‹ Huss et la guerre des hussitesChapitre 14 sur 32 · HOSS ET LE CONCILE · texte numérisé non relu

HOSS ET LE CONCILE

Jeu XXIII et Sigismond. — Hobs à Constanca. — Pape et concile. — La Béfonoe par l'Église, Qerson et le parti françaie. — Captivité de Huss, son procès et sa mort. — JârAme de Prague.

Depuis trois ans, Huss tenait en échec la puissance pontificale : un simple prédicateur résistait h l'Europe entière ; d'un cAté le monde, de l'autre une conscience pieuse, et le sionde semblait devoir être vaincu. Rien ne met mieux en lamlëre la décadence de la papauté: dévorée parles abus, elle avait perdu sa force parce qu'elle s'était montrée indigme de remplir sa tâche. Un seul moyen restait d'éviter une dissolution complète de l'Église : rétablir l'unité et supprimer les abus. Le temps pressait, le péril était aux portes, des ^mptômes menaçants annonçaient la crise imminente : des paya entiers s'agitaient ; Boss avait derrière lui la Bohème entière, n'entn^erait^il pas les autres nations slaves ? Les Polonais, que leurs gruerres incessantes avec l'Ordre Teutoniqne rendaient déj^suspects * les Croates et les Slaves du Sud, ob les Bogvmiles se comptaient encore par milliers t En Allemagne, telle était la haine qu'inspirait le prêtre qu'on craignit un moment un massacre général. Si le concile d'ahord, la haine des Hussites ensuite n'eût occupé, détourné les esprits, la Réforme eût peut-être commencé un siècle plus tôt. Qu'importait après tout à Grégoire XII, à Benoît XIII, à Jean XSin surtout? Leurs domaines réduits suffisaient h leur politique ; leurs ambitions, leurs pensées s'étalent rétré>

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cies en même temps que leurs états : pauvres souverains, qui préfèrent le partage àl'abdication !

Jean XXIII était tout entier aux événements d'Italie; mais li, aussi la fortune le trahissait, il avait été chassé de sa capitale par le roi de Naples Ladislav, dépouillé de ses états, et depuis plus d'un an, il attendait, impuissant et désespéré, une occasion de prendre sa revanche. Il était dans un de ces moments où l'àme affaiblie n'oppose plus de résistance, s'abandonne au malheur, se laisse aller à la destinée. Il était disposé h payer cher le moindre secoui-s : le roi de Hongrie en profita. Depuis 1413 jusqu'à sa mort, Si^smond est chef au moins nominal de la résistance contre Huss et ses disciples. Roi de Hongrie par suite de son mariage avec la fille de Louis le Grand, Marie, héritier présomptif de la couronne de S. Vaclav, il avait été élu roi des Romains en 1410 et son frère lui abandonnait sans jalousie le difficile soin de gouverner l'Allemagne. Ses états s'étendaient des Balkans k la mer Baltique et des Karpathes au Rhin. Mais cette grandeur même, loin d'être une cause de puissance, était grosse de périls. Que d'ennemis ! Les Turcs, les Polonais, tes Vénitiens, sans compter les plus redoutables peutrètre, les sujets, magnats hongrois ou vassaux allemands. Un homme de génie edt en vain essayé de contenir ces ambitions turbulentes et de maintenir en paix cea races ennemies, et Sigismond n'était certes pas un homme de génie.

Comme Vaclav, il avait reçu une éducation soignée : il savait plusieurs langues, le latin, le français, l'allemand, le hongrois ; sa parole était facile, élégante, il était presque éloquent. Il avait la répartie vive, plaisantait volontiers et entendait raillerie. Il était affable et bienveillant : humilis et urbanus, ces deux mots se trouvent chez tous les chroniqueurs qui ont parlé de lui. Sa bonhomie familière étonna plus d'une fois ses hautains compagnons. Il se mêlait aux bourgeois, s'asseyait à leur table : h Sienne, il fut à l'enterrement de la femme d'un riche citoyen, à Augsbourg, il tint sur les fonds baptismaux le fila d'un marchand ; il y avait sans doute beaucoup de calcul dans cette familiarité, les négociants de Sienne ou d'Augsbourg méritaient bien quelques

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flatteries ; maïs il sauvait les apparences par sa bonne liumeur et son humilité restait digne et majestueuse. 11 avait Téritablement l'allure d'un roi : g-rand, bien pris, les cheveux blonds et frisés, les yeux bleus, mobileaet profonds, il séduisait toutes les femmes, tous les hommes s'inclinaient devant lui. Le premier succès n'était pas celui qu'il prisait le moins : il était en effet fort ami des femmes (YwaixoffXiK, dit un historien grec) (1). Sa passion durajusqu'à la mort. < Quoique vieux, dit un chroniqueur qui est très Indulgent pour lui et qui n'avait guère d'ailleurs le droit d'afficher une sévérité outrée, il

était encore porté à la volupté et rien ne le charmait

plus que la vue d'unejoliefemme(3). »Pûurelle3, il compromit souvent ses intérêts, quelquefois son honneur, mais malgré ses débauches, il conserva jusqu'à sa mort une force toute juvénile ; il expia seulement par la goutte ses excès de boisson (3). Il était fier de son corps, faisait volontiers parade de sa beauté, aimait les fêtes, les tournois où il surpassait et écrasait tous ses rivaux.

C'est là un des traits saillants de son cai*actère : il était très vaniteux ; il se laissait volontiers séduire par les projets grandioses, les vastes conceptions, il allait & ce qui brille, mais il était aussi prompt au découragement qu'ardent & l'entreprise. Rien de plus difficile aussi et de plus fastidieux qu'une histoire suivie de son règne : impossible de se reconnidtre au milieu de ces courses précipitées, de ces plans aussitôt abandonnés que conçus, où il use ses forces sans profit pour lui ni pour ses peuples. Quel contraste entre les deux frères : Vaclav, fatigué du pouvoir, indifférent, inattentif et Sigismond qui semble craindre sans cesse de voir les affaires manquer il son activité, et les conquêtes k son am^

(1) Uenka, I, p. 1444.

(i) SjWiui, D» duobuï amantihns.

(3) Lan de md léjour à Roma, U dit sa paps Engèna ; il 7 a trou pointa, rpti-Saint-Père, sur iMqnslt nous ditTàrong ol troi* points par où noiiB Doni ratsemblona : ta ta lèvea tard, moi, avant le joar ; lu boia da l'eau, moidii TÏD ; ta fuii lei feinmM, Jo les luia. Mais tu distribue! gânéreiiiemeat les bîena de TÉgliae, Ja na garda rien pour moi ; mea pieds ns valaut pas nûeuiqne t«a duûus ; tu perds l'Ëglise at moi l'Empire. — jSuaaa S;UiuB, Biog;raiphia de Sigiioioiut, publiée jutr PaUckjr (EUiaa n&cb Ilaliea, p. 113).

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bition ; le premier, indécis et irrésolu, le second, mobile dans sesrésolutions, mais apportant à la réalisation de ses incer^ tains projets la même ardeur înfati^ble : de Cbarles IV, ils n'ont qu'un certain amour des lettres, la beauté et la force physique. Et cependant, cette mobilité extrême de Si^ismond produit quelquefois les mêmes effets que l'inertie et la violence de Vaclav : il est si pieux qu'il meurt en odeur de sainteté et mérite d'être canonisé, mais il souille sa m^ moire par des cruautés indignes et il a des colères d'enfant qui se venge contre un obstacle naturel, mais imprévu ; il ruine ses sujets par ses exactions et se ruine par sa prodigalité ; il oublie sespromesses plus encore qu'il ne lea viole, et ses revirements brusques, ses enthousiasmes et ses oublis, ses sei^ ments et ses parjures finissent par lui aliéner tous les esprits : roi sans grandeur mais mêlé àdegrands événements, ila poursuivi la gloire et n'a conquis qu'une renommée bruyante mais douteuse, récompense suffisante après tout d'un prince qui a pris l'agitation pour l'action !

Après son élection, il avait subi quelque temps l'influence de Frédéric de Hohenzollem, burgrave de Nuremberg (1), et il avait voulu exécuter ses plans de restauration de l'Empire (2). Mais il revint bientôt & des pensées moins hautes, et pendanttroisana,nepanitpasen Allemagne. Puis, subite-

(i\ Frédirie dsHoheiuoIlerQ, burgrave deNitrembBrg, qui fut plm lard éteetanrds BmodeboDrg, aatui) dsi hommwUt ptnt remarquabUt ds ton tampi •t il a joui dani l'Empir* un lAle conndérabl*. Son action a M mlu «u Imniàn d&us le célébra ouTraga de M. Dro^Mn (Oeaehichta der praouicbea Fotitik. I, S* Jdil. Leipzig, ISSSJ.Malhaurenteiiient M. Drofssn, trop souvent dominé par la pasiioD politique, attribuaplnid'nnefoii à Fridiric des panaéea •I dM plan* qu'auaim document □■ prouve, maîi qui permettent à l'écriTaûi de le repriienter comme ua prâdécMieor cooiciant de l'empire actuel d'Allemagne.

at) Cet préoccupation» le reSètent daus La lettre par laquelle Sigiamond accepte la couronne que lui offraient quelque» éWtean : s Quoique noua noua trouTioDa, dit-il, trop faible en prudence, tagesie et force, quoique non* aaehioDi que nout lonunea impuîiunt & porter la poids du Saint-BmpÎTS-Romain qui eet maintenant hontaoEement déchu et affaibli et qne noua Mjoni eouTaineu que des foreei aurhnmainaa tuf&raient aenle* k rétablir l'ordre, cependant non aanlemeat de* élacteura, maii encore d'antrsi leîgaeun nous ont sncouragé et noua avont accepté non pour notn propr» iutérAt, maia pour l'hoonenr et la gloire de Dieu tout ptÛEtanl et pour 1« Lien générai. > (Aacbbaeh, I, p. WJ/,

J^t pris de remorda, il pensa à réparer sa négligence àforce ^tivité : il irait se faire reconnaître dans les provinces des gj ^iens royaumes de Lombardie, d'Arles et de Bourgogne, rtJ^'^and il aurait ainsi rendu au Saint-Empire-Romain-Ger- - Mque son ancienne splendeur, il viendrait se faire cou- ^^er BOlennellemeut à Aix-lfr-Chapelle. Malheureusement UTéalité répondit mal à ces visions radieuses: son voyage de souverain fut une équipée peu glorieuBe (1413-1414). Une fois de plus s'étalait au grand jour la pauvreté impériale : il fallait négocier avec les villes, avec les plus minces seigneurs, vendre les derniers privilèges régaliens pour obtenir unsenuent de fidélité aussitôt oublié que prêté ; le duc de Mil&a refusa b, Sigismond l'entrée de sa capitale. L'arrivée nefut guère plus glorieuse ; le roi faillit âtre obligé de quitter Aix-la-Chapelle sans avoir été couronné : aucun électeur n'avait daigné venir. Plus tard, il fut sur le point d'àtre enlevé par quelques bandes de pilliurds, qu'entreteaaient les ducs des Pays-Bas. Il se consolait de ses mésaventures par l'espérance d'une grande revanche : la chrétienté lui devrait la fin du schisme. Son voyage en Italie avait eu en e^t au moins pour résultat de décider Jean XXIII à convoquer im concile.

Les prélats, réunis à Pise, avaient décidé, en se séparant, qu'un nouveau concile s'ouvrirait dans cinq ans. Mais il Mlait pour cela l'ordre du pape, et il paraissait assez difficile de convaincre Jean Xmil. Sigismond lui-même n'y serait jamais parvenu sans Ladislav. Chassé da sa capitale par le roi de Naples, menacé dans Bologne, le pape se jeta dans les bras de Sigismond : c'était sa politique habituelle, il sauvait le présent en abandonnant l'avenir. Il se résigna à promettre la convocation d'un concile, non d'abord sans demander des garanties : * tout dépend de l'endroit, écrivait-il i. son ambassadeur, je ne veux pas d'une ville où l'empereur commande. > Sigismond fut inflexible; Jean céda, un concile œcuménique dut s'ouvrir & Constance le premier novembre 1414. L'annonce de cette convocation trouva d'abord beaucoup d'incrédules : pour la première fois, une grande asaemblée catholique se tenait sur les terres d'Empire, le p^e n'y

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consentirait pas : mais peu à peu les nouvelles se confinnërent, on ne put plus douter des intentions de Sig-ismond, des promesses de Jean XX.III, et aussitôt toutes les questicma particulières, tout«s les compétitions de nations ou de princes passèrent au second rang et s'ef^èrent devant l'intérêt général de la chrétienté. La France oublia un instant les querelles des Armagnacs et des BourgnigTions, l'Allemagne les rivalités de ses seigneurs et de ses villes : la paix, disparue de la terre, ne reviendrait-elle pas avec l'unité de l'Église? Dieu, qui frappait si durement le monde, ne lui pardonneraiMl pas, si on portait une main courageuse sur les abus ? Les peuples sont lents & désespérer : l'échec de Pise fut oublié ; on ne réfléchit pas que ceux-lb seraient chargés de réformer l'Église qui avaient besoin d'être réformés; on crut à un miracle : c'est comme un dernier élan vers Dieu, un dernier acte de foi de ce moyen-âge qui avait produit les croisades et qui retombe brisé après ce dernier effort, envahi par le doute et en mourant. Le but du concile, c'était la Réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres ; d« Ik trois points principaux qui devaient attirer son attention : d'abord le schisme. Il fallait mettre un terme fa ce scandale de trois papes, qui se disputaient le monde et le déchiraient en le tirant à eux ; — puis les abus. On devait terminer ce que le concile de Pisen'avait pas même entrepris, rendre au clergé sa pauvreté et sa pureté, délivrer les laïques des lourdes charges sous lesquelles ils succombaient ; — enfin, les hérésies. C'était le mal le plus terrible, la lèpre dont Dieu frappait son Église infidèle. Mais maintenant, tous les chrétiens se confondraient de nouveau sous une même loi, dans l'adoration du Seigneur: malheur & ceux qui continueraient leur opposition et protesteraient, vrais suppôts de Satan, contre les décisions souveraines du Saint-Esprit !

Dans son entrevue de Lodi avec Sigismond, Jean lui avait parlé des troubles de Bohême, de l'inertie de Vaclav qui paralysait l'action des che& ecclésiastiques et lui avait demandé d'intervenir pour rétablir l'autorité de l'Église si profondément ébranlée. Sigismond pensa aussitôt fa faire venir Huss à Constance et lui envoya sur le champ Jean de Ghlum et

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YaclsT de Duba: il lui promit de lui obtenir une audience du concile devant lequel il défendrait librement sa doctrine ; s'il ne se déclarait pas convaincu, il s'en retournerait libremeot & Prague (1).

Cette invitation excita de vives inquiétudes parmi les amis de Huss :< Il te livrera à tes ennemis, » lui disaient-ils. Un de ceux qni lui avaient transmis les offres de Sigismond, le seigneur Mikèa Divoky, lui conseilla secrètement de ne pas se fier aux promesses du roi : mais ces craintes n'arrêtèrent pas le réformateur ; il ne se dissimulait pas les périls auxquels ils s'exposait, mais l'heure maintenant était venue de confesser la vérité, il ne devait pas reculer devant le bûcher, dès que sa mort pouvait être utile k la cause de Dieu. Et d'ùlleurs, pourquoi n'entru^erait-il pas le concile? Pourquoi Jésus-Christ ne toucherait-il pas les cœurs des prélats assemblés, comme il avait touché le sien (2) î La fbi sincère ne va pas sans le prosélytisme.

Il se prépara sur le champ k partir pour Constance et chercha avant tout à se purger des soupçons d'hérésie qui, en déterminant d'avance la décision du concile, pouvaient l'empâcher de répondre à son appel. Un synode extraordinaire était réuni à Pra^e. Huss annonça par des aMches plaçai^ dées dans les mes les plus firéqueatées qu'il était prêt k ré-

(1) > La roi Sigismond m'a fiût dire par Hsnri Led et par d'autrei qu'il wniait me procurer oae andience lafBaanle (du coacila) et «i je ne me eoq- ■etuùpu an jugement, qa'il Toulait aiuû ma reavojer en toat« liberU. > LaUra de Hiui, juin 1415. {Pal. Docum. p. 114}. Cei p4rotea infflraiantponr prauTar l'erreur da certaina hittorieaa qui oat prétendu que Sigiunond n'arait pH doDoè de lanf-conduit à Huaa. On a cité, il «at vrai, uds lettre de Hou ; 1*' aapt. 1414. (Doc., p. M) : < J'eipère, dit'il, que je ne craindrai pu da conTaaaer Notre SMgneur Jiiiu-Cbriat, et s'il le faut de moarir pour lii ; > iln'eût pas, dil-on, esprîmé de pareilles enùataa, a'il eût eu ua saufcoudait, Mail pina loin, dani la méma lettre, oa lit : > J'ai l'iateotion de coarber hamblameot la lêta, da parfdtre deTUtle concile de Couitaaee arec la ia]iF.eoiuitdt de Votre protection. B Hicbel de Prieat, le notaire rojal, icrit&HiiM{8 oct. 1414, Doc,, p. 533) : En réponse à la demande de saufconduit qoe ta a« adressie an roi Notre nii^tre, j'ai prié Sa MajeatS de toqloirbien ts donner enfin lei lettres néeesMirei pour laïaur-eonduit. >

(t) Huu et Jérôme i vinrent h Couitance, parce qu'ils sTaJent une grande eoollance en eui al voulaient entraîner tout le concile i, défandre le droit M la lititi. > (Chronique d'Augsboiirg, Burkard Zink, dans lea Chronikao der denticban SttMllê, vol. V, p. 63).

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pondre, en présence de rarcbevâqae et des prélats, & tons ceux qui croiraient avoir quelque faute ou quelque erreur à lui reprocher. Le lendemain (26 août 1414), Jean de Jesenice, suivi de quelques maîtres et de nombreux étudiants, se présenta à la porte da synode et demandaan nom de Huss qu'il filt permis au maître de venir se justifier devant l'assemblée. On lui répondit qu'il était impossible de M donner audience, parce que la séance était consacrée à discuter nne proposition royale. Après avoir attendu encore quelques instants, il se retira en faisant constater par les témoins qui l'accompaigîtaient la demande de Huss et le refus du synode (1). Jean de Jesenice obtint du moins de l'inquisiteur de Prague, Nicolas, évêquB de Nazareth, une déclaration formelle, qui empruntait au caractère du témoin une importance particulière. Jeme suistrouvétrès souvent, disait Nicolas, en relation avec m^tre Husa, j'ai discuté souvent avec lui sur des questions religieuses, je n'ai jamais aperçu dans sa doctrine la moindre erreur, je l'ai toujours regardé comme on véritable et sincère catholique. L'inquisiteur n'hésita même pt» & donner & Buse un certificat d'orthodoxie (2). L'archevâque de Prajfue fut moins explicite : interrogé par quelques maîtres bohèmes, il se contenta de répondre que, pour lui, il n'avait rien h reprocher h Husa, que ce n'était pas par l'archevéqne de Prague qu'il avait été condamné, mais par le pape.

Les adversaires de Huss ne relevèrent pas le défi qu'il leur jetait, mais ils se préparèrent en secret à la lutte décisive : ils firent une sorte d'enquête préalable, réunirent les témoignages et les documents nécessaires pour condamer le prédicateur de Bethléem. Husa n'ignora pas leurs manœuvres, 11 eut même entre les mains le dossier préparé contre lui, et écrivit dès lors quelques notes pour sa défense : la perfidie et l'injustice de ses ennemis firent sur lui une profonde impression de dégoût et de crainte involontaire ; aussi, les derniers jours qu'il passa en Bohêmefurent tristes : sa confiance était ébranlée, les inquiétudes de tous ses amis finissaient par

(l)Doe., p. 240-241. (8) Doc, p. 248-S44.

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agir sor lui; les plus résolus, les plus hardis étaient abattus: Vini te rejoindre, lui disait Jérôme de Pragrue, mais il ajoutât: si je vais au concile, je crois que je n'en reviendrai pas. C'était l'opinion générale : Dieu soii avec toi, dit h Huss un cordotmier, un certain André Polonus, il me semble que ta oe reriendras pas (1).

Hnss quitta Prague le 11 oct. 1414. Les débuts du voTage ftirent heureux (2). Depuis quelques années, le silence e'étalt lut en Allemagne autour du nom de Hubs, l'approche de la réunion du concile avait a^ibli, sinon éteint toutes les anciennes haines, on était unanime k remettre k la grande assemblée de Constance le soin de décider toutes les questions en litige. Il ne manquait pas, surtout dans le Sud de l'Allemagne, de fidèlea très irrités contre le clergé et pleins d'admiration pour l'homme qui n'hésitait pas h sacrifier sa vie pour régénérer l'Église. Dans toutes les villes que traversait Hnss, il annonçait par des affiches qu'il allait à Constance pour y rendre compte de sa conduite et j donnait rendezvous à ceux qui croiraient avoir quelque motif d'accusation contre lui. Souvent les magistrats, les plus riches bourgeois, quelquefois même les prêtres, venaient conférer avec lui et s'en retournaient frappés de son enthousiasme, de son éloquence et de sa piété. Peu à peu les sinistres pressentiments qui avtùent envahi le maitre avant son départ de Bohême, a'éviuiouisaaient : < Je n'ai encore rencontré aucun ennemi, > fenit-il de Nuremberg (3). Ce voyage le débarrassa de ses

(1) Doeam,, p. 110. — Dam unelettre de Huas de juin 1415. Bile est en lUin, mail trois on quatre lifcnes socten bahâma. Les écrîTaini qui ont cité WM phrue célèbre ont attribué an cordonnier un petit diiconra ; Fidâle et tMttut eteTaliar, Hîguaur Jeui, que le roi, non celui de Hongrie, nuûa Mliida ciel te doune une récompense éternelle pour ta âdéLiié. En réalité, Mtle [ihrMe est de Hum et s'adreisa an seigneur Jean ds Chlum,

R Avant de partir, Hom avait terit ji un de ses dieciples, Martin, ans l*tlre qsi HA devait être ovverle qu'^rès sa mort et qui était na véritable '■'UuMiit, Nom en avoua déjà cité quelques fragment». (V. Docum., p. 71.)

(3) m oct. 1414. Cette lettre, fort iatérassaote, nons donne un récit déaiUédavoTBgs deHaes. (Docnm., p. '^). Falacky dit A ce propos (III, 1, U6, éd. atlemande) : s La grande attention que lui montrait le peuple snrprit Hum, dont le cdté faible était prédséinent le besoin de l'approbation.

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derniers préjug-és; il n'avait jamais bal les Allemands, mais l'AUemagne lui inspirait une crainte un peu excessive, elle se dissipa. Son patriotisme resta aussi actif et aussi profond, mais il ne fut plus aussi déâant ; tout en grardant aux Cèquea la première place dans son cœur, il donna h ses pensées un caractère g^énéral et humain, dîgrne de l'homme qui allait mourir, non seulement pour la Bohème, mais pour l'humanité. Encouragé par l'accueil qu'il recevait partout, soutenu par les seigneurs qui l'accompagnaient, les barons Yaclav deDubaet Jean de Ghlum(l), auxquels se joignit plus tard Henri Lacenbok, le réformateur s'inquiéta peu des retards que subissait l'euvoi du sauf-conduit impérial et il n'hésita pas b entrer k Constance (3 nov.) et à se présenter même devant le pape Jean XXIII, sans attendre le retour de Vaclav deDuba qui était allé demander à. Sigismond les lettres promises et qui les rapporta deux jours après (5 nov.)- Husb fut assez favorablement accueilli; le pape lui laissa toute liberté d'aller et de venir dans la ville, lui demanda seulement de ne pas prêcher et de ne pas se montrer trop ouvertement dans les églises. Du reste, il promettait à Huss qu'il serait entendu par le concile en audience publique (2).

U M TkDtaît d'avoir été loué pur tons mux avec qui il arait disenté. > IL me Bemble que ces parola» tout un peu iajuates. S'il j a uqg chote qui fnppe dant Jean Uu», c'est son humilité, sa crainte de ee donoer une Îdbportaoce qu'il n'a pas. Dam lai lettrai qu'il écrit pendant sa captivité, il re- Tieat souvent sur ce point : il ne se (ait aucuDS illusion sur son rAl«, il n'Mt que l'indigna inilrumant da la volonté divine. Cette approbation qu'il reehefchait, il la désirait non pour lui, mais pour sa doctrine; il dq voulait pat être admiré, mais être imité et suivi.

(1) Jean da Chlnm avait pour secrétaire Pierre de Hladenoviee qni noue a laiiié un récit détaillé du procès de Huss. Ce récit renferma un très grand nombre de pièces offlciellai qui en font un monument historique de premier ordre. IL a été publié par HôBar, mais, hsnrensement, réédité par Paladtj.

{t) Cette audiepca lui éloil de plue garantie dans le sauf-conduit da Sigiemond. Il est très eiplicite, ce sauf-conduit : Sigiemond recommanda ft tons maître Jean Huss, et ordonne <c de le laieeer passer, rester, demeurer et r«venirlibr«ment . >(Docum., p. S3T-233). Vaclav de Duba qiiMa Hue* i Nuremberg le 20 octobre pour aller chercher les lettres du roi des Romain* qni n'arrivaient pas ; le chancelier royal avait fait le eanf-cooduit it Spire, 18 octobre, il le remit à Vaclav qui repartit aussilét, et rejoignit Huaa i Constance lo 5 nov.

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Le concile n'était pas encore ouvert ofâciellemeDt, mais la foule était déjà grande dans la ville: on n'avait jamais vu encore si nombreuse et si imposante assemblée ; ce n'était pas seulement une grande réunion ecclésiastique, c'était auaai un congrès politique. Il s'agissait de guérir le mal dont souffrait le monde ; les symptômes étaient différents dans les divers paye, la cause était partout la même, il fallait la déterminer nettement, d'abord; la supprimer, ensuite. Aussi, tous ceux qui espéraient avoir quelque influence dans le grand conseil de la chrétienté, tous ceux qui, par leur science, leur titre ou leur puissance, étaient les membres désignés de cet aréopage, s'étaient donné rendez-vous à Constance. Les évêques y coudoyaient les princes, tous les rois, sauf un, avaient envoyé leurs ambassadeurs. Il y eut au concile trois patriarches, vingt-neuf cardinaux, trentetrois archevëqueâ, environ cent cinquante évêques, plue de cent abbéa et de cinquante prieurs ; le pouvoir nouveau, qui avait essayé un moment de faire l'intérim de la papauté, les Universités, était représenté par trois cents maîtres, et ce ne Alt pas un des traits les moins remarquables de ces grandes assises du XV* siècle que le rôle qu'y jouèrent les docteurs ; ce rôle fut plus grand k Constance qu'à Pise, plus grand encore à Bâle qu'à Constance (1) : à mesure que le mal s'aggravait, que les échecs se multipliaient, on faisait appel à des forces nouvelles, ou appelait les réserves pour arrêter les progrès de l'ennemi. Grave concession, bien qu'inconsciente, à l'esprit démocratique qui commençait à agiter l'Europe! N'était-ce pas un premier pas vers Huss et les réformateurs que cette égalité de la science et de la position i

Ces prélats, ces ambassadeurs amenaient avec eux des serviteurs, des secrétaires, des soldats. Tous ceux qui avaient confiance dans leur étoile, leur intelligence ou leur audace, étaient accourus : quelle meilleure occasion de gagner une place, un bénéfice ? Les marchands aussi étaient fort nombreux, et les magistrats de la ville furent un moment effrayés, débordés. Il y eut par moment cent mille étrangers,

(1) T. sur M point, Frédéric de Raumer: Die KiccbeuTenammlnDgeD Tw Hul, KoitDiU nndBaMl, p. l&.

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trente mille chevaux. Où les loger ? Gomment les nourrir ? Comment surtout maintenir l'ordre au milieu de ces troupes étrangères et souvent ennemies, Anglais et Français, Polonais et chevaliers de l'Ordre Teutonique, Italiens et partisans de la Réforme, défenseurs du concile et amis du pape 1 Beaucoup étaient venus sans but déterminé, par curiosité, pour s'amuser, et cette ville, où devait se régénérer l'église, était une véritable Babylone : les charlatans, les joueurs de flûte encombraient les mes (1) ; les prélats avec leurs costumes somptueux, leurs chevaux bardés d'or,leur9 escortes bruyante et querelleuses s'occupaient moins de discussions théologiques que de festins et de tournois (2). II y avait sept cents filles publiques avouées, sans compter les autres (3).

HuBB fut effrayé de ce tumulte : « Si vous pouviez voir ce concile, qui s'appelle très saint et infaillible, écrivaiMl h ses amis de Bohème, vous verriez une grande abomination ; les Souabes disent qu'il faudra trente ans pour purifier la ville de Constance des péchés qui l'ont souillée » (4). Perdu au milieu de cette foule, il ne sortait pas de la maison où il était logé et préparait sa défense; mais ce qui l'occupait surtout, ce n'était pas son propre salut et la réfutation des calom< nies qui le poursuivaient, c'était la Réforme de l'Église, et nous avons encore un admirable discours qu'il voulait prononcer devant les prélats réunis (5), Sublime renoncement! Huss savait qu'il risquait sa vie h parler ainsi, il n'ignorait pas que les haines qui s'acharnaient après lui n'avaient d'autre cause que ses audacieuses attaques contre le clergé, et,

I cent! balelton on mniieieni, aîz oant

(S) lU donnaiaat qualquefoii anx-mâmea t'eiaioplB da détordrt. Lea ar> cbevAquac de Pîm et de Uajenee m prennent do qnerella : des puolaa on en Tient ani coupa^ comme iû n'avaient pas d'armes, ils cbcrcbaieot à a'étranglfiT : beaaeoup de prêtres effnjis aa aaaTSrent par la fenêtre. (Horaton XSII, 9U),

(3) Asehbach II, p, 42. Sur le nombre de* étrangera & CoDitance «t le prix daa TiTrea, voir Aaehbach (Document 32).

(4) Doenm,, p. 13S.

l&\ PubUé par Hôfler (1, 2W-315).

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aa moment decomparaltre devant ses juges, il préparait un discours qui raviverait toutes les colères, lui aliénerait même ses partisans, s'il en avait, et rendrait inévitable sa Goodamnation. Mais que lui importait la mort? Il lui suÊBsMt de rendre témoignage h la vérité; le supplice lui était doux, s'il le souf&aît pour le Christ. On a dit que Hus3 était mort pour l'indépendance de la pensée, qu'il était un des premiers et des plus sublimes apOtres de la liberté de conscience : cela est vrai, en fait ; il est certain qu'en revendiqaaot jusque sur le bûcher le droit de ne pas se soumettre à la décision du concile, il brisait en quelque sorte l'Église officielle et universelle, mais il avait & peine conscience de sa révolte et n'en prévoyait ni n'en acceptait les conséquences logiques : ce qu'il rdvait, ce n'était ni la liberté de conscience, ni l'affiranchissement de l'intelligence, — ces idées ne Bontpas du XV' siècle, — mais la Réforme, par l'Écriture; c'est ponr elle qu'il a lutté et souffert, pour elle qu'il a donné sa vie, comme gage de la sincérité de sa foi. Qu'ils sont loin, disait-il dans son sermon, qu'ils sont loin les prêtres du but que leur a proposé notre Seignenr ! Ils devaient être simples, humbles, et ils dominent la terre, ils veulent soumettre les grands et les rois et courber sous leur autorité les têtes les pins hautes. Qui reconnaîtrait dans ces prélats, escortés de shevaliers, chamarrés d'or et d'argent, les disciples du pauvre Gruciâé t Et la charité !.... Que de temps leur faut-il pour oublier le serment qu'ils ont prêté ? Véritables étalons, qui hennissent à la vue d'une femelle et se précipitent sur elle, oublieux des hommes comme de Dieu. Et d'où vient tout ce mal? Je crains, je tremble de l'avouer, mais je n'ose pas me t^re, je ne veux pas qu'on dise : Malheur & lui ! il a gardé le ùlence et ses lèvres sont souillées. La cause, l'origisa, la Boarce de tout le mal, c'est la cour romaine, non seulement parce qu'elle ne remplit passamission, qu'elle ne détroit pas le péché commeelle le devrait, mais ses provisions, ses diapenses, ses collations ont livré l'Église à la simonie et à la corruption. Et il ajoutait des paroles qui paraissent prophétiques, si l'on songe aux événements qui couvrirent la Bo hëme de ruines et de sang : « le peuple périt et nous sommes les

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coupables de sa mort, nous qui devrions le conduire à la vie. Et voilà, les villes sont dépeuplées, les châteaux renversés les églises détruites, les monastères ruinés. »

Qtii dira l'effet qu'eussent produit ces paroles sur le concile? Les assemblées sont sujettes aux entraînements : beaucoup de docteurs et même d'évêquea désiraient d'ailleurs sincèrement la Réforme, peut-être auraient-ils eu la majorité, peut-être aurait-on ainsi évité cet avortement, qui fut si funeste & l'Église. Mais les ennemis de Huss veillaient, et ils étaient résolus h ne pas permettre une épreuve aussi dangereuse.

Huas a répété plusieurs fois que ses adversaires les pins acharnés ont été ses compatriotes : tous ceux qui s'étaient déjà mesurés avec le réformateur étaient à Constance, guettant la vengeance : les oiseaux de proie tournoyaient, annonçant une victime. Là se trouvaient l'évêque de Litomysl Jean de Fer, Michel deNemecIcyBrod, surnommé Michel de Gausis, Vaclav Tiem qui n'avait pas pardonné au prédicateur de Bethléem ses déceptions financières, l'ancien ami de Huss enfin, Etienne Palec. Stanislas de Znojm était mort subitement, BU moment où il se préparait à partirpour Constance. Le témoignage de ces accusateurs était d'autant plus redoutable que le concile était incapable déjuger les livres cèques qui formaient une partie importante désœuvrés de Huss et n'avait aucun moyen de contrôler les dépositions qui se rapportaient aux sermons, aux dissertations et aux lettres slaves. De plus, les demandants avaient une sérieuse influence, par leur position, comme l'évêque de Litomysl ou par leurs relations, comme Michel de Causis.Hussavaitbien autour de lui un assez grand nombre de Bohèmes, dévoués à sa cause, mais ces chevaliers, ces étudiants, étaient sans autorité, suspects, et leur affection ne lui était d'aucun secours. Les accusateurs étaient sûrs d'avance de l'appui de ceux qui, dans le concile, étaient hostiles à toute Réforme ; ils étaient fort nombreux : presque tous les prélats italiens, le parti de Jean XXIII ; si l'on avait voté par tête, ils auraient suffi à faire la majorité, mais l'on votait par nation ;

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lerésnltat dépendait delanatioa française que dirigeaient le cardinal d'Ailly et Gerson.

D'Ailly, né k Compiègiie eu 1350, s'était diatingruéà l'Uni -> Tenitéde Paris par sa piété sincère, sa ânesse et sa subtilité dans les discussions et son érudition scolastique. Il avait mérité d'être nommé chancelier de l'Université ; puis, mêlé iDx négYJciations de la an du XIV* siècle, le zèle qu'il avait montré pour le rétablissement de l'unité dans l'Église, lui ■ avaitvalu le chapeau de cardinal. Penseur remarquable, il avait Boutenu la nécessité d'une Réforme dans des traités passionnés et hardis ; mais ses écrits épuisaient son énergie- Ardent en paroles, il était presque timide en action, sa douceor dégénérait en faiblesse : dans la grande discussion théologîque de l'Université de Paris, en 1403, il avait parlé contre la neutralité, il proposait d'appeler les deux papes. Il reg^rettait de n'avoir pas deux, volontés pour les partager entre eux. Plus tard, k Constance, quand s'engage la question de la Réforme, il hésite, tergiverse, et finit par inspirer quelque déSance b, ses propres amis ; défiances injustes : il' aurait voulu réformer les abus, mais par la conciliation, de l'accord unanime de tous les intéressés. Avide de paix, fanatique d'union, il éprouvait une irritation instinctive contre Huss, ses résistances et ses audaces.

Tout autre était le caractère de Gerson. Jean Charlier, t'tdné de douze enfants, était né le 12 décembre 1363 & Gerson, village du diocèse de Reims, à quelque distance de Réthel. Suivant l'usage de son temps, il prit le nom de son village. Fort jeune encore, il se distingua à l'Université et en fut nommé chancelier, grâce h la protection de d'AIUy, dont il resta toujours l'ami et le conseil ; à Constance, IL était le véritable chef de la nation française et son zèle pieux, sa science profonde, l'honnêteté et la rectitude de sa vie lut assuraient une réelle influence sur les autres nations. Il n'eût peut-être pas pu empêcher la condamnation de Huss, mais, s'il l'approuvait, elle était certaine. Sa conduite dans cette douloureuse affaire a été longtemps inexplicable : les historiens du concile de Constance ont presque tous reproduit des paroles de Gerson aussi hardies et aussi dangereu-

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ses pour l'Église catholique que Les sermons de Huss. Gôm'ment donc s' est-il prononcé contre lui ? comment surtout at-il consacré toute son activité et tous sea efforts à faire condamner un homme dontil partageait les convictions les moins orthodoxes ? — Les fiiits ont été obscurcis par une erreur sinjTulière. Von der Hflrdt a publié, dans sa grande coUectiOD des documents relatifs au concile de Constance, un traité célèbre : « Des moyens d'unir et de réformer l'Ègliae > (1), qu'il a attribué & Gerson. Lesécrivains postérieurs ont accepté cette opinion sans examea et ce traité a toujours servi h tous ceux qui essayaient de donner une idée des doctrines du théologien français ; on s'est habitué à voir dans Gerson un précurseur de Luther, et un théologien italien a même eu l'idée assez singulière de placer sur la même ligne Uer- BOD, Luther, Bossuet et Mirabeau (2). Une étude mdme superficielle aurait cependant facilement éveillé les soupçons; les doctrines des Moyens de réformer l'Église sont singulièrement différentes en effet de celles de tous les autres écrits de Gerson et il est établi aujourd'hui que Von der Hardt lui a attribué h tort la paternité d'un livre qu'il aurait certainement condamné (3). Gerson avait, comme d*AilIy, une piété profonde et une foi inébranlable, son intelligence était claire et pénétrante, sa volonté persévérante et ferme ; vivement frappé des périls qui menaçaient la

(1) D« nodU «uandî ae nrorm. Kedei. in conoil.

((} ■ Genon tosMI introduire la «uffk^ge de l'opiaioa iiai*analla dans i« domaiiM 4a eondle «t padller l'E^iie; Lalher, l4 anSr&se de l'opinion uni. Tenelle dan* U eoDicianee iadiiiduelle, pour 1a rérormsr. — Bouaet toulut délivrer l'ÉgliM gallicaoe de ce qn'il regardidt comme l'eicta de 1& piu«- ■Mce poQtiflaile ; Mirabean imauciper la noavella Enrope de l'aDcienoe ; ■ at aiUenn s ■ Oanoa tt Boaraat ont crM daux gnuidea époquea, celai-Ii celle d* Luther, eelai-ci eella de Uirabaau. t Abbate Toiti, atoria del coDcilio di Coftania (I, p. 72).

(3) CMt H. SehwalM qui a le premiar provTé que la Da modi» aniwdî D'ttait paa de Oenon, (Schwabe, Johannai Oirton, Wonbourg, 1859, p. 483tflj. U attribue eetta diatertation à un béoMiclin, Aiidri de Randalf. La liTm de Sehwabe diffui, obiour et anaujeui, eit remarquable par la flnasaa critique de l'antenr. C'ait nn eai&i de celte dtuda dei aources qui est ii peine commencée et qui permettra, plus tard, d'ôcrire une histoire airieuie du «ondle i» ContlUM et de la part glorimue qa'j prit rUnivtmiti d» Paria.

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foi et de la nécessité d'une Réfonne, il ttTait l'énergie nécessaire pour l'accomplir et faire face aux dangers ; mais c'était nn esprit modéré, il avait horreur des audaces : il représentait admirablement l'UniverBifé de Paris, qui était trop intimement liée k l'Èg'lise pour songer à se séparer d'elle, et la France qui devait trop & la papauté pour consentir à une rupture. Il admettait bien sans doute que, dans une période de crise, les conciles prissent le grouvemement et remplaçassent les pontifes impuissants ou indignes, mais il ne contestait pas en principe l'autorité du pape, et surtout il ne comprenait pas l'Église représentée autrement que par le clergé. S'il ouvrait les portes du concile aux docteurs et aux amples prêtres, il condamnait avec une sévérité convaincue les théories de Hass, dont les conséquences extrâmes n'allaient à rien moins qu'& accorder & tout bomme le droit d'interpréter et de prêcher l'Évangrile. Sa ri^eur envers le réformateur bobême fatd'autant plus grande que la conduite de Jean XXIII le poussa presque à la révolte, le força du moins à aller plus loin qu'il ne l'eût voulu et qu'il crut alors plus nécessaire de démontrer d'une manière certaine qu'il ne sortait pas volontairement des voies légales, de prouver, en toippant la révolution, qu'il n'était pas révolufionnaîre : Huss à ses yeux, en effet, ne représentait pas la Réfonne, mais la révolte ; toute faiblesse h son égard anrut eu pour résultat, supposait Gerson, de compromettre le concile et de lui enlever toute espérance d'atteindre le but qu'il se proposait. De très bonne heure il avait vu dans les prédications de Bethléem le germe d'un bouleversement religieux et social : dès 1414, il avait écrit h l'archevêque de Prague pour l'exhorter & détruire l'hérésie qui pullulait dans son diocèse et lui avait conseillé de recourir, s'il le fallait, au bras eécuUer (1); quelque temps après, il lui envoyait les articles qui avaient été extraits des livres de Wiclif par la faculté de théologie de Paris et condamnés par l'Université (2). Fort opposé en politique aux idées démocra-

(I) XI mai 1414. Docum., p. SSS.

StWwiil 1414. Id. p. 6fl.

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tiques, con^« lesquelles il avait combattu h Paris, lors de la révolte des Cabochiens, il prévoyait les Taborites, leurs tendances républicaines et socialistes, et il ne pardonnait pas à Huss d'avoir ébranlé et affaibli l'autorité ; les accusations qu'il présenta au concile sont frappantes à ce point de vue : il reprocha au réformateur d'avoir enseigné que nul n'est véritablement pape, sei^eurou prélat, s'il est en pécbé mortel; que les sujets et plébéiens peuvent et doivent dénoncer et blâmer ouvertement les vices de leurs supérieurs ; qu'on ne doit aux prélats ou aux nobles et aux rois en péché mortel ou prévus pour la damnation (prœscîti) ni respect, ni obéissance (1). Avec de pareils principes, pensait-il, il n'y a pas de société possible. Mais pourquoi au moins, a-t-on dit, n'a-Ml pas séparé l'homme de l'idée, épargné le prédicateur, en condamnant ses doctrines i C'est que pour lui l'erreur était le fait d'une volonté pervertie ; une pensée fausse était un vice ou un crime et méritait le même châtiment (2). Uuss allait donc avoir contre lui le concile : partisans et adverseiires de la Réforme étfûent unis contre lui.

A cette cause première et décisive, qui détermina le rôle de Gerson et des maîtres de l'Université de Paris, s'ajouta encore la haine que les nominalistes ressentaient contre les réalistes, haine qui n'eut d'ailleurs nullement le caractère d'une rancune personnelle. Les nominalistes étaient convaincus que les réalistes arrivaient fatalement k des conclusions repoussées par l'Église, qu'ils étaient hérétiques virtuelle-

(f) Docum-, p. 185.

(2) ■ La causa primordiale et l'originB priDcipal* de toa(«s )«■ arr«nr« OQt été et ioat le détordre dca leotiments et la rorruption de la volonté. > (De ■entu liiterali S. Scripturte, opp. I, p. 5). U. Schwab « donne une raiioa un peu subtile de lapetteté avec laquelle Oerioa te prononça eoutre Haaa. Il tenait beaaconp, dit-il, à faire condamner par le concile Isa tbforiea répcidea et la mémoire de Jean Petit, et il TonUit en quelque aorte engager !'>•• BembLée en obtenait une condamnation contre le Dorataur bobëme. (Tétait une lorle de précédent, qui, d'après lui, ferait loi. En efTet, lorsque l'ordra du jour appela la diacossion des paiolea de Jean Peiit, Qeraoa rappela la ■art de Huas : « Il éloit moina coupable, dit-il, et cependant toiu l'aTex traité plus téTârement.» Celle phrase, la seul argument qne donne Scbwaba, ne me parait poniianl pas soffisBUte pour croira à ce plan lon([ucmept m6~ dite et odieux, qui paraît (ait du supplice de Huas un simple moyen de pro-

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— liO — ment et que toutes leurs dénég-atioQS ne chang«aient rieu à un fait nécessaire.

Une fois assurés des dispositions du concile, les ennemis de Hu3s ne perdirent pas une heure; ît importait que l'affaire fût eng-agée avant l'arriTée de Sig-ismond qui se serait peut-être cru lié par le sauf-conduit. Le 28 novembre, Huf s fut attiré dans le palais pontifical, sous prétexte d'une conférence, arrêté et jeté en prison (1). Jean de Ghlum protesta, et, comme le concile ne tint aucun compte de ses plaintes, il en appela à Sigismond. Le roi, d'abord très sincèrement irrité de cette arrestation, ordonna que Huss fût remis en liberté, mais les ordres du roi ne furent pas mieux écoutés que les protestations des Bohèmes ; à son arrivée h Constance, Sigismond se déclara de nouveau très mécontent et fit même mine de quitter la ville ; en réalité, il ne voulait que sauver les apparences. Les prélats lui représentèrent que le droit de l'ÉpUse était supérieur à celui d'an roi, qu'on n'était pas tenu par une promesse faite à un hérétique, que l'assemblée se dissoudrait, si elle n'ét^t pas libre sous sa protection: on était sûr que Sigismond ne résisterait pas à on pareil arg^umeut. Dès ce jour, il abandonna Huss et devint un des persécuteurs les plus acharnés de celui fa qui il avait promis sa protection et dont le tort le plus grave avait été de se fier fa la parole d'un prince.

Une commission de trois membres avait été chargée de préparer te procès. Huss, jeté dans un cachot infect, était tombé malade, et on avait même craint pour sa vie (2). Mais

(1) OgaatujA d« juttiOar CB fnBt-&p«ii* pM usa prétanilu* lenUttÎTe da '■iU d« Hsu, mail il «it aajaiird'liui {Umontri de la façon la plni îoconUt- Ubltqua Rucli«nth«l, la Mtd ebroniquanr qui p&rle da catta irnâoa, a. coifondn HoH at Jétùto» d» Fragnt. (Cp. Palaekf , du Haultanthnin and Pnd. Hôfler, p.' itS.) M. HefaU « prét«uda que Hau a.nH vioU las coodit*i»u qna la pap« lui avait impoaiaa, avait prêcha et auitt^ k la matae. Util d'aboHl le pape na lui «Tait pas interdit d'entendre la meate, maii aanl*D>ant II grand'meue, pour ivitar le acaodala, at eniuïte noua aarona qu'il M HHÎt paa da chvi lui. On At un initant courir le bruit q uil prJehanit et dooncraiinn ducM jk toui hb audltaurt : iaulila d'ajoutar que c'était una para intention.

C!)HuM fui arrêté II SS Dovambra, on le B>nl* ^"i' j'>"'* ''^"* ^ ''^'"~ loQ d'nn chanoine de Coniiian;c. Lt 1 df:«miirc, on le Inniporta dana le

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Bes eoDeiûis ne voulurent pas perdre leur Tengreance, on le transporta dans une autre prison, et dès qu'il fut rétabli, on commença l'instructiou. L'accusé demanda un avocat ; on le lui refusa : il n'était permis & personne, objectait-on, de défendre un hérétique ; on lui refusa même le droit de discuter les témoignages. Il étaitévident que sa perte était résolue et l'isBue du procès n'était plus guère douteuse pour personne, lorsque les nouvelles de Bolième aggravèrent encore sa position.

On apprit en effet, sur ces entrefaites, qu'un ami de Huss, Jakoubek, avait distribué aux fidèles la communion sous les deux espèces : toutes les mesures prises contre Jakoubek étaient restées inutiles, il fallait frapper le maître pour faire trembler les disciples.

Uo événement imprévu rendit cependant quelque espérance aux compagnons de Huss. Le concile avait résolu, pour mettre fin au scbisme, de déposer les trois papes et d'en étire un nouveau. Jean XXIII, mis en demeure d'abdiquer, promit tout ce qu'on voulut, mais il ne cherchait qu'une occasion de s'enfuir, et le 20 mars 1415, il réussit en effet à sortir de la ville. A la nouvelle de cette évasion, l'émotion (ut générale: peut-être le concile se dissoudrait-il, peut-être Sigismond mettrait-il Huss en liberté. Les gardes de la prison avaient suivi le pape et avaient remis l'accusé aux soldats du roi. Les Cèques eurent une heure de joie, mais Sigismond refusa de prendre parti pour Huss et le livra à l'évéque de Constance qui le fit enfermer dans son chftteau de Gottlieben. Le concile reprit courage ; obligés de procéder contre le pape, les prélats poursuivirent l'hérésie avec d'autant plus de sévérité : il leur convenait d'établir nettement leur fidélité à l'Église et de marquer le point qu'ils entendaient ne pas dépasser. Aussi les décrets contre la papauté

oauttul du domiDÏGJtini, sur voe tia da Ue, et on loi uaigaa du cachot obscar, tUrott at humide, où il tomba bieotAt malad*. Qaalqaes joara aprèf U fuite da Jean XXIII, SigiimaDd la coaAa k la garde da l'éiéqaa de Conitanca (14 mars) qoi la fll traaaportar dans sod château da OotUieben, aur lai bord* du Rbia, à trois qaarti d'heara da la villa. On la ramena à Coaalaaca an moment du procèi (juin), at il fat enCenoé juqn'à aa mort dus la eo«~

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et contre les aoTSteuTs se succèdent coupeur coup. Le 80 mars, dans sa IV* session, le concile déclare que toute personoe, de quelque état ou dignité qu'elle Boit, même papale, eet tenue d'obéir à la puissance que Icâ évéques réunis ont leçne du Saint-Esprit, et le 6 août, dans la V* session, il complète cette déclaration par les célèbres articlw qui établissent d'une manière explicite la supériorité des conciles tories papes. Le même jour, il char^ une commission de lui présenter un rapport sur les doctrines de Wiclif, et le 4 mai, sur les conclusions de son comité, il ordonne de brftler les livres du philosophe d'Oxford. Ou déterrera et on jettera hors du cimetière les OB de celm qui avait été {«prince et le chef des réooltea récentes contre l'Église et la foi. La conscience rassurée par une condamnation qui n'était que le prélude de la condamnation de Huss, les prélats déposent Jean XXIII (2d mai), et deux jours après, ils décident que le procès public de Huss commencera le 5 juin. HuB8 allait donc enfin obtenir cette audience publique qu'il sTait si longtemps demandée en vain : il le devait à l'éuergfique intervention des seigneurs Cèques.

La nouvelle de l'arrestation et de la captivité du réformateur avait produit en Bohême une vive douleur ; & plusieurs reprises, les nobles avaient écrit à Sigismond des lettres menaçantes. Ils ne sauvèrent pas le m^tre, mais Sigismond voulut au moins leur donner une apparence de satisfaction en permettant à l'accusé de se défendre publiquement : le concile fit d'abord quelques objections, mais il devait bien quelque reconnaissance au roi qui avait si courageusement violé ses promesses : d'ailleurs la condanmation était désor^ mais certaine, il se résigna à cette formalité sans péril.

Huss ne se faisait plus guère d'illusion sur les dispositions de l'assemblée et le sort qui l'attendait. Mais s'il n'ea> pérait plus sauver sa vie, qu'il dédaignait d'ailleurs de défendre, il voulait rendre à la vérité un dernier et éclatant hommage. Il retrouva pour cette lutte suprême toute sa science et toute son éloquence.

Le 7 juin 1415, le concile se réunit dans le réfectoire du couvent des Franciscains. L'assemblée était fort.nombreuso:

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on commença par lire l'acte d'accusation et les dépositions des témoins ; on se proposait de passer ensuite bu vote et de condamner les articles attribués à Huss; c'est seulement alors qu'on aurait introduit l'accasé qui n'aurait plus eu qu'à fie soumettre humblement aux décisions acceptées. Pierre de Mladenovice avertit aussitôt Jean de Chlum et Vaclav de Duba et ceux-ci obtinrent de Sigismond qu'il s'opposât à une pareille manière de procéder. Les prélats n'osèrent passer outre et Huss fut introduit. On lui présenta ses libres : il s'en reconnut l'auteur et on recommença à lire les dépositions ; à plusieurs reprises, il essaya d'interrompre cette lecture; il voulait discuter chaque article, un à un. Mais cette pri^tention souleva un grand tumulte. — Assez de sophistique, lui disaient les uns, réponds par oui ou par non. — Laisse-là les Pères de l'Église, criaient les autres, ils n'ont Tien à faire ici. — Huss seul restait calme : j'aunûs cru, ditil, qu'il y eflt dans ce concile plus d'ordre, de convenance et de bonté. — Tu étais plus modeste en prison, lui répondit le cardinal Jean de Brogni. — Personne alore ne criait contre moi, répliqua Huss, et maintenant vous criez tous contre moi (1). Les chefs les plus autorisés comprirent que l'on n'arriverait à rien et la discussion fut remise au surlendemain.

La séance du 7 juin fut plus calme et plus sérieuse. Sîg-ia mond y assistait et à ses côtés Jean de Chlum, Vaclav de Duba et Pierre de Mladenovice. Le roi avait annoncé que l'on chasserait de la salle tous ceux qui troubleraient l'ordre. On discuta d'abord l'article relatif à la présence réelle. Huss affirma, comme il l'avait toujours fait, qu'il ne parta-

(1) Tomek, III, p. 5T5, met est incident dam la iseandt sianea publique (T juin), et Hcfela ^CandlienssicUicbl* VII. 13T), ait dn toême arii. J'ai i^ru (Uvolr ma rangar i, l'opinion de U. Palaekj wn* ma diaiimuLer eap«adant qn'il «et difflcila d'arriver à uoe certitude absolue. Hu» rapporta ce difdor gua dam une lettre du £7 juin Acrila en c^ue. Quelques biitoriena allamande ont la : lorsque je fus interrogâ pour ta pramiàro fais, ce qui lirtrait tous Ira doutes, mniice quin'rst pas danileteilf. La Un de 1& lettre au contraire Ml alLuaioD à La séance du 7 el non du S. Ce qui m'a décidé, malgré toai, à Mcepler le 5 de préférence au 7, c'est le silence de Pierre de Mladenovice. 11 était présenta la séance du 7, nous en a laissé un récit trâs détaillé, et il eu probable qu'il n'aurait paa passé Hni rilanca no trait ai curieux et ai earactéristiqna.

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geaît pas la doctrine de Wiclif sur ce point et qu'il ne croyait pas que la substance du pain restât dans l'hostie après la consécration. Le cardinal d'Ailly chercha à lui prouver que ses opinions réalistes l'amenaient fatalement aux conclusions de Wiclif et quelques docteurs l'appuyèrent. Mais un Anglais fit remarquer que cette discussiou était étrangère i, la question; il est évident, dit-il, que la doctrine de Huss sur la communion est conforme à la doctrine de TÈglise. La mêlée devint alors générale : on reprocha à l'accusé son admiration pour Wiciif, la part qu'il avait prise aux événements de 1409 et aux troubles de Bohème. Il répondit par le simple récit des faits, avoua qu'il honorait Wiclif; il ne savait pas s'il jouissait de la gloire des élus, mais il voudrait avoir son âme où était la sienne ; il protesta qu'il était toujours prêt, comme il l'avait déjà dit, h abandonner les doctrines qu'on lui démontrerait fausses et erronées; il rappela qu'il était venu de son plein gré à Constance ; s'il s'était refusé ti rompar^tre, personne n'aurait pu l'y forcer. Ces paroles, que l'on prit pour une bravade excitèrent des murmures, mais Jenn de Ghlum intervint : « Je ne suis qu'un pauvre chevalier, dit-il, mais j'aurais bien défendu Huss dans mon château pendant une année entière. Et il ne manque pas de seigneurs plus puissants que moi qui l'auraient défendu aussi longtemps qu'ils l'auraient voulu et au besoin contre Vaclav et Sigismond réunis. > Cette réponse irrita Sigismond ; aussi, lorsque le cardinal d'Ailly pressa Huas de se soumettre à la décision du concile, le roi saisit l'occasion d'abandonner ou* vertement le maître. Il lui avait promis, dit-il, de lui procurer une audience publique et il remerciait le concile de l'avoir écouté ; maintenant il devait se soumettre. Il aurait tort de compter sur une plus longue protection: un hérétique, quel que fût son rang, ne trouverait pas grâce devant le roi des Uomains. La séance fut levée sur ces paroles et renvoyée au lendemain.

On commença de nouveau par lire trente-neuf articles tirés des livres de Huss sur Wiclif et de ses traités contre Etienne Polec et Stanislas de Znojm. Le maître présenta quelques observations, protesta contre certaines opinions qu'on Iui.repro-

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chaitet qu'il n'avait jamais euee, quelques phrases avaient été mitl comprises : on lui coupa brusquement la parole et la discussion fut étouffée. Le cardinal de Cambrai, Pierre d'Ailly, demanda alors de nouveau h l'accusé s'il voulait se soumettre à la décision du concile ; s'il désirait soutenir quelques articles, il serait entendu encore une fois, mois il risquait de s'engager ainsi daos une voie périlleuse. Huss répondit qu'il □e demandait qu'à être instruit; le cardinal crut à une soumission complète. Le concile exige, contiaua-t-il, que tu confessa humblement que tu as erré dans tous les articles qui t'ont été présentés, tu les abjureras publiquement, tu prêteras un serment solennel de ne plus les soutemr, tu prêcheras et écriras le contraire de ce que tu as prêché et écrit. Huss répondit qu'il était prêt k se soumettre au concile, qu'il abandonnerait les articles qu'il avait soutenus dès qu'on lui en aurait prouvé l'hérésie, mais il supplia ses juges de ne pas le condamner i. abjurer des doctrines qui n'avaient jamais été dans son esprit: sa conscience lui défendait un pareil mensonge. Ce scrupule, qui est une admirable preuve de la sincérité de Huss, ne fût pas compris par l'assemblée. Sigîsmond le blâma de son obstîuation : je suis prêt, dit-il, h abjurer toutes les erreurs et pourtant je ne les ai jamais professées. Le cu'dinal Zabarella, archevêque de Florence, promit à Huss de lui présenter une formule d'abjuration qu'il pourrait accepter sans scrupule. La séance était très orageuse : Jes Anglais reprochaient h l'accusé d'avoir compromis l'Université d'Oxford, les Bohèmes rappelaient l'affaire des trois voix, l'exil des docteurs catholiques. Cette lutte héroïque d'un homme contre l'Église frappa pourtant quelques esprits ; Palec eut comme un remords : il crut devoir protester que l'intérêt de la chrétienté seul et non quelque haine personnelle l'avait poussé à demander la condamnation de Huss. Spectacle bouffon ! L'escroc Michel de Gausis se sentit aussi une conscience, parla de la foi chrétienne, du bien général ! Dieu nous jugera, répondit simplement Huss. L'archevêque de Riga, Jean Wallenrod, conduisit alors le prisonnier hors de la salle: la comédie était finie, le tragédie allait commencer.

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Le concile était resté es séance : la sentence ne faisait doute pour pereonne ; Sigisinoud jugea cependant nécessaire d'exciter les jugts. Il ne lui suffisait pas d'avoir abandonné Husa à ses ennemis et violé sa parole, il trouvait que aa perfidie n'était pas encore assez complète : il était do ceux qui ont lïesoin d'être de la majorité, de le prouver k tous les yeux ; d'ailleurs, il voyait désormais dans le réformateur un adversaire personnel, un ennemi de sa puissance. < Si un pape, un évéque ou un prélat, avait dit Huss, rat en péché mortel, il n'est plus pai>e, évêque ou prélat. » n ne contestait pas la valeur des sacrements conférés par ces prêtres indignes, mais ils perdaient leurs âmes, et il avait ajouté : Bien plus, si un ro! est en péché mortel, il n'est pas véritablement roi devant Dieu. Sigismond, à ce moment, causait dans l'emhrasure d'une fenêtre avec le burgrave de Nuremherg. A peine Huss eut-il fini sa phrase, que les prélats se levèrent en criant: appelez le roi, cela le regarde ! Huss interrogé répéta ses paroles : Personne n'estsans péché, répUqtia Sigismond. — Et quoi, Husa, s'écria alors le cardinal de Cambrai, ne te sufât-il pas d'avoir ébranlé l'Église entière, veux-tu encore t'attaquer aux rois ? (1) — En rapprochant la proposition de Huss des déclarations menaçantes de Jean de Chliun, Sigismond eut comme un pressentiment des périls que lui préparaient les nouvelles doctrines : son trône chancelait, le feu détruirait ces théories rérolutionnaires ; la mort du prédicateur arrêterait la propagation des principes qui conduisaient à la mine de toute autorité. Les prélats s'étaient rapprochés du roi des Romains, c Vous avez entendu, leur dit-il, les hérésies qu'il a avouées ou qui ont été prouvées contre lui ; s'il refuse de les abjurer, qu'il soit brûlé ou traitez-le avec tonte la rigueur des lois que TOUS connaissez. S'il se rétracte, n'ajoutez aucune foi k ses promesses. A peine revenu en Bohême, il retrouverait ses partisans, prêcherait de nouveau les mêmes erreurs et le mal deviendriùt pire que par le passé. Il faut lui défeudre toute prédication et envoyer les articles qui ont été condamnés k mon frère, & Prague, en Pologne, et dans tous les ;i)I>ocam., p. 2S9.

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pays oii il a des disciple.? et des amis. Que tous ceux qui partagent ses doctrines soient poursuivis par les évèques avec la dernière rig-ueur. » Il prévoyait bien, ajouta-t-il, leur résolution, il approuvait leur sévérité et les encourageait à ne pas s'en départir ; pour lui, il était obligé de quitter Constance, mais il recommandait à leur attention ce disciple de Huss que la colère de Dieu avait livré au concile. — Jérôme, répondirent les prélats ; oh ! nous en aurons fini dans une séance. — J'étais encore jeune, reprit le roi, quand cette secte a commencé à se répandre en Bobâme et maintenant quels progrès n'a-t-elle pas faits? — Les prélats se séparèrent sur ce mot. Jean de Chlum et Pierre de Mladenorice, que Sigismond croyait partis h la suite de Huss, avaient entendu toute cette converaation ; sa perfidie coûta le royaume de Bohème au roi des Romains (1).

Cependant, près d'un mois s'écoula avant que le concile prît une résolution définitive ; peut^tre l'attitude du mtùtre avait-elle fait quelque impression sur ses accusateurs. Sigismond lui-même avait réfiéchi : il craignait de blesser trop profondément les Cèques ; les lettres des seigneurs devenaient hautaines, menaçantes. On fit plusieurs tentatives pour décider Huss à une rétractation, on chercha des formules va^es et générales : la faute après tont ne retomberait pas sur lui, mais sur le concile ; tout fut inutile : parmi les articles que je dois abjurer, répondait-il, beaucoup n'ont jamais été acceptés par moi et ma conscience me défend de me reconnaî tre coupable de fautes que je n'ai pas commises ; d'autres me paraissent vrais et je les soutiendrai tant qu'on ne m'aura pas démontré mon erreur par l'Écriture. Je ne veux pas scandaliser le peuple que j'ai conduit dans la voie de la vérité et compromettre le salut de mon âme. Huss arrivait ainsi presque involontairement à la proclamation des droits de la conscience individuelle ; il ne reconnaissait pas k l'Église entière réunie en concile le pouvoir de lui imposer un acte qu'il croyait mauvais ; la décision unanime des prélats

(!) Cat iacidenl, qui j«U« an« luinièM DOiiT«lle fur le canusU» et U rAla de SigiiDioDd, n's iié cotiDU que par la publicalion de 1> reUiîon de Piena da UladanoTlca. (V. Doeuin., p. 314-315).

DiatizeabyGoQt^Ic

ne faisait pas la vérité. A l'approche de la mort, le réfonna-

teur s'élevait au-dessus de lui-même, son âme était plus

noble et plus pure, sa pensée plus ferme et plus franche. Il

avait demandé pour confesseur Etienne Palec, celui-ci recula

devant cette tâche, mais il vînt dans la prison supplier son

Aucien ami de se soumettre. — Que ferais-tu, lui demanda

Huss, Bi l'on t'obligeait à renoncer & des hérésies que tu n'as

jamais professées. — Cela est dur eu effet, répondit Palec,

et il éclata en sangflots. Huss lui avait déjà pardonné ses

Hccu&ations, il pardonnait à Michel de Causis qui venait

l'iusulter, lui annoncerson prochain supplice. Il était homme

pourtant: quelquefois l'aiguillon de la mort se faisait sentir,

et il pleurait son œuvre interrompue, ses amis, sa chapelle

Jfl Bethléem qu'il ne reverrait plus. Quelques paroles amères

s'échappaient de ses lèvres contre Sigismond, Geraon et le

concile. Le roi des Romains l'avait invité à venir à Cous-

'^ce, lui avait promis son appui, et non seulement il l'avait

'tbandonnéjmais il avait excité ses juges contre lui, il n'avait

'"ême pas eu la prudence de Pilate, il s'était fait l'accusateur

«e celui qu'il devait défendre. Dans le concile, ce qui avait

ifTité Huss, c'était le parti pris, l'injustice préméditée : son

•"le était d'autant plus meurtrie qu'il avait nourri de plus

^utes espérances, qu'il avait cru un moment entr^er à sa

'^te l'Église tout entière dans la voie de la piétéetdu salut.

"' maintenant, le concile, débarrassé de l'apôtre de la Ré-

^'^^G^ n'aurait plus de pensée que pour ses misérables divi-

0Hs intestines, les affaires et les richesses du monde ! Rien

Plxas touchant que ces retours de l'humanité : beaucoup

^ïïXmeB sont morts pour leurs convictions; il n'est peut-

, ^ X>as d'agtmieplus poignante que celle de Huss; personne

*■ ***. is dans son courage plus de simplicité, plus d'humilité

™^^ son sacrifice. Ces glorieuses faiblesses duraient peu.

^ le consolait, te relevait; il se retrouvait et sa pensée

^^^*\ait toujours à sa patrie hien-aimée : protégée par le

^S'xieur, la semence qu'il avait répandue en Bohème don-

^^ï'^îtune riche moisson. Presque déjà de l'autre côté de la

7*^116, il adressait à ses compatriotes ses derniers conseils de

i'^stice et de piété. Il suppliait ceux qui l'avaient écouté, qui

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avaient eu confiance en lui de tenir haut la têfe, de ne pas trembler devant les périls qui peut-être approchaient: « Je vous prie et je vous conjure, leur écrivait-il, d'aimer Dieu, do g-lorifîer sa parole, de l'écouter et de lui obéir ; je vous prie de rester fidèles à cette Écriture que j'ai prêcbée d'après la loi divine et les paroles des saints. Si quelqu'un de voua, soit dans des assemblées publiques, soit dans des entretiens particuliers a entendu de moi quelque phrase ou lu quelque chose contre la vérité, — j'eapère pourtant qu'il ne m*est jamais arrivé de parler ou d'écrire nontreelle, — je vous prie de ne point vous y attacher. Si quelqu'un a vu quelque légèreté dans mes paroles ou dans mes actes, ne m'imitez point en cela, mais priez Dieu de me pardonner. Aimez, estimez et honorez les prêtres de bonnes mœurs, ceux surtout qui prêchent la Sainte Écriture ; gurdez-vous des trompeurs, surtout des prêtres indices, ce sont, a dit le Seigneur, des loups dévorants déguisés en brebis. Soyez justes et bienveillants pour les pauvres, que les bourgeois fassent honnêtement leur commerce, que les artisans soient exacts et scrupuleux dans leurs métiers. Serviteurs, servez fidèlement vos maîtres; professeurs, vivez honnêtement, apprenez k vos élèves k aimer Dieu par dessus tout, b. rechercher dans le travail la gloire de Dieu, le salut et les progrès de la patrie et non les richesses ou les plaisirs du monde. Étudiants, écoutez vos professeurs, obéissez-leur, quand ils vous exhortent au bien Je vous conjure de prier pour le roi des

Komains et de Bohème (1), pour la reine etpour les seigneurs, afin que le Dieu de miséricorde et de joie soit avec eux maintenant et à toujours (2) ». Il était désormais évident que tous les effisrts échoueraient devant l'infiexible humilité du réformateur ; le moment était venu d'en finir.

Le concile tint sa XII* session dans la cathédrale de Constance, le samedi 6 juillet (1415) : elle fut présidée par le cardinal Jeau de Brogni ; Sigismond y assistait. Huss avait été

(1) Od k compris Matz sonTent par eeg mota VacUv et Sigiuuoatl. La phrase bohème ne s'applique qa'ù Vaclar seul qui portait toujours le litre de toi des Romains.

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— 15» — introduit dans la salle et priait agenouillé. Un évèque prononça d'abord on discours violent contre l'hérésie, puis on lut un réaumé des débats et les articlee pour lesquels le maître bohème était condamné. Ilproteetaencore à plusieurs 'éprises contre les doctrines qu'on lui attribuait, voulut expliquer quelques-unes de ses paroles. On l'interrompit : tu lous étourdis, lui cria le cardinal de Florence, et il or- ''onaa aux buissiers de forcer l'accusé à ee taire. On lut «DsiUto la sentence du concile: Huss, reconnu hérétique "^tiaé, était condamné à la dé^adation et au bûcher, tous ^ 'ivres qu'il avait écrits seraient brûlés, sa mémoire mau- *"*. Bon ftme vouée à l'enfer. On le fit aussitôt monter sur ® estrade, des évêques lui enlevèrent tous les ornements Tr^i^dotaux, les uns après les autres, et lui posèrent sur la j^^f^ ^ine sorte de mitre d'une aune de hauteur ; en grosses ^^, on y avait écrit ; hérésiarque, et l'on avait représenté ^^ diables qui se disputaient l'âme de l'hérétique. Le con- (Vamiié fut alors liTré au bras séculier : sur son passage, il put voir ses livres qu'on brûlait. On avait choisi pour lieu . du supplice une prairie entre le mur de la ville et le fossé. Huss n'avait pas cessé de prier: le maréchal de l'Empire, le seigneur de Pappenheim, lui demanda encore une fois s'il Toolait abjurer. Le condamné répondit ce qu'avait répondU' l'accusé : 11 était prêt à se repentir de toutes les hérésies dont on le convaincrait par l'Écriture, mais il lui était impossible de rétracter des paroles qu'il n'avait jamais dites. Le maréchal ordonna alors au bourreau d'achever son œu- '^K. Huss fut attaché à un poteau par les mains et par le cou, il avait les pieds sur un fagot de bois et on entassa antoor de lui du bois et de la paille : quand on alluma le Mcher, il entonna un cantique, mais la flamme, poussée par Je vent, le frappa au visage ; on vît remuer encore quelque ^iQps sa tfite et ses lèvres : quelques instants après il était mort (1).

Çl) C« inppUce, qni marqua 1« commenMiiieDt d'ans in nonTsUa et qsl d*." ,,' Avoir de si tarriblet coniéquances, puia presque inaperçu à CooRtULce. ^**^ Un bourgeoii de la lUle écrit à un habitant de Francfort: i Notre (^^«Uiiouvenùa eat aoiai lor !• point de partir. SadiM aneii qn« Hon

piatizeabyGoQt^Ic

La piété de Huss, son attitude héroïque et calme, la simplicité aveo laquelle il brava et subit le supplice ont gagné sa cause devant la postérité: les écrivains les plus favorables au concile et les plus sévères pour l'hérésie, n'ont pas osé justifier les Pères de Constance et se sont contentés de rechercher les raisons qui expliquent la condamnation : ils ont plaidé les circonstances atténuantes (l)- ^^i* de plus juste et de plus consolant pour la conscience humaine que cette unanimité de réprobation. Il faut se g-arder cependant de toute exagération ; la pitié pour la victime ne doit pas nous rendre injustes pour les juges, les coupables eux* mêmes ont droit & l'impartialité. C'est ce qu'ont trop oublié certuns écrivains qui n'ont pas su résister à leurs légitimes sympathies et auraient compromis leur cause par leurs violences regrettables, si la vérité pouvait être compromise. La plupart ont protesté au nom des droits de la conscience et quelques-uns n'ont même pas hésité & déclarer inconciliable avec la société humaine une institution (l'Église), qui livre au bourreau des hommes uniquement coupables des erreurs reprochées à Huss (2). Ils ne se sont pas aperçus qu'ils déplaçaient la question en discutant la légitimité de la peine de mort en matière religieuse ; ils ont oublié que c'est une très-grave e^eur historique que d'appliquer an concile des règles de droit qu'il ne connaissait pas. II y a sans doute des principes absolus de justice et l'histoire ne peut ni ne doit assister impassible k la violation de ces principes. La pensée humaine s'indigue de nos jours contre l'intolérance, elle réclame pour tous le droit de défendre et de prêcher ses croyances, elle voit dans la persécution une offense à la dignité humaine, une injure même à la religion. Mais ces idées, qui forment comme le capital moral de la civilisation moderne, les hommes du XV* siècle n'en avaient pas conscience et il n'est pas permis de se servir d'elles pour

a ëli brûlé. L'ambaisadeur du paps Otégoire a renoncé en ko nom à L& paiittuté... ■ Ainsi iltio» cette leUre, écrlLe au lendemain d« l'exéenlioii (7 juillet 1415) pat use réfleiioD, pa* un détail,

(1) Aiati Befele, ConeilieDgeschichta, VII, 1, 116 et sq.

(2J Par «. Kolb, Knltnrgoichichtf, II. p. 303.

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^ndamner Gersoiii d'Aîlly et leurs compagrnona. Lea lois

rî'^raiea pas plus que les lois civiles n'ont d'effet rétroactif.

Huss a été hérétique, nous continuerons & admirer son

Ipage et sa constance, nous le proclamerons supérieur h

^ ^ juges, parce qu'il a été le précurseur, conscient ou non,

^^ importe, du grand principe de la liberté de la pensée ;

1^^^ déplorerons les erreurs d'une époque encore soumise &

^^ préjug-éa barbares, nous n'aurons pas autorité pour

\! ^ir ceux qui ont appliqué la loi; nous maudirons la

^WatiOQ, aux juges nous ne reprocherons que de ne pas

OToir été en avant de leur siècle.

Malheureusement pour Sigismond et le concile, ces réserves nécessaires ne les couvrent pas et ils n'échappent pas & une condamnation sans appel. Sigismonda attiré Huss à Constance et lui a promis, donné un saul-conduit, et, lorsque Uus3 s'est remis entre ses mains, confiant dans la parole du roi, malgré ses promesses, malgré ses lettres, il l'a abandonné à ses bourreaux. Mais, dit-on, il a essayé de le défendre, il a demandé qu'on le relâchât, 11 n'a cédé que sur la iQenace des membres du concile de bb disperser. Réduit ^ choisir entre le parjure et la ruine de l'Église, il a sacrifié wu honneur au salut de la chrétienté. — L'histoire n'a BUciiQe admiration pour ces sortes de dévouements; elle J'^ que flétrissure et mépris pour le prince qui a violé sa *^'- £]t plus tard, le rôle de Sigismond a été plus odieux ^^COre;ila hautement déclaré qu'il ne défendrait pas un '\^éTétique, il a excité les jnges contre Huss, les mettant en ^arde contre une clémence intempestive ou contre je ne sais quelle restriction mentale du réformateur, comme si la parole d'un Huss ne valait pas mieax que le serment d'un Sigismond ! Il a été traître à son frère, qu'il a représenté comme le soutien de l'hérésie, traître h. son pays qu'il a signalé i, la défiance de l'Europe. Sa perfidie devait trouver sa punition: si un roi est en péché mortel, il n'est plus roi. — LesCëques allaient reprendre cette doctrine qu'on avait faussement attribuée à Huss et montrer au fils dégénéré de Charles YI ce que peut un peuple qui combat pour sa foi, sa liberté et son honneur.

La conduite des prélatâ ne fut pas moins coupable: il n'y eut pas de procès, mais un simulacre de justice. Dès le premier jour les évêques avaient leur opinion faite : ils avaient devant eux un disciple de Wiclif, ils le traiteraient comme ils auraient traité son maître lui-même s'il eût comparu devant eux. Jamais les forme.s de la justice, même de la justice des inquisiteurs, ne furent plus odieusement violées- Qu'on refuse & Husa un avocat, soit; mais on confie & ses ennemis l'instruction du procès, on ajoute une foi entière aux dépositions des témoins dont les sentiments de haine contre l'accusé sont connue de tous, on n'e. même pas un instaut l'idée d'introduire une enquête contradictoire. De là, ces griefs aussi ridicules qu'odieux : Huss a déclaré qu'il était la quatrième personne de la Trinité, il ne croit pas en Dieu, il ne croit pas à' la transsubstantiation. Même après les dénégrations les plus formelles et les preuves les plus claires, les mêmes accusations, h, peine abandonnées un instant, se reproduisent et elles servent de base à la condamnation. 11 n'y avait eu qu'un simulacre d'instruction, il n'y eut qu'un semblant de discussion.Hussparutquatre foisdevant le concile: la premièreaudience fut très-courte, tumultueuse ; la troisième et la qusr trième furent presque entièrement prises par la lecture des articles incriminés ou de la sentence ; dans la deuxième seulement, il fut permis à l'accusé de s'expliquer avec quelque développement. 11 discuta deux points : l'Eucharistie et les pouvoirs spirituels des prêtres ; sur ces deux points, il prouva, de l'aveu de ses adversaires, que les accusations portées contre lui étaient fausses : deux points, écrivait-il à ses amis, sont déjà détruits, j'espère que j'établirai de même mou innocence sur tous les autres. — On lui refusa la parole. C'est qu'il eîït été impossible de le condamner s'il avait fallu d'abord prouver qu'il était hérétique : sa conception de l'Église, réunion de tous les prédestinés, ne différait guère de celle de Saint Augustin et il n'y avait pas d'ailleurs encore, sur ce point, de doctrine officielle. Sur une seule question grave, il se séparait du concile : pour réformer l'Église, il comptait moins sur les autorités ecclésiastiques que sur la conscience individuelle éclairée par l'Écriture. Méritait-il la mort pour

cela! Les lois les plus sévères, les plus féroces contre l'hérésie, autorisaient-elles sa condamnation? Son supplice fut pour cens qui le votèrent une mesure de salut public, un moyen de prouver leur fidélité h l'Égalise, mais l'histoire a le deroîr de flétrir, comme il le mérite, ce meurtre judiciaire, et son arrêt doit être d'autant plus implacable que la sévérité du concile dans le procès de Huss fait un singulier contraste avec la bénignité dont il fit preuve quelques jours plus tard dana l'affaire de Jean Petit.

Le sort de Huss disait assez quelle serait la destinée de son disciple, alors en prison à Constance, Jérôme de Prague. Le concile allait donner à la Bohême un second martyr. Il est difficile de juger avec quelque précision le caractère et l'esprit de Jérôme de Prague ; il n'a rien écrit (1) et les seuls renseignements que nous ayons sur son compte se réduisent à quelques coui-tea mentions des chroniques et h. l'acte d'accusation qu'on présenta contre lui au concile. Ils suffisent cependant pour rendre fort étonnante l'amitié qui l'unissait à Jean Husa. Jamais deux caractères ne furent plus diS'érents : Huss, humble, modéré, défiant de ses propres forces, mais inébranlable dans sa foi et supportant sans faiblir les plus dures épreuves ; Jérôme ardent, impétueux, avide d'aventarea et sujet à des défaillances ; le premier était un théologien etnn prêtre, le second un combattant, quelquefois presque un héroïque chevalier errant de la vérité. La réunion de ces denx hommes fut une des causes principales des progrès de la doctrine nouvelle: Huss la créa et la sanctifia, Jérôme la répandit au loin ; on l'a appelé le Saint Paul de la Réforme cèqne et il a en effet de l'apôtre l'activité infatigable, la passion du mouvement, l'éloquence entraînante et enflammée, l'intelligence ouverte et large. Il ne fait guère que passer en Bohême, plutôt qu'il n'y séjourne; il étudie à Heidelberg, h, Cologne, à Paris, en Angleterre ; au moment où commence ^Pragueladiscussionsurles articles de Wiclif, il est à Jérusalem, mais chaquecrîse grave le retrouve k son posta de combat. U est à côté de Huss, lorsqu'il s'agit de donner aux Cèques

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la direction de rUniversité, 11 combat à câté de lui les indulgences ; il s'est défendu d'avoir organisé la procession satirique où furent brûlées les bullesdu pape, mais ses relations intimes avec Yok de Waldstein et l'Influence qu'il exerçait alors sur les étudiants rendent au moins très probable qu'il connut et approuva la manifestation. Il descendait d'une famille noble, et il gagna à la cause de Hues beaucoup de chevaliers et de seigneurs. Son influence était grande sur la foule qui l'aimait pour ses défauts autant que pour ses qualités et dont les excès et les brusques colères ne l'effirayaient pas. L'acte d'accusation signale des violences, l'arrestation de plusieurs prêtres, le pillage de leurs biens : beaucoup de ces griefs sont sans doute absolument faux, c'est du moins un Indice qu'on ait songé à de pareilles calomnies. Rien de semblable ne fut reproché à Huss. Après l'affaire des indulgences, il quitte Prague de nouveau. A Pesth, il est emprisonné et ne doit sa mise en liberté qu'à l'intervention de quelques seigneurs favorables aux idées réformatrices. A Vienne, il est arrêté encore une fois : l'Université de Prague écrit en sa faveur aux mitres de Vienne qui n'en tiennent nul compte mais il parvient à s'évader : il s'inquiète si peu de l'excommunication lancée contre lui qu'il l'oublie et c'est de la meilleure foi du monde qu'il s'étonne, lorsque les prélats de Constance lui rappellent cette condamnation. Indifférent à ces mésaventures, poussé à la fols par l'esprit de propagande et le besoin de mouvement, il court en Pologne et pousse jusqu'en Russie: partout où il passe, l'Église catholique s'effraie des progrès de l'hérésie: en quelques jours, il a bouleversé tout le diocèse. €11 a produit, écrit un évêque ahuri, plus d'agitation parmi le clergé et le peuple qu'il n'y en a eu de mémoire d'homme. » C'est un grand remueur d'idées: il a le sentiment des Intérêts communs qui doivent rapprocher les Polonais, les Russes et les Cèques ; il veut unir par la foi ceux qu'unit déjà la race et opposer h l'Église allemande l'Église slave. Il n'a pour l'Église grecque ni mépris ni colère ; peut-être sait-il que la Bohème a été convertie par des apôtres slaves et grecs, que l'Église cèque ne s'est soumise qu'assez tard à la cour romaine, que pendant

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des siècles, elle a lutté contre l'envahissement du paya par l'Église catholique, que protégeait l'invasion germanique et qni la protégeait à son tour. Le mal est-il sans remède ? Pourquoi ne ferait-on pas revivre ces souvenirs grecs, ne readrwt-on pas la Bohême à la religion naturelle des Sla^ Tes, l'Orthodoxie? (1) Quarante ans plus tard les Hussites reprendront la même pensée.— Le duc de LithuanieiWitold a lait le même rêve que Jérôme: aussi l'accueille-t-il avec

(1) Fit era ianUle d« pariar cUqs les chapitrai précidanU des reiBemblanfu qni «liitant quelqnafoii âotre Lk doctrine de l'Eglisa orthodoxe et cella do Hui ; CM rapports lont en ri&Iité peu nombreux et peu imporltuita. La* Indilioni grMqae* étiiieiit trèi aSaibliea en Bohême depuis Chariei IV, et il bliaitnne profooda perturbation pour reporter les esprits vers cette origioa de l'Églite bohéma. Huss se montra pourtant à plueieurs raprÎMS préoccupé des cKifBnees orthodoie*. Quand il combat l'autoriié du pap« et des canU-r mai, il rappdl» que Un* lei ehrtiieni ne recouiuùitent pa* leur autorité et il âte les Oreci. Il trait le seatimaiit qu'il se rapprochait de la religion de* SU*ea. Ses eonnaiuaDcea d'ailleurs étaient asseï vaguej, il n'arat ponr aa nB«*igii«r que qoelquei marehaDda as«ei pen versés daoB ce* quaitioas lUola^ae*, Jérdina est bMneoup plni précii, les termes de l'acte d'aoeoutticn mèrilaut d'être dtés: ■ Iiei habitants de Witepslc sont en très grande psilie ruue* ou scbiamatiqnes, mais il y a dans la villa ua cloître de Franntcains dont les moines rivent d'après k règle de* véritables chrétiens. Li dnc Witold, frèra du roi de Pologne, arriva dan* cette lille avao des soldat* cl nng nombreaae escorta dont Jérâme de Prague faisait partie. Les eatholiqnss et les orthodoxes vinrent en procession solennelle à ta rencontre du dnc. Jérâme méprisa U procession des catholiques, mais se joigaità celle de* otthodoze* et en présence de 4 ou 5,000 personnes, il fléchit le genou devant U) fausses reliques et les images des in&dèles, abandonnant ainsi la foi de* vénlablai chrétiens. Oo le vit ensuite s'agenouiller souvent devant ces reliques à la honte de la foi chrétienne et il afOrmait que la secte de* Rulhène* et leur religion étaient parfaites. U s'efforçait de détourner le prinoe et s«* ■arvitenr* de la doctrine catholique et de les converUr tous h l'Églisa grecque. Il déclan que les aehismatiques et les Russes étaient de bans chrétien* et lona leim croyances. A Plesitov, il aaiista au service divin dans l'église des infidèles. Poor mériter leur &veur et prouver à ton* qu'il partageait lenr opinion, il abandonna l'habit ecclâsias tique et la tonsure et laissa croiire ses cheveux et sa barbe. > (Von der Hardt, IV, 0(0, 091). U faut remarqoar, pour ce qui est de la tonsure et de U barbe, que Jèrdme ne fut jamais consacré prêtre. D'ailleurs la coutume de raser la barbe était au XV* siècle loin d'être générale dans le clergé occidenlaL II parait certain qne JérAme portait tonte sa barbe, quand il arriva à la cour de Fobgna. (Dooum., p, 506.) Wiclif et Huss sont toujours représeniés avec la barbe. — Coouue nous l'avons déjà dit, cette InQuence de l'Église orientale, en somme très peu ■entibla an commencement, prit pins d'importance quand les Cèquea furent ponsséi par le sentiment national à chercher des alliés chei des peuple* de même origine qu'eu.

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la plus firrande faveur, et tous deux rivalisent d'effbrtspour gagner les orthodoses : k Wïtepsk, à Pleskov, ils assistent au culte, s'inclinent devant lea reliques ; avec son habituelle intempérance de lang-age, Jérôme déclare hautement que la doctrine des Ruthènes vaut bien celle des Romains ; il n'a jamais regardé les Grecs comme moins chrétiens que les Catholiques. Puis, après avoir jeté dans tout le Nord-Est de l'Europe des germes qui deviendront féconds et avoir soulevé des haines irréconciliables, il revient à Prague au moment où Huss va partir pour Constance. Nous ne t'abandonnerons pas, lui dit-il, et il tient sa promesse. C'était une périlleuse entreprise : l'exemple récent de Christian de Prachatice le prouvait. Il avilit, lui aussi, voulu revoir Hiiss; dénoncé et jeté en prison, sa grande renommée scientifique et les efforts de Sigiamond l'avaient à grand'peine sauvé du supplice (1). Jérôme, malgré cet avertissement et malgré les avis de Huss (2) lui-même, partit pour Constance, Les instances des quelques Bohèmes qu'il y trouva le décidèrent à quitter la ville sur le champ, mais le concile, averti de son arrivée, avait ordonné de l'arrêter, il fut reconnu à Hirsaw et ramené à Constance. Le concile lui avait accordé un saufconduit, mais entouré de telles restrictions (3) que les véritables intentions de l'assemblée n'étaient pas douteuses. La situation juridique de Jérôme était d'ailleurs bien moins bonne que celle de Huss: il avait été arrêté au moment oii il fuyait, il était k la merci de ses ennemis.

Il comparut pour la première fois devant le concile le 23 mal (1415) : la séance fut très orageuse. Après, on parut l'oublier ; il fallait terminer d'abord le procès du maître, on se débarrasserait ensuite du disciple. Cependant, après le sup-

(1) Cbriiticm da Pnchatica fut arr&tâ aur la damsnde ds Michel de Ca»- ■ii et cita devant 1« patriaiche de ConiUnUnopla. — Il fut remis ea liberté lelSnura 141S.

(2) « Dites au docteur Jean de Jeseuica qu'il ne Tienne sous anean pr^ *,axte, et aussi à nmitre J^rdme. Que personne dea nâtres ne vieune. > (Le((re ds Huss, Doc, p. 93).

(3) I Pour empêcher qu'on ne te fosse quelqae violence, noua te donnuna an plein aauf-coniluii, sauf toutefois In inatice et nulant qu'il est ea doui et que In foi orthodoxe le requiert. >

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plice de Huss, les prélats hésitèrent, ils eurent des -doutes sur la justice de leur cause et comme un pressentiment des haines et des révoltes que préparait leur rigrueur et ils 68sajrëreut d'échapper k la fatalité qui leur euvoyait uns seconde victime. Des docteurs s'efforcèrent dans des conférences publiques ou privéee d'obtenir de Jérôme de Prague une rétractation. Jérôme n'était inférieur à Hues oi par la profondeur des connaissances ni par les dons naturels de l'esprit, mais il n'avait pas la même force morale, la même invincible douceur. Depuis plus de trois mois il était eu prison, aflaibli par les privations, énervé par un régrime qui lui était plus douloureux qu'à tout autre. Il avait soif de liberté, de mouvement, il avait peur de cette mort lente dont il épuisait toutes les amertumes.il a jugé sévèrement lui-même ses défoillances: peut-être même sa conscience les a-t-elles eia^rées. Ce qui le décida en effet à l'abjuration, ce fut le doute plus encore que les souffrances ou la crainte. Avait-il le droit de résister à l'Église entière? N'était-ce pas une présomption coupable que de se croire plus sûr de la vérité que tant de prélats illustres ou de savants docteurs ? Il n'eut pas le courage de s'en tenir au témoignage de sa conscience : l'isolement l'effi^ya. Son àne tendre ne se ferma pas aux paroles d'amitié, aux conseils affectueux. Le 10 septembre, il Be déclara prêt à abjurer ses erreurs, et il les rétracta en effet publiquement le lendemain, dans une séance solennelle du concile. Sa déclaration, assez explicite, contenait cependant encore quelques réserves (I). Eu parlant des articles condamnés de Wiclif, par exemple, il dit: les articles de Wiclif ou de quelque auteur qu'ils puissent être ; — Ton se rappelle que Huss et ses unisavaient toujours reproché àleurs adversaires de condamner Wiclif pour des opinions qu'il n'avait jamais eues; — Il rejette les 30 propositions tirées des œuvres de Wiclif, mais non pas toutes « comme hérétiques ou fausses » et pltis loin, il ajoute qu'il n'entend nullement abandonner parla* les saintes vérités qu'il aappriaes de son aûcienami> et rend hommage h sa mémoire, « qu'il ne peut s'empêcher d'honorer *, On avait sans cloute eu pitié des dernières (I) Vou der Hardt, I, p. tSl.

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résistances d'une conscience prête à capituler et l'on espérait obtenir bientôt une abjuration plus complète. JérOme se soumit en effet (23 septembre 1415): < Je jure, dis^t-il en terminant, par la Sainte-Trinité et les saints livres de l'Écriture, de rester toujours fidèle à la doctrine catholique et je déclare que tous ceux qui attaqueraient cette foi mériteraient, eux et leurs erreurs, un étemel anathëme. Si je devMs jamais, ce dont Dieu me préserve, prêcher ou croire quelque chose de contraire h cette foi, je déclare me soumettre à la sévérité des lois de l'Église et me reconnaître digue de la damnation étemelle (1). >

Rien ne fait croire que les membres du concile qui avaient décidé Jérôme à signer ces deux rétractations aient eu une arrière-pensée ; ils s'employèrent activement pour obtenir sa mise en liberté, mais les ennemis personnels du disciple de Huss, les docteurs cèques, protestèrent et accusèrent même les cardinaux qui avaient dirigé la première instruction de s'être laissé corrompre par Vaclav. Les cardinaux donnèrent aussitôt leur démission et le concile nomma une nouvelle commission où étaient en majorité les partisans des mesures violentes. Jérôme, en même temps, commençait à se repentir de sa fiûblesBe ; les indécisions Mu concile avaient réveillé tous ses scrupules et il refusa d'écrire au peuple bohème pour l'exhorter à abandonner les doctrines de Huss. Il ne consentit pas k répondre devant la commission et demanda une audience publique: il fut en effet entendu dans le concile le 23 et le 26 mai 1416. L'acte d'accusation ne renfermait pas moins de 107 articles. Mais Jérôme avait vaincu la plus

il) Von der Hardt, I, p. SU. JirAme da Pragne doit «nui dfcUrer qu'il n« pUca pM la doctrine réaliite ui-deHo* da la doctrine nomiiuliita. Cei qneBtioDB d'école jouèraot un plus grand rôle dam le procii da Jérâme que dons celui de Huas. Cela tient ù ca qne JérAma avait fié pertonaeElement tnélé aux diacuuiona de En plupart dei Univsreilé* âtrangàres et l'éiail Tùl de nombreai ennamii. Le £3 mai, £i peine ott-il enlri dane le concite que Geraon prend la parole : Jérôme, éloquent parleur, tu peutaie être no augo du ael ; tu as troublé t'Univereilé en émettant dans nos éeoieg pliiaieura propoaiUons faunes, surtout au lujel des idéea et des universanx.-' Jérôme Tout répondre, mais un docteur de Colog^ie rintarrompt : lorsque ti élaia à Cologne, tu as «ouleau plusieurs upiuioai erronées. (V. der Ilardt, IV. Ï18).

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■"fieile victoire, il avait triomphé des doutes de sa cona- ^'(Qce et des accablements de sa raison, le courag'e lui était ''"'«nu avec les forces physiques, sa résolution était prise, il "*it fait un pacte avec la mort, il n'eut plus qu'une pensée, ^«©tersa faiblesse & force d'héroïsme. Le concile ne pnt tendre sans émotion cet orateur véhément et habile, qui ^*it si vaillamment une partie qu'il savait perdue d'avtince

^Ont l'enjeu était sa vie (1).

jj *^eiidant la seconde séance il commença à parier des sagres, j ^ïis, juifs ou chrétiens qui avaient souffert injustement h, ^ort;panni eux, il plaça Husa, loua sa conduite exemjirf^^''e, sa piété profonde, sa foi dans l'Écriture, c De tous les ^(^^'és que j'ai commis depuis ma jeunesse, continua-t-il.

Cuisants remords que celui que j'ai commis ici même, ^ approuvant l'injuste sentence rendue contre Wiclif et contre Jean Huss, le saint martyr, mon ami et mou maî< tre ». Il reprocha aux prélats de l'avoir condamné non pour des hérésies qu'U n'avait jamais professées, mais parce qu'il v/tàt attaqué les vices du clergé, l'orgrueil des évêques, leur ^te et leur luxe. A ces paroles, il fut interrompu de tous les côtés : presque toute l'assemblée était debout, les accusa^ tiens, les injures se croisaient, quelques évêques le menaçaient, tandis que ceux qu'avait gagnés son éloquence baissent tristement la tête et, admirant son courage, pleuraient M mort désormais inévitable. Lui, tenait tète à l'orage, répondait à tous ses adversaires et d'un mot les réduisit au ^ence : sa voix restait calme, bien posée, agréable ; il atten-

5^ * J'aTone qno je n'til vu perionae qui, dani une ploidoiris c&pit&le, m *°" 'ttpprochj darantage de cette éloqueDM des ftncieni que non* admirom rr" ^Oeil frappé d'adminilioD ei l'on pense dans qaelt tenues, avec qaells *™^'*^ttce, qaells raiton, qnetU phjrsionomie, il & répondu à mi adTenniras ***^*»inô la plaidoirie. Il faut déplorer qu'an esprit si ileïé et *i remar- ^ '-^ sa loit eonueré à la défense de l'hérésie, « du moini les aceuHation*

^i( l'accabla lonC tondéei. ■ pocum., p. 6S4). C'est le eommeueement

, ' ^lèbre lettre daas laquelle Po^o raconta le procès et la mort

., ^'Ama. Penseur remarquable et écrivaiD diftinsué, intelligence oaverte,

» vu Virament frappj da la Cermeté et de la bautear ds pensées de Jérdme,

^^t^ ridl, BouTeul repradail, ett le document le plus complet et le plus io-

^ijewwt qne non» posaidioD» sur cette dernière lutte du martyr.

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dait la mort, il l'appelait, c on aurait dit un iiecond Caton. > Jérôme, hérétique et relaps, fut condamné au supplice qu'avait subi son m^tre, et il monta sur le bûcher moins d'un an après Huss (30 mai 1416). < Euss et Jérôme, dit .£neas Sylvius, ont supporté fièrement la mort; ils ont marché au supplice comme àun festin où on les aurait invités et aucune de leurs paroles n'a trahi la moindre défaillance. Lorsqu'ils ont commencé à brûler, ils ont entonné un psaume que les flammes et la violence du feu ont pu seules interrompre. Aucun philosophe n'a accueilli la mort avec le même courag:e qu'ils ont bravé le bûcher. »

Le concile avait pris les précautions les plus minutieuses pour que rien des deux condamnés n'échappât h la destruction : leurs habita avaient été brûlés, les cendres recueillies et jetées dans le Rhin ; il ne restait plus rien des deux réformateurs, plus rien que le souvenir de leur vie, leurs écrits et leurs sermons. Le concile reconnut bientôt que le meurtre de deux hommes ue suffisait pas à détruire l'hérésie. Aux bûchers de Jérôme et de Huss s'alluma l'incendie qui, pendant de longues années, ravagea la Bohême et l'Allemafrue.

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