LES PRÉLUDES DE LA GUERRE
Le concile de Conatancs et la Bohême. — Utrsquistes, radicaux et catholiques. — Sigismond et Vacla?. — Troubles de Prague.
La condamnation de Huss et de Jérôme de Prague prouvait que le concile ne roterait pas les mesures radicales que les Cèques croyaient nécessaires b. la Réforme de l'Ég-lise. Convaincus dès lors que le tut poursuivi était manqué et que le salut ne viendrait pas plus des conciles que des papes, forcés de choisir entre la révolte et l'abandon des principes qui leur étaient cliers, ils acceptèrent sans hésitation et sans remords la lutte qu'on leur offi-ait. Les dernières années du rè^ne de Vaclav ne sont que la préparation d'une guerre désormais inévitable. Chaque jour les déclarations des Bohèmes sont plus nettes, leur opposition plus hardie ; les divers éléments qui auront part & la Révolution se dégagent, se cristallisent, suivant l'expression de M. Lechler. Le roi cependant assiste indécis et indolent & des événements dont il ne prévoit pas les dernières conséquences, jusqu'au jour où, menacé par son frère, il se prononce tout d'un coup pour le pape et hâte par son intervention tardive une explosion qu'il n'a pas bu empêcher et qu'il n'ose approuver.
 la nouvelle de l'arrestation de Huss, la douleur et la colère avaient été grandes en Bohême : riches et pauvres, seigneurs et paysans, ouvriers et bourgeois, tous les Cèques s'étaient sentis directement atteints et blessés dans leur hon-
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neur. Huss n'était-il pas parti pour porter témoignage de la fidélité catholique de la Bohême? Et on l'arrêtait, malgré les promesses de l'empereur, sans l'avoir entendu ! Dès les premiers jours, se marquait ainsi nettement la confusion des questions nationale et religieuse, qui resta un des traits les pluscurieux de l'insurrection. Quelques désordres eurent lieu, cris séditieux, rassemblements. Le clergé était fort effrayé, l'archevêque Conrad demandait aide et protection à un des chefs reconnus du parti réformateur, au seigneur Cenck de Wartenberk : il faut arrêter ces désordres sur le champ, lui écrivait-il ; autrement il faudra de longs efforts pour les réprimer et on ne pourra éviter l'effusion du sang (1). Ce qui était plus grave encore que ces violences populaires, c'était l'attitude des seigneurs. La première impulsion devait venir de ceux que leurs privilèges et leurs richesses faisaient les représentants naturels de la nation et qui, habitués aux armes, semblaient alors seuls capables de repousser victorieusement une attaque du dehors. Plusieurs nobles écrivirent à Sigismond dès le commencement de 1415 (2). Parmi les signataires de la lettre, on remarquait le capitaine général de la Moravie, Lacek de Krawar, à la haute influence duquel il faut attribuer les rapides progrès de l'hérésie dans le margraviat, et plusieurs des grands officiers de la couronne. Ils ne demandaient pas que Huss ne filt pas puni, s'il était convaincu d'erreur; ils protestaient seulement contre son arrestation préventive et réclamaient pour lui une audience publique. L'adresse était respectueuse, mais quelques paroles hautaines sonnaient comme une première menace. Les détails qui arrivèrent peu h peu accrurent l'irritation: Huss avait failli mourir, victime des privations et des mauvais traitements, aa condamnation était résolue d'avance. Il est facile de supposer l'effet de ces nouvelles sur un peuple généreux, ardent, prompt à l'émotion, comme les Cèques. De temps en temps, arrivaient des lettres du réformateur qui, lues d'abord h. Bethléem et répandues ensuite
(1) Oo«ara., p. 530.
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dans tout le royaume, remplissaient tous les cœurs de pitié et d'admiration pour les victimes, de hcine contre les perfiécuteurs. Les seignieurs moraves et bohèmes se réunirent h Bmo et à Prague (8 et 12 mai 1415), et écrivirent de nouveau k Sigîsmond : on sent dans ces écrits comme une progression de douleur et de colère, les protestations en faveur de Huss sont plus émuea et comme plus tendres, les plaintes contre l'injustice avec laquelle on le traite, plus amères. Les formules officielles et un respect affecté dissimulent à peine la sévérité aveclaquelle les nobles jugent Sigismond et le blâme dont ils frappent sa conduite. Nous entendons et nous supportons avec peine, disent-ils, ce qui attaque Ton honneur, car Tu es l'héritier présomptif de notre royaume (1). Si Huss n'était pas remis en liberté, il en naîtrait un très grand
malheur pour Ta Majesté et la Bohême tout entière La
violation du sauf-conduit sera une raison pour bien des gens de ne plus se fler à Tes promesses, on en parle déjà beaucoup (2), Toutes ces lettres des seigneurs sont en cèque ; le réveil national se traduit par un plus grand respect de la langue et les documents bohèmes deviennent plus nombreux à mesure que le patriotisme s'exalte.
Deux mois après, l'on apprenait à Prague la condamnation et le supplice de Huas ; ce dénouement, bien que déjà prévu depuis longtemps, porta l'indignation à son comble : Huss, disait-on, était tombé victime des ressentiments des prètrea indignes dont il avait dénoncé les vices et de la haine des Allemands qui avaient voulu noter d'infamie par leur verdict la Bohême tout entière ; tous les cœurs s'unirent dans un profond désir de revanche. Huss, et bientôt après, Jérôme de Prague, furent honorés comme deux saints, comme deux martyrs de l'Église cèque; on oublia pour eux les anciens patrons du pays, on les plaça au-dessus des apôtres : Saint Pierre et Saint Paul n'avaient fait que des miracles matériels, Huss en avait fait de spirituels (3); la passion du Christ seule
(Ij Doenm., p. S48. — Lettre dei saignenn moniTei. S) Docam., p. 590. — Letti« des Kigneaia bohSmet. (3) Id.. p. 637.
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méritait d'être comparée à la sienne (1). Chaque année, la 6 juillet, on célébra la fête commémorative de sa mort et telle était la vénéraion dont fut entourée sa mémoire, qu'encore h la fin du XVI" siècle, l'abbé du cloître d'Emmafis, Paul Horsky, fut menacé et pouTsuivi par la foule, pour avoir fait travailler ce jour-là, dans ses vignes, comme si ce n'eût lias été un jour férié (2). On consacra à Huss des églises, des autels; sur les routes, dans les villes, dans les villag-es, onluiéleva des statues. Aujourd'hui encore, quand on parcourt la Bohème, il n'est pas rare de rencontrer de grossières images qui représentent, dit-on, Jean Nepomuk : elles rappellent toujours l'ancien culte du réfoi^ mateur et ne sont quelquefois que d'anciennes statues hérétiques, rebaptisées par les jésuites après la Bila Hora. Il n'y eut d'ailleurs dans ce respect pour la mémoire de Huss aucune trace d'idolâtrie : les Bohèmes protestèrent longtemps contre le nom de Hussites que leur donnaient leurs adversaires (3) : c'est que, malgré leur respectueuse piété pour la mémoire du réformateur, ils ne voulaient d'autre maître que le Christ, d'autre loi que l'Écriture. Huss avait réveillé leurs consciences endormies, il avait donné sa vie pour la vérité, il méritait une éternelle reconnaissance, mais il eût renié lui-même les disciples infidèles qui auraient oublié pour lui le vrai, l'unique Sauveur. Les regrets des Cèques furent en quelque sorte impersonnels, ils pleurèrent moins leur prédicateur bien aimé que la Réforme contestée et la Bohème souffletée. Aussi h Huss joignirent-ils dans leur souvenir non-seulement Jérôme, mais les trois jeunes gens qui avaient été exécutés à Prague en 1412 et deux étudiants qui furent mis à mort h Olomùc, le 29 juin 1415 (4).
Une lettre du concile (20 juillet 1415) n'apaisa pas l'irritation universelle; elle prouvait quelque incertitude: les Pères hésitaient entre les dangers possibles qu'ils ne prévoyaient
(1) Etienne delhilEtn {Pet. the». aaecd., IV, S, S51). (i) Lachler, II, p. 185.
(3) Elisnns de Dolan, EpistoU ad Uwaiiai, (Pei. IV, 2, '(06).
(4) Docuni., p. Ml.
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pas cependant encore très clairement et le àétàt de maintenir intacte leur.autorité. Us semblaient d'abord s'excuser: on avait fait tont ce qui était humainement possible pour ramener Hu9S, pour l'arracher au dernier supplice, lui seul n'a- TOit pas eu pitié de lui ; certainement les Bohèmes ne connaissaient pas exactement les faits: on était assez sflr de leur dévouement h la religion pour affirmer que, mieux renseignés, ils flétriraient sur le champ leur indigne prédicateur. Cependant le ton changeait vers la fin, la lettre se terminait par des menaces: le concile saurait punir ceux qui persisteraient dans leur erreur (1). Il écrivait en effet en même temps une lettre confidentielle à Jean de NovyHradec, que l'on regardait comme le chef du parti catholique (^, il cherchait à organiser une force de résistance dont il se servirait pour peser sur les nobles et sur le roi ; il envoyait en Bohème, comme légat, l'évâque de Litomysl, Jean de Fer, avec les pouvoirs les plus étendus (1415, 31 août) (3) : déplorable nomination! il n'y avait pas alors d'homme plus impopulaire dans le royaume ; les Cëques le regardaient comme le principal coupable de la mort de Huss et comme nn traître à la nation, ce choix était une provocation, une déclaration de guerre; — mais où était l'armée de l'Êglise
Les chefs du parti réformateur avaient convoqué les seigQâurs k une diète générale : elle se réunit b, Prague, le 2 septembre 1415. Son premier acte fut d'envoyer à Constance une hautaine déclaration contre le supplice de Huss et la captivité de Jérôme (4j. Piiis, le 5 septembre, les nobles signèrent une grande ligue offensive et défensive (5). Ils s'engageaient à envoyer à Constance des délégués qui renouvelleraient leurs protestations contre la mort de Huse et les accusations injustes, calomnieuses et infamantes dont leur
(1) DocniD., p. us.
(ï) la., p. EK, — £5 août.
(3) Id., p. G7t.
(4) Docnm., p. 680. Elle fut triulaite en c^ue, probablemeot pour être répandue pnniii 1« p«upl*. Le leila cèqua a M pablii diuis laa AtcUt. eakj m, p. m.
(ï) Dacum., p> tSO. Original en ciqu«,
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patrie était chaque jour l'objet, et promettaient de laisger prêcher librement sur leurs domainea la parole de Dieu. Les pasteurs, accusés d'hérésie, seraient cités devant le tribunal épiscopal du diocèse, et, s'ils étaient conTaincus d'erreur, subiraient la juste peine de leurs fautes ; mais, si les évoques voulaient punir un prêtre, sans lui avoir prouvé son erreur par l'Évangile, les seigneurs s'opposeraient h, de tels abus de pouvoir et remettraient au recteur, aux docteurs et aux maîtres de la faculté de théologie de Prague le soin d'établir la vérité, d'après l'Écriture, Les membres de la ligne obéiraient aux ordres des évâques nationaux, tant que ces ordrea seraient fondés eur la parole de Dieu, et se soumettraient au pape, en tout ce qui n'était pas contraire à. la loi divine. La ligue devait durer six ans, la direction en était confiée k un triumvirat formé de Cenek de Wartenberk, grand burgrave de Prague, de Lacek de Kravar, gouverneur général de Moravie et de Bocek de Podabrad (1). Le document que noua avons donne les noms de cinquante-six adhérents et, parmi eux, les représentants des plus nobles et des plus puissantes familles du pays, le grand maréchal de Bohème, Hanus de Lipa, Henri Skopek de Duba, Smtl de 5ternberk, Dohes de Cimburk, etc. On colporta ensuite le projet dans les cerclea et il est probable qu'il réunit au moins les adhésions dos 452 seigneurs ou chevaliers qui avaient apposé leurs sceaux k la lettre du 2 septembre. On avait demandé an roi d'adhérer à. la ligue dont il eût été le chef; il refusa, les seigneurs passèrent outre, ils n'étaient pas hommes b. se laisser arrêter par des scrupules de légalité ; depuis qu'ils luttaient avec la royauté, ils avaient eu le temps d'apprendre & se passer d'eUe.
Cette ligue marquait le commencement d'une nouvelle période : jusqu'alors, en effet, quelque nombreux que fussent les amis de Huss, ils ne formaient pas un parti, n'étaient que des individus isolés, sans lien commun ; maintenant ils se réunissaient, se donnaient des chefs, constituaient un vérita-' ble état dans l'état: ils marchaient encore d'accord avec le roi, mais si la cause l'exigeait, ils étaient assez forts pour
(t) Lt grand pin dn roi O»oig«r d« Podfbnd.
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annnlersoD autorité, pour substituer sans coup férir une oligarchie k l'autorité d'un seul. Les nobles, qui dirigeaient la liffue, reprenaient, peut-être sans en avoir conscience, les projets de ceux qui, quelque dix ans auparavant, avaient 8i3ayé d'imposer à Yaclav un conseil souverain : seulement, le peuple, qui était auparavant pour le roi contre les nobles, prit cette fois parti pour les nobles et contre le roi, et cetta alliaoce donna b. la ligrue une force irrésistible. En mâme temps que le groupe réformateur se donnait un gouvernement temporel, il se donnait un gouvernement spirituel en opposant aux chefs ecclésiastiques réguliers l'Uniyersité, en mettant les décisions de la faculté de théolo- ^Ë au-dessus de celles de l'arcbevèque. Pendant toute la Révolution, l'Université resta en effet le suprême pouvoir religieux, au moins pour la très grande majorité dâ la nation. La Réforme avait ainsi ses chefs et ses directeurs, elle avait auaai son programme, la liberté de la Parole de Dieu, l'Écritare, que l'Université devait prendre pour unique fondement de ses décisions. La conséquence forcée du mouvement, c'était la rupture avec l'Église romaine, la constitution d'une Église nationale; elle n'apparaissait pas encore nettement à tons les esprits, mais elle se présentait déjà aux plus hardis ou aux plus clairvoyants. Les seigneurs avaient ainsi déclaré qu'ils n'obéiraient qu'aux ordres des seuls évêques nationaux et regarderaient comme nuls et de nul effet les interdits et les excommunications prononcés par les prélats étrangers. La ligue résumait ainsi tous les désirs religieux, nationaux et politiques qui se retrouvent dans toutes les phases de la Réforme bohème ; il ne lui manquait plus qu'un signe extérieur, un symbole, elle le trouva dans le caucr,
H n'y avait pas fort longtemps que l'Église catholique avait introduit l'usage de la communion sous une seule espèce et réservé le calice aux prêtres : acceptée dans quelques pays dès le XII* siècle, la nouvelle coutume n'était devenue à peu près générale qu'au XIII" et même au XIV* siècle (1).
(I) Cp, Clienmitii axamati eoncilii Tridsatini U. 134. L'autenr admet que le calice ta coNerra jusqu'au commeauinant du XIV* liicla et que ion iuter^ diclioD ne (Ufint one loi da l'ÉglUe qu'aa concUa daCouBUncs.
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Ls Bohême, peut-être par suite des traditions grecques qui 66 maintenaient obscurément, semble avoir été un des pays où la communion utraquiate (sub utrftque specie) se conserva le plus longrtemps et elle ne disparut que grâce aux efforts de rarehevèque Ernest de Pardubice, énergiqaement appuyé par l'empereur Charles IV, et surtout grâce k l'affluence des docteurs et des étudiants étrangers qui firent triompher les idées purement catholiques. Même alors cependant, certains faits prouvent^ que la communion utraquiste ne fut pas abandonnée'partout : en 1390, Bonlface IX la permit aux mineurs de KutnaHora (1) et k Prague même, quelques prêtres offraient encore le calice aux fidèles. Le sacrement de la Gène futundespointslesmieux étudiés dans les cours etlescontroversee de l'Univeraité de Prague, même avant que l'importation des livres de Wiclif ne fût venu donner k la polémique un intérêt inattendu (2).
Aucun m^tre ne s'inquiéta davantage de cette question que JaJioubek de Stribro (Jacobellus de Miea). Ancien disciple de Janov, il était l'ami de Hues dont il avait été le maître et ne mettait pas une moindre ardeur que lai k poursuivre la Réforme de l'Église. Son ardente conviction, son éloquence passionnée et téméraire l'avaient plus d'une fois compromis auprès des autorités ecclésiastiques, mais lui avaient gagné la faveur populaire. Persuadé comme presque tous les maîtres bohèmes que la corruption de l'Eglise n'avait d'autre cause que Voubli de l'Écriture et regardant l'Évangile comme la seule et infaillible loi, il arriva bientôt à la conclusion que la suppression du calice était contraire k la volonté de Dieu : si vous ne mangez pas la chair du fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous, avait dit Saint
(1) PsMhek. Oaidi. der OegAaRafonnaibn ia BôhnwD, Fragus, 1U4. — Snr le calioa, t. «dcom riatéremante monographie da SpilUer, OeKh. dM Ktleha im Abendmahl (1793) et Oieieler, Kircbengeicbiclite (II).
^ Une phrase de Stitn; prouve toute la gravita de ces dUcuMÎODS ; Voili, j'ai diSjà soixante el dii ans et cependant quelques mitres ont encore reada mon esprit incertain, de sorte que je ne pourrai! pa* dire avec certitude ai daca le aaeremeat de l'Bacbariatie, ta substance du pain reate arec le corpa de NotM Seigneur on si elle disparaEL
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Jean (II, 63J. A la fin de 1414, il développa ces paroles dans une discussion b rUniveraité et son discours fit une telle impression snr les auditeurs que beaucoup demandèrent dès Ion à communier sous les deux espèces: quelques semaines après le départ de Hoss pour Constance, la coupe était distribuée aux fidèles dans plusieurs églises de E^ragne (fin de 1414). Le nombre des adhérents de Jakoubek aug-menta Rçidement, cependant tous les amis de Huss ne l'approu- Tttientpas: leprédicateurquiremplaçaitlemaître iiBethléem se prononçait contre la communion utraquiste : on en appela à Hoss; il eut d'abord quelques hésitations : sans doute, la doctrine de Jakoubek était réellement fondée sur l'Écriture (1), mais il follaît agir avec prudence, demander au concile l'autoriaatioQ de revenir aux usages de l'Église primitive. — Mais qu'attendre du concile ? Il ne niait pas que la communion utraquiste n'eût été en usage chez les premiers chrétiens, mais l'Église avait eu raison de refuser la coupe aux fidèles et toQ6 ceux qui ne ae soumettaient pas à ses décisions étaient hérétiques et seraient traités comme tels. Huss, mis ainsi en demeure de se prononcer entre la tradition et l'Écriture ne balança pas plus longtemps et il recommanda à tous ui amis de suivre l'exemple de Jakoubek. Une polémique fortyive s'engagea sur le calice, entre les amis et les adversaires de Huss : traités et répliques se succédèrent coup sur coup (2), mais ces discussions ne firentque hâter les progrès, de la communion utraquis te (3) ; malgré les protestations isolées qui s'étaient produites au début, elle fut accep-
(1) (ÏMt daai c« faut qu'eit écrit ton li*r« tor la eouunanloD aoua lea
(1] DemoDctntio p«r lettimonU Scriptnre, Patrom atque Doctomm eora- ■luicatioiMm ealidt ia plsba dmitiani sua naeeisOFiam (V. dar Uardt, 111 p. BOJ). Retpoatio ad demoDstiatiaaein, etc., (id.. p. 896). Anoajnû thaologt apistola ad JaeabéUnm d* Min eoatra CDminuDtoasn plabU anb nU&fiwipaeia (îd., p. 338). Aodran Bn>d« dispatatio aead. eoutra commun. pUlii «nb utr. apaâe (id., p. .19£). — Viudicia coatra And. Brodam pro Mwnnnioaa plabii anb ntraqas apeeia (Yod dar Bardt, II], p. 4I(Ç.
^ Traeiatna contra hterNiin d« eommuoiona laieornin anb ntnqn» apceir. - Tarmini ta S) arril 141.
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tée par toua tes partisans de la Réforme et devint un des points essentiels de leur programme. Le calice remplaça la croix dans les églises et conduisit au combat les soldats de la révolution. Pendant deux siècles, il domina la grande église du Tyn : sur les portes des villes et des palais, sur les boucliers, on sculpta, on peignit des calices. Les étrangers raillaient cet engouement : les Bohèmes peignent tant de coupes, dit un faiseur de vers latins, qu'ils n'ont pas d'autre Dieu sans doute que Bacchus. Mais ce calice était pour les Cèques le symbole de toutes leurs aspirations et rien ne les aurait mieux représentées : rendre le calice aux fidèles, c'était faire passer dans les faits la doctrine de Huss, transformer l'abstraction en réalité. Il n'y a d'autre chef de l'Église que le Christ, avait enseigné le prédicateur de Bethléem, d'autre règle de la fol que l'Évangile ; 11 ne faut obéir aux chefs ecclésiastiques que tant que leurs décisions sont fondées sur la parole de Dieu : 11 supprimait ainsi la différence du prêtre et du laïque, sur laquelle reposait tout le système religieux du moyen-ftge : quel meilleur moyen de faire comprendre k tous l'égalité de tous les hommeâ dans l'Église que d'enlever aux ecclésiastiques leur plus glorieux privilège? Tout homme est prêtre, dira plus tard Luther ; les Bohèmes le montrent aux moins clairvoyants en déniant au sacerdoce la prérogative sacrée d'où découlaient toutes les autres.
n est bien évident que les divers partis ne se rendirent pas compte dès le premier jour des conséquences dont était gros le principe de la communion sous les deux espèces : les prêtres catholiques en eurent du moins le pressentiment, et la 5 septembre 1415, le jour même où les seigneurs formaient l'union de Prague, le chapitre des Hracany défendit sous les peines les plus sévères la communion utraquiste^ Puis, comme ses ordres ne furent pas écoutés, il prononça l'interdit (fin d'octobre). U ne faisait en cela qu'obéir k un ordre du concile qui, sur l'instigation de Michel de Gausis, avait renouvelé l'excommunication qui avait frappé Jean de Jesenice en 1412 et ordonné de lancer l'interdit sur les villes où il séjournerait.—Jean de Jesenice était, depuis le départ de
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"os9, le chef des novateurs. — Lea décrets deOonBt&acefareilt "«aerrés avec une minutieuse sévérité : les prêtres catholiî**»» refusaient l'absolution aux fldèlea qui suivaient les , '^cns des prédicateurs suspects, fermaient les portes des *)3etières, insultaient dans leurs sermons la nation bohà- Q ® (i.). Les habitants des trois villes de Pragrua ae réunirent o^ ^«semblée générale et se plaigmirent an roi de ces rlt> ^Uïs ; Vaclav essaya d'obtenir quelques concessions, les t^^ ^Qliques repoussèrent toutes ses propositions. Poussé h Yv ^1 le peuple eut recours à des moyens moins pacifiques. ^^ bandes armées envahirent les cures, les cloîtres, les &g\ises où le service divin était suspendu : partant de ce principe que, qui refuse de travailler n'a pas droit à un SEi» laire, la foule chassa les prêtres qui s'obstinaient à ne paa célébrer les cérémonies du culte et les remplaça par des Utraquistés. Presque toutes les cures furent ainsi occupées par des partisans de la Réforme et l'interdit ne fut plus une gdae que pour les catholiques h qui leur conscience défendait de reconnaître les nouveaux prêtres et qui étaient obligés d'aller dans les villages voisins assister aux offices. Les troubles de Prague eurent leur contre-coup dans les provinces : un grand nombre de biens ecclésiastiques furent saisis et quelques seigneurs, tels que Otton de Bergov, Hynek Kru- «na de Lichtenburk et Henri de Wartenberk confisquèrent sans scrupule les propriétés des doyens ou des chanoines. Le couvent d'Opatovice fut attaqué par une bande armée, l'abbé torturé jusqu'à la mort et les moines chassés.
Le concile fut averti de ces désordres en môme temps qu'il reçut les lettres de la diète du 2 septembre : les renseigne* meuts que lui adressait son légat, Jean de LItomysl, ne poU' valent laisser aucun doute sur les dangers de la situation. L'évSque n'avait pas osé paraître devant le roi sans sauf-conduit et il avait été abandonné même par ceux dont les fonctions faisaient les défenseurs naturels de l'intégrité de la fol catholique. L'évêque d'Olomuc et l'archevêque de
(1) Doeam., p, 604.
(!) Tomek, UI, p. 594-95.
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Pra^e n'avaieot d'autre souci que do ne pas blesser Vaclav et Conrad venait même, sur la demande du roi, de suspendre l'interdit. Surpris et fort irrité du peu d'effet qu'avaient produit ses ordres antérieurs, Je concile résolut de redoubler de sévérité et d'énergie. X^ea prélats allemands attaquèrent avec violence rarchevêquedePrag^e.l'accusèrent de nég'ligence, de nécromancie, d'alchimie, de simonie et de dissipation; ils n'avaient pas oublié que son diocèse avait longtemps relevé de l'erclievâque de Mayence et ils saisissaient avec empressement l'occasion de faire rapporter la bulle qui avait boustrait l'Église bohème à la surveillance d'un électeur allemand. Conrad fut cité devant le concile (l) ; les protestations des chapitres de Prag^ue et de Yysehrad. l'empressement qu'il mit lui-même fa se dég-ag-er du traité qu'il avait sigrné avec Vaclav et h. reprendre l'interdit, adoncirent cependant un peu l'assemblée. Conrad fut dispensé de comparaître en personne, mais il continua à être surveillé avec quelque méfiance et resta de plus en plus indécis et inquiet entre le roi et les prélats qu'il voulait également ménager.
Le concile était plus mécontent encore du roi que de l'archevêque. Vaclav n'avait pris aucune'part aux démarches qui SToionl été tentées en faveur de Huss ou de Jérôme, mais il n'avait non plus rien fait pour les empêcher et il gardait entre les hérétiques et l'Église une neutralité qui était regardée à Constance comme une trahison. II avait été profondément froissé de la mort du prédicateur, moins à. cause de l'affection personnelle qu'il lui portait ou de la sympathie que lui inspiraient ses idées que parce qu'il y avait vu une injure véritable, une attaque indirecte de Sigismond. Depuis plusieurs années, il était fort mécontent de son frère qu'il accusait de l'avoir trompé ; seul de tous les rois de l'Europe catholique, il n'avait pas envoyé d'ambassadeur fa Constance. Les Pères avaient longtemps espéré qu'il se fatiguerait de son opposition passive, mais ils commençaient à perdre toute illusion fa cet égard et inclinaient fa des mesures de rigueur : les docteurs bohèmes avaient eu grand peine à étouffer les
(1) Docnm., p. Mi.
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accusations dont leur souverain avait été plus d'une fois l'olijet, ils obtinrent encore qu'on ne le mît pas directement en cause, mais détournèrent la colère des évèquessur les 452 seigneurs qui avaient sig-né les protestations. On leur donna cinquante jours pour venir se justifier devant le concile [;H fév. Uld), et lorsque le délai âxé fut écoulé, on décida de commencer leur procès et on en confia l'instruction au patriarche de CoQStantinople, Jean, qui s'était distingué par sa violence dans TafEaire de Jér&me. On parlait de leur enlever leurs ûeta et leurs titres et les dispositions du concile forent très clairement marquées par la sévérité avec laquelle il traita Henri de Lacenbock. Henri arriva à Constance, au mois de mai, chargé d'une mission de Sigismond. Accusé d'êtra secrètement favorable & Huas, il fut arrêté, forcé d'abjurer et de promettre qu'il porterait en Bohême une lettre de l'assemblée (1). Les évéques se rendaient d'ailleurs très bien compte qu'ils n'avaient pas seulement devant eux na nombre plus ou moins grand de seigneurs, mais la Bohême tout entière (2), et ils pensaient dès lors h faire appel contre les révoltés k tous les peuples chrétiens : en même temps. Us cherchaient à se ménager des intelligences dans la place et, s'adressant particulièrement h quelques seigneurs catholiques qui avaient organisé une contre-ligue (3), les engageaient à prouver leur foi par leurs œuvres. Mais ces projets belliqueux n'avaient quelque chance de succès que s'ils étaient appuyés par Sigismond : roi deâ Romains ethéritier présomptif delà couronne de Bohême, il était le chef désigné et nécessaire d'une croisade contre les Cëqnes. Des ouvertures dans ce sens lui furentMtes dès 141Ô. Sigismond avait quitté Constance le 18 juillet 1415 et il avait
(11 ToDd«r Hardi, 17,196.
(t) ■ L'afbira qai toucha tant le rojraam* da Bohèin» ■ (Von der HûPili, IV, (86).
(30 La bniit eonnlt à CâoitaDcs qua Taolav atuC ndhéri à eetta coQlreligoa cuholiqsa et j c&ui& aas granda joia. Il aat probable, quoi qu'en aiant dit praïqna loni lai hiatarieni, qua ce brait n'arait aucun foudement aitaui; SQ affetaucDD docniaaDt ne Dona parla d'une adhiiioa umblabla de Tadai, st il iMdrait poarlant la« praorea let ploi formallai pour ilabtir un acla aun pM «d hansonia arao la eondnite puata et fotnra du roi.
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entrepris un grand voyage en France et en Ang-leterre. Mais Bon expédition avait été assez peu glorieuse et quand les envoyés du concile le rencontrèrent h Aix-la-Chapelle, Ils le trouvèrent aaaez désillusionné et peu disposé à courir de nouvelles aventures. Il connaissait assez la Bohême pour savoir les difficultés qu'il aurait à vaincre si les seigneurs et le peuple se déclaraient contre lui: aussi se montra-t-il beaucoup plus préoccupé de calmer l'irritation qu'avait excitée sa conduite à l'égard de Huas que de donner aui Cèques de nouveaux griefs contre lui. Sans doute ses lettres confldentielles approuvaient et encourageaient les seigneurs catholiques dans leurs projeta de résistance, mais ses lettres officielles leur recommandaient la plus estrâme prudence ; il prêchait h tous la concorde, l'oubli, étalait force regrets de l'imprudence de Huas : ah ! s'il était veau le trouver avant d'entrer à Constance, l'affaire eût tourné autrement ! Une fois qu'il avait été arrêté, il avait été impossible de le sauver, il ne s'y était pas ménagé, mais devait-il lui sacrifler l'Église? Maintenant, le concile était fort irrité, il fallait se garder de lui fournir de nouveaux griefs. Les seigneurs, continuait-il, n'ignorent pas de que! esprit de malveillance les peuples voisins sont animés contre la Bohême, ils ne demandent qu'une occasion de se jeter sur elle. Veulent-ils s'exposer h une guerre de religion, dans laquelle ils auraient à combattre la chrétienté tout entière? Pourquoi, eux, promues, se mêleraient^ils d'affaires ecclésiastiques ? Cest aux prêtres à réformer les prêtres (1). Il était donc encore fort éloigné de ae mettre à la tète d'une croisade contre son pays ; il répondit aux insinuations du concile par des protestations de dévouement, sous lesquelles perçait l'intention Mea arrêtée de ne pas se compromettre (2). L'assemblée, oblig-ée d'attendre une occasion plus favorable, se vengea sur l'Université.
Depuis l'expulsion des docteurs catholiques, elle était tout entière acquise aux nouvelles doctrines, elle avait approuvé
(1) Puii, Si mu* 1410. — Doonm,, p. 609. (SjPintleUlfl. -Doc.,p. 652,
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M communion utraquîste (1) et avait & plusieurs reprises rendu témoigna^ de la piété sincère et du zèle catholique tie Huss. Le concile discuta la question de savoir s'il révoqtierait les privilèges de l'Université, il se contenta de les suspendre ; les Allemands prenaient leur revanche de 1409 (2). i' archevêque n'osa pas promulguer aolennellement le décret du concile : il se contenta de ne pas autoriser l'examen annuel pour la réception des mitres : l'Université obéit et ces examens n'eurent pas lieu, mais les autres esercicea continuèrent, cours, discussions et môme réceptions de bacheliers, — l'autorisation de l'archevêque n'était pas nécessaire pour ces derniers (3).
Bien que l'ordre public n'ebt pas été en somme sérieusement troublé jusque-là, des symptômes graves révélaient l'approche de la crise décisive. L'agitation, concentrée d'abord à Prague, pénétrait dans les provinces et les paysans commençaient à suivre les événements d'un œil attentif: la division était partout ; l'amitié, la famille même ne résistaient pas aux discussions religieuses ; le frère se séparait du ttèti et le père du fils ; de lugubres prophéties étaient répandues dans le pays et les esprits troublés s'eftayaient de sombres présages qui semblaient annoncer d'épouvanta^ Mes catastrophes : le jour où Huss avait paru devant le con- '^e, il y avait eu une éclipse totale de soleil et on avait été oblige de célébrer la messe aux lumières, signe visible que "liriat, le soleil de justice avait été voilé dans le cœur de
(*) I« dâcLaralion oiflcielle de l'UniTenité en foieur de U eommuuion ""^njau sit du 10 man 1417 ; elle eat donc posUrieun à la luapeiuioii de ^ P^TiXtgm qui e«t de 1416 on tout & IsJt du eommeneemeat de 1417, maii
"^ opinion 4tait connue dapoU lenflempt; pteique toui lei mmitïaa l'itaiaat
î^woncét daoi ce seni.
j.|.'Y tXSf. n, p. 137. Lea eoniidénint* du dierst rappellsut Lu gloire de ^l^'viU & l'époqile oïl aeeoaraient vers «Ils les Alndlanti de toutei tes •, ^^B« de l'Europe et lortout de l'AUenuigne, et u dAca4enee aprta la j^'^ 4ai (rais Natloni quiu'Eivaleut pas touIu aoeeptei l'injuste répartitioD
J,' ^hoH curieuBe, Ijufaenltd de droit ne tint pai plus de compte det y** du concile que lei antrei fiicultèe, bien qu'elle filt animée d'un esprit
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beaucoup de prélats (1). £d J416, il y eut une pluie de sang et la neige tomba par dessiia, une croix rouge étiucela au milieu dea nuages et vers le soir se chaugei en glaive (3), frappante image de la guerre religieuse qui allait couvrir la Bohème de ruines et de sang.
Les catholiques donnèrent le signal des violences ; beaucoup moins nombreux que leurs adversaires, ils espéraient les intimider à force d'audace et d'ailleurs ils avaient derrière eux l'Église et l'Europe : toutes les chaires des villes de Bohême restées catholiques retentissaient de calomnies contre les Uussites : on racontait qu'ils recevaient la communion en état d'ivresse, qu'ils consacraient le sang du Christ dans des marmites et le transportaient dans des bouteilles ou dans des gourdes, qu'ils se réunissaient dans des caves pour s'y livrer à d'ignobles débauches (3). Ces odieuses déclamations eurent bientôt pour corollaires d'horribles attentats.
(1) lAtmat de Breton (UôT. I, p. 331). I^nreat da Stmct» don! l& cliro< niqna & 4(6 pabliis par U. Hôfler, iX, p. 3£l-5I7], Mt le plus imporUnt hi«~ torien de 1& ^erre det Haciilai. Il liait de petits nobletie et nppartSDkit à la cluie dee ehsTalien. En lS9t, Us rsinstrei de l'UniTeriitA nooe diieot qn'il étùt mettre bi-aitt, ce fui pronTerait qu'il araii à cette époqne une Iraiitaiiie d'anufei. Il Tal employa à U cour de VmU* «t conipou pour Loi diren onvragM, entre antrea, ai doiu an etojoo» Hajslc nae Uitoire de U race célèbre dsa Siaiei et de* BoUnoi. Apre* la mort da VacUv le* reateignemant* qae noua pouMoni sur aoa compte loat auai peu préeia ; noua aaTOQs Mulement qu'il fut un ds ceux qui traT&illiraat k écarter le princa polonaii KorybuL II TiTait eaoore en 1437, maia mourut ■aai doute pea de temp* aprti. Son récit eomineaea eu ItU, maia il ne darienl réeUemeat intére*«ant qu'eu 1419 et il io termine bmaqnement an milieu d'une pbiaae en 14!!. Peul4tre certaine* partie* ont-ellea été détruite*, aana que rieo cependant permette de l'afllrmer. BreioTa att nn ntniquiate modéré, anaii e*t-il également défororable aux parti* extrême*, catholique* et taboritae ; il n« but donc accepter ee* reu*«ipiemeiit» qu'aree nue certaine déSauee ; il ne buiie pu volontairement la lérité, mai* paaaionBé. il préacote le* bit* comme il le* voit. A**ei mal renaei^né *ur le* sipéditioDS militaire* des Taboritei, il raoonte arec un grand luxe de détail les éTénameots qui ont eu lieu & Piapue et il a an entre le* maiua nombre de lettres et de document* officiel* qu'il a insérée daua *an récit et qui an font une murre hiitoriqas d'une trè* grande importance. (Cp. Falacty, Wùrdignnf der alten bôhmiaehen Oeaebiehtscbreiber, 18^91. — Hôller, pïuim. — Friedrich von Beit^, Kôniff Sigmund nnd die Reishakriega gagea die Htisitan, MiïDieli 1872).
CQ ChroD. Uoîrer*. (Hôfl. I, p. 3S; I, p. 78).
I?) Lanfentd* Breton (RÔfl. I, p. SES).
Kutna Hora (I) était habitée par une population presque exclusivement allemande : les mineurs des environs, aux mœurs rudes et grossières, avaient été fort excités contre les nouvelles doctrines par leurs curés et surtout par un prêtre nommé Hermann. Avant même le départ de Huss pour ConstiQce, les mineurs avaient attaqué les habitants d'un bourg' nisin, brûlé le village et massacré les habitants (juillet 1414]. Les esprits étaient déjà très agités à Kutna Kora, quand on annonça l'arrivée d'un officier de Vaclav, chargré de percevoir certains revenus. Cet officier, Racek Kobyla, était détesté des catholiques qui lui reprochaient d'avoir obéi avec trop d'empressement aux ordres du roi, lorsqu'il avait fait saisir les biens de l'archevêque en 1411. Les envoyés royaux, avertis de l'exaspération des habitants, hésitaient b. entrer dans la ville, mais ils furent rassurés par les protestations des principaux bourgeois qui leur déclarèrent qu'ils ne cou- Tiient aucun danger. A peine cependant furent-ils rendus an logis qu'on leur avait désigné qu'une foule furieuse assiégea leur maison. Les mineurs brisèrent les portes et jetèrent par la fenêtre Racek et douze de ses compagnons. Unautre officier de Vaclav échappa aux émeutiesr et àla mort (2). Vnrchevèque de Prague, en réalité, fort mécontent du zèle
(1) CsIlB alliliids de Kutiin Hom proave bien l'imporlaiica da tct qaaatiou mionaJs. Oa n^i'eipliquerait pas uini mU l'bojtiliû d'una Tille à laquella Dauihca IX »Tail dd permettra 1& eommamoa iou> les deux eipèeea, jk la dn (lu X1V« itàde.
(t) Doeaoï.. p. 6J1. Script, rar. Boh^tn. III, p. ». U, Palack; a puMii daiu Is iroiiièntQ Toluma de« 8criptoT«t rarom boheinieinim un ceri&in ■ombre de courte* ftnnalat bohèmet qui ont été écritM pendant la ^erre d«) HauItM ouasMi peu de tempe apréi et qui ont été réunisa au eomnencemast du XVI' liècle. Btle ont été trè» touvent copiées, pniique H. Pklackj n'a ps« tronvé moini da dii-iept manuicrili, dont aucun n'oflra no telle abioluiiient aamblabla maU qui paraisitrit tons provenir d'ona Mnrca commuDe. II n'j a natarellemeat ancnoplan géuérsl, elle» laiiaent da cAlé lu éiénameuta tei plue carieui, rai^oaient avec lei plu* loaga détails de* bit* iaù^iiI.iDts. Elles n'eu ont p»< moin* une cnrlaine importaoce parce que, pour pluùeiir* anné», ce *ont les seule documenta que nou* ajon*. Lai auteurs, doot U. Palack; croît pouvoir Qxer le nombre ù huit, loot des Mprit* tri* étroit*, maie, en générât, eiaet* et iropaniaai. Je les «i cité* St. Iftop. (Stari letopitové, les anclans annalittas).
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intempérant de ses prêtres, maia toujours tremblant de déplaire au concile, était entraîné par son pHrtï plus qu'il ne la conduisait et prenait quelques mesures pour donner au moins une apparence de satisfaction k ses fanatiques suDor^ donnés ; i| défendit d'ordonner prêtres les candidats qui refuseraient de renier les erreurs de Wiclif et de se prononcer contre la communion utraqniste. Plusieurs curés de campagne, soupçonnés d'être favorables aux novateurs, furent destitués ; si ces ordres étaient respectés, les Hussites ne tarderaient pas à manquer de prêtres et ils seraient oblig'és de revenir aux cérémonies et è. la foi catholiques.
Les Utraquistes, qui avaient montré jusqu'alors beaucoup plus de modération que leurs adversaires n'étaient pas disposés cependant à supporter en silence des attaques aussi directes ; ils répondirent h la violence par la violence. Cenek de Wartenberk fit enlever dans Nrmecky Brod l'évèque Hermann de Nicopol, chargé de l'ordination des prêtres, et le força de consacrer les candidats utraquistes (t) ; Hermann se soumit sans trop de difficulté et il accepta même une cure que lui donna Cenek- Dans les campagnes, beaucoup de prêtres catholiques furent renvoyés, dans un grand nombre de villes et de cercles les dîmes ne furent plus payées et les catholiques ne montrèrent aucun scrupule à imiter les Hussites sur ce point. Au milieu de l'anarchie générale, quelques seigneurs formèrent des troupes d'aventuriers et ravagèrent le pays. Plusieurs expéditions furent envoyées contre ces nobles turbulents et ne réussirent pas toujours à rétablir l'ordre. Les grands, les chevaliers, les pillards sentaient que leur moment était proche et se préparaient à mettre à profit l'occasion qui s'offirait.
Vaclav, était mécontent, irrité contre les deux partis ; il aurait voulu qu'ils vécussent en paix, côte à côte. Il était arrivé par inertie à la conception de la tolérance ; assez indifférent en matière de foi, il rêvait un régime où il eût été permis k chacun de suivre le culte de son choix, et ne demandait aux catholiques et aux Hussites que de ne pas troubler l'ordre extérieur. Cette théorie plaisait peu au concile i
(1) Chronique dn notftire Procop* (HSd. 1, p. 7t).
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dn nonvelles plaintes lui furent adreeséâs contra le roi et Sigiamoad ne cacha pas à eon frère qu'il n'hésiterait pas eotre l'ÉglUe et lui. Les prières du eouverain, écrivait-il aux Bohdmes, les aupplications d'un grand nombre de sei^enrs, l'ardent atnoor du pays où II avait regu le jour l'araient décidé à s'employer activement auprès du concile, pour qu'il DS prft aucune masure contraire à la Bohâme ou à son chef, Mais chaque jour les nouvelles qu'il recevait devenaient plus affligeantes. Les chrétiens étaient persécutés comme au temps de Mérou, le peuple de Dieu poursuivi comme sous le règne de PharaoD. Le concile était convaincu que de si grands maux ne se seraient pas produits sans la complicité secrète de Vaclav et il était résolu à le traiter aussi sévèrement qu'il le méritait ; il avait cependant accordé un nouveau délai, mais il était décidé à ne plus g-arder aucun ménagement: les Bohfimes et le roi devaient donc veiller à ne plDS donner prise à. leurs ennemis ; ils seraient autrement Beols responsables de leurs malheurs (!}. Sigismond, très désireux d'obtenir du concile la réforme des abus, lui offirait en retour son alliance contre la Bohâme. La Réforme, c'était la seule partie de son programme que l'assemblée de Constance n'eût pas encore abordée; elle avait mis fin au schisme, frappé l'hérésie dans son chef le plus remarquable, mais les progrbs accomplis ne seraient définitifs, le schisme ne serait réellement terminé et les révoltes vaincues que si on donnait satisfoction aux ardentes et légitimes revendications popu" Isires. Le concile avait chargé une commission d'étudier les réformes nécessaires et le plan qu'elle présenta, fort long, très sérieux, le reformatorium, témoignait de la sincérité de G08 efforts. Malheureusement, il ne manquait pas à Constance de prélats intéressés b, maintenir l'ancien ordre de choses. Au début, n'osant pas encore protester contra une opinion qui avait pour elle la faveur populaire et l'appui des évSques les plus remarquables par leur science et leur vertu, ils avaient laissé se fatiguer le zèle et s'user l'activité de leurs adversaires et à l'instant décisif, il revenaient avec des projeta d'ajournement. Ils étalent pleins d'unç apparenta
bonne volonté : nul n*aTait pins à cœur la purification de rÉg:liBe, mais ta question était ^rave, il fallait se g-arder de toute précipitation, un long et sérieux examen était nécessaire : les cardinaux étaient les chefs de ce parti et entraînaient à leur suite presque tous les évéques italiens et espa- ^ols; ils demandèrent quel'on procédât avant tout à l'élection du pspe. Sigismond mittoute son énergie à combattre leurproposition.Ilcomprenaitque le pape, quelques promesses qu'on lui arracbftt et même quelle que fût sa sincérité serait dominépar descourtiaanstout puissants et s'opposerait auzmesures qui menaceraient lesabusdont profitait la cour romaine. C'est alors qu'il crut nécessaire de faire étalage de dévouement h l'Ég-lise : il espérait que sa rupture avec son frère et ses futurs si^'etstoucberait l'assemblée; ses calcula furent trompés: après des discussions prolongées et violentes, le roi des Romains, abandonné d'abord par les Français, puis par les Anglais, dut se soumettre aux décisions de la majorité. Martin V fut élu (11 nov. 1417), et n'eut plus dès lors d'autre pensée que de se débarrasser d'une assemblée qui avait proclamé la supériorité des conciles sur les papes. D reprit les spécieuses raisons qu'on avait déjà apportées en faveur de l'ajournement : c'était tout compromettre que de vouloir se trop bâter ; chaque pays avait ses coutumes particulières, ses intérêts distincts que froisseraient des mesures générales; le concile durait déjà depuis quatre ans, ily avait un danger sérieux à laisser trop longtemps les diocèses sans direction. Le concile, fatigué, céda et il se sépara au mois d'avril 1418. Martin Y avait accordé des concordats aux principales nations, miùa ces ordonnances partielles, incomplètes, n'eureat aucun résultat heureux ; ces palliatifs n'arrêtèrent pas les progrès du mal. La Réforme de l'Église avait échoué b Constance comme à Pise. Le concile semblait vouloir justifier par sa conduite les défiances des Cèques.
Lee espérances des Bohèmes n'avaient pas été moins déçues par l'élection de Martin Y que celles de Sigismond. Ils avaient pensé en effet que le futur pape ne subirait pas l'infiuence des quelques hommes qu'ils rendaient responsable de la condamnation de Huss et des mesures prises contre
leur nation, et qu'il rapporterait les décréta de ses prédi^cesseurs et de l'assemblée. Or Martin V était précisément ce cardinal Otton de Colonua qui avait excommunié Huss en 1411 et ses premiers actes prouvèrent que ses sentimeots à l'égard des Cèques n'avaient en rien changé. Il conârma tous les décrets du concile contre l'héréaie, ordonna h, l'archevêque de Prapue et aux évêquea de Moravie, de Bavière et de Saxe de poursuivre lesWicléfîstes avec une impitoyable sévérité, et détermina la procédure que l'on suivrait contre eux. II envoya h Vaclav une aorte d'ultimatum, et lui traça la ligne de conduite qu'il devait tenir pour échapper à une condamnation que méritaient ses hésitations et sa tiédeur : il s'engagerait à respecter la sainte Église romaine et les privilèges du clergé, forcerait les hérétiques k abjurer leurs erreurs et frapperait rigoureusement ceux qui ne se soumettraient pas, punirait les laïques, nobles ou manants qui avaient protégé les rebelles ou ne s'étaient pas rendus aux citations du concile, enfin promettrait de rendre les bénéfices confisqués k leurs possesseurs légitimes, de rappeler les prêtres expulsés, de chasser de l'Université les maîtres' qui l'avaient compromise et de livrer à la cour romaine les plus coupables d'entre eux, Jean de Jesenice, Jakoubek de Strlbro, Simon de Tisnov, Simon de Rokycana, Zdeuek de Labaun, Christian de Prachatice, Jean Kardinal, Marc de Kralové Bradée, Zdislav deZviretice et Michel de Malevnice. La communion utraquiste serait interdite, les livres bohèmes de Jakoubek et de Huss brûlés : défense expresse de prêcher flans l'autorisation épiscopale et de désobéir aux ordres des tribunaux ecclésiastiques {I). Vaclav, malgré son inertie et sa faiblesse, défendait avec une défiance jalouse les prérogatives de la royauté : la sommation pontificale le jeta dans le camp des Utraquistes. Le Ôjuin 1418, il rappela une loi en vertu de laquelle les Bohèmes n'étaient tenus de comparaître que devant les tribunaux du paya et défendit k tout ecclésiastique de citer devant une juridiction étrangère un bourgeois ou un habitant de la Vieille- Ville de Prague. Il interdit
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soua les peines les plus sévères de publier ou d'exécuter les déciaioDs d'un tribunal étranger et cbargea les magistrats de Prague de veiller & ce que ses ordres fussent observés. Il était sûr d'être obéi avec enthousiasme : le parti utraquiste était en effet dès lors complètement maître de le ville, avait la majorité dans les conseils, tenait les écoles et les principales églises ; la haute bourgeoisie, qui était restée fidèle an catholicisme, cherchait surtout h ne pas compromettre ses richesses, et évitait tout ce qui aurait pu réveiller la colère du peuple dont elle se savait détestée.
Sous ce régime, la ville jouissait d'une liberté religieuse absolue, et tous ceux qui étalent persécutés dans leur pays s'y retiraient à l'abri dea foudres de la coup romaine. Pierre de Dresde, ancien maître de l'Université de Prague, avait quitté la ville avec les autres Allemands, en 1406, mats il avait sans doute retenu quelques-unes des doctrines cèques ; il fut bientôt accusé d'hérésie vaudoise, et il fut trop heureux de deâiander asile h la Bohême. D'autres Saxons le suivirent et un Nicolas de Dresde forma avec quelques amis une sorte de petite colonie germanique hérétique. Pierre Payne, maître de l'Université d'Oxford, arriva en 1418, et, reçu maître de l'Université de Prague, devint un des che& les plus éloquents et les plus hardis de la révolution. Quelque temps après, quarante- deux familles vaudoises entrèrent dans la ville : chassés de leur pays, ils cherchaient un refuge contre les persécutions. SI nous en croyons jËneas Sylviua, ils avaient traversé toute l'Allemagne et venaient de la Belgique, où avait déjà pénétré ainsi la nouvelle des événements qui agitaient la Bohême. On les appela des Picards, probablement par corruption de Beghards : on désignait sous le nom de Beghards les sectes mystiques, fort nombreuses alors sur les bords du Rhin. Ces Picards furent fort bien accueillis, on leur donna des vivres, des vêtements, la reine Sophie les visita, les consola: plus sincèrement affligée que son mari de la mort de Huss, elle conservait pieusement le souvenir du réformateur ; elle était la première, par le cœur comme par le rang, de ces grandes dames qu'il avait converties è. la cause de la Réforme de l'Église et
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panni lesquelles l'on remarquait Elisd de Kravar, veuve du sei^eur Henri de Rosenberk, Anne de Frîmburk qui avait une sérieuse influence 'sur l'esprit de Vactav et cette Anne de Mochov que son zèle religieux, bod énergrie et sa haute intelligence déBignaient aux injures et à la haine des pamphlétaires catholiques (1). L'espèce d'engouement dont ■valent été d'abord l'objet les Picards ne fut pas de longue durée : on remarqua qu'ils allaient rarement h l' église, ils ne communiaient pas sous les deux espèces, n'avaient pas de cnré : tout leur service divin se bornait à la lecture de certains livres écrits dans leur langue ; ils firent quelques prosélytes et s'exposèrent ainsi à une surveillance malveillante ; el&ayés de la nouvelle attitude de la population, ils disparurent un jour de Prague et il est impossible de retrouver leurs traces, mais ceux qu'ils avaient convertis firent it leur tour de nouveaux disciples et leurs opinions ne restèrent pas sans action sur le développement de certaines sectes hussites.
Ce qui avait rendu les Utraquiates ai prompts h se défier des Picards, c'est que déjà des dissidences s'étaient manifestées parmi les Hussites. On commençait dès lors à distinguer assez nettement les deux partis, modérés et radicaux, que l'on appela plus tard les Praguois ou Galixtins et les Taborites et qui forment commeles deux pôles de la Réforme cèque. Dès 1415, Christian de Prachatice écrit à. un prédicateur de f Izen, nommé Koranda, pour lui reprocher de diviser le parti réformateur ; as-tu oublié, lui dit-il, les paroles du Christ : tout royaume divisé contre lui-même, périra. Ce que n'ont pas fait les excommunications et les interdits, ces imprudences le feraient. Le zèle ne suffit pas, il faut aussi delà modération et de la prudence (2). Inutiles conseils! Ceux qui commencent une révolution prétendent en rester
[f)I))uuiiDe latira catholique, on l'kppello: ignoble, (itaee, cruello J^ia- M. i» cita 1bi derniers Tara pour donuer une idée de l'espril et de l'urbasilé de cea pampUétaira* : Et tîc te, miieram anum, — Compellam ad Plutonit aDUm, — Cnm tais rollonihua. — Es perOda relula, -■ Bl puniaril ÎWMKala — Ibi cum (UnnoDibua. (Pal. Docum., p. 067).
V) Doenm., p. 033.
— lye —
les chefs, Is contenir et la guider, mais bientôt dépassés par des eaprita plus audacieux et plus ardents, ils sont condamnés h passer de l'offensive à la défensive et essaient vainement d'arrêter le fleuve dont ils ont brisé les digues. Les Utraquistes n'épargnèrent pas aux novateurs plus hardis les accusations que les catholiques avaient lancées contre eux. Leurs violences, disaient^ils, et leurs audaces n'avaient pour but que de gagner la faveur populaire ; leur austérité n'était qu'hypocrisie et leur renoncement qu'attitude ; ilsprèchaient la pauvreté, mais recherchaient les cures les plus riches : si les auditeurs étaient sourds à leurs appels, si les aumônes ne pleuvaient pas dans leurs bourses, ils partaient è. la décou- Terte de communes moins rebelles à la parole du Seigneur... et plus généreuses. Peut-être ces accusations «'appliquaientelles justement en effet à quelques-uns des nouveaux favoris du peuple, aucun parti ne peut répondre de tous ses membres, mais elles n'atteignaient pas le groupe tout entier.
Les Utraquistes, comme Huas lui-même, furent toujours préoccupés de ne pas verser dans l'hérésie : au milieu même de la révolte, ils gardèrent une sorte de fidélité idéale à l'Église ; mais il était impossible que des esprits plus impétueux et plus logiques ne tirassent pas les conséquences uaturelles des principes du maître et n'acceptassent pas la complète liberté religieuse, dont s'e&ayaient leurs compagnons timorés. D'une piété sincère et profonde, nourris de l'Écriture sainte, ces disciples infidèles de Huss rompirent hardiment en visière h toute l'Europe chrétienne, et, satisfaits du témoignage de leur conscience, détruisirent pièce k pièce tout l'édifice catholique dont les Utraquistes respectaient la magnifique ordonnance, après en avoir renversé les fondations. Assez audacieux pour ne pas reculer devant les suites politiques et sociales de leurs doctrines religieuses, ils Attaquèrent les lois et les coutumes civiles avec I-a même franchise que les usages du culte, et prêchèrent au peuple la suppression des redevances féodales et des privilèges seigneuriaux, l'abolition des classes et la liberté absolue : ils eurent bientôt derrière eux la masse de la nation :
le vieux sentiment slave d'égalité se réveilla, fortifié par la passion religieuse; le moment était donc enfin venu d'échapper il ces lois oppressives apportées d'un pays ennemi; Dieu lui-même, par la voix de ses prêtres, appelait ses fidèles h l'indépendance; malheur b ceux qui repoussaient les offi^s du Christ : la liberté dans ce monde, le aalut dans l'autre. Ouvriers, paysans, chevaliers accueillirent avec enthousiasme les doctrines avancées (1), et un nouveau parti se constitua rapidement ea face du parti conservateur. Les Utraquistes ne se séparèrent jamais du catholicisme que pour un temps et « nourrirent toujours l'espérance trompeuse que l'Église reconnaîtrait ou du moins tolérerait la vérité et leur rouvrirait ses portes sans les forcer à abandonner leur foi (2) » ; ils eurent pour principale autorité religieuse, la faculté de théologie ; pour capitale, Prague ; pour adhérents, les nobles et les bourgeois non Allemands. Les radicaux, eux, rompirent avec la cour romaine, sans pensée de retour : leur unique autorité fut l'Ecriture ; leur centre, Austi et plus tard Tabor; leur armée, le peuple des campagnes et des villes. Aussi fermes de cœur que de pensée, capables de tous les courages et de tous les sacrifices, ils travaillèrent k la victoire de leurs idées sans pitié pour leurs adversaires comme sans pitié pour eux-mêmes. Sûrs de la vérité et prêts k la défendre par tous les moyens, ils n'eurent aucun scrupule de légalité, aucune pensée de conciliation ou de retraite. Les Utraquistes hésitaient à engager une lutte ouverte arec l'autorité régulière, ils n'auraient donné b la Ké-
(I) Il n'y a rien d« plu^ loin de ma p«iMie qn« d« voir une gaem aocisle dtuiiuqujruUurtouliinagueiTH religieuM imaiseesidiBi poliUquAi deUberlé, (TalTraDeliiuemeiit, d'égaliié, sont cachées et comme ju«iifl«et par le« principei nUgieai. Le parti sTaocé le diatinjua taujour* dulteur* par uq rlgorume louvenl eicessif. Lee premiers actes par leequeli m r^vAle aon eiiilaace loiit empreinli d'une auitérité profonde ; En 1418, lei faiiears de sEici t'engagent t ne pai jouer aux dés, aui quilles, aux carie), à ne pai quitter le iraTail pour aller boire ; le» forgeron* prometteal d'obMrver acrupuleuiement le* dùnanchei et les fùiej, etc., etc.
(!) 0 elrkaTni àpmre stranj pod oboji v Cechich od roka 1115 a^ 16S ; de l'adminiatration religieuse du parti uirnquista en Bohême. (Tomek, Caaopis caskeho muieura, 1S43].
volution que des martyrs, lea violents firent sortir de terre des lég-ions de soldats et sauvèrent le pays.
Le premier résultat de ces divisions fut cependant d'affaiblir les Hussites en face des catholiques. Vaclav s'était bientôt effrayé de son audace : Martin V ne cachait pas son intention de forcer les Bohèmes h se soumettre, même au prix d'une gruerre ; le projet d'une croisade, un moment conçu par le concile puis abandonné à cause des hésitations du roi des Romains, avait été repris et discuté sérieusement ; Sigrismond faisait encore quelque résistance, mais on voyait qu'il se préparait à céder : il ne demandait plus qu'à se faire forcer la main. Vous n'ignorez pas, écrivait-il à Vaclav le 4 déc. 1418, que le concile voulait lancer l'excommunication contre vous; à force de prières et de démarches, j'ai détourné le coup qui allait vous atteindre ; mais, si l'hérésie n'est pas bientôt vaincue, si l'autorité de l'Église odieusement attaquée n'est pas rétablie, je risquerais, en vous défendant encore, d'être soupçonné de trahir pour vous la religion chrétienne et d'être dépouillé de tous mes titres ; aussi suisje bien résolu h ne plus intervenir en votre faveur et h vous abandonner à la juste sévérité des lois (1). Cette lettre indiquait assez que l'union du pape et du roi des Romains était complète : Martin V avait triomphé des derniers scrupules de Sigismond, en lui faisant entrevoir la possibilité de confier h un autre qu'à lui la direction de la croisade. Si une armée entrait victorieuse à Prague, la couronne de Bohême reviendrait-elle au chrétien infidèle qui aurait refusé de prendre la croix 1 Le roi des Romains n'hésita plus, et avant de quitter Constance, il promit au pape de prendre toutes les mesures nécessaires pour détruire l'hérésie. II partit, accompagné d'un légat pontifical, le cardinal Jean Dominique, à qui Martin V avait conféré les pouvoirs les plus étendus. A Linz, il reçut les envoyés de Vaclav qui lui apportaient la réponse du roi de Bohême à sa dernière lettre (2). Vaclav, assez embarrassé, se défendait de toute indulgence pour les héréti-
(I) Doeum., p. 682,
(8) Parmi 1m Mignann qui >b troufaieut i. e&ti à» Sigitmoid à Liai, <tait VocUf de Dulia qui svnit abandonna lo parti de IIum,
quee ; U était très disposé h sévir contre aux, mais 11 n'y en &Tait pas, il n'en connaîBBBit pas. Ig*norance bien étrangre, répliqua Siffismond, alors que l'Europe entière n'est occupée que de chercher les moyens de ramener les Cèques à la véritable toi- U somma enBuite son iïère d'envoyer des ambassadeoraàSkslice, en Hongrie, désigma lui-mtaie les personnes qui composeraient la députatlon et dicta les instructions qu'elles racevraient. Il parlait arec d'autant plus d'autorité qu'il était aontenu par les seigneurs bohèmes catholiques. Les plus puissants d'entre eux étaient venus ii Passau lui promettre leur appui et quelques-uns étaient môme entrés à WD Bsrrice. Vaolav, effrayé, se croyant entouré de traîtres, se résida h «ortir de sa longue inertie, mais l'hérésie avait fait de tels progrès qu'elle était désormais h peu près invinoible. Toute résistance ne devait plus que rendre le mouvement plus furieux.
Vaclav donna d'abord h Jean de Jesenîce l'ordre formel de quitter Prague, fit rendre les églises aux catholiques et les presbytères aux prêtres expulsés. II fut obéi, au moins à Prague, mais l'émotion fut très vive, et les catholiques semblèrent prendre h tâche d'exciter encore les passions ; ils procédèrent en grande pompe à une nouvelle consécration des églises et des autels, refusèrent l'absolution aux malades qui ne renonçaient pas au calice, chassèrent des offices* les fidèles soupçonnés de pencher vers les idées nouvelles. Le royaume entier fut inondé de pamphlets, de satires, et nous en possédons assez pour avoir une idée de cette littérature de combat (I) ; presque tous sont en latin, quelquesans seulement en allemand ou en cëquc, mais beaucoup ont sans doute péri pendant la réaction qui suivit 1» Montagne- Blanche ; leur orthodoxie religieuse ne les a pas préservés du sort réservé h tous les livres cèques. Quelques-unes de ces satires sont assez longues ; l'une, en cèque, a près de cinq cents vers (S); une autre, en latin, environ huit
(I] Bannconp d« te» pamphlets ODt été pi:blifi par Huiler ou dona le Ca>
MpWCeik. IQDMIUT).
9) Vahia par N«b«ali7, Cn. wk. mut, 18%
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cents (I). Ua prouvent clairement que les catholiques n'avaient pas plus alors sur leurs adversaires l'avantage de l'esprit et de la science que celui de l'urbanîté et de la tol^ rance. II est impossible de trouver une lecture plus fastidieuse ; toujours les mêmes accusations, les mêmes épithètes, les mêmes efforts maladroits et diffus de rattacher le mouvement aux causes les plus basses et de ne voir dans les novateurs que de vulg-aires pillards ; pas un mot qui frappe l'attention, pas un vers qui reste dans l'esprit (2). A peine quelquefois un essai de discussion, mais on est frappé aussitôt de l'inexpérience de l'écrivain et de l'indécision de sa pensée ; il croit argumenter en psalmodiant sans cesse le même reproche, en ressassant la même absurde calomuie. La plus grande partie des écrits utraquistes ou taborites a malheureusement disparu, mais ceux qui ont échappé aux recherches des Jésuites révèlent une tout autre vigueur de pensée et de style, une instruction solide et variée, une sincérité et une hauteur de sentiment qui reposent le lecteur des insipides accusations catholiques (3). Tout ce qui, en
(1) ADODjmn* carminh scriptor hierelicoi rapreheadit ; Pal. Doeamenta, p. 687-686.
(2) Je a« compreadt pas aoas ce nom de paraphleti !rt ceurrei polâmîqnei pla* itendnei el qui, à défaut de verve ou d'aiprit, ont au moini udb certains importance hittorique ; par ei. le Dialogue d'André de Ralialionoa (Hôf. I. p. 565-S96) ; le Tractatus de origine Hussitarum, d'A.adri da Ne-
ro Bcky Brod (Hof. II, p. 3S7-354) ; etc.
(3) Voiû l'analfiB d'une de ce* latirei catholiques câquea, pubtiéa dani le Caa. Ceak. maieum 1851 : S. Vactav, noire prince, — Tu a* reçu la puiaaance de Dieu, — Daigna avoir pilié da doui. — Choaae les WycUfiilaa, — lia font beaucoup de mal. L'auteur invoque eniuita taints LudmiU, lainl Procope, aaint VojlMh, toua lei aainta en général et leur demande de ebaiaer les Huaaitea et de détruire la chapelle de Bethléem, le* aupplie de débarraster te rojaumo de cea hérétiques qui tournent rÉeriture quand elle ne leur convient pas, el qui veulent vaincre par la force quand iU ne peuvent vaincre par la raison. Il mills ensuite lourdement las novateurs : lia disent élre prêtres, — Et portent UD8 longue barbe; — lia liaÏMent les jeui vers la terre, — AumI eont-iU toua pâles, étant remplis d'iniquités. — U attaque alors Widif, Hu*s, et énitmère lea lorta qu'il leur reproche, lia ne respectent pus les saiuli, n'honorent pob les imitgei, distribuent !a communion^ soua les deux espaces, elfout communier méma les enrants. Ils abùssent l'Évangile, dtiboaorent le Christ en le livrant au jugement du premier venu. Ils baptisent dans tlea mares et chantent la messe en Bohême. — Presque toutus les i
«»Goo;.
— 20Ï — Bohême, se distingruait par le talent ou l'intelligence, avait pris parti ponr la Réforme.
li est probable que la plus extrême prudence des prêtres Cïtboliquea o'eùt pas empêché une rupture inévitable, mais elle fut hâtée par leur arrogance et les excès de leurs fidèles. Les conseils des trois villes de Prague étaient en très grande majorité favorables aux novateurs ; les Utraquistes avaient treize voix contre cinq dans la Vieille- Ville et la proportion était encore plus forte dans la Nouvelle et la Petite-Ville. Les magistrats se plaignirent au roi de la conduite des curés réinstallés ; Vaclav appela devant sa cour les conseillera et les prêtres. Le bourgmestre de la Vieille- Ville, Jean Kacek, résuma les griefs des habitants : quelques curés seulement étaient présents, ils demandèrent qu'on leur donnât le temps de s'entendre avec leurs autres collègues, et qu'on remît l'affaire au lendemain. Les grands officiers de la couronne, en général très favorables aux idées nouvelles et très froissés de la conduite des prêtres qui n'avaient pas obéi à la citation royale, repoussèrent d'abord leur demande ; ils parurent pourtant se laisser convaincre et renvoyèrent les curés, mais ils retinrent les bourgeois de Prague et allèrent prendre les ordres de Vaclav, Après une très courte délibération, ils annoncèrent aux magistrats que le roi accordait aux Utraquistes les églises de Notre-Dame-des-Neiges et de Saint- Benoît. Les vicaires
•UHÏ insigniflantef , on □'; trouve màms pas de colâre. C» ne aoat qan dei anipUficalioni uni couleur et saai conviction , Dana une auli^ aatire, icrita •oua la forme d'une lettre de t'UnÏTeraiti de Vienne aux maîtret de Prague : 0 nge abominable et tcandftleuse, lApra TénéueuM et odieiue, bî Dieu n'arrive et ne lei écrasa, ils multiplieront comme la rage dei terpenU, comme te Tenin des vipAres rampantes. 0 Christ, qui nous as fait* de tes propres mains, qui as voulu renaître pour noua tous, détruis ces hérétiques, ea» tchismaliques de la morale, ne permets pas ù ces gros chiens enragés d'abojer, ne permets p.is à ces loups gigautesquee de déchirer ces aga«aui. ït ton! U pamphlet est écrit sur ce ton. U. Palackf trouve que le AnoajmiiH caimioUseriptor ne manque ni d'esprit ni de science ; il m'a para ù peu préi auwi iniéressnnt que les précédents auteurs, lenlement, il est encore plus
Nans aurons encore ù emprunter plusieurs citations à cet pamphlets, donsou tout de suite une épigramme, la plus spirituelle de toutes : InsuUus, nig«r, (imidns l>ibuluBque Bohemus — Est, quasi bas et mus, dictus de Jura Bo^ns : — Bot a potando, mus furtum accomulaodo (Ilôf. 1, p. 563).
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8t les prêtres, chasséa de leurs églisâa par lea catholiques, étaient autorisés h dire la jnesse où ils voudraient, et même dans des maisons particulières. Le roi interdisait sévèrement les troubles et les aéditiona et renvoyait h la décision de la prochaine diète générale les autres sujets de oonflit (35 février 1419) (1).
Ce compromis ne satisfit personne, et les désordres continuèrent. Les Utraquistea avaient refusé de rendre aux prêtres catholiques les écoles paroissiales ; les curés en installèrent de nouvelles dans les campaniles ou les dépendances des églises. Il y eut ainsi dans les diverses cures deux écoles rivales; à. la sortie, les élèves échangeaient des ii^ures, puis en venaient aux coups, et le peuple se mêlait bientôt k la bataille. Un jour, les jeûnas gens de l'école utraquiste de Saint- Pierre, attaqués par les catholiques, sonnèrent le tocsin. Les voisina accoururent au secours des assaillis, et, h leur arrivée, les agresseurs prirent la fuite. Un des fuyarde était suivi de prèa par un de ses amis qui courait sur aea talons ; se croyant menacé, éperdu, il se retourna, lui plongea son poignard dans la gorge et le tua. La foule grossissait r^idément, sa fureur se tourna contre les prêtres qu'elle rendait responsables de ces rixes. Une femme commença à lancer des pierres contre le presbytère, ce fut le signal de l'attaque : le curé, Nicolas, se sauva à grand'peine; le peuple le remplaça par un utraquiste. Vaclav fit arrêter treize personnes pour effrayer les perturbateurs de l'ordre public, mais les conseillers de la Nouvelle- Ville intercédèrent en leur faveur et les firent mettre en liberté (Z). Quelques jours après, une nouvelle rixe ensanglanta l'église Saint-Michel ; un prêtre, nommé Sigismond, et un laïque utraquiste se prirent de querelle, et le prêtre tua le laïque (3). Le 18 juin, les UtraquJstes, chassés de l'église SaintrNicolas, revinrent en nombre et dévastèrent l'église; un prêtre essaya de défendre l'entrée de la sacristie, il fut arrêté et exécuté sur le champ (4).
(t) Tomek, ni, p. 631.
(S) CbroniiiiM dn noUïN Frocopr, Hôr. I, p. 7S,
(8) Id., id„ p. 73.
(4) Chn>Diqae de l'Uninnili, Hdf. I. 7. 35.
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L'agitation se Tépandait dans tout le royaume : dans les proviiicea, le décret de Vaclav, qui rendait les églises aux prêtres catholiques, avait eu pour résultat immédiat de décider les HuBsites à ne plus y reparaître. Le parti avancé, beaucoup plus nombreux dans les campag-nesque dans laça* pitale, regardait comme une véritable impiété toute relation avec les ■ Mahométans. > Il n'était pas nécessaire d'ailleurs pour adorer le Seigneur de se réunir dans des églises consacrées. Le service divin fut célébré dans des maisons particulières, des srraiiges, puis, dès que le temps le permit, en plein air. De longues caravanes se mettaient en marche et se réunissaient aux habitants des paroisses voisines pour écouter la parole de Dieu et communier. Ils se rassemblaient dons les cbamps, sur les plateaux, où l'âme, au-dessus de tons les bruits de la terre, s'élève plus librement vers son créateur ; tout remplis de souvenirs bibliques, ils donnaient à leurs lieux de réunion les noms les plus connus de l'Ancien Testament, le mont Horeb, le mont Tabor. L'ordre le plus parfait régnait dans ces assemblées du désert ; après la prédication et la communion, ils prenaient ensemble un repas fraternel, en souvenir des ag-apes des premiers chrétiens et de l'égalité de tous les hommes ; avant de se séparer, ila recueillaient l'argent nécessaire pour indemniser les propriétaires dont les champs avaient pu être foulés.
Ces grandes réunions furent bientôt imitées h Prague: les Buasites se rendaient en longues processions aux deux églises qui leur étaient réservées. Un jour, le roi Vaclav, qui allait avec sa cour entendre la messe à Saint-Apollinaire, fut entouré à l'improviste par une foule énorme d'hommes et de femmes qui le supplièrent de rendre au peuple la liberté de la communion sous les deux espèces. On ignore la réponse que fit le roi à cette demande imprévue, mais il essayadese venger de Nicolas de Huss, qui avait été l'organisateur et le chef de cette manifestation. Nicolas fut arrêté et il aurait probablement expié son audace de sa vie, sans l'intervention des conseillers de la Nouvelle- Ville. Vaclav se borna à le bannir de Prague. Cette mesure n'eut d'autre effet que d'attirer l'attention sur le chevalier Nicolas
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de Huss, qui devint dès iors le principal inspirateur des Hussites et que ses remarquables talents politiques et militairee désignèrent bientôt h tous comme le chef naturel de la révolution.
Dès ce moment, Yaclav, effirajé, chanta brusquement d'attitude, et avec son instabilité et sa fougue ordinaires rompit complètement avec les Hus6it«s et s'appuya sur les quelques catholiques qui se trouvaient encore & sa cour. Il commença par nommer dans le conseil de la Nouvelle- Ville des hommes connus par leur énergie et leur dévouement h la cour romaine (1). Nulle part, les Utraquistes n'étaient plus puissants ; ai on les battait sur leur propre terrain, l'appui de la bourgeoisie allemande, effacée mais non vaincue, pei^ mettrait de rétablir facilement l'ordre dans Prague. Les nouveaux magistrats se mirent it l'œuvre sans hésiter, chassèrent les Hussites des écoles et interdirent les processions religieuses. Les Praguois se joignirent alors aux fidèles des campagnes et assistèrent très nombreux à la grande réunion qui se tint sur le mont Tabor (33 juillet 1419) (2), k quelque distance delà ville de Bechyn; il y avait plus de 40,000 personnes.
Les premières assemblées avaient été très pacifiques ; les fidèles juraient de ne pas renoncer ou calice, maïs il n'était nullement question de révolte. Ils pensaient au martyre, non à rinsurrection. Â mesure cependant que l'affiuence augmenta, ils prirent conscience de leur force et s'habituèrent peu à peu à l'idée de défendre par les armes leur foi menacée. Les chefs les plus influents profitèrent de ces tabora (3) pour se concerter, et Nicolas de Huss, dont l'autorité s'imposait à tous, fit peu h, peu comprendre que mourir sans résistance était plus héroïque qu'habile. Des espions envoyés aux tabors par les conseillers de la Nouvelle- Ville, racontèrent même qu'un grand complot était organisé et que les conjurés voulaient renverser Vaclav et le remplacer par
(1) Anonfinut d« origine Taborit. (Hof. I, p. 530).
{Z) Ce n'est pas \k que fut construite plus tard la ville (te Tabor.
(3) TRbor, en bohèmo, camp, meeting.
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Xicolas de Huss. Ce n'était probablement là qu'une exagération d'agents désireux d'accroître leur importance ; il n'y avait encore aucun parti pris contre le roi, on voulait seulement lui imposer un cliangemeut de politique, et peut-être même écarter de son conseil les catholiques que l'on aurait remplacé» par Nicolas de Huss et quelques autres, connus par leur âévGuement h l'Utraquisme.
Mais, h certains moments, les chefs sont emportés par les événements plus qu'ils ne les dirigent. L'explosion fut plus violente et plus rapide qu'on ne le pensait, peut-être même qu'on ne le désirait. Parmi les plus ardents des chefs hussites, se distinguait un moine prémontré, Jean de .^eliv (Seelau), qui s'était échappé de son couvent et avait cherché un asile k Prïigue, où il avait bientôt conquis la faveur populaire. Nous le connaissons assez mal, puisque nous n'avons, pour le juger, que les accusations de ses adversaires.il est certain du moins qu'il ne manquait ni de courage ni d'éloqaence ; sa conviction religieuse ou son ambition ne reculaient pas devant la violence, et il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à substituer aux idées premières de renoncement et de martyre des idées de résistance et de guerre.
Le 30 juillet, il prononça un discours très énergique contre les conseillers de la Nouvelle-Ville, puis se mit t la tête d'une procession qui devait parcourir la ville de Prague : on 'supposait que les magistrats, qui avaient interdit les rassemblements, essaieraient de disperser la procession par la force ; aussi, tous ceux qui en faisaient partie étaient-ils armés d'épées, de poignards ou de btltons. Le cortège enfonça les portes de l'église Saint-Étienne, que le curé avait ordonné de fenner, et arriva devant l'Hôtel-de Ville du Nové-Mesto. Jean de .2'eliv somma les conseillers de remettre en liberté quelques utraquistes arrêtés à la suite des derniers troubles religieu.\. Les magistrats refusèrent, barricadèrent les portes, et d'une des fenêtres une main imprudente lança même, dit-on, une pierre et brisa le calice que portait le prêtre Jean. La foule, rendue furieuse par cette provocation, se rua à l'assaut. Le héros de la journée fut un chevalier destiné à devenir le premier général de l'insurrec-
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tîon, JeanZiska de Trocnov. Peu à peu apparaissent ainsi 163 directeurs futurs du mouvement qui chang-e de caractère et va être conduit désonnais non plus par des docteurs, mais par des hommes politiques ou des chefs militaires. Les assaillants enfoncèrent la porte de l'Hôtel-de- Ville et jetèrent par la fenêtre tous ceux qu'ils saisirent : première défenestration de Prague, moins célèbre que celle de 1618, mais dont les conséquences ne furent pas moins graves. Ceux des combattants quiétaient restés sur la place recevaient les catholiques sur la pointe des lances et des épées et les achevaient ensuite. Dix personnespérirentainsi, parmi elles le bourg-' mestre. Le peuple s'acharna avec une telle fureur sur les cadavres qu'il fut très difficile après de reconnaître les victimes. Tout le temps que durèrent le combat et le massacre, Jean avait encourage les assaillants ; le calice levé vers le ciel semblait un gage de salut pour ceux qui tomberaient en défendant la cause de Dieu ou frapperaient impitoyablement les ennemis de la vérité. A la première nouvelle de l'émeute, le sous-chambellan royal était accouru avec trois cents cavaliers, mais, soit qu'il eût été effrayé par l'attitude du peuple et qu'il eût jugé imprudent d'engager la lutte, soit qu'il fût secrètement favorable aux Hussites, il avait aussitôt tourné bride (1).
L'attaque de la Nouvelle- Ville et la défenestration des conseillers n'étaient pas seulement une émeute plus terrible qne celles qui l'avaient précédée et préparée, c'était le premier acte d'une révolution. Le peuple s'était fermé toute retraite. Les chefs du mouvement ne lui laissèrent pas le temps de réfléchir et de s'effrayer. Peut-être Jean avait-il devancé ou
(1) Pour Ifli iTAneiD«Qt« d« «etia Journée (S£ juillet], t, CbroDiqm de Laurent de BreioTi (Bôf. I, p. 340), Aiioafmiii de orig. Tobor (Script, rar. Boh. III, p, 26), Chronique du notoire Procopa (Hôf. J, p. 74). La chroaiqus de Procope, notaire de Prague (Hôf. I, 97-78) est l'œaTre d'un choDCelier de l\ Vieille-Ville que »« tendance* calhotiquee Brent bannir de Prague an HS3. 11 e«t donc en ^néral tr4i boatiU sui Hu««ites. Sa ebranique a'arrâte en 1419. Elle paraîtêtre le début d'une œuvre plus considirable entreprise, pui^ abandonnée. Elle n'a pas une très grande valeur et n'aat guère le plus «ouvent qu'une compilation d'^neai Sjlvius at de Laureot dd Breiova. L'auteur semble quelquefois cependant te larvir de aourcea qui ne noua aont pas parvennea.
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dépMBé leurs intentions, mais l'iieiire des tergiversations était passée, ils prirent résolument la direction de la révolte. L'Hôtel-de-Ville fiitoccupé par une grarde permanente, toua les habitants de Prag-ue furent convoqués en assemblée générale et durent venir en armes, sous peine d'être bannis delà ville ou condamnés à mort. Le commandement fut remis à quatre capitaines généraux. Le roi qui, à la nouvelle de l'émeute, étaitentrédansunevlolente colère et avait juré de punir le» coupal)le8, recula. Prague avait derrière elle les villes voisines et les paysans de tout le royaume. Le 2 août, il confirma les nouveaux conseillers élus dans la Nouvelle- Ville. Les élections s'étaient faites sous la pression du parti avancé et lui assuraientune forte majorité. Le bourgmestre était un boucher, Pierre Kus, et ce choix paraît avoir été une injure jetée & la face du roi, qui ne l'aimait pas. Le petit peuple domina dès lors i> Prague jusqu'il la mort de Jean de Zeliv.
Ces événemente hâtèrent la mortdeYaciav: quelques jours après la défenestration, 11 avait été frappé d'une attaque d'àpoplexie ; on pensa un instant qu'il se rétablirait, mais une seconde attaque l'emporta {10 août 1419) (1). Il disparaissait
(1) .^neu Sjlvius dit qoe VacLav mourut eu appalaut bdd frire (ch. 37) ; l<i antres documeutt sont mneb aur ce point, et ce n'est prababLameat là qn'nn de ces eiTels dmmatiques «i chars à l'^erirain italien.
L'bistoire de Bohême d'^Eneas Sylvios est lougtemps reatée lu louree prèsqtM unique où ontpuisâ les ierÎTsius postérieurs, il importe donc de counaltra la confluce que méritent les assertions de l'auteur. Snea Sflvio naquiten 11(H dans la petite Tille de Coraiduano qui lui dut son nouveau nom de Pieua. A 1^ ans, on l'enroja à l'Univenili de Sienne où il resta Jusqu'au concile de Constance. Il luirit, comme secrétaire, l'éiéque de Fermo, Domeuieo de Csprauica, la qtiitta bientôt et remplit le même poste auprès de plusieurs prélats. D'une intelli^nce tIto et prompte, beau parleur, c'était un humaniste ; il icrivait des poésies italiennss et des poésies lalines, beaucoup moins occupé du concile que de ses invaiiz d'amateur ou de ses plaisin. ljég«r, promptà subir les iufluencea las plus coutiiires, il araît une conduite assea désordonnée, et ce ne fut gaérs qu'en 14-14, aprâs avoir épuisé tous le» plaisirs, qu'il comment ft mener une tie plua régulière, à deienir ma homme sérieux. >Par Hercule, écrirait-il, j'ai peu de mérite à cette MUTersion. ■ Attaché alors à la chancellerie de l'empereur Frédéric III, il fut en relation arec plusieurs Bohèmes et conçut le projet d'écrire l'histoire de leur pajs. Il avait tu îl Bâle les euTojés hussitee, et, malgré les railleries dont il les poursuivit plus tard, il edt probable qu'ils avaient fait sur loi qii«lqu« impnssioii. Fluùenrs ijorretpoudanta lui ionmircnt des documauls,
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de la scène k l'heure où la guerre était devenue inévitable ; il mourait au bon moment : incapable de prendre parti pour son peuple contre l'Église, ou pour l'Égrlise contre son peuple, il n'aurait pu qu'assister inutile et attristé à une lutte que son inertie avait rendue trop probable. Le peuple conserva pour lui un sentiment de tendresse pieuse et triste, il lui sut gré de saboane volonté, de son amour de la justice, et, oubliant ses derniers jours, il se rappela seulement que, malgré ses indécisions et sa faiblesse, 11 s'était prononcé pour les Cèques contre l'étranger.
Biirtoui Jenn Toniekde ?ai:oT, qui fut quelque tcmpscbancelier de la Vieille- Ville de Pmgua. Son iniluence grandiuait b. ta cour de Frédéric et le mrlait toujours plus ^troiiemeot ajii nigocialionï euiamâes aiec la Bohême. IL ; fit même un Tocage (1431), Tint ikTalior, dODl il doui a laissa une curieuse description, mais n'colra pm à Prague, dévastée par la peste. Il connut Ulricli de Itosenberk qui avait joué un si grand rôle dans la guerre des Hui&iles et qui lui communiqua diverses pièces ofllr.ielies. U avait écrit dès lora plusieurs imitas qui semblent avoir été une préparation à son gnmd ouvrage : Une diBserlaiion sur l'origine des Céquea (anjourd'lini perdue), une courte biographio da Si-ismond (publiée par Palaek;, Litterarieche Reite nach Italien, Pritgue, 1833, p. 109-114;; il termina enfla son histoire dans l'été de 1438. Il fut nommé paponussiiât après et mourut eu 1494.
.i^neas s'était plaint plus d'une fois de la barbarie des écrivains hohémes, il voulut joindra ['aitfflpla si Ln critique et faire avant tout œuvre d'écrivain . Cette préoccupation d'humaniste est la principale cause des erreur* très graves qui remplissent son ouvrage. Il ne faut le consulter qu'avec uae extrême défiance. D'ailleurs, àporlir de il2l, on ne trouve ^èra dans son livre da renseignements dignes de foi que oe fournissent aussi les autres chroniqnenrs. .£nea>i Sjlvius a été certainement, ù, cause da la popularité de ses écrits, le principal coupable des erreurs et des légendes qui ont été acceptées jusqu'au commencement de notre siècle; ainsi, l'histoire de la peau de Zifka transformée en tambour (eh. 4Çi, un discours de Zi^ka (ch. 44], qui est d'un bout M'nnlre une invention de l'auteur, ate. — L'bûtoire de la Bohême de Sjlvius a été IrËi louvaut imprimée, roais presque toutes les éditions ont reproduit l'édition prineeps de Rome (14'Ï5) ou l'édition connue sous la nom d'édition de Nuremberg, bien qu'elle ne porte aueua nom de lienet nesoit pas datée. La première est la meilleure, —L'ouvrage de Sylvius fut placé, on ne sait trop pourquoi, dans l'indei des livres interdits par ta cour romaine. Divers antres ouvrages de Sjlvini, sans so rapporter directement à la Bohême, fournissent cependant quelques renseignements intéressants sur les hommes qui ont été mêlés aux guerres hii3sit«s; au premier rang, les Commentaires surle concilede B&le. G. Voigl: Eueaa SilTîo de Piccolomini, Beriin, 1856-1863. 3 vol. Voigl, die Briefa .^Gnea, Sylvius l'irolomini dans les Archiv. fur Kunde ôaler. Qeschquellen; XVI, Vienne, 1850. — Palackj Wûrdisung dor alten bohm, Oesctiichtiichreilier, 18Î9.
VaclaT ne l»ssait pas d'enfant. La couronne revenait donc à Sigîsmond. Parviendrait-il à se faire reconnaître par une nation qu'il aTaitdéj^morteUementoffensée. Réusairait-il à se Mre accepter ou à s'imposer ? Apportait-il la paix ou la guerre ? La Réforme ou la soumission à rÉglise ? La liberté ou la servitude ?
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