuse ni durable : la lutte edt repris dès le lendemaia. Mais le roi na voulait pas subir un nouvel échec ; impuissant à réconcilier les deux partis, il en supprima an. Les quatre docteurs furent exilés; quiconque s'opposerait à l'union, subtrait le même cli&timent(l413 (1). Quelque peu de sympathie qu'ÎDS' pirent les docteurs, on est forcé d'avouer que la mesure da roi était un acte d'arbitraire et de tyrannie peu fait pour accroître la prospérité de rUniversîté. Elle avait dû sa gloire h une complète liberté de discussion ; on lui imposait une doctrine ou du moins on lui défendait de la combattre. Pour les réformateurs, ce fut une victoire moins glorieuse et moins pure que celle de 1409, mais d'une por< tée égale : en 1409, les Cëques avaient vaincu les Allemands ; en 1413, les novateurs triomphaient des partisans du passé, les hommes de la libre Réforme, des défenseurs de l'autorité. Privés de leurs chefs, abandonnés par l'archevêque, menacés par le roi, les ennemis de Huas, découragés et fatigués, renoncèrent & toute espérance immédiate et n'attendirent plus que du hasard le succès qu'ils n'avaient pu forcer.
Dans les luttes précédentes, Huss avait eu contre lui trois groupes d'adversaires: le haut clergé bohème, la faculté de théologie et les conseillers de la Vieille-Ville de Prague. Le réformateur avait mérité la haine des prêtres intéressés au maintien des abus, le novateur en matière de foi avait éveillé les soupçons des représentants autorisés de la doctrine CLitholîque, le Cèqus brûlant de patriotisme et porté par la faveur populaire avait effrayé les bourgeois allemands. De ces trois ennemis, la faculté de théologie venait de recevoir un coup dont elle ne devait plus se relever, le clergé était réduit à l'impuissance par l'inertie do l'archevêque. Albik, fatigué de toutes ces querelles, avait échangé sa dignité archi-épiscopale contre un riche canonicat, mais son successeur Conrad le Westphalien, fort bien en cour,
(1) Doenni., p. 5tO.
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SB conduisait d'après les mêmes principes et ne cherchait qa'à ména^r les deux partis. La victoire des Joharmiates et des Viclefiates snr les MahométaTia (l) fut complétée par la réorganisation du coodeil de la Vieille-Ville. Déjà les Cëquca avaient la mt^orité dans la Nouvelle-YlUe de Prajpie et peut-être aussi daus la Petite-Ville. La comparaiaon rendait d'autant plus odieuse aux Slaves du Store meato la domi< nation des Allemands. Ceux-ci, menacés, cherchèrent à se maintenir par la terreur ; des exécutions arbitrairsa eurent lieu, mais elle» ne ârant qu'Irriter les esprits. Pour éviter une guerre civile, le roi décida qu'à l'avenir on lui présenterait une liste de 25 Bohèmes et de 25 Allemands, sur laquelle il choisirait 33 conseillers, 18 Bohèmes et 18 Allemands (2). Cette loi même ne fut pas longtemps observée et depuis lors les Bohèmes semblent avoir eu la majorité dans le conseil.
Pendant que les catholiques subissaient ces échecs multipliés et perdaient le gouvernement de Prague, les novateurs faioaient de nombreux prosélytes dans les campagnes. Rien ne contribua davantage & gagner les paysans h la Réforme que l'exil de Huss. Depuis que le m^tre avait quitté la capitale sur la demande du roi, il y était revenu souvent et y avait même fait d'assez longs séjours. Il avait essayé une fois de recommencer ses sermons & Bethléem, mais l'interdit avait été aussitôt prononcé de nouveau, et 11 avait renoncé à son projet. Au moins continua-t-il à. soutenir par ses lettres ses amis et ses fidèles, à les encourager de ses conseils ; il laissait d'ailleurs derrière lui assez d^hommes dévoués pour s'en remettre à eux du soin de continuer son œuvre. Jacob de StHbro, surnommé Jakoubek (Jacobellus, & cause de sa petite taille], le remplaçait à Bethléem, mais le véritable directeur du mouvement, en l'absence de Huss,
(1) L«« ennsmii de Hubb ap[)GliiL«nt ses partiBanB JobanniiUi ou 'Wjclefis- (M. — Caai-ci répondaient en traitant Isurs adTersaireii da Mahométaiia, mu doat9 pur alLusion ouz moyens lioUnts qn'iU employaient. — Le aom daHoiiiie* ne l'introdaisit qu«plui lord.
(!) Pal., m, 1, p. 163. — Tomek, Dejepit i Prohy, 111, p. 547.
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était Jean de Jeaenica qui avait déjii été excommunié par le pape et dont il fallait contenir plutdt qu'exciter l'ardeur. A cdté de Jakoubek, de Jean de Jeeenîce et des anciens amis de Hu39, Simon de Tîsnov, Christian de Prachatîce, Procope de Plzen, Jean Jicin, Marc de KraloTé Hradec, prenaient rang* quelques nouTeaux combattants, tels qae EMerre de MladenoTîce, Jean de Pribram, Rokycana et quelque» autres, destinés k jouer un râle important dans les événements ultérieure. Rawiiiré sar le eort de ses anciens fidèles, Hau commença b prêcher dans les campagnes ; le Sauveur n'a-til pas ordonné de répandre partout la parole divine î Les jours de fête et les dimanches, des milliers de paysanB accouraient de plusieurs lieues k la ronde s'inspirer auprès de lui de cette ardente passion de vérité et de justice qui l'avait soutenu au milieu de toutes ses traversas et lui fit braver la mort sans terreur et sans émotion. Il s'arrêta surtout longtemps au château de Kozi, non loin de l'endroit où s'éleva plus tard la ville de Tabor et son long séjour dans cette région 7 créa uo centre nouveau qui fournit plus tard au Hussitisme ses chefs les plus ardents et ses soldats les plus dévoués. Il n'y a pas dans la vie de Huas de période plus féconde que ces années d'exil : débarrassé des mille soucis qui l'absorbaient à Prague , il consacre à écrire tout le temps qu'il ne réserve pas k la prédication et son activité prodigieuse suffit aux travaux les plus divers. Ses relations avec les paysans lui rappellent son enfance, les injustices dont il a été témoin, les exactions dont ont souffert ses parents, et dans un traité sur le droit de déshérence, il proteste au nom de l'humanité et de l'Évangile contre les prétentions féodales : les biens du paysan mort sans enfant ne doivent pas revenir au seigneur, mais être distribués aux pauvres. Il travaille à débarrasser la langue bohàme des éléments étrangers qui en altèrent la pureté et dqnne l'exemple en même temps que la régie : son style n'a pas la fermeté et la couleur de celui ia âtitny, mais ses écrits sont uu modèle de clarté et de simplicité. Il corrige les diverses parties de la Bible qui avaient déjà été traduites en cèque ; enfin il résume ses croyances religieuses dans un grand
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traité sur l'Église, où. il fatit chercher son opinion définitive SOT lea questioDg controverâées (1).
Quand on lit Im travaux fort nombreux, qui ont été écrits à propos de Hues, od est étonné des divergences que l'on rencontre, non-seulomeat dsna le jugement de sa doctrine, nuùa infime dans la manière de la comprendre et de l'eiposer : pour quelques écrivains, c'est presque un protestant ; pour les au^es, 11 se sépare h peine sur quelques points secondaires du catholicisme romain. Cas dîvergfencBB s'expliquent de deux manières : d'abord Hues a hésité quelquefois, son opinion a varié et l'on arrive k des résultats sBBei différentSf suivant que l'on étudie avec une attention plus spéciale tel ou tel de ses ouvrages. C'était moins, comme l'a dit M. Lechler, un homme d'intelligence qu'an homme de sentiment (S) ; il n'avait rien du philosophe qui, parti d'un principe, en tira résolument toutes les conséquences ; il se dérobe, accepte des conclusions contradictoires et BU milieu de ses Téservee et de ses dentés, il est souvent difficile de saisir l'opinion définitive. On s'est souvent de ^sfl laissé entraîner à le juger moins par ses actes et ses paroles que par les conséquences possibles de ses principes. Il n'y a rien là de bien étonnant et cette erreur est d'autant plus naturelle qu'elle ne repose pas uniquement sur des euppoaitions chimériques, mais sur les événements qui sortirent de ses doctrines. Si l'on veut bien comprendre et juger avec impartialité l'œuvre de Hues, il ne faut jamais oublier qu'il se proposa avant tout et presque exclusivement un but pratique, la Réforme de l'Église. Bn face de la mort, lorsque le bdcher est déjà allumé, il proteste qu il n'a jamais eu d'autre intention qae de détourner les hommes du péché (3). n ne voulut innover en rien : ses déclarations multipliées, qu'il est catholique, soumis à l'Église, bs sont pas seulement un moyen de défense : sur tous les points de dogme, il accepte la doctrine catholique*, sur les sacrements, la
(1) V. U liste dei oanagtE da Hius duis Jîrecftk, RalcoT«t' caiki litsratnrj, p. n».
(î) Uchler, U, p. 270.
(!Q Docum., p. 3£3.
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communion, les eaints, la vierge, aes adversaires ds l'ont jamais pris ea défaut. Sur deux points seulement, d'une importance capitale, il est vrai, il est entraîné par ses désirs de réforme h des conclosions grosses d'hérésies : Où le chrétien doit-il chercher la règle de sa conduite et de sa foi ? — Dans l'Ëvangile. Elle seule est la source sainte de la vérité. Mathias de JanoT avait déjà, avant Hass, recommandé l'étude delà parolede Dieu ; Hussvamâme moins loin que lui, il ne veut pas expliquer l'Ëcritare autrement que ne l'ont fait les Pères et les Saints Tloctears, U se soumet à toutes les décisions de l'autorité ecclésiastique dès qae, directement ou indirectement, elles sontfondées sur l'Ëc^ tare : mais, mal- . gré ces restrictions et ces réserves, il n'en ressort pas moins de ses paroles que ces décisions n'ont qu'une valeur subordonnéeet conditionnelle ; elles ne sont rien par elles-mêmes; d'autres plus hardis en arriveront logiquement i, l'égalité de tous les hommes devant l'Écriture. — Ce pouvoir, que Huss reconnaît au pape, aux évèqnes et aux prêtres, il faut qu'ils s'en rendent dignes par leurs vertus; mais il arrive trop souvent qu'ils s'abandonnent au péché et qu'ils trabissaftt ce Dieu dont ils ae prétendent les défeosears tout puissants ; dans ce cas, le Seigneur les maudit et les rejette et Huss arrive ainsi à une conception de l'Église analogue h celle de aaint-Augustin. À côté de l'Église catholique, il y a une autre Église, la véritable Église du Christ, dont le Sauveur est le seul chef et dont les prédestinés seuls sont membres. Les antres, quels que soient leurs titres et leurs rangs, sont condamnés de toute éternité h la damnation éternelle. Il est évident que de cette conception nouvelle de l'Église comme de la soumission à l'Écriture seule sort tout naturellement la négation de l'autorité pontificale, épiscopale et même sacerdotale: il peut arriverque les che& viùbles, les papes, les évàques soient des réprouvés : leur autorité alors n'est qu'usurpation et il est du droit de tout prêtre, de tout homme de ré>iister aux ordres des faux prophètes et de prendre en main la cause de la religion compromise par eux. Huss n'alla pas jusqu'aux limites extrêmes de cette théorie que reprirent et que développèrent les Taborites,
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mais il admit au moiua que les rois pouvaient intervenir (Isu3 les affres ecclésiastiques ; ils étaient, eux aussi, les oiots du Seigneur.
DsDs ces deux propositions se résument les points sur lesqnels Huss s'écarte du catholicisme : L'Evangile est la seule règle infaillible et aufBsante de la foi. — L'Église est la communion des prédestinés. Ces propositions n'avaient en elles-mêmes .rien qui fût en contradiction absolue avec les croyances générales de l'époque, elles ne devenaient dangereuses que par l'importance extrême que leur donnait le prédicateur cèque. Elles n'étaient pas hérétiques en substaqce, elles le devinrent par le développement qu'elles reçurent et les conséquences qu'on en tira.
L'année 1413 se termina assez tranquillement en Bohême : Huss prêchait et écrivait, ses adversaires se recueillaient et préparaient leurs forces pour une nouvelle attaque. Ce fut alors que se répandit la nouvelle qu'un concile œcuménique allait se réunir k Constance : il devint aussitôt l'objet de toutes les préoccupations. Chacun pressentit que le connile exercerait sur les affaires bohèmes une influence décisive et se prépara à profiter des événements.
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