PAR LA BOHÊME
Le parti de la guerre et le parti des négooiatioiiB. — Brno et Breslan. — Tabor. — L'organisatioD militaire des Tabohtea. — Première croisade : le siège de Prague et la bataille de Vjjebrad. — Les Hossites mdtres de la Bohême.
Au moment de la mort de Vaclav, la révolution était maîtresse du royaume, mais sa victoire, encore mal affermie, pouvait être mise en question, si l'on savait rallier tous les éléments de l'opposition, déconcertée plutôt que détruite, profiter des premiers symptômes de discorde qui s'étaient déjà manifestés dans le parti réfonnateur et deviendraient probablement de jour en jour plus graves, effrayer les timides, gagner les indécis. Sigrismond fit preuve de la plus lourde maladresse : incertain entre des résolutions opposées, un jour, affaiblissant les catholiques par des négociations inopportunes, le lendemain, s'aliénaut les plus modérés par des menaces sans effet, incapable de concevoir et d'exécuter, il crut remplacer l'énergie par la cruauté et son agïtatioQ inquiète fut plus funeste encore que l'inertie de Vaclav. Il était dès lors très impopulaire ; en vain protestait-il de son affection singulière pour le royaume de Bohème, sa douce patrie (1), en vain faisait-il parade du zèle qu'il avait mis à empêcher le concile et le pape de prendre de trop sévères
<1) P«l., Docum., p. 660.
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mesures contre 80D frère; on n'ignorait pasce que valaientces déclarstious. N'était*!! pas le principal coupable de la mort de Huss et de Jérôme, et de l'injure faite en eux à la nation tout entière? N'avaït-il pas crié à tous les vents qu'il n'hésiterut jamais entre les ordres de la cour romaine et l'intérêt de son peuple? Dans son dernier voyage k travers l'Allema* gne, ne tralnaît-il pas & sa suite un légat pontifical qui n'a< Tait d'autre mission que de soulever les nations voisines contre les Cèques? N'avait-il pas dit qu'il attendait avec impatience le moment de faire noyer tous les Wicléfiste« et les Hussites?(l) Quelque résistance qu'annonçât cette défiance, Sigismond aurait peut-être été reconnu roi, s'il était arrivé sur le champ. Mais près d'un an s'écoula avant qu'il vînt chercher sa couronne de Bohème. On lui a reproché ces retards, un peu injustement; les circonstances ici furent plus fortes que sa volonté et l'obligèrent à ajourner le? affoires cèques. Depuis plus de six ans qu'il avait quitté la Hongrie, des intérêts impérieux réclamaient sa présence. Les magnats, fort irrités d^à de la longue absence du roi et de leur patrie sacrifiée à la chrétienté et à l' Allemagne, n'auraient pas consenti à ce que l'on employât contre les hérétiques l'armée réunie contre les Turcs. Dans le conseil, ils se prononcèrent très vivement dans ce sens (2), et Sigismond ne voulut pas s'exposer à perdre la couronne de Hongrie pour la conquête incertaine de la Bohême. 1\ n'eut d'ailleurs aucune peine & se résigner : il n'av^t pas encore compris toute la portée et la force du mouvement hussite ; les plus riches seigneurs étaient venus lui prêter hommage; la veuve de Vaclav, Sophie, qu'il avait craint un moment de trouver à la tête des révoltés, s'était empressée de faire sa soumission et d'implorer ses ordres. II se persuada que le parti de la résistance, abandonné parles chefs ordinaires des insurrections, n'aurmt ni la volonté ni les moyens de soutenir la lutte. Il fallait
(1) Pal., Docnm., p. 684.
(t) Ma. S;lv. — Vie ds Sigiimond. (Pal. liai. Reise, p. 111). Lui eonieil- Isra câqnei et italieni te prononcèrent pour un< iotemnlion imniMiafe en BoUme. Le» Allemanda et lai Hongroia dfclarëreiil qu'il fallait arant toot aacourir laHongrie.
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laisser tomber la première efferveticence, gagner du temps ; quelques vagues promesses calmeraient la foule et il suffirait ensuite de montrer aux. Hussites l'armée victorieuse des Turcs, pour les décider k l'obéissance. On échapperait ainsi ^ Ift nécessité de faire appel k des armées étrangères et surtout d'accepter tes offires du roi de Pologne (1), dont le dévouement subit k la foi catholique excitait une défiance assez naturelle.
Sigismond nomma la reine Sophie régente et lui adjoignit un conseil de seigneurs, dont Cenek de Wartenberk fut le président: toute l'autorité réelle fut concentrée dans ses mains ; le rôle qu'il avait joué à la fin du règne de Yaclav, sou dévouement connu k l'Utraquisme lui assuraient une grande Influence sur le peuple, et la noblesse, satisfaite de la politique du nouveau roi et flère de la confiance qu'il lui témoignait, se rallia sans peine au gouvernement désigné ; l'anelenue ligue husslte était légalement maîtresse de l'autorité; Ceoek essaya, sans attaquer les Utraquistes, de rétablir quelque ordre dans le royaume. Ce n'était pas seulement k Prague que des troubles avaient éclaté vers la fin du règne de Vaclav et les émeutes qui avaient alors agité le pays continuaient après sa mort (2). Sans la capitale même, des églises avaient été pillées, des couvents détruits, entre autres un des plus riches, le couvent des Chartreux de Smichov (3) ; les religieux, surpris au milieu de la nuit, avaient été traînés k rHôtel-de-VUle par une foule en délire, et les magistrats, pour éviter de plus terribles catastrophes, les avaient retenus en prison (4). A Plzen, Kralové Bradée, Zatec, Launy,
(i) Dlngosa. Hî*t. Pobn. — Noua dl«roiia «oavtiit ca ehanoias de Cracorie (■f 14S0)qui donne de fortinUredauta d&toila sur lei rapport» d« 1& BohAme cl da U Pologno, uwU dont il ne faut accepter lea aflumatioM qn'iprèi nu
(î) Ce qui doniiakil dana c« troublea, c'itail nna gnuda «laléritj da ■WHn et da p«QiéM; U premUr soin du peuple éuit p&rtout da détruira Ua luiMn» d« pfMtilolion.
(3) Cp. Harmum Conar (Eccard, II, col. 11S1).
(1) Une lettre d'un ehartreiu; donne lei plua complet* at le» plua enrianx lUuùli an la rnine du eouTeut. (Urknodliche BeilrKge nir Qeach. dea Hn»- •HenlcriegM in dm Jahr«n 14tMi3â. Pngns 1972-73, p. ft-ll). Ce raeuaU
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ElatOT, des scènes semblables avaient terrifié les catholiques. La formation du conseil des seî^eurs calma im peu Tagitation, etle gtiuvernement reprit quelque autorité- Cependant des garanties de personnes paraissaient insuffisantes aux plus prévoyants et ils cherchèrent à obtenir du roi des conceBsions, si non plus étendues, au moins plus difficiles h reprendre. Les Hussites avaient la majorité dans la diète qui se réunit au mois de septembre 1419 et leurs demandes marquèrent très nettement les véritables dispositions des esprits. Naturellement, la question reli^euse dominait toujours la situation : la parole de Dieu sera partout prèchée librement, la communion utraquiste sera autorisée dans toutes les églisea ; les États faisaient preuve encore cependant d'une tolérance dont les Hussites se départirent trop souvent: chacun sera libre d'obéir à sa conscience, d'accepter ou de repousser les coutume:* catholiques ; dans la même église tes catholiques recevront la communion sous une seule espèce, et les Calixtins la communion utraquiste; aucun prêtre ne sera nommé h une fonction civile; les mesures les plus sévères seront prises contre la simonie entendue dans son sens le plus large. En défendant la liberté relîg'ieuse, la diète veut aussi défendre l'honneur de la Bohême. Le roi écrira au pape pour protester contre les accusations d'hérésie, et il interdira d'attaquer la mémoire de Huss et de Jér&me de Prague ; mais lepatrlotisme des États ne se contente pas de ces mesures un peu platoniques : les étrangers ne seront pas admis aux fonctions publiques ; même dans les villes, les magistrats seront pris parmi les Cèques, à moins d'une impossibilité absolue; les jugements seront rendus en lang^ue bohème, personne ne sera jugé par un tribunal étranger ou cité hors du royaume. Le sentiment national s'exalte ainsi àmesurequereffervescence religieuse augmente ; nous suivons, à travers les manifestes et les i-ésolutions des diètes, cette progression d'un patriotisme d'autant plus ardent que les périls s'accroissent ou se rap-
qni hit nuteani DocamenUi et qui m iti publié «ree tonta la eonacience et Viniilition Iial)itQ«lU« à monfienr Palack; «tt disormaiB le mannel indiipeu- Mble de quJcanqne t'wxupt de l'tiiatoiM d« Hniiilea.
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prochent. Malgré les dlTergrences politiques, TeligieuBes on Bocisles, au milieu de l'incoliérence des désirs et des aspirations les plus opposées, il reste un intérêt devant lequel tous les autres s'effîncent, la défense nationale, une cause qui nllie tous les dérouements, l'indépendance et l'honneur de la patrie. A ce point de vue, lea Caques étaient alors certainement en avant de la plupart des autres peuples de l'Europe et surtout de leurs ennemis, les Allemands. Ceux-ci ne port^ent pas aux Bohdmea une haine moins vire que celle dont ils étaient eux-mêmes l'obfet, mais dans cette haine, il y arait surtout l'amour de la domination, le désir du pillage, l'instinct de la conquête ; c'était une association de rancunes individuelles et de cupidités inassouvies, ce n'était pas un peuple qui combat et meurt pour la patrie.
A côté de ces demandes générales et sur lesquelles toutes lea clEuses étaient d'accord, la diète de 1419 présentait au ni certains vœux où se distinguaient mieux les intérêts par^ ticuliers. Les nobles se plaignent de l'extension abusive du droit de déshérence ; les trésors que laisse le roi Yaclav ne seront employés que dans l'intérêt général du royaume. II est permis de supposer que les seigneurs étaient surtout préoccupés par la crainte que Sigismond ne partageât ces trésors entre ses faToris hongrois, allemands et italiens et n'oubliât d'inviter lesCèquesà la curée. Lea villes, moins rassurées que les nobles, demandaient une amnistie complète, la confirmation des libertés et privilèges du pays, des lois sévères contre les usuriers et les Juifs qui eulevaieut aux paysans ce que leur laissaient les impôts et les seigneurs (1).
Sigismond répondit en termes fort généraux : il voulait régner comme son père Charles (2). Cette expression lui plaisait : plusieurs fois déjà, 11 avait promis de respecter « les institutions qu'avaient établies sou père, son grandpère et ses aïeux i (3). Cela ne le compromettait guère et
(1) Cm danuuidsi ds la diil« de lept. 1410 ont ili pabliéM dui la
AtclÙT Cwky, m, p, 2W-Ï07.
(ï)^n. Sjly,, ch. 89.
(3)Docma.. p, 615.
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le vagae de cette formule tranquillisait sa conscience. Il y avait aussi peut-être dans ses paroles une anLàre-peasée, une menace contre les hérétiques que son père avait poursuivis, un reproche d'avoir brisé cette union avec l'Éfflise qui avait fait la Bubème heureuse ot puissante. Mais les seîgraeurs ne se contentèrent pas de ces obscures réponses. Sophie envoyait messages sur messages, elle ne maintenait l'ordre qa'h grand'peiae; son gouvernement ne reposait sur rien, une explosion était imminente. Sigtsmond se décida à écrire à la commune de Prague (1). La lettre était encore assez vague ; il recommandait aux habitants d'obéir à la régente, de se garder de nouveaux excès, de respecter les églises, les monastères, de laisser revenir les religieux et les bourgeois qui avaient quitté la ville. En retour, il promettait seulement d'examiner, à son arrivée en Bohème, la question de la communion utraquiste, avec les prélats, les maîtres, les prêtres et les seigneurs. Il espérait bien avoir alors il sa disposition des arguments irrésistibles, préparait secrètement une armée, et priait les villes impériales d'envoyer à Breslau des troupes avec du canon, pour une campagne d'été (3).
Sigismond dans ses calculs ne tenait compte que de deux partis en Bohème-: les catholiques et la fraction des Hussites que dirigeait Ccnck et qui formaient ce que l'on peut appeler le Hussitisme officiel. Les catholiques n'étaient guère plus maîtres que de quelques villes ou districts allemands ; un nombre relattvemeut assez grand de seigneurs était resté âdèle b. l'Ëglise romaine, mais le zèle et la fidélité de ces nobles n'étaient pas à l'abri de tout soupçon ; déterminés dans leur conduite beaucoup moins par une ferme conviction religieuse que par des raisons égoïstes, ils apportaient à Sigismond un appui incertain et irrésolu qu'ils vendaient fort cher. Ceux des seigneurs, en plus grand nombre, qui s'étaient dès le début déclarés pour la Réforme etqui s'étaient mis dès le premier jour à la tète des novateurs, n'étaient d'ailleurs pas plus au-dessus des calculs personnels que
0) Arch. coskj, m, p. EOP. fln (Toclobrâ 1419.
(^ 21 sept. 1419. Lettre de Sigismond aux nu^slriits da Xuremberg.
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lenrs adversaireB : quelques-uns sans doute gardèrent une inébranlable fidélité à leur nouveau parti, la plupart cherchèrent surtout à profiter dea circonstances. Sur ce point, ils s'entendaient k merreille avec les seig^neura catholiques et leur conduite postérieure ne justifie que trop les reproches des écrivains contemporains. Les seignears, dit le chroniqueur, convinrent de fomenter des diviutons; elles ne peuvent, disaient-ils, avoir pour noua que d'heureux résultats. Si le roi on effet accepte les nouvelles doctrines, comme un des articles essentiels supprime les propriétés ecclésiastiques, tous les biena du clergé nous reviendront certainement; s'il les repousse, ce sera la guerre, on aura besoin de DOB services, nous toucherons des soldes élevées, toutes les terres voisines de nos châteaux seront k notre discrétion, et seigneurs et chevaliers s'enricheront à leur aise (1). Ces seigneurs, calculateurs excellents (3), n'avaient nul-
(1) André de Brod, Tr&clatus de origine HaBÛtarum, (Hôr. II, p. 34T). C« n'est pu saiu da longues irrésolatioiu qus j'ai cru deroir tracer e« portrait ping Mêle que flatteur de la nobletee bohème et ce n'est pai «ans une cer- Udoe laqoiétnde que je me lépare compLétemeut d* M. Palaclcj lur un point auui dtlical. Il adea Beignenr» cèqnaa & celte £poque une opinioD trèt faronbte, et quenudhoareiuament iet Tails ne me «ambiant nnlUmeot conCnnsr. Uns eboia est incontestable ; à la an de la guerre, presqae ton* Lu bieni du clergé et de la royauté étaient passés dans les maina des seignann : coïncidence TT«iment fâcheuse pour des gens aussi désintéressés, t A tout«slea époques, dit M. Palaeky (Das Hussiteat. uad Prof., Hâf. p. 138) à tous les moments de l'histoire et dans toutes les sociétés, it s'est produit des crimes et des injustices ; Dotra temps lui-même n'est pu non plat exempt de tIoleoces pareilles, mais que, avec un goUTernsment régulier, toute une classe delà nation se consacre sans punition au pillage et au toI, c'est une supposition qui ne peut être ncceptéa que psr on homme qui n'hésite jamais fc supposer Be« adversaires capables da tout. > — lime semble que c'est un pan jouer sur les mots ; il n'; eut pas pillage ni toI, il ; ent prise de possession, oecapatioD de biens illégitimament délennspar le clergé. Je suis asaei disposé à croire pour ma part que les nohlea avaient l'intime conviction ds leur droit •t pensaient même être agréablas à Dieu, mais il est bien permis aussi de supposer qu'ils éprouvaient quelque joie à faire ai bien leur devoir. Dans tons les cas, le lait reste et il s'est reproduit plusieurs fois dans l'histoire. Sans vouloir citer ici des faits de l'histoire de France, je me bornerai à rappeler la Kéforma allemande. — Il n'est pas non plus possible d'admettre que pendant la guerre des Hussites, il ; eût en Bohême un gouvernement régulier.
(ï) La grande puissance dss prêtres et le grand nombre des cloîtres qu'avaient fondés Charles et son père Jean étaient pour eux comme une épine daasl'ieil, et il: espéraient que, si Huss réussissait dans ses projets, ils poa-
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lement l'intention de faire une opposition systématique & la royauté : une fols maîtres des biens qu'ils convoitaient, ils auraient volontiers consenti à la paix, satisfaits de quelques concessions partielles et d'une liberté religieuse restreinte, qu'Us croyaient parfaitement conciUable avec une sincère soumission & rÉgrlise.'.Sigismond n'ignorait pas ces dispositions intimes et il espérait les mettre & proât. Le reste du parti utraquiste modéré se composait de bourgeois aisés, de maîtres de l'Université de Prague, qui tous désiraient beaucoup moins encore une rupture que les seigneurs : ceux-ci la jugeaient inutile et dangereuse, ceux-là la repoussaient comme coupable et ruineuse, ils avaient toujours protesté de leur dévouement àl'Église et de leur désir deconcîliation. C'étaient des hommes de transaction, fort scrupuleux, fort indécis. Le roi espérait les amuser, les bercer de promesses énigmatiques, jusqu'au jour où il serait trop tard pour résister et où il parlerait en maître ; il y serait probablement parvenu, mais au delà de ces modérés, il y avait un antre parti qu'il ne connaissait pas et qui grandissait chaque jour. Il voulait, ce parti, des réformes trop complètes pour les attendre du roi ou du pape ; ouvriers, paysans, chevaliers, prédicateurs, tous ceux qui s'y rattachaient, n'avaient ni les mêmes scrupules ni les mêmes incertitudes que les Utraquistes purs ; leur dévouement, plus ardent et plus sincère, était plus clairvoyant et plus audacieux. Ils avaient à leur tète des chefs qui furent convaincus, dès le premier jour, que tout rapprochement entre la révolution et l'autorité était un contre-sens, toute négociation une duperie. Ils laissèrent les autres échanger des conditions ; eux, organisèrent et préparèrent la guerre. Les plans de Sigismond échouèrent devant leur résistance inattendue.
Pendant que les seigneurs, les députés des villes délibéraient à Prague, présentaient leurs requêtes, les radicaux avaient continué à réunir leurs partisans dans de grandes
géderaienttont Mla. ■(Mebteriin, ChTonikender<loutRch«n Sbedte Ill.p. 17fi). Il ne but pu oublier d'(dU«ur> que Meisterlin est trâa lérâre et Injuste pour les Hnirites.
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assemblées religieuses. Il semblg qu'un comité permanent et occalte dirig-eait le mouvement; Il affichait du reste les îDtentioDs les plus pacifiques, invitait les fidèles à la aoumission et k l'humilité : les assemblées n'avaient d'autre but que d'entendre la parole de Dieu et de communier sous les deux espèces (1). Mats il eat évident qu'après ces pèlerinages, les esprits étalent plus ardents et les cœurs plus bardis. Des réunions de quarante h cinquante mille personnes ne sont pas sans donner aux plus timides des pensées de résistance et de révolte : les détenteurs de l'autorité le comprenaient bien ; Sophie, Cen?kfalsaienttousleurs efforts pour mettre fin àcestabors, mais sans succès. Il semblait qu'une sorte de fièvre se fût emparée des paysans. Les lettrés du temps ne savaient comment expliquer ce phénomène et l'attribuaient à quelque conjonction des astres (2). Si quelques optimistes se faisaient encore illusion sur les conséquences prochaînes de ces pèlerinages, les événements bq chargèrent de les éclairer. Les prêtres qui prêchaient dans ces tabors, Jean de 2eliv, le curé de Plzen Vaclav Koranda, le prêtre de Kralové Hradec Ambroise, Jean Nemec de Z&tec, Markold, C7apek et leurs amis étaient plus enthousiastes que modérés et plus éloquents que prudents. Le 20 septembre, les auditeurs, à la suite d'un discours belliqueux deKoranda, réaolurent d'accompag-ner les fidèles de Prague qui étaient venus prier avec eus. Lorsqu'ils entrèrent dans la ville, la nuit était déj à arrivée ; ils furent reçus au milieu des cris de joie ; les cloches sonnaient à toute volée, les rues étaient illaminêes. Les magistrats et les Allemands étaient fort inquiets ; ils craignaient que cette fbule excitée par la marche, le Jeûne, les sermons et les cria, ne crût le moment venu de s'emparer de la ville ou peut-être même d'accomplir . les sinistres prophéties qui commençaient à se répandre et prédisaient la destruction de Prague, la nouvelle Babylone. Le mal fut pourtant moins grand qu'on ne l'avait redouté : quelques cloîtres furent pillés, les paysans mettaient une ardenr étrange à briser les images des saints, les statues
(l) Attiùj ixtkj, m, SO&-SOfl.
(!) LaaroDt de Brei. (Hôf. I. 890).
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leur fanatisme fatigua bientftt même leurs «oreUerionnaires et les couseillers se débarrassèrent de ces bâtes ineummodes, en obtenant de la reine qu'elle sigrnftt une alliance avec les prélats, les seigneurs et les villes de Bohème, pour la dùfense de la liberté de la parole de Dieu et de l'honneur du royaume (1). Les chefs du parti avancé avaient atteint te but qu'ils se proposaient, ils avaient amené le peuple au dag-ré d'enthousiasme qu'ils désiraient, il les suivrait désormais partout où il leur plairait de les mener. Mais ce n'était pas assez d'être sQt de son dévouement, il fallait que ce dévoue* ment fût capable de succès ; il fallait transformer une foule ardente, mais indisciplinée, en une armée solide. Nicolas de Huss et Z\zk& y réussirent.
Déjà dans les dernières années du règne de Vaclav, Nicolas de Huss et ^Irka, mêlés auz événements les plus importants, avaient pris une part décisive aux premiers combats des Hussites. Leur influence depuis lors n'avait fait que s'accroître; la domination leur était venue peu à peu, et la force de la situation avait Uni par rendre deux pauvres chevaliers Téritablement maîtres des destinées de la Bohême. Il est difficile, au travers des calomnies dont les ont poursuivis leurs adversaires et en l'absence de documents suffisants, de retrouver la physionomie de ces deux hommes, mais leur nom est aussi inséparable de la révolution religieuse du XVI* siècle que celui de Husa et de JérOme de Prague. Ceux-ci avaient fondé la nouvelle foi, ceux-làla protégèrent contre ses ennemis; leur habileté politique et militaire lui donna la durée, comme la science des premiers lui avait donné l'existence.
Nicolas etZiska sortaient de la petite noblesse et leur vie se serait probablement écoulée ohscure et ignorée, sans les catastrophes imprévues qui les portèrent tout d'un coup au premier rang. Ils étaient déj&assez avancés enâgequandle Hussitisme commença à se développer ; sur la vie antérieure de Nicolas, nous ne savons absolument rien, ^izka naquit h Trocnov, dans le cercle de Budejovice vers 1354 (2). Il était
(1) UrkUDd. Beitr., p. 8.
CE) Dam uu duenmeat de 137S, Zi^ka ust cité comme témola et il a le tiito de ZJûcrrtiu Wr. Cela prome, dilM. Millaner dans la earienie mono-
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très pauvre et il partit chercher fortune à l'étranger : il combattit dans les rangs des Polonais contre l'Ordre Teutonique et y apprit peut-être quelques-unes des coutumes militaires et des règles stratégiques dont il se servit plus tard si habilement. Il y prit aussi ce sentiment de fraternité entre tous les peuples slaves qui resta toute sa vie si vif chez lui et qui fat un des mobiles principaux de sa conduite politique. Dans ces campagnes contre les Chevaliers Teutoniques s'accrut la haine de l'Allemagne, qu'il avait sucée avec le lait. Le cercle de Budejovice était un de ceux où. la lutte contre l'envahissement germanique était la plus vive et les chevaliers étaient les chefs naturels de l'opposition nationale contre la bourgeoisie étrangère. Nicolas, nommé gouverneur du chftteau de Huss, & quelque distance de Prachatice, se trouva aussi jeté dans un milieu où la lutte des races se continuait sans trêve depuis des siècles. Il est intéressant de remarquer le rôle prépondérant qu'ont joué dans l'insurrection les populations des frontières : elles lui ont fourni ses prédicateurs les plue hardis et ses chefe les plus illustres. Zizka, qui haïssait les Allemands, n'aimait guère la bourgeoisie ; Il y avait longtemps qu'une profonde rivalité divisait la noblesse et les villes. Le chevalier de Trocnov était toujours en querelle avec ses voisins de Budgovîce. Son expérience de la guerre lui avait déjà valu quelque autorité sur les nobles de sa province, et il était sans doute & la tète d'une petite ligue féodale, lorsqu'il attaquait la ville. A plusieurs reprises, les bourgeois auraient châtié son imprudence, s'il n'eût eu pour lui la faveur royale (1). Yaclav aimait à s'entourer de chevaliers, de petites gens, disaient les seigneurs plus puis-
gr^hie, qus Zi^ka Avait alon au momi 24 ana, il était donc ni an plua tard BD 1354, aTaît 85 ana <n 1419, 70 à ta mort (Diplomatitche-biatoriicba Anfa«ti« ûber 2i{ka Ton TrocnoT, I8E4). Comme on la roil, m ne sont qna dea alippoaitioca, aaiez probables, maia nullement inditeutablea. Je ne israia paa iloîgné pour xaa part ds croire qus ZLfka était plua jeune. Dana le docornent, le mot discretua «ir ne l'appliqua pas paraonnellement à lui, maia aux timoina an ^néral.
(1) La roi Aerit aux magiitrata de Budejotiee d'avoir à se réeoDcilier avec Zifka (i5 avril IttS). Dana une antre lettre de la même annte (77 Juillet), te roi an&ODM aux conieillera qu'il pardonne à Zifka lea excéi dont il a'eat rendn eonpkble et leur léitire l'ordre de ae r^neilier avec lui.
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sants et plus riches. Nicolas de Husb et ^izka avaient vois au conseil et y étaient écoutés. Ils avaient été des premiers à ee prononcer en faveur de Huss et de la Réforme, et, s'ils ne triomphèrent pas de l'inertie du roi et ne le décidèrent pas & accepter ouvertement les nouvelles doctrines, ils empêchèrent du moins toute réaction et maintinrent Vaclav dans cette attitude de neutralité bienveillante, grâce à laquelle l'hérésie fit de rapides progrès. Lorsque le roi, inquiet des menaces de Sigismond, rompit avec les Utraquistes, ils n'en continuèrent pas moins h soutenir les novateurs et ne reculèrent pas plus devant lui qu'ils n'avaient reculé devant l'Église. Nicolas commandait le rassemblement qui avaitun jour entouré brusquement Vaclav épouvanté et lui avait arraché la promesse de la liberté de la communion utraquiste. Un autre jour, comme Yaclav avait ordonné aux Praguois de lui remettre leurs armes, Zizina avait conduit devant lui les citoyens armés : noua voici avec nos armes, lui avait-il dit, où sont tes ennemis, que nous les combattions. De ce jour, Nicolas etZizka avaient été bannis delà cour, mais le peuple n'avait pas oublié leur audace, et leur disgrftce les avait sacrés chefs. Zizka avait dirigé l'assaut de l'Hôtel-de-Ville, Nicolas était l'inspirateur et le guide des grandes assemblées religieuses.
Zuk& et Nicolas, dont la fortune a été si étroitement liée pendantla vie, ont eu une destinée bien différente après leur mort. Nicolas a été presque complètement oublié et quelques auteurs obscurs ont seuls retenu son nom ; de nos jours encore, après que la critique moderne a renouvelé cette histoire si souvent racontée et si inconnue, il n'a jamais attiré l'attention, et la curiosité des lecteurs, un moment étonnée, s'est bientôt détournée de ce héros ignoré. La légende, au contraire, s'est emparée de Ziika, elle a dénaturé ses actions, transformé son caractère, mais elle lui a reconnu une grandeur terrible et surnaturelle. En vain les catholiques ont-ils exagéré ses violences et ses cruautés , il n'en est pas moins resté une sorte de demi-dieu populaire, de monstre terrible et bienfaisant, devant qui l'on tremble, mais sans le hE^r. Il ne suffit pas, pour expliquer cette différence, de dire
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que Nicolas de Huss mourut trop vite et avant d'avoir pu ini' primer souDom en lettres ineffaçables dauB le cœur de la nation ; ce qui a valu à Zizk& sa loug^ue popularité, c'est qu'il était lui-mâme véritablement peuple. Il était de taille moyenne, trapu; ses fortes épaules, sa large poitrine, ses lèvres épaisses, sa tête très développée, faisaient penser à cette fougue des masses, quelquefois trop peu m^tresses d'ellesmêmes, qui ne renvei^e pas un obstacle, mais l'anéantit; ses cheveux coupés ras, ses mouBtaches noires et longues à la polonaise, rappelaient le condottieri ; il était borgne, et cela donnait à sa physionomie quelque chose d'étrange, sans l'enlaidir (1). La foule se reconnaissait en lui, il en avait les grandeurs et les défoute, il en partageait les enthousiasmes et les haines; tous les sentiments, toutes les pensées qui fermentaient en elle inconscientes, semblaient a'être incarnées en lui ; comme elle, il unissait dans son amour, prêt à tous les sacriâces et à tous les transports, sa foi et son pays. Monsieur Palacky a dit : C'était un fanatique, et il avait en effet du fanatique la conviction inébranlable, la logique inflexible et impitoyable, le renoncement et l'intolérance. Le sceptique seul est bienveillant k toutes les opinioQS, facile à toutes les concevions. Laissez le passage libre à l'homme qui croit porter eu lui la vérité absolue, il va sans s'arrâter, couvrant sa route de meurtres sacrés et de carnages presque involontaires ; il est cruel sans méchanceté ; les yeux levés vers le ciel, il ne s'aperçoit pas qu'il marche dans le sang. On a raconté bien des légendes, on a dit que la sœur de Zixka avait été séduite par un moioeetqu'il avait voulu venger son déshonneur sur tous les prâtres et les catholiques. Cette histoire ne repose sur aucun fait réel; des hommes conune ^izkane se vengent pas, ils suppriment les ennemis de la causé qu'ils représeu' tent. .^Ëneas Sylvius raconte que Sigismond essaya de gagner le chevalier de Trocnov et lui offrit l'administration de la BûhSme, le commandement en chef de l'armée, de l'ar-
(I) BesQconp d'hitloriflnt ont répété mr la foi d'JEaaaa Sjlfiiu que >Zifka«n cèque Bignifle borgne. —C'est uo« erreur, ^ka est un nom prapn owex répandu en Bohème.
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g:ent (1} : c'est qu'il ne le connaissait pas. Zîzka n'était or ids □i d'honneurs, ni d'argreat; il fut plusieurs années le chef véritable du royaume et n'eut pas même l'idée de faire arriver son ftère à quelque position brillante : Jaroslav do TrocnoT resta toute ea vie un petit noble, obscur et sans influence; ilfallutquela communede Prague fît une pension à nue tante de celui qui avait été plus que roi de Bohême. Ce désintéressement absolu fut funeste à la révolution : il n'avait qu'un mot à dire, qu'un èigne àfaire pour obtenir la dictature, il dédaigna le pouvoir et perdit ainsi l'occasion d'unir dans un élau commuu toutes les forces révolutionnaires et de rendre les Husaites & jamais invincibles, il voulut rester un simple « frère ■ ; le peuple ne comprend pas les demi-mesures, les transactions avec le droit ; il ne biaise pas avec la vérité.
Tout autre était Nicolas de Huss ; c'est le plus habile de tous, disait Laurent de Brezova : rien ne nous permet de douter de la sincérité de sa conviction, mais ce n'en était pas moins avant tout un politique ; il n'avait ni l'éloquence entraînante de Ziska ni surtout son admirable génie militaire, mais il avait de plus que lui la perception exacte de ce que commandait la situation, l'intelligence qui prévolt et la persévérance qui accomplit. Il concevtùt le plan que ^îrka exécutait. Il est mort trop tdt pour saisir le pouvoir, mais il avait de bonne heurs excité des défiances : on l'accusait de vouloir renverser Vaclav pour le remplacer, et cette calomnie de la veille était peut-être une médisance du lendemain . Sa mort fut un immense malheur pour les Hussites. Ils perdirent en lai le seul grand politique qui eût le coup d'œil et la force nécesa^res pour diriger le mouvement. Plus tard, Procope le Grand reprit en partie ses plans, mais l'heure était désormais passée et ses succès prodigieux ne suffirent pas à lui assurer une autorité que Nicolas eiit, au début, obtenue sans effort.
Nicolas et Zizk.& n'avaient Jamais rien espéré des négociations engagées avec Siglsmond. Dès le premier jour, ils n'avaient eu qu'une pensée : organiser la guerre sainte. Le
(i) HUt. Boh., eh. 46.
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principal rôle revenait natureUemeot ici au chevalier de TrocDov. IL disposait de forces sérieuses : les chevaliers qui apparteaaieDt en majorité au parti avancé étaient autant de chefs excellents, vaillants et agTierris ; à l'exception de quelques prédicateurs, les capitaines des bandes hussites furent tous des chevaliers, c'étaient tous des nobles ces Jean Bïlinka, Capek de San, Jakoubek de Vresovice, Prlbik de Klenov, Yelek de Breznice qui vainquirent les croisés et remplirent le monde du bruit de leurs exploits. Mais les soldate'? — Les paysans étaient pleins d'enthousiasme, braves, mais la plupart d'entre eux n'avaient jamais auparavant quitté leurs villag-ea ; tiendraient-ils eh rase campag:ns contre cette redoutable cavalerie bardée de fer des princes allemands et des mag:nats houg:rois qui se précipiterait sur le royaume h la suite de Sigismond ? Opposer des cavaliers à ces cavaliers, il n'y fallait pas song:er; la force des choses obligeait Zizka&se servird'une armée de fantassins. Encore une fois cette loi historique se vérifiait, qa'k toute transformation sociale correspond une transformation milîtaira : la révolution bohème qui rêvait de remplacer la société féodale par une société ég-alitaire et démocratique créait une force nouvelle pour l'opposer à la chevalerie du moyen-âge. Dana la lutte entre les deux armées, la féodalité fut complètement écrasée. Le XV* siècle est une époque de profonde décadence pour elle : les victoires des Ang-lais en France, les succès des Suisses, la défaite de Nicopol, le désastre des Chevaliers de l'Ordre Teutouique à Tannenberg annonçaient la chute du système ancien ; les révolutionnaires bohèmes démontrèrent plus clairement encore les vices irrémédiables de l'organisation des siècles précédents.
Zizka se sert des hommes qu'il a sous la main, il se contente aussi des armes qu'il peut se procurer (1). Ses quel-
(1) Lm renseignemeats que noat arons sur L'orgimisa^on dei armées de ZijkniMai (an încomplelB, et un grand nombre de points restent obacun. Xdus aroQs trais documents spécialement miliiairea : en premier lieu, l'ordon' nance militaire de Zif ka (md rojensky Jana Zijky a spojeDcuv jaho:; — publiés dans la Vybor i liieratur; caské, II.p. 271-2TS. ElledonnedesdéuiUforc cnrieui sur la disciplina, mais à peu piâs rien lur la tactique propre mi-nt dite; randeane constitntion de l'armée Uob£nie, — composée ea 1413 sur l'ordre de
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ques caTaliers ont le palcat, le lourd marteau de fer qui "brise les casques ; ses fantassins, de longrs bâtons de quinze k dix-huit pieds de long que l'on arma d'une pointe de fer aignisée et que l'on transfonue ainsi en grossières piques (kopi), la plupart ne sont même armés que de fléaux. Plus tard, si la plupart des Hussites conservèrent ces massues, ces fléaux et ces lances, beaucoup de soldats reçurent des fusils. Zizka, a été en effet le premier homme de guerre qui ait compris l'importance des armes à feu et ae soit servi utilement de la poudre et de l'artillerie (1).
L'armée de Zizka, si différente des armées féodales par l'armement et l'importance de l'infanterie, se distinguait plus encore des troupes du moyen-âge par la discipline. Au moyeu-âge, il n'y a pas d'armée, au moins dans le sens que
Vaela* par Is lei^eur Rajek de Hodtiia, (Cuopii Cesk. mut., 1S28) ; «t «□An rinatraetioD dn Migneur VacIat VIcek au roi Wladiilav anr la. duniâra de di«po»er lei butateini, les cftvalien et l«i roiturei. Vlcek a en une très grande réputation militaire à la fla du XV* et au commencemeat du XVI* ^ècle et ton traita offre encore à l'hiitorien da précieux retiBeignemaiits. Il faut lyonter l ce» réglementa apâciani quelque» lattrM de Sigisiuoiid,le« cbroniqueurt contcmporaÎDi et enrtout ^neai Sjlvius qui noua donne une iotéreieante description de l'emploi des Toitures de guerre, et eufin une diamrtation dujéRoite Balbin (De militia vetemm Bohemonim}, — Les £eri- Tains de notre époque ae aont pen arr^iéa & e«a queitioai mililairet. iM principaux IraTaox qui ont trait à la matière aont an ;irtic1« de U. Palackj dans le Casopie eesk. mus. (ISES), quelques études de U. Burîau dasg les Pamatkj (1871) et turlont aon EipEication des expressions vieillies de l'art militaire bohlme au XV* aibcle (Objaanrai taslar^jcli dsitut valecnem umeoi CechuT XV* atoletii Cas. cesk. mue. 1836).
(t) Il auflt pour te prou-fer de rappeler les nombreuses etpressîons qnl n'appliquent h diTersea espaces de canons ou de fnaila. Le duh était une pièce de siège, dont les boulets, ordinaitement en ter, pesaient au moial •eÏM Uttm ; quelques-unes langaient des boulets da cent lÏTrea ; la srubnice U ftMifnice, la harcovice 4tai«nt dea pièces de campagne aTee leaquelle* on tirait sur les troupes ennemies ou on démolissait les traranx improTisës ; la taramice était une petite pièce à canona multiplas dont les Husaïtea arniaient leurs fordflcations de campagne. Des corps réguliers et des ofBders spéciaux étaient attachés & l'artilleris. Les fusils étaient quelquefois sarrii par deux hommes [dvajhak), dont l'an portait le canon et l'autre l'afTilt, quelquefois, il n'y avait paa d'affût et un homme seul suffisait pour le manier fpMlhak) de là le nom de rucnice, mousquet, (da ruka, mai»). Cette artillarie nit organisée assez rapidement, puisqu'elle Joua un grand râle dans ie premier engagement sérieux, la combat de Vilkov, et auura la Tietoire des Haisitat,
nous donnons aujourd'hui à ce mot ; un certain nombre de chevaliers héroïques s'élancent en avant, sans ordre, à l'aventure et la victoire demeure au plus vaillant; aucune idée, aucun plan général, une série de duels et non une tiataille. Dans l'armée nouvelle, il ne peut plus en être ainsi: ce qui en fait la force, c'est moins le courage individuel que la cohésion, l'habitude des mouvements réguliers, eu un mot, la discipliue. Il n'y a peut-être pas d'exemple d'une armée plus sévèrement disciplinée que celle de Zizka. Les Taborites donnèrent une première fois au monde le spectacle que lui donnèrent de nouveau au XYII" siècle les Puritains de Cromwell, une extrême liberté de pensée unie à nne obéissance sans restriction : chacun avait son rôle, Bon mag ; malheur h celui qui l'aurait onblié ! Tous les t partisans de la Parole de Dieu » étaient divisés en deux groupes : les uns travaillaient, apportaient des vivres h l'armée ; les autres combattaient. Quelle loi réglait cette distribution des rôles ? Combien de temps les soldats restaientila sous les armes t Nous l'ignorons ; nous savons seulement que tons, hommes, femmes, enfants, partaient quand lenr commune ou leur compagnie était désignée ; c'était véritablementune tribu en marche. Ce dut être un terrible embarras que ces femmes, ces enfants, une cause permanente de désordres et de retards ; pour éviter des désastres, il follut resserrer encore la discipline; plus d'une fois aussi, les femmes combattirent aussi héroïquement que leurs maris, elles les ramenaient à l'ennemi et mouraient & leurs côtés. C'étaient de véritables hjènes des champs de bataille, dit un chroniqueur contemporain, et les catholiques les craignaient plus que les soldats réguliers : il y avait dans cette apparition quelque chose d'étrange, d'inouï, qui épouvantaitleur imagination. Tousles Taborites, soldats d'aujourd'hui ou soldats de demain, étaient rompus aux manœuvres, aux conversions, aux marches : l'armée était un tout organisé qui obéissait au moindre signe du chef.
Défense de sortir du camp, sans la permission des géné< raux, capitaines ou anciens, de s'éloigner pendant la marche, de devancer la colonneou de rester en arrière. Les com-
pagnles ne se mêleront pas pendant la route, mais garderont leurs places respectives. Il n'y aura dans l'armés ul querelles ni cris. Si quelqu'un en blesse ou en tue un autre, il sera puni suivant la loi divine sans aucune acception de personne. Ilu'y aura dansl'armée ni iodisciplinésj ni pillards, ni meuteurs, ni ivrognes, ni débauchés: les jeux seront sévèrement interdits, les filles de joie ignominieusement chassées. Le pays sera re3pecté : personne ne brûlera une maison, sans en avoir reçu l'ordre formel. Le butin fait pendant la bataille sera mis eu commun et distribué par les anciens : peine de mort contre celui qui n'aura pas remis tout son hutin, qu'il soit noble ou vilsîa ; peine de mort aussi contre ceux qui, par leurs désordres ou leur désobéissance, compromettraient l'armée. Nous avons bien devant nous une armée moderne : discipline inflexible, mais ég-ale pour tous; aucun privilège de naissance; nobles et manants, Boumis à la même règle. L'influence prépondérante des chevaliers, que nous avons signalée plus haut, ne prouve rien contre ce caractère démocratique de l'armée hussite ; on leur obéit parce que leur expérience militaire les a naturellement élevés au rang d'offlciers, non parce qu'ils sont nobles; le nombre était grand d'ailleurs des chevaliers ou même des seigneur.^ qui combattaient dans les rangs comme simplesaoldats et étaient soumis à toute la rigueur de la loi. Cette discipline était d'autant plus forte qu'elle s'appuyait sur la conviction personnelle : l'obéissance passive acceptée avec enthousiasme, tel était l'idéal qu'avait atteint Zizka. ( Si nous observons, si nous accomplissons, si noua remplissons les salutaires articles précédents, écrivait-il, le Seigneur Dieu nous aura en ea sainte garde et nous viendra en aide; dans un combat pour Dieu, il faut agir en gens de bien, en chrétieus, vivre dans la crainte de Dieu et l'amour du prochain, remettre dans ses mains sans hésitation et pour toujours nos besoins, nos espérances et nos désirs et attendre de lui l'éternelle récompense (l|. »
Les paysans ainsi armés et disciplinés, toutes les difficultés n'étaient pas encore résolues ; les marches restaient
i) Vjbor I litar. ce*ké, II, p. ?78.
tOQjoarii très daQg^reuaes ; si l'on était attaqué en route par la cavalerie ennemie, les seigneurs allemands ou bongroii eofoaceraientsans peiue les lOQg:^ bataillons hus- BÎtes, et alors, quelle épouvantable confusion, à. cause surtout des non-valeurs. Zirka, inspiré peut-être par dea soureDirs de l'antiquité, donna à ses lig'ues une très grande profondeur ; elles offraient ainsi moins de prise & l'ennemi, et leur force de résistance était augmentée d'autant. Puis il imagina de protéger ses colonnes par de véritables remparts mouvants ; ce sont les fameuses voitures de guerre. On lui en a attribué l'invention, sans preuve et probablement à tort; elles étaient depuis longtemps en usage en Pologne et étaient môme déjà employées en Bohême, plusieurs années avant la mort de Yaclav, puisque Hajek de Hodetin en parle en 1413. Zixka, au moins, leur donna un très grand développement; a c&té des charrettes ordinaires, il y eut dans l'armée des charrettes spéciales (1), attachées les unes aux autres par des chaînes de fer, et protégées par dea planches derrière lesquelles les tireurs se mettaient k l'abri. Si on campait, elles formaientune véritable enceinte fortlflée, etles portesdu camp étaient toujours faciles à défendre. Si Vannée se mettait en marche, les charrettes m rangeaient sur deux, trois ou quatre colonnes, suivant la nature du terrain : au centre, la cavalerie et la grosse artillerie, sur les ailes l'infanterie ; sur les charrettes, las soldats armés de mousquets : chaque charrette portait environ vingt hommes. Les colonnes des deux ailes étaient plus longues que les colonnes du centre ; en cas d'attaque, par une simple conversion, elles couvraient le front et les derrières de l'armée. Dans la bataille, les cavaliers, les tirailleurs et les troupes de soutien qui engageaient l'action se réfugiaient derrière les charrettes, s'ils étaient trop vivement pressés, et reprenaient haleine ; les conducteurs des charrettes étaient d'une remarquable habileté, ils étaient exercés, dit Balbîn, à former rapidement diverses lettres de l'alphabet, un 0, un V, un 0, etc. Sur un signe du général, ils s'élançaient au
(1) Il laubl* qu'il ; ait an 50 *oitnrai lia gnarra par 1000 homniM ; c'ait n moiu ea qna noo* trouvoDidiuii la dieision de la dièta de 1119.
milieu des eanemis, puis refermaient leurs rauffs et coapaieat ainsi uoe partie de l'année ; d'autres fois, quand le terrain le pennettait, ils faisaient rouler leurs charrettes sur les assaillants qu'ils écrasaient. Ces charrettes furent adoptées par les Allemands dans les dernières croisades (1) et Si^smond se préoccupa & plusieurs reprises de se procurer d'habiles conducteurs (2).
Ce ne fut pas là d'ailleurs le seul emprunt que les peuples voisins firent à la Bohème : pendant pràs de deux siècles, las Cèquee furent regardés dans l'Est et le Centre de l'Europe comme les soldats les plus vaillants et les mieux exercés ; tout Polonais est noble, disait un proverbe polonais, tout Bohême estcapitaine. Leur tactique se conserva en Pologne et en Russie jusque fort avant dans la XYII* siàcle-Unasses grand nombre d'expressions militaires, dont l'origine slave est incontestable, prouvent la supériorité que les pays limitrophes reconnurent aux compagiioQS et aux successeurs de Zirka: de Haufnice, les Allemands firent Haufnitze et Hsubitze ; les longs boucliers se nommèrent PafeBen du slave pavézy ; les garnisons Possatkea de posadkj ; le mot pistolet vient plutôt du bohème pistala, roseau, que de la ville dePistoje. Les Cèques fournirent des soldats à toute L'Europe orientale, prirent une part glorieuse aux victoires de Jean Hunyade sur les Turcs, et la bande noire du roi Mathias, le meilleur noyau de son armée, n'était composée presque exclusivement que de Bohèmes et de Moraves.
^Ltka prouva bientôt qu'il n'était pas moins remarquable tacticien que bon organisateur ; très souvent, en présence de forces sapérieures, IL ne fut jamais défait ; ses victoires continaent même après qu'il est devenu aveugle et il bat dans toutes les rencontreBrennemiqu'ila'sperçoit pas. Il est difficile déjuger des campagnes que noua ne coanaisaons pas toujours assez exactement, nous pouvons dire cependant que le
(1) L«ttr« d« l'empereur Sigiimond, 14 juillet 1430.
(S) Cette préoccupation se retronTO duiB les lettrei de UaUÙM de Hongrie. Il écrit à un leigoenr &atrictii«n : ■ Noos &TOns appris que ehei vona m tronre un certain Oldrich, très habile dans l'art de conduire lea voitures ininat la maiùire dei Bohtnai. Comme chea notu, il Mt à paîna p«aaibl« de ttonver de tela hommei, eto, >
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'^t âMnetif de son génie militaire, c'est comme l'iastiDct, la divination de la guerre moderoe : rapidité des mouvemeats et des marches, étude du paya, choix des poaitiona stratégiques les plus favorables, art de concentrer à un moment donné toutes ses forces et de les précipiter sur l'ennemi dispersé, intuition merveilleuse du moment et de l'endroit décisif, telles sont les principales qualités qui nous apparaissent clairement dans lesobscurs récits des cbroniqaears: il sait vaincre et profiter de la victoire ; aussi ferme dans la retraite qu'impétueux dans l'attaque, il n'accepte la bataille qu'à ses heures et meurt avec une réputation vierge de tout échec. Il ât école ; Monsieur Palaclfj a remarqué justement que sa cécité même y contribua : pour voir, il était obligé d'emprunter les yeux de ses lieutenants, il leur apprit ainsi èi étudier le terrain et à deviner l'occasion favorable ; les deux Procope montrèrent qu'ils étaient les dignes élèves d'un si grand mEdtre, mais ce n'est pas seulement en Bohême que noua trouvons des généraux élevés à son école et instruits par son exemple; à la fin du siècle, des Balkans à I4 mer du Nord, d'héroïques aventuriers portent au loin le souvenir de ses leçons; il suffit ici de rappeler ce morave Jiskra, dont .lËneas Sylvius a écrit la biographie, qui battit Jean fiuQjade en 1451, et ce Vitovec qui, en 1457, faillit faire prisonnier l'empereur Frédéric. Les écrivains militaires proposèrent les campagnes de Ziz\i.a. comme sujet» d'étude; nous avons encore une de ces dissertations techniques, le récit de L'expédition de .^ijElca en Hongrie (1), qui malheureusement ne présente pas partout un sens indiscutable. En songeant k ces succès prodigieux des Bohèmes et do /ixka, on comprend qu'un poète allemand de la cour de Ladislav le Posthume, Michel, se soit écrié : si les Cèquea n'étaient pas divisés entre eux, il serait possible à mon glorieux souverain Ladislav de soumettre avec eux le monde eatier,commeautrefoiaAlexandra avec l'armée des Grecs (3) Les préparatifs des radicaux, poussés avec une très grande (i) PnblUe dani Im ScripL rer. Bohâiit.,111, et (Un» le Vybor, U. (!) Citi pu Hecmen. Jirecek : les terrien bohSmea au XV* ùtda (Cos. nA. miu., 1859).
activité, n'échappèreot pas h la reine Tég:ente, et les seignears ntraquistes, bien qu'assez mécontents de l'attitude indécise de Sigismond ne parurent pas moins inquiets que la reine de ces dispositions belliqueuses du peuple. Sophie et Cenck prirent des mesures pour empêcher de nouvelles assemblées, les points stratégiques ds la capitale furent occupés par des soldats ; la régente, qui n'osait plus compter sur les troupes nationales avaitfait venir des mercenaires d'Allemagme. Mais l'arrivéedecesétrangerset ce luxe de précautions excitèrent encoreles esprits: Jeande^eliv et^îzka profitèrent deTefferveacence populaire pour lancer leurs partisans sur le Vysehrad qui fut occupé (25 oct. 1419]. S'ils s'emparaient aussi des Eracany, ils étaient maîtres de la capitale. Ils comptaient sur l'appui des paysans etdes ouvriers des provinces qui devaient se réunir à Prag^ue, le 10 novembre, potir une grande manifestation religieuse. Les seigneurs et la régente, qui prévoyaient un conflit, mirent tout en œuvre pour empêcher la réunion annoncée et la plupart des bandes de fidèles, qui se dirigeaient vers la ville en longues processions, furent eu effet attaquées par les royaux et facilemejit dispersées. Mais dans le Sud-Ouest, où les radicaux étaient très nombreux, la lutte était plus dangereuse. Les habitants de Plzen, de Klatov et de Doma:rlice s'étaient réunis et ralliaient sur leur passage tous ceux qui partageaient leurs opinions; les seigneurs qui étaient chargés de les arrêter n'osèrent pas les attaquer, mais ils avaient assailli et mafsacré quelques heures auparavant une bande moins nombreuse de pèlerins. I>a nouvelle de cette tuerie produisit à Prague une violente agitation ; les habitants voulaient courir au secours de leurs frères ; ^irka les conduisit à l'assaut de la Petite-Ville qui était occupée par les troupes de la régente et protégeait les abords des Hracany. On se battit avec fureur pendant cinq jours, 4-9 novembre [1). Mais les royaux recevaient des renforts : plusieurs villes s'étaient déclarées contre Prague, le
(1) Laurent d« Br-«., p. 343-15. Moaneur Tomek ■ âcritunelriicuTisnM monoffTapbie de la Mtda Stnna (Petit cdti, Petite-Villa) peadaat la ^«rre dei Huuite* {Pamalky, archeol. — Mimoirai archéologique!, IV, p. 13Ï et 146.)
parti modéré reprit le dessus et signa un armistice avec la régente ; le château de Vysehrad fut remis aux troupes régulières, ^izka, fort mécontent, quitta la ville. Les événements se cbargrèrent de lui ramener ceux qui croyaient en core à la pais.
Sophie avait promis la liberté delà parole de Dieu, mais SigiamoDd était très peu disposé à confirmer cette promesse; t'aurait-il voulu, il eût provoqué une révolte des catholiques : le fanatisme de ces derniers n'était pas moins grand que celui des Hussites et ils répondirent aux assemblées par des massacres. Kutua Hora se distingua entre toutes les villes; depuis longtemps, une rivalité très ardente existait entre Prague et Kutna Hora. Sou» le règne deTaclavdéjà, c'étaient les mineurs qui avaient donné le signal des violences; les prédications des curés, peut-âtre de secrètes exhortations de Sigismond, réveillèrent la fureur populaire un moment apaisée : tous ceux que Ton soupçonna d'hérésie furent brûlés ou décapités : les supplices fiirentsi nombreux quelesbourreauxnepurenty suffire; on jeta alors les condamnés dans les mi nés ; dans un seul puits qae les mineurs avaient surnommé le puits de Tabor, on précipita 1600 victimes (1). De véritables chasses aux Hussites furent organisées, on payait un laïque deux ducats, un prêtre, dix. La persécution fit rage dans tout le royaume : Bohuslav de Schwamberg, qui se convertit plus tard et devint un taborite zélé, se signala par ses violences et sa cruauté; d'innombrables exécutions ensanglantèrent les Tilles et les cercles où les catholique-i avaient la majorité ou le pouvoir. Les voisins venaient aider les Cèques dans leur œuvre d'extermination et un prêtre utraquiste, Jean Nakvasa, fut livré par le seigneur Racek de Janovice aux Bava* rois, qui le brûlèrent. Cette intervention étrangère souleva dans le pays des colères beaucoup plus vives que les massacres commis par les catholiques bohèmes, mais les Hussites n'essayèrent ni de se venger ni de se défendre : ta politique
(1) Lannot da Brei., p. 816. Beekorskj dil (p. 6U): le prétie Hkthiea de Rndtc, aatr«foû dojoo d» Kutna Hora, a alfirmé qu'il a compU toi Ua andeua M^trei MH Taboritas, jatji dans t«s pitiu, à dÎTenea ipoqui.
de Sigiamoiid avait porté ses fruits ; énervés par des cé^ciatioDS iotermiDables, effrayés de l'audace de la fraction la plus énergique du parti, les Utraquistes se jetaient dans les bras du roi des Romains.
n revenaitlentementapràsune campagne contre les Tares qui ne semble pas avoir été très beureuse (I). Il reçut les députés des seigneurs et des Praguois à Brao, au milieu d'une cour nombreuse, et les traita avec un mélange do bienveillance et de sévérité ; il leur ordonna d'enlever les cbaîaes qu'ils avaient tendues dans les rues, de détruire les fortifications qui menaçaient le cbâteau royal, de protéger les moines et les prétrea ; h cette condition, il serait clément envers eux. Mais en mâme temps, il avait laissé leâ Praguois communier sous les deux espèces ; il semblait ainsi leur promettre la liberté religieuse, s'ils reconnaissaient son autorité. Puis il partit pour Breslau, od il avait convoqué les princes allemands. Beaucoup d'historiens ont reprocha à Sigismond ces lenteurs qui lui étaient cependant imposées par la situation : il ne disposait encore d'aucune force réelle ; s'il était entré en Bohème, le prestige qu'il devait à l'élol* gnement se serait aussitôt évanoui, et son autorité aurait été bientôt aussi peu respectée que celle de Yaclav, dans les dernières années de son règne ; il fallait laisser agir les divisions intérieures, l'imagination d'un peuple aussi prompt su désespoir qu'ardent au combat ; les résultats acquis prouvaient d'ailleurs clairement les avantages de cette politique de temporisation ; Prague demandait la paix, les seigneurs s'étalent prononcés en Ëiveur du roi, trois villes seules restaient encore hostiles, Plzen, Pisek et Kralové Hradec. Ces succès trop rapides trompèrent Siglsmond ; ÎL crut le moment venu de jeter le masque. L'enthousiasme avec lequel il fut reçu dans toute la Silésie et particulièrement à Breslau, l'affluence des seigneurs allemands, hongrois, polonais et bohèmes lui donnèrent l'illusiou d'une irrésistible puissance.
(1) Asehbacli, dans boq histoira de Si^smoad, II, ch. 24, parla d'uaa *i«toir* du Hongroii, qui refoula le» Turc* et «Trâta lat Vénitiani, nuu Faaa- 1er (IV, 361) a pronvé que cetla victoire ett de* moiiu carUùeii Sipjmonil ne lamble pai ftToir &anciû 1* Danube daa« eetto campApie.
''^18 nonveauï électeura venaient loi damandar l'inveeti- <uk, l'Ordre Teutonique et le roi dePolog^ne ae soumettaient ^ ^ médiation. Quelques bandes d'hérétiques oseraient- ^'^B résister au roi devant qui l'Europe entière a'incUnait? l'umi les princes qui entouraient le rot, quelquea-uaa cependant essayèrent de le prévenir contre les dan^^ers possibles d'une trop ^ande précipitation. Frédéric de HoheazoUern, qui avait été jusqu'alors l'inspirateur de la politique de Sigismond lui conseilla une extrême prudence. Il le supplia d'attendre que le mouvement tombât de lui-mâme, et de chercher h. faire reconnaître son autorité, sans s'occuper des questions religrieuses, en remettant au prochain concile le soin de prendre uue décision relative k la communion sous les deux espèces ; on s'assurerait ainsi le dévouement de tous les modéréa, effrayés des désordres précédents. Ses avis avaient d'autant plus de force qu'il connaiasait très bien la situation ; après la mort de Vaolav, il avait envoyé k Prague un ambassadeur, Seckendorf, qui, sana avo'ir arraché aux Hussites un engagement formel, avait du moins rapporté de Bohême la conviction raisonnée qu'il n'y aurait de révolte générale que ai la liberté religieuse était menacée. Seckendorf, envoyé h Brno par Frédéric, avait triomphé au moins en partie « des confesseurs et des ecclésiastiques » qui conaeillaieat une rupture immédiate et la résistance & outrance. Ce parti de la rigueur avait pour chef le jeune duc d'Autriche, Albert, qui prêchait d'exemple eu poursuivant les hérétiques autrichiens avec une impitoyable cruauté, et pour principaux représentants l'évêque de Passau et les prélats italiens, groupés autour du légat pontifical, l'évêque de Spolète. Pour la première fois, le margrave Frédéric fut abandonné par le roi et Stgismond se rangea du côté des évèques.
En 1418, les corporations ouvrières s'étaient révoltées contre le conseil municipal de Breslau : plusieurs magistrats avaient été tués, les antres n'avaient échappé à une mort certaine que par la fuite, et l'émeute victorieuse les avait remplacés par les chefs du petit peuple. Vaclar, il est vrai, naît cassé le nouveau conseil, mais sans exercer aucune
poursuite. Sigismond déclara soIeDnellemeDt que les mag'istrata municipaux exerceotleur ptuvoir en vertu d'une délégation du prince et que par conséquent toute injure qui leur est faite atteint son autorité. (1) Il institua un tribunal pour recliercher les coupables de 1418 ; 46 condamnations capitales furent prononcées et 23 personnes exécutées (mars 1420). Les corporations n'eurent plus que deux représentants dans leâ conseils et leurs privilèges furent restreints. Ces condamnations disaient le sort qui attendait les rebelles de Prague, bien plus coupables que ceux de Breslau. Une série de mesures vinrent corroborer ces premiers actes : à Brno déjà, les burgraves utraquistes avaient été remplacés par des catboliques : les ordres les plus sévères furent promulgués contre l'hérésie et les hérétiques (2) ; un impôt fut levé sur les biens ecclésiastiques et fournit l'argent nécessaire pour organiser et entretenir une armée; Sigismond demanda à Martin Y d'ordonner une expédition générale contre led Wycléfîstes (3). La croisade futprâchée et Breslau, le 12 mars: des indulgences plénières étaient accordées k tous ceux qui prendraient les armes contre les Hussîtes ou participeraient à la guerre par leurs aumônes. Deux jours avant, un riche négociant de Prague, accusé d'avoir mal parlé du concile de Constance et d'avoir justifié Huss et Jérôme, avait été attaché à la queue d'un cheval, traîné dans les rues de la ville, puis jeté sur unbùcher(4). Le roi approuvait et encourageait les catboliques bohèmes et des manifestes très violents étaient répandus par milliers dans le royaume : Noos n'avons pas besoin de voue rappeler, écrivait le roi aux habitants de Budejovice, les crimes que les hérétiques commettent chaque jour contre leObristet son Église, mais nous avons la ferme intention de détruire et d'extirper complètement cette impiété et d'eu purlder notre royaume. 11 les
(1) Citi pu C, OrûolugDD (Dm HuuiMnkœmpFe der ScbUtior, 14Z0-I133. BrMlau 1ST2). — Un dei meilleur* travaux alleœaad* sur la guem d«* Huuites, impanUl «t origiiiKl.
(2) Lanr. d« Br«i. (Hof., 1, p. 350.) [3]Urk. Bait, p. 17-SI>.
(4)Br«., p. 3SC.
invitait donc & arrêter tous les Hussltes, prâtrea ou Itû'ques qui tomberaient entre leurs mains et à punir dans Leur via et dans leurs biens ceux qui refuseraient de renoncer à leurs erreurs (1). A la suite de ces lettres royales, la persécution recommença & Kutna Hora avec une nouvelle fureur (2). A Prague, les prêtres, les moines, les bourgeois qui avaient hésité quelque temps h revenir d&ns la ville, reprenaient confance et rentraient en grand nombre ; le conseil avait voté des mesures sévères pour les protéger, défendu les cris dont on poursuivait les catholiques, les moines surtout, détestés entre tous. Les émigrés ne cachaient pas leurs insolentes espérances et leurs désirs de vengeance. Le jour de la revanche était proche, * ils allaient donc enfin périr, ces Hussîtea, ces Wycléfistes".
11 était impossible que les Utraquistes, quels que fussent Icars désirs de conciliation et malgré leur découragement, se soumissent à un prince qui se mettait si ouvertement à la tète d'un parti et avouait clairement son intention de supprimer toute liberté religieuse et de punir tout ceux qui avaient été plue ou moins compromis dans les événements antérieurs (3). Le parti avancé reprit la direction du mouve-
(1) 15 Unis lÀtO; Urk. Beit., p. 23.
(S) Bm., p. 349.
{3)Les historieni cèqiua ont trop oégligi lea loiircM BllenuuidM. Skaï donle, ce ne Tut guère que dans le« damifires Aniiiei que 1 oaiQ l'Allemagoe fut coDcenlrée sur les évènemenls de Boh^m part dei écrits témoignent d'une igaofaDCB iaurojahle de la si quei-UDs cependant reafcrment des détails qui peuTent seuls aoureat expliquer des Cail« mal compris ou laissés dans l'ombre. Un certain nombre de e«s chroniques ont ité publiées dans l'admirable collection des Cbroniken der deuisciien Stndte : ainsi l'annalists de Nuremberg, Meisterlin, né dans Us dix premières années du XV* siècle et qui a plusieurs fois copié Sjlriua la cbtoniqae des écheTins deUagdebourg, et surtoutLa chronique de Burkard 7ink, d'Augshon^ (V* vol.) Burkard naquit en 1390, + itli. Il marqua (r^ nettement las dispositions paciilquei d'une grande partie dsa Hussitei : ■ les habitants de Pmgue, quelques Tilles ou nobles auraient ToLontiers accueilli Sigismond comme leur légitime Seig-neur, s'ils avaient pu UToir conftance en lui et croire qu'il na les mallraiterail pas et leur permettrait do peraMrerdani leur crojanca ; mais il ne voulait pu faire csla, il voulait extirper leur supers lition, ne tolérer aucune hC'résie. lAprè* avoir parlé de la sévirité du roi it Breslau : ■ Alon les Iial)itant3 de Prague pensèrent h
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ment et Jean de 2e\iv retrouva tonte soo inflaeoce. Prague m prépara & la ^erre, Cenek de Wartenberk passa ans révoltés et leur livra les Hracany qui dominaient la Petite- Ville, tandis que les habitants commençaient le siège du Vysehrad ; hommes, femmes, enfants, tous travaillaient aux fortiâoations;le3 soldats du château raillaient leur zèle inexpérimenté : Ces fossés ne vous serviront de rien, leur disatent-ilB, si vous voulez combattre votre roi lég-itime. Les Praguois, au moment de se fermer tout retour en arrière, adressèrent il tons les fidèles bohèmes un manifeste, qui est un des plus remarquables documents diplomatiques de cette époque (I).
Jamais, disaient-ils, nous n'avons voulu autre chose qu'obéir fidèlement à la volonté divine, suivre la loi chrétienne et accomplir les ordres de Jésus-Christ : mais l'étemel ennemi de tout ce qui est bien a suscité contre nous l'Église et le concile de Constance. L'Église nous a traités, non comme une mère, mais comme une marâtre et la plus cruelle des marâtres : sas lèvres blasphématrices ont lancé contre noua le poison de la calomnie et ses mains sanglantes ont élevé la croix contre de fidèles disciples du Christ. Le concile et l'Église ont appelé & ce combat injuste les Allemands, nos ennemis naturels: quelle cause de guerre ont-ils, si ce n'est la haine éternelle qu'ils nourrissent contre notre race ? Ils voudraient lui faire subir en Bohême le même sort qu'en Misnie, en Prusse et sur le Rhin. Qui ne s'indigne de cette haine l Où est le citoyen qui peut retenir ses larmes ï La croix du Christ, le symbole de toute clémence et de toute bonté, ils en ont fait un signe de massai cre et de guerre, et tout cela pour la ruine, la honte et la confusion étemelle de tout le royaume. Nos chers concitoyens, vous tous qui êtes dévoués à la couronne bohème, nous voue prions de vous unir à nous contre tous ceux qui prendraient part k cette croisade impie : rappelez-vous nos
ceux de Brailau qu'il avait pucis si rigoarsusament, a&aïqa* cepend&nt ib fussent en rien caupablsa contra lui, mais eut ilt aTÙant de grandes faatM à s« repractier ; il sa moiitrsrait plus dur encore i (p, M). (1) Archit CMk7, «12-219.
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ancStree, les anciens Cèa[ue3, qui ont toujours aimé leur patrie d'ttn ardent amour, levez- vous pour protéger notre pays contre l'injustice et l'oppression, avec l'aide de Dieu dont nous soutenons la cause, et de notre patron Saint Yaclav.
Le manifeste des seigpneurs (1), moins véhément, exprimait les mêmes idées ; il semble avoir été écrit en vue de l'étron^r et il fut en effet répandu dans les provinces allemandes voisines. H était surtout dirig-é contre le roi des Romains : Sigismond n'était pas, disaient-ils, leur roi légitime, il n'avait pas été élu ni couronné roi, mais il était le cruel et l'ardent ennemi du royaume. Lui seulavait diffamé la BohSme, en la représentant comme un foyer d'hérésie ; k la honte éternelle et au déshonneur de son peuple, au mépris de tout droit et toute justice, il avait fait prêcher la croisade contre les scrupuleux observateurs de la loi divine. A BreslaU, il avait fait brûler un homme de bien, à la honte éternelle de la nation bohSme. Il avait ordonné aux mineurs de Kutna H ora de mettre à mort tous les Utraquistea qu'ils trouveraient et plusieurs centaines de croyants avaient déjà péri dans les puits ; il avait aliéné le margraviat de Brandebourg conquis à grands frais et avec le sang des Cèques par le glorieux empereur Charles, il avait engagé h l'Ordre Teutonique l'ancienne Marche, nommé évoque de Moravie un ennemi de la race slave, etc., etc., et après chacun des griefs qu'énuméraient les nobles revenait, comme un lugubre refrain de vengeance et de guerre : à la honte et k l'infamie de la nation bohème. Quel estleCèque, continuaient-ils, qui aurait un cœur assez dur pour se rappeler sans horreur toutes ces cruautés ? Qui doutera désormais que l'unique but que se propose le roi ne soit la honte, le déshonneur et la ruine de la couronne, du royaume et do la nation. Les traîtres seuls reconnaîtraient encore Sigismond comme souverain.
Cet appel au sentiment national fut entendu ; presque tous les seigneurs se prononcèrent pour la patrie contre le roi et envoyèrent h. Sigismond leurs déclarations de guerre. En quelques jours, tout le pays fut sous les armes ; alors
(1) ArcbiT ceakj, E10-2U, SO ATril 14».
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commcDca la destruction f^stématîqae des cloîtres, deségli* ses, période de vandalisme farouche où périrent tant de sta'> tues, d'œuvres d'art et de livres dontlliistoire déplorera éternellement la perte. Aucun pays n'avait de plus riches éf^lises que la Bohême, de plus magnifiques monastères : bien peu survécurent à la guerre ; dans certaines provinceB, les ruines mêmes ne peuvent plus être retrouvées et rien ne rappelle au voyageur attristé l'existence de ces somptueux édifices dont les anciens chroniqueurB parlent avec orgueil. Lea instruments les plus passionnés de ces dévastations furent les soldats de ^izka : ce qui les animait, c'était avant tout le fanatisme, la haine de ce luxe qui était un des symptdmes de la corruption de l'Ëglise, le mépris de ces idoles qui détournaient l'âme du Dieu Tout-Puissant, seul digne d'adoration, mais c'était aussi le souvenir de la tyrannie des prâtrea et des moines; le peuple avait brisé ses chaînes, il voulait détruire jusqu'au souvenir des maudites années de servitude et de misère; enfin, il y avait aussi dans ce vandalisme une pensée militaire. Ces couvents que l'on faisait flamber, le plus souvent fortifiés, étaient autant de refuges et de points d'appui pour les ennemis de la foi nouvelle, les moines étaient autant d'espions qui annonçaient aux croisés les mouvements des troupes, autant d'agents de démoralisation qui prêchaient la trahison, semaient l'inquiétude et le trouble dans les esprits; leurs richesses étaient autant de trésors qui semblaient presque inépuisables et qui auraient été employées par le roi k payer ses mercenaires.
Cependant ces mesures de salut public furent d'abord funestes aux Hussites ; leurs excès rejetèrent de nouveau les modérés vers Sigismoiid(l), et les négociations recommencèrent. Le Toi,qui avait franchi la frontière avec une armée aaeez peu nombreuse encore, était entré dans Kralové Hradec, qui passait pour une de.i forteresses du radicalisme. Il aTaitété accueilli avec enthousiasme & Kntna Hora; les Hussites avaient évacué le pays ; tous ceux qui étaient prêta
(I) lies diapasidons des modérés noussoDt clairemeut rAirélâea pi.rle r^ci: deBreiOTa qui appella ce* dèTUtatbai : maux iuQigéB au rojaume par lai Taborilaa.
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k riâquer lear vie pour la liberté de la parole de Dieu étaient à Prag'ue ou dans l'armée de ZitkA. Sigiamond fît sans être îDqniété uue sorte de voyage circulaire et entra auVj'sehrad, après avoir traversé Stara Boleelav, Melnik, Slané et KarlovTyn. Cette course, qui n'était qu'une stérile promenade militaire, produisit un gjand effet moral ; les indécis prirent peur, el Cenek de Wartenberk, changeant encore une fois de parti, rendit aux royaux le château dee Hracany : ce ne devait pas être sa dernière variation. Ces défections multipliées s'accordent assez mal avec le portrait tréâ flatteur que les coatemporains sont unanimes & nous Mre de Cenek. C'était un homme ^q haute taille, d'une figure imposante ei flère, il était éloquent, courageux, et on le citait volontiers comme le type du parfait chevalier. Il est vrai que parmi les seigneurs d'alors la constauce et la fidélité De semblent pas avoir été les vertus les plus estimées etl'on De retrouve pas sans quelque étonuement dans le camp hussite des nobles qui, quelques semaines ou quelques jours auparavant, combattaient aux c&tés de Sigismond. Il serait injuste, je crois, d'expliquer uniquement par l'intérêt personnel ces brusques conversions ; certes, ils n'étaient pas inaccessibles aux considérations égoïstes, maig ils étaient surtout victimes d'une situation fausse. Attachés à la fraction lapins modérée de l'Utraquisme, ils se faisaient un cas de conscience de rompre avec l'Église ou avec la royauté ; leurs cçnvictions indécises et timorées ne se résignaient à la guerre qu'après avoir épuisé toutes les chances de conciliation ; mais les premières ouvertures pacifiques les ramenaient. Leur alliance momentanée et pleine de réserves avec le parti radical avait inévitablement pour conséquence de leur faire toucher du doigt les divergences profonde^qui les séparaient de ces imprudents novateurs et qui étaientréelloment bien plus sérieuses que celles qui les séparaient descatlioliques. Ils étaient donc dans une perpétuelle oscillation, à la poursuite d'un idéal chimérique, inconstants en apparence, timides en réalité. De tels hommes ne sont pas pour garder la direction des mouvements révolutionnaires, il y faut moins de scrupules et d'hésitation ;
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ils ne sont pas non plus pour mériter l'admiration de la postérité, ils n'enobtiennentguère qa'nne pitié un peu dédaig-neuse. Cenek avait eu soia de réserver la question de la communion utraquiste, mais sa défection n'en affaiblit pas moins les Hussites ; si Sfgismond se fût emparé de Prague, c'eût été pour les révoltés une catastroplie dont ils ne se seraient pas relevés, et la ville, menacée par les deux châteaux qui )a commandent, semblait ne pas pouvoir être défendue. Le peuple se rua sur les Hracany, mais il fut repoussé ; il attaqua alors la Petite- Ville. Lu Petite-Ville n'avait pas de remparts du côté du château, et les royaux arrivaient ainsi de proche en proche jusqu^aux bords de la rivière. Les habitants de la Vieille- Ville commencèrent à détruire systématiquement les maisons voisines de la Wltava d'oii on aurait pu menacer leurs propres murailles ; ils ne laissèrent subsister que quelques constructions vers le pont, s'y établirent en forces et en firent une première ligne de défense. La malheureuse cité, si cruellement ravagée par les Hussites, ne fat pas mieux traitée par les soldats de Sigismond- La garnison du château craignait que les révoltés ne s'établissent h demeure sur la rive gauche de la rivière, ils bombardèrent les maisonsencore debout, et dans plusieurs sorties incendièrent tout ce qui avait échappé aux Praguois. Les habitants de la Mala Strana avaient cherché un refuge, les catholiques dans le château, les Hussites dans la VieïUe- VlUe. La cité resta complètement abandonnée jusqu'au moment oii le château royal fit sa soumission (7 juin 1421). Quelques habitants revinrent alors, et en I42S on trouve de nouveau mention d'une commune de la Petite-Ville, mais de longues années ne sufflrent pas à e&cer les traces de ce terrible sac, et elle ne retrouva jamais son an(;feunâ prospérité (1).
La defïtmction de la Mala Strana ne compensait pas l'échec sabi aux Hracany ; une attaque contre le Vysehrad avait eu des suites plus désastreuses encore ; les assaillants avaient été refoulés en désordre, etla garnison dans une sortie avait bouleversé les travaux d'approche: ces revers abattirent le
(l)Sur cesiTinementB, *,r&rticle dÂj&cité deTomek,Puiuitk;jIT, 147-48.
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courage des Prag:uoi9, et ils envoyèrent une nouvelle ambassado à Siglsmond. Leurs députés le rencontrèrent h Kutna Hora ; ils demandaient une amnistie et la liberté de la Parole de Dieu, à ces conditions, ils lui ouvriraient leurs portes ; Sigismond préférait entrer par la brèche : aùr du succès, il refusa toute concession et ordonna aux Praguois de remettre leurs armes à ses offtciers: la soumission seule leur mériterait sa clémence. On connaissait trop la clémence du roi pour se tenir pour satisfaits de ces promesses ; les bourg-eois répondirant è. ces propositions, en appelant dans leurs mura ^izka et ses compag'aons.
L'armée de Zitka était complètement organisée ; les petits combats, qu'elle avait soutenus dans le Sud et l'^Ouest de la Bobême et dont elle était toujours sortie victorieuse, l'avaient aguerrie et lui avaient inspiré une confiance aveugle dans son général. Elle avait enfin conquis, ce qui lui manquait encore, une place forte qui lui servît à la fois de base d'opérations et d'arsenal, ^iska avait d'abord pensé à Plzon qni, gr&ce aux prédications de Koranda, était devenue un des centres les plus dévoués au parti avancé. Delà, sur la frontière bavaroise, on pourrait surveiller TAllemagne du Sud et repousser toutes les attaques qui viendraient de ce côté ; maifi Plzen était fort loin de Prague, trop escentrique, de plus une partie importante de la population était ultra-modérée ou même catbolique ; ^Lska assiégé dans Plzen, reconnut bientôt la difficulté de se maintenir contre les attaques extérieures et les complots intérieurs. Il avait besoin d'une ville qui lui appartint sans restriction et sans réserve. Le hasard lui offrit ce qu'il cherchait.
Les chroniqueurs du XII* siècle nous parlent d'une ville de Hradistâ qui avait dû une certaine importance à sa situation et b. ses mines d'argent. En 1268, elle fut détruite complètement et le seigneur et les habitants émigrèreut dans la petite ville d'Austi (1) à une heure environ de distance. La famille des seigneurs d'Austi, très nombreuse et divisée en plusieurs branches, s'était peu h peu affaiblie et appauvrie ; un des descendants de cette famille donna asile
(1) Anjoardluiî : Vieux Tabor.
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à Husu, lorsqu'il quitta Prague; sa femme était cette Anne de MochoT que les pamphlétaires catholiques poursuivaient de leura injures et qu'ils avaient surnommée Jézabel. Le séjour de Hues au château de KotA amena une véritable révolution dans l'aspect de la contrée ; de près ou de loin des milliers d'auditeurs venaient écouter ses sermons et nulle liHTt, si ce n'est b. Pra^e ou b. Plzen, les nouvelles doctrines ne firent de plus rapides progrès; nulle part aussi, la douleur et la colère ne furent plus grandes à la nouvelle de la catastrophe de Constance et presque tous les nobles du cercle signèrent les protestations envoyées au concile (1). A AuBti se réunirent quelques-uns des continuateurs les plus hardis de l'œuvre de Huas et il s'y forma une sorte d'école de théologie, qui porta bientôt ombrage à la faculté de Prague. Maître Jicfn, Venek, Pierre Veliky ou le Grand, Antcw, Pierre d'Austi, Psenicka, Kanis, qui sortaient des écoles d'Austi, furent rejoints par quelques prédicateursdePragnie, de Plzen ou de Kralové Hradec. La population se divisa en trois partis ; les catholiques, qui avaient pour eux le clergé et les couvents, assez nombreux et assez riches ; les réformistes modérés et les radicaux. Mais le firère d'Anne de Mochov s'empara de la ville au détriment de son neveu, Procope, l'héritier légitime. Procope partageait les opinions de son père, l'ancien protecteur de Huss ; le nouveau seigneur était au contraire un zélé catholique et tous les Utraquistes furent chassés de la cité ; les nouvelles doctrines avaient déjà poussé de trop fortes racines pour être ai facilement extirpées : deux prêtres, Wanicek et Jean de Bydlin, et ud fondeur de cloches, Hromadka, réunirent quelques centaines de
(1) Ces détails et let renseigaeinsutB ralatifs à I^bor m'ont M fuiirois daniun TOjayeque j'ai fait en ceKe »ille en lUTS. psr U. Kollar, proresseur BU |(ymnB(e-réal. M. Kollsr eit na de cef Mvanu modestes qui rendent à ta tdtaee, pttr leur divouemeat et leur lèle, d'ioappréciablM serricsa. Il a publié un cerloia nombre d'articles tris remarquable* ; je cilemî aeuleiaent Id : Tableau de la vUte de Tabor et de Ms environs (Pamaïky, ISÎi:). —Les écoles à Tttbor (rapport annuel du gjmnase-réal). Ces rapports répondent ;'i noe discours de distributioa* de prix, mais ils sont en général beaucoup plus originaux etmoins ennuyeux. Userait vivement à désirer que ïl. Kotlar écrivit une histoire complète de cette Tille de Tabor, que nul na connaît aussi bien que lui.
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p&ysaDS, les cachèrent dans les bois, puis, dans la nuit du mardi-gras au mercredi des cendres, tandis que la population dormait profondément, fati^ée des derniers jours du carnaval, ils entrèrent dans la TÎlIe dont quelques amis leur ouvrirent les portes, et s'en emparèrent sans coup férir. Aussitôt un très grand nombre de Hussites des contrées voisines vinrent y chercher asile ; mais la position était diffi' cUe b défendre, et Hromadka proposa de l'abandonner et de revenir k l'ancienne ville de Hradisté, dont les fortifications avaient été réparées peu de temps auparavant : les Hussites y entrèrent sans combat et avertirent Zizka, qui leur envoya aussitôt des renforts : quelques jours après il arrivait lui-même avec son année, qui venait de battre les catholiques à Sudomer ; Hradi^ devint dès lors la capitale du parti avancé. Elle reçut le nom assez commun de Tabor ; de là le nom de Taborites, sous lequel on désigna dès lors les radicaux.
Rien de plus saisissant, au sortir delà riche mais monotone campagne des environs de Prague, que le magnifique panorama de cette ville de Tabor, aux héroïques souvenirs. Elle se dresse au sommet d'une colline qui n'est réunie au reste de la contrée que par un isthme assez étroit; c'est le seul point par où elle pouvait être attaquée ; de tous les autres côtés, la montagne descend en pentes escarpées et inaccessibles; au fond du ravin, murmure un ruisseau et court la Luxuice, qui sert à la place de fossé naturel et infranchissa^ ble. Si on tattverse le pont-levis jeté sur le fossé qui coupe l'isthme, après avoir dépassé les épaisses murailles, devant lesquelles se sont plusieurs fois brisées, impuissantes, les ai^ mées impériales, on se croit tout ' d'un coup transporté en plein XVI* siècle ; h peine quelques rares maisons du XVIII* et du XIX* siècle rompent-elles l'harmonie ; aucune cité bohème n'a peut-être plus fidèlement conservé le caractère de la Renaissance ; ce n'est d'ailleurs que quelques années après la gruerre que Tabor devint véritablement une ville, jusque- 1& elle était restée un camp ; les compagnons de iTixka ou de Procope étaient trop pressés de courir b> l'ennemi pour avoir le temps de ae construire des maisons, et des tentes ou des
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baraques de bois suçaient à leur austère indiffiéreace. Après la paix seulement, les fils des fondateurs pensèrent à bfttir la ville, illustre ainsi avant d'être née : même alors, nous dît Sylvius qui la visita, elle avait g-ardé sou aspect militaire et menaçant ; lés maisons s'élevaient au hasard, et, de nos jours, on a peine encore à se retrouver au milieu de ce bizarre dédale de ruelles inextricables. À mesure qu*on avance, les souvenirs se pressent : ici, les tables de pierre sur lesquelles les prêtres distribuaient la communion aux fidèles; là, les statuettes de ces Picards qu'extermina l'impitoyable ri^eur des puritains Bohèmes, et, de temps en temps, par quelque trouée, l'œil embrasse un vaste horizon de prairies, de forèta et de villages et l'esprit cherche au milieu de cette calme ver. dure les lieux célèbres par le sacrifice des martyrs qui sont morts pour leur foi ou par l'héroïsme des soldats qui sont tombés en défendant le sol sacré de la patrie.
Zleka laissa une partie de ses forces dans la ville et courut avec le reste de ses compagrnons au secours des Pra^niois. Prague avait déjà reçu ou reçut quelquesjours après des renforts de Zatec, de Louny et de Slané : du sort de Pra^e dépendait le sort du Hussitisme et à Prague se concentraient naturellement tous ceux qui étaient partisans de la révolution. Sig^smond avait enfin rallié les troupes qu'il attendait, et les opérations sérieuses allaient commencer. Ses forces s'élevaient à environ 80,000 hommes (1) ; si l'on en croit les chroniqueurs, toutes les nations du monde avaient tenu à honneur de prendre part àcette guerre contre l'hérésie, mais le fond de l'armée était formé par les sujets immédiats de
(1) SjItIui, dan* U vie ds Si^smond, dit 75,000 ; Windecka, 80,000. 'Wùidsckeitail Umoin oculaire, et je eroia qu'il rnut miaox acMpter tes TeaBsigneinenlB qu'il donne, bien que la plupart des ebroniqnenra ivalnaat & un etdfTr* beaucoup plue ilevé rarmée du roi des Romaias: Breiora à 150,000, le contiauateur de Beoej à 125,000, Thomai Bbendorf de Baeelbach, André de Rati«boane et le notaire de Prague & 120,000. C'eit m demiar cbiffN qu'adopte Palaekj, mail on uit combien tout lei chroniqueur* aont porUe àaiagirer la force numérique des armiei. La meilleure source pour celte période eet, k mon avis, Wicdecke, qui accompagnait Sigismoad et qui a pu coniulter les documeats otEcieli, Honstrelet parle deux fois ■ da U croisée sur les Praguois >, eh, tXB et 158. Ualfaenraniamant Ua aoma propre» M)nt nécoDDaiuables.
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Si^îanond, Allemands, Hongroia ou Bohâmes (I). Les croisés Bignslèrent leur marche par d'horribles cruautés ; qod seulement, ils mettaient à mort tous ceux qui refusaient de renoncer au calice, mais ils massacraient tous les Caques. « Si quelque Bohême tombait entre leurs mains, dit Brezova, et qu'il ne fût pas déllTTé aussitdt par les sei^eurs qui se trouvaient dans le camp, Us le brûlaient sans aucune pitié comme hérétique, même s'il n'avait jamais communié soug les deux Mpèces>(2). Lagruerre s'annonçait avec toute la violence des gaenes de races. Quelque temps plus tôt, ces persécutions auraient ébranlé les courages ; une fois la g:uerre commencée, elles n'avaientplua d'autre effet que de convaincre les Bohèmes de la nécessité de la victoire. Ils ne combattaient -piua seulement pour le triomphe de leurs idées, mais pour la vie. II n'est pas douteux, a dit un historien que l'on ne aoupçonnera pas de partialité pour les Hussitee, M. Hfifier, que l'entrée de Sigismond h Prague n'eût été le signal d'une effroyable réaction. Les Praguois le savaient bien, et chaque jour quelque horrible récit venait les encourager dans leur résistance ; à Litomerïce, 17 habitants avaient été jetés dans l'Elbe sur l'ordre de Sigismoad (3); quelques jours plus tard,
(t) Od désigne géairalameat cette aipédition toat le nom de première <raiutds contre le> Huuitet, et on ue •uimiit gnif douter, ea «ITet, eu ptJHnca du tâmoigoag* UDUiîme de* ehraaiqoMm qu'il ne f<U Tean da Fnnu, d'it&lie, de Suàde, et od géaéraL de tous le» paja chrètieoa on certain nombre du fombattants. Il ma semble cepandnat que QrQnhagea a nùon de bin remvqner que ee« itrangan d« fomudent qu'une fnetioii HUtiremanttrta mininude l'armée. On n* oompteadratl guère, t*M» cala, poarqsoi on ne ie* rstroure plu dana la mita da l'eipèdition ; on ne leur désigne da place spéciaU ni dans le camp, ni dam le combat. L'oo aurait tort da s'attacher i la pompeuse éaumératioa des ohroaiqaeun, qni est iurtoat ona figure ds rhétorique. Il est eerlaia ainsi, que Brezora, dont l'autorité serait la plus grave, a reproduit une poésie bohème, connue lous le nom de manuscrit da Bautieo, et sans valeur historique. Il plsca las Siléiîens ptnoi les croisés, et quelque habitués que nous aojrons ani étraiig«s manœuvres de catta époque, nous ne comprenons pas dans quel but Ut auraient fait le long détour vers L'Ouest, qu'aurait nécotsiti leur jonction avec tes croisés. Uéme les Allemands de l'Empire ne furent pas trËs nombraut, à reicepijan des sujets ds Sigiimond. L'élsctour de Brandebourg, Frédéric da' EDheoioUem, ns Tint pas, qaoi qu'en dise U, Palackf.
(t) Bra»., Hôt, I, p. 8^.
(3) On raconta qna parmi las eondamnéi ta trounil la garnira du boaijr-
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(Iniis le villag* d'Arnostovice, le curé Vaclav et son vicaire, dénoncés par quelques prêtres bohèmes, furent enlevés par les soldats d'Albert d'Autriche et conduits devant le duc ; toute la nuit on essaya de les décider à l'^juration : menarces, insultes, coups, rien ne fut épargné, mais tout fat inutile ; le matin, on lia Vaclav et son vicaire, et on les attacha & trois paysans et k quatre jeunes enfants : le plus âgé avait 11 ans, un autre 8, le plus jeune 7. Pour la dernière fois, vou> lez-vous renier l'hérésie ï leur demanda-t-on encore. — Plutôt souffrir mille morts, répondit Vaclav, en pressant les enfants sur sa poitrine. — Le bourreau mit le feu au bûcher et, quelques minutes après, ils avaient cessé de souffrir (1). Ces violences aussitôt connues à Prague, accrues et commentées par l'imagination populaire, fortifiaient les courages en fei^ mant toute retraite aux révoltés. Un peuple est bien près de vaincre, quand il sait que la défaite, c'est la mort.
Cependant l'armée royale s'était peu à peu concentrée autour de la capitale ; Sigismond essaya encore une fois de négocier, mais il était trop tard :1a poudre seule avait désormais la parole. Prendre la ville par la famine,il n'y fallait pasaonger; comment nourrir les assiégeants ? Us auraient été affamés longtemps avant les assiégés; un coup de main, une suiv prise étaient plus faciles. Sigismond, maître des Uracany et du Vysehrad, tenait les hauteurs qui commandent la ville au Nord-Ouest et au Sud ; mais les Utraquistes occupaient le Vitkov, plateau escarpé qui descend en pentes rapides vers la ville qu'il domine au Nord-EUt : si on les en délogeait, les croisés seraient mf^tres de toutes les positions stratégiques et la ville serait fort compromise. Une attaque fut ordonnée
meilre ; la famme du coadamaj eïUfk de U Muier, elle d« pat fl^hir son père et u jeta dans la fleuve pour mourir &Tec celui qu'elle n'a Tait pairéuM i b arracher au supplice. Le fleuTO rejeta sar la bord les deni eadafres eoBore embraués. Eu soUTanir de ce fait, od plaça une plaqua commémoralive dauB l'jglise de Tons-les-SainU, et un tableau il la porte Saint-Uichel ; l'an et l'autre furent enlevA* le 8 joillat 1623, par le commissaire de riformaiioD, Georges Micbna. Malgré ces preavet, ce récit a un coroetËre rouanesque qui iteille quelque incrédulité, «urtout (i l'oo remarque que ErefOTB et la chroaiqaa de l'Unifertilé de Prague, qui raeonlcnt les supplices de Litonvriee (M6f. I, p. U et 307} ae parlent pat de cet inddenl, (1) Brei., Hôf, I, p. S75.
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pour le 14 juillet; les gamisonB des deux châteaux royaux feraient une sortie et ctiercheraient h détourner l'attention des Praguois du Vitkov, où se porterait tout l'effort des croisés (1). L'armée royale ne commença l'attaque qu'à quatre heures de Taprès-midi. Tandis que le capitaine des Hracany menaçait la Vieille- Ville et celui du Vysehrad la Nouvelle, plusieurs milliers de cavaliers gravirent au galop les escaiv pements du Vitkov. Zizka, qui avait compris toute l'impoi^ tance de cette position, y avait fait élever quelques fortifications, mais elles étaient alors presque abandonnées. Les assaillants enlevèrent sans peine les ouvrages avancés, mais ils furent arrêtés par une tour, héroïquement défendue par une poignée de Taborites : ils n'étaient que 26, deux femmes et nue jeune fille ; ce ne furent pas ces dernières qui montrèrent le moins de courage. Dieu ne recule pas devant l'Antéchrist, s'écria une des femmes, et elle préféra la mort à la fuite. Zirka, incertain d'abord des véritables intentions de l'ennemi, avait bientôt aperçu le péril et était accouru avec quelques hommes ; mais trop inférieures en nombre, ses troupes fléchissaient ; déj& la position semblait perdue, lorqu'un nouveau renfort arriva. Il était conduit par un prêtre qui, suivant la coutume des Taborites, portait le calice ; derrière lui se pressaient quelques archers et une foule de paysans armés dd leurs terribles fléaux. Ils s'avançaient lentement, sans hésitation, les yeux fixés sur le Saint Sacrement, qui était h la fois pour eux le symbole de leur liberté menacée et de leur religion persécutée et le signe de la victoire et du salut. Ils cbautaîent ce psaume que Zizka avait composé lui-mâmeet aux accente duquel ils mirent en fuite tant d'armées allemandes : < Vous qui êtes les soldats de Dieu — Et de sa loi, demandez à Dieu son aide — Et espérez en lui ; — A la fin toujours, — Vous vaincrez en lui. — Ce Seigneur nous ordonne de ne pas nous inquiéter — De ce que peuvent les hommes. — Il nous ordonne de sacrifier no-
(l) Eq étndiant cett« bataille du 14 juilUt, on acquiert bienl&t la coDrietion qna le* attaqua* d«i Hrac&nj et dn Vyiahrad n'âtaieut qu'une feinte. La Mul butétait lapriie duVîlkoT. Une peut pai SUe question d'une attaque géninlfl de Prague.
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tre vie — Pour l'amour de notre prochain ; — Aussi, fortifiez — Virilement vos cœurs. — Le Christ répond de vos souffrances. — li a promis cent fois plus. — Qui donne sa vie pour lui — Aura la vie étemelle. — Heurens celui — ■ Qui meurt pour la vérité. — Que le compagnon aide son compagnon. — Veillez et tenez-vous — Chacun à votre rang' — Et poussez votre joyeux cri de guerre: — En avant! Contre eux! En avant. — Prenez vos armes, prenez-les, — Criez ; Dieu est notre maître ; Frappez, tuez, n'épargnez personne (I). »
A mesure <iue les paysans montaient et que leur chant arrivait aux oreilles des combattants, les Hussites reprenaient courage et les Allemands s'arrêtaient. Une vague terreur les avait saisis, qu'était-ce donc que ces fanatiques qui s'élançaient en chantant sur des ennemis dix fols pluB nombreux, et couraient à la mort comme au triomphe ? En vérité, Dieu était-il avec eux î Les croisés reculèrent eu désordre, refusant la lutte, vuncus avant de combattre : ce ne fut plus une bataille, mais un massacre. Embarrassés par leurs lourdes armures, perdus au milieu de ces fortifications au-delà desquelles les avait emportés leur premier élau, sans qu'ils eussent même eu le temps de les reconnaître, les catholiques essayaient en vain d'échapper par la fuite b leurs adversaires : des bataillons entiers périrent dans cette retraite et lorsqu'ils se croyaient enfin sauvés et qu'ils arrivaient au pied de la colline, commencèrent h tonner les canons de Prague qui les prenaient en écharpe. Les vainqueurs rentrèrent dans la ville en triomphe. « Gloire à Dieu, chantaient^ils ; enfonts et vieillards, répétez ses louanges. Les Allemands, les Misnîens, les Honsn^is, les Schwabes, les Autrichiens et les Bohèmes infidèles, U les a remplis de terreur et de tristesse. De petits enfiknts les ont mis en fuite » (2).
L'sf^re du 14 juillet n'était en somme [qu'une escarmou-
(1) PuolMetmiittqn« dus le Tjbor, II, p. tXi. On sst ^ainilameal d'aaeord pour attribuer ce chant il Zifka, mais U n'7 a pas cependant de prenTS •artaine.
(S)StF cette bataille, eomp. Brei. (Hôf. t, p. 378). La colline du TitkoT s'appela dès lors nraotagne da calice on de Zi^tt. C'est le nom qn'elle porte encore aujourd'hui : le Zijkov.
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— 2B1 — che, maïB elle eut de praTes résultats. Elle redoubla la confiimce des Husaltea ; ils avaieut été déjà plusieurs fois victorieux dauB des rencontres partielles, mais, pour la première fois, ils s'étaient mesnrés avec une armée régulière, et ils l'araient refoulée, malgré la supériorité numérique de leurs adTersaires et le désarroi da premier moment. L'abattement des croisés fiit égala la joie dea Eussites. Ils n'avaient jamais cm k la force de résistance de ces soldats improvisés, ila ne s'attendaient pas à une guerre sérieuse. Par une réactioD naturelle, ila s'exagérèrent la force des ennemis qu'ils avaient d'abord trop méprisés. Quelques jours plus tôt, iJt penaaiwit n'avoir pas môme k conquérir le auccès ; ila le virant dès lors complètement impossible. Ils étaient troublés comme en présence d'une puissance surnaturelle; la manièro de combattre des bérétiquea déconcertait toutes leurs pré- Tisions ; ils se demandaient s'ils n'étaient pas victimes de quelque sortilège. Les armées féodales, d'ailleurs, ne restaient jamais longtemps réunies; si elles ne triomphaient pas du premier coup, elles se dispersaient. Beaucoup de seigneurs étaient très mécontents, se plaignaient déjà de la longueur de la campagne (1), on ne les retenait qu'en les payant, et la solde était difficile à trouver. Les vivres aussi se foisaïent rares ; le paya avait été si atrocement ravagé, qu'il ne fournissait plus rien. Les provisions qu'avaient sauvées les paysans, ils les cachaient, les apportaient en secret b leurs amis, aux Praguois. Les chevaux surtout mouraient par centaines, et leurs cadavres, laissés sans sépulture, répandaient d'horribles miasmes: quelques maladies s'étaient déjà déclarées et on redoutait la peste (2). Ces souffrances engendraient les divisions et les méflancea. Les Allemands avaient toujours soupçonné les Bohèmes qui s'étaient joints à eux d'une secrète tendresse pour les hérétiques ; ils avaient fait parade de leurs soupçons, avaient un camp séparé (S).
(<) Lm totdftta d« Zhor«l»e (Qdilitx) m pUigasat ds es qn'ili a* pourront nntnr ehu uuz qn'su eommaDceinsDt du mois d'août. {KIob«, 1, 187).
9) Chion. de Magdâb., p. 354.
(3] ■ L* due do Salzbach, U due Qnillanino da Marûsli, la doo Hanri de LuuUhut et d'autres, beaucoup d'autT«« wigaonn «t eomiei da paja allo'
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On aurait dit qu'ils redoutaient d'être aLtaqués par leurs alliés. Les étranirera ne crurent pas long'tempa k la sincérité de Sigiamond. Il est possible que le roi ait été pria d'une sorte de remords : c'était sa ville, sa capitale, qu'il allût détruire, BOQ royaume qu'il livrait aux ravages d'une armée indisciplinée (1). Ces regrets, la défàte du Vitkov udant, le décidèrent à revenir à la politique de négociations et d'atermoiements, qu'il avait abandonnée avec tant d'imprudence. Bien convaincu qu'une victoire étwt pour le moment impossible, il penaa à atténuer l'horreur d'une guerrequi lui aliénait le coeur de ses sujets. Il fut vivement encouragé à ce changement de politique par les seigneurs Cèquea, catholiques ou «traquiates modérés, et prouva qu'il étaitrésolu à suivre leurs conseils, en ae faisant couronner roi de Bohème, c'eat-it-dire en ae liant en quelque sorte k la nation cèque par son serment du sacre. Deux jours après, les Allemands quittèrent le cunp, heureux d'avoir un prétexte pour expliquer leur retraite et rejeter sur Sigismond, le fauteur et l'ami des hérétiques, toute lahontedeIadéfaite(2).
Sigismond s'aperçut bientôt qu'il était trop tard pour ramener les Hussites : le souvenir des cruautés des Allemands était trop cuisant, l'enthousiasme, trop exalté par les récents triomphes. Taborites et Praguois, malgré les divergences qui les séparaient, restaient unis en &ce de l'ennemi ; ils
lUftod, cunpirent eoMmble, pue» qu'ili craigooiiiat lei Bohèmes. Oo dîuit en affat que lai Bohjmea at le* HuiiiteiJUiisnl d'accord «Dira lai «t von- Iftient chasur du psjt Im atliè». ■ (Wiodecke).
(1) Thomaa Ebandorf de Haulbach (Pei., Scriplorea UI, p. 8S0).
(!) 11 eit incoQtei tabla que les négodationi de Sigiimond st de* aeignenn bohèmes hâlèrant la fin de l'eip^tion. Las ehroniqaeun tant unaDÏmei sor ce point. Burkard Ziok, p. 89 ; lorsqu'il setronTalt IL une si forte année, abrs arriTËrent de grand) seigneurs qui cheTanehârent entre la ville M U roi et lui doQDèraut de bonnes paroles... Le roi fit donc partir mi trospes.— Cbron. EltrBMDSe (Pei. IV, p. 'iST)] : Rei... obsedit civitatem Pragam, scd traclalibUB in dolo, ut dicebani, hinc inde iotervenientibas, inexpeditni i«casiit ; — Ëbend. de Haselbach (loeo cit.). Chronique de Ma^deb., André de Batiabonne [Hof. I, 57aj, Wipdecke lurlout (ch.7l et 831. jEneas Sjlriiii dans sa biographie de Sigismond (Pal., Raîse nach lulien, p. lit) : i ho» Bohèmes conseillaient au roi de renTojrer les ptiuces.,, ce que Toyanl, les princes s'écartèrent peu à pen de lui. >
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avaient adopté im programme commun, demandaient la liberté de la Parole de Dieu, la communion soue les deux espèces, la sécularisation des biens du clergé et la répreesion de tous les péchéa publics. Ce programme, que l'on désigna sons le nom des Quatre Articles de Prague, servit plus tard de base aux Compactais de Bâle, mais pour y amener le roi et l'Église, d'autres succès étaient nécessaires que ceux du VitkoT. Sigismond resta plusieurs semaines inactif, irrésolu, essayant de t«nir la campagrne avec les quelques milliers d'hommes .qui lui restaient ; il comptait surtout sur l'appui de la noblesse. Il voulait or^faniser des résistances locales, rëmiir les catholiques de chaque cercle autour d'un seigneur fidèle, chargé de maintenir l'ordre. Dévouements bien incertains que ceux sur lesquels il s'appuyait, et surtout dévoue^ ments très co&teux. Le roi avait été obligé de leur abandonner presque tous les domaines de la couronne, et la royauté était aussi pauvre qu'à la mort de Jean (1346). Quand il eut donné tout ce qu'il avait, il donna les biens d'autrui, les trétQK volés aux églises ou aux couvents, et surtout les propriétés du clergé (1). On défendait après tout la cause des prêtres ; il était juste qu'ils payassent les ft^is de la guerre (2), Il est difficile d'évaluer ces donations avec quelque précision ; elles paraissent cependant avoir été beaucoup plus considérables que les usurpations des Hussites : les alliés de l'Église contribuèrent plus à sa ruine que ses ennemis.
Sigismond ^t réveillé dé ses indécisions par les appels désespérés delà garnison du Vysehrad, vivement pressée par les Praguois. Après de nouvelles et interminables tergiversations, il marcha enfin au secours des assiégés. Son armée était fort réduite (3), mais ces pertes étaient plus que com-
{<) Windecke, qui, il esl Trai, est irès hostile aux leignear* bobéoMS dit : D» thalcn «■« »lUa um ikr PRiffeu Oùter tu habeu, et plus loin : «te irollen
Uulhaben.
(i) Naiurelleinent le clergé proteitait. L'évèqua- chancelier refusa d'appotti la Kcau de l'Empire gtircce donations qui étaient ■ coq ire In Sainte Égliie el l'houneur de l'Empire. ■ Elise fureal alon acetUes du sceau hongrois.
|3) Nous avons pour la balaille du WjMbnul deux sources dirCirentes: Windecte (eh. 83) et Lauronl de Br^Tova (llôf. I, 4SÛ, 4*?. Le récil des Stori
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pensées par le départ de Zizka et de aea compagnons qui guerroyaient dans le sud de la Boliênie. Les Praguois, attaqués à la fois en tête et en queue par les garnisons royales et l'armée de secours ne soutiendrfdentpas le choc des catholiques. Une lettre de Sig-ismond au gouverneur des Hracany tomba dans la main des Hussitea et leur révéla ses projets. La garnison du Yysehrad, k bout de ressources, s'était engagée k capituler si elle n'étaitpas secourue avant la fin d'octobre : Sigismond arriva devant Prague le 31, mais il attendait des renforts de Moravie, et remit l'attaque au lendemain. De grand matin, la garnison, fidèle k sa promesse, remit le ch&teau aux Huaaites. Aussi, lorsque Sigismond donna le signal de l'attaque, fut-il fort étonnédenese voir soutenu par personne. Dans ces conditions, il eût mieux valu remettre l'a&ire, le Yysehrad était perdu dans tous les cas et on s'exposait sans nécessité hune défaite probable en voulant forcer dans leurs retranchements les Utraquistes, qui avaient eu tout le temps de terminer leurs préparatife. Le capitaine de Moravie, Henri de Plumlov conseilla d'attendre des renforts. « Non, répondit le roi, il faut que ces paysans aient b, &ire i> moi aujourd'hui même. — Prenez garde, répondit Henri ; nous en rapporterons honte et dommage, j'ai peur, moi, des fiéaux de ces paysans. — Vous autres, Moraves, répliqua Sigismond, vous 6tes des Iftches et des tr^tres. — Allons, s'écria Henri, en sautant & cheval, tu n'iras pas où nous irons, et les seigneurs bohèmes et moraves s'élancèrent k travers les champs et les vignes, tandis que les Hongrois attaquaient par la route. Le premier assaut fut si furieux que les Praguois abandonnèrent leurs lignes et reculèrent en désordre, mais le seigneur Knisina les rallia ; c'est le combat de Dieu, leur disait-il, et non le nôtre. En même temps, un bohème se mita crier : les ennemis fuient. Les Praguois reprirent courage, refoulèrent les assaillants et les poursuivirent en avant des retranchements. Aucune bataille, pendant toute la guerre, ne causa une si profonde
letopisové (p. 30-41) est abiolament le même que celui de Breion : Breion dit que Sigitmoad av^t de 16 h 20,0ii0 hommea, msia Windacke parle mulemeat de 4.W caTaliera, et c'est là probableinent le diiffre exact.
tristesse : les morts n'étaient pas très nombreux, mais ils ^qtpartenaient auzplns anciennes et plus illuBtresfamilIesdu ro;^time : ils s'étaient larés de Taccusation de trahison que le roi leur avait jetée au visage. Leur héroïsme aurait dû dissiper les wupçona. Le soir pourtant, lorsque Sigismond rallia son année, il reprocha amèrement aux seigneura cèquesdelui avoir fait perdre la bataille. Les nobles indignés se précipitèrent sur lui et voulaient le tuer; les Hongrois accoururent et le délivrèrent : une bataille faillit s'engager.
Les vainciis trouvèrent chez leurs vainqueurs plus de justice et de pitié. « Il aurait fallu être plus cruel qu'un païen, dit Brezova, pour apercevoir dans les vignes et dans les champs les cadavres de ces morts valeureux, sans être saisi de douleur. Quel Bohême, à moins d'être fou, aurait vu ces corps robustes, ces intrépides et élégants guerriers, sans âtre mordu au cœur par un amer désespoir. > On accusa Sigismond d'avoir trahi, envoyé b la mort ceux qui le nommident leur roi. € Il ne vient pas à leur secours, dit le chroniqueur, il ne le veut pas, — Il le pouvait cependant ; — Il les laisse massacrer, faire prisonniers, — Abattre par les fléaox, écraser par les massues. — C'est ainsi qu'il paie ses dettes. > L'histoire n'a rien de plus touchant que cette douleur du vainqueur qui pleure son triomphe et, oublieux de divisions passagères, plein de pitié pour ses frères séparés, réserve sa haine à l'étranger qui attise les querelles, en profite et veut fonder son autorité 3ur la ruine des deux partis.
Sigismond resta quelques semaines encore en Bohême ; il se rapprochait de la frontière, cherchant à se débarrasser des députés des villes qui avaient embrassé sa cause et redoutaient les représailles des vainqueurs; enfin, il prit une résolution héroïque, recommanda aux bourgeois de tirer le meilleur parti possible de la situation et partit brusquement pour la Hongrie (mars 1421). Les chroniqueurs contemporains l'accusèrent d'avoir trabl les catholiques et favorisé secrètement leaHusaitea, calomnie ridicule qu'expliquent seule la violence et l'injustice ordinaires des partis. Après tout, la maladresse, poussée h un certain degré, n'est^-elle pas une
ttahisou t Deux politiques étaient en présence : la conciliation
et la violence: H ne sut pas choisir, passa de l'une à l'autre, et avec un si merveilleux à propos que aea velléités de combat rendirent tout accord impossible et que ses tentatives de négociations firent échouer ses attaques. Il ne manquait pas dans le pays de sérieux éléments de résistance à la révolution ; la principale force du parti anti-révolutionnaire était la bourgeoisie allemande, les villes ; il les abandonna à ellesmêmes et se jeta dans les bras de la noblesse, vaillante, mais intéressée, i l'affût de toutes les occasions d'augmenter ses privilèges et toujours rattachée aux Hussites par le senti* ment national. Général aussi imprudent que politique mal» avisé, il ne s'inquiéta pas de l'organisation de ses adversaires et ses attaques irréfiéchies, en leur assurant de faciles succès, leur donnèrent la seule chose qui leur manquât encore, la confiance en eux-mêmes et la foi dans leurs chefs. Aussi excessif dans le découragement que prompt à l'illusion, il n'eut plus d'espoir que dans les secours de l'Allemagne, maïs la lutte contre les Hussites était devenue beaucoup plus difficile. Les Taborites et les Praguois en effet profitèrent de leurs victoires pour briser les dernières résistances et faire reconnaître partout leur autorité; ils firent du paya une immense citadelle et bravèrent, à» longues années, derrière leurs remparts, la fureur Impuissante de leurs ennemis.
Zixka et les Hussites comprirent beaucoup mieux que Sigismond les embarras que préparait à leur domination la bourgeoisie allemande, et ce fut contre elle qu'ils dirigèrent leurs premiers efforts; les villes vaincues, les seigneurs catholiques qui tenaient la campagne seraient bientôt forcés de se rendre & discrétion. Dans une certain nombre de cités, comme à Prague, la population slave était assez compacte et entraîna dès le début la commune du côté de la révolution ; ce ne fut que la très faible minorité ; au commencement, en effet, six villes seulement se prononcent pour Prague, Pisek, Klatovy, Plzen, Kralové Hradec.Louuy et .Z'atec. Dans la plupart de ces villes, cette adhésion avait été imposée malgré les protestations de la bourgeoisie par le petit peuple, fort de L'adhésion des paysans voisins, mais dans plusieurs d'entre
ellee, les riches reprirent le dessus ; dès 1420, Louny avait reconnu Sigismond et après le départ de Zizka, Plzen fut reconquise & l'Eglise et devipt dès lors la principale place d'armes des catholiques du Sud-Ouest.
Dans les autres villes, les Allemands formaient non-seulement la majorité, mais presque la totalité de la population ; quelques-unes étaient situées au milîea de campag:nes allemandes, elles ne cédèrent qu'à la dernière extrémité. L'année 1421 leur fut fatale ; Zicka commença seul d'abord les opérations. Les Prag'uois, rassurés contre les dangers d'une réaction, avaient laissé partir avec une visible satisfaction ' des alliés aussi désagréables qu'utiles. L'union n'avait poui^ tant pas été encore sérieusement troublée, mais il eût été imprudent de dégarnir la ville tant que le Yjsebrad tenait encore. Les Taboritea attaquèrent d'abord le chef des catholiques du Sud, Ulrich de Rosenberk ; d'abord favorable aux Hussites, Ulrich s'était bientôt rallié au roi : son esprit est devenu boiteux comme son corps, disaient les défenseurs de Tabor qu'il assiégeait et qui le battirent. Ce n'était pas un grand homjae de guerre, mais un rusé politique, sans scrupule et sans probité, et il devint bientôt l'inspirateur de tout le parti royal : la cour romaine eut peut-être même un moment l'idée de lui donner la couronne. Ses immenses domaines couvraient toutes les provinces méridionales ; aujourd'hui encore, en parcourant ce pays, on se heurte k chaque pas contre les souvenirs de jctte puissance féodale. Il ne prolongea pas longtemps une lutte inégale ; Zizka avait enltjvé les villes de Wodnany et de Prachatice, Rosenberk demanda un armistice et promit la liberté de la communion utraquiste. Une conversion plus durable fut celle de Bohuslav de Schwamberg ; assiégé et abandonné par le roi, il passa aux Hussites et devint un de leurs chefs les plus redoutés. ^Lîka fat rejoint alors par une armée que les Praguois avaient mise en campagne après la bataille du Vysehrad. Les deux troupes réunies mirent le siège devant l'Izen, qui promit d'accepter les quatre articles et de supplier le roi de les accepter aussi. Elle avait entrtùné les villes voisines qui formaient une petite conféiK'ratlon sous son protectorat. Le
Husaitisme n'avait plus d'ennemis dans le Sud de la Bohème, ^izka remonta vers le Nord. ChomutoT et Beroun furent prises d'assaut ; Louny, Slané, Melnik ss soumirent. L'Est seul tenait encore pour les catholiques ; les terribles mass^ cres qui suivirent la prise de Cesky Brod épouvantèrent les derniers opposants. Kourlm, Kolin, Caslav, Ghnidim, Kutna Hora, Yysoké Myto, Litomysl et Policka, pour ne citer que les cités les plus connues, se rendirent sans combat < h Dieu et aux Pragruois ». Les Bohèmes étaient dès lors complètement mitres de la Bohême ; ils pensèrent k rattacher à leur domination les autres provinces de la couronne ; ils reprochaient trop amèrement à Sigismond d'avoir abandonné la Marche et le Brandebourg, pour renoncer à aucune des possessions cèques. Aucune province n'était unie au royaume par des liens historiques et ethnographiques aussi étroite que la Moravie. Dès le début, le parti de la Réforme y avait trouvé d'ardentes sympathies, et, parmi les seig-neurs qui protestèrent contre la condamnation de Huss, les Moraves étaient, en proportion, au moins aussi nombreux que les Bohèmes. Mais l'énergie et la persévérance avec laquelle l'évêque d'Olomac, le fameux Jean de Fer, avait attaqué l'hérésie, avait amené un subit revirement et Si^smond avait soumis le margraviat, sans y rencontrer de sérieuse opposition. L'histoire de la Moravie est aussi confuse que triste, pendant toute la guerre des Husaites. Gomme les deux partis se balançaient b. peu près, aucun ne réussiasajt k vaincre complétementla faction rivale, et le moindre secoors étranger faisait pencher la balance du côté de l'Église on du côté de la Révolution ; puis, au premier retour de fortune, h l'approche d'une année ennemie, la Moravie, sans lutte, sans combat, acceptait une autre domination. Passant ainsi d'un camp à l'autre selon les hasards de la guerre, elle était ravagée avec une égale férocité par les armées hongroises, autrichiennes et Hussites. L'apparition des Bohômes sur la frontière décida cette fois les Moraves à abandonner Sigiiimond. Le triomphe complet de l'hérésie trouva son expression dans une adhésion inespérée et qui frappa vivement les esprits; l'archevêque de Prague, que ses hésitations
avaieQt d&jh, rendu sttspect au concilo de Constance, pa&aa il l'Utraquisme victorieux et accepta les quatre articles (21 arril 1421) (1) I^e plus haut représentant de l'autorité catholique du royaume semblait ainsi reconnaître l'inutilité de la lutte et sanctionner par son adhésion, la révolte des Cèques. La conquête de la Bohème ne s'était faite ni sans cruautés ni sans Tiolences. Les chroniqueurs qui noua ont raconté ras grands événements tracent un lugubre tableau des exécutions et des massacres dont se souillèrent les vainqueurs et ils condamnent avec une impitoyable sévérité les excès des Taborltes. Depuis lors ces accusations ont été répétées et (rnweies h l'envi et la mémoire des comparons de ZizkA a paru lonsrtempB ne pas pouvoir être défendue. La critique contemporaine reconnaît et condamne -sans faiblesse les violeocea des radicaux bohèmes, mais elle a le droit et le devoir de protester contre unjugement trop sévère. L'étude consciencieuse des &its nous prouve, non paa que les Taborites ne furent pas souvent barbares et injustes, mais qu'Us le furent moins que leurs adversaires. Ils ne furent pas meilleurs que leur temps, ils furent les meilleurs de leur temps. Ils n'ont pas appelé la guerre : ils la subissent ; ils se défendent, sans pitié, sans scrupule d'humanité, ils acceptent les nécessités fatales du combat, ils ne les dépassent pas. Jamais ils ne tuent sans nécessité ou sans provocation. En général, ils épargnent les flemmes, les enfants, respectent les traités, luttent h armes loyales contre des ennemis qui regardent comme un droit et un honneur de tromper des hérétiques. Quelques fonatiqaea parmi les Taborites prêchent sana doute le massacre et l'extermination ; mais plus nombreux sont ceux qui, fidèles à l'esprit de l'Évangile, défendent la modération et la clémence. Quelques-uns proclament l'inviolabilité de la vie humaine, condamnent la peine de mort, h plus forte raison, la guerre. Impuissants à l'empêcher, ils cherchent du moins à la rendre moins féroce ; dans les corn-
(1) Urkuod. BeiL, p.'lS. Il promet da ne plus recoaaattre pour roi Sigisraoad. Comme dans toutes tes pièces of&cieUes contemporlùaes, il parle, •prti LlianiwiiT al la ^îr« da IKea, ■ du biAi giaiiaX «t ds l'hoDDenr da U
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bats même justes, il ne faut ni envahir, ni dévaster, ni convoiter les biens d'autrui, mais avoir pitié du pauvre peuple et ee rappeler toujours le précepte de l'apôtre : ne faites pas le mal dans l'espérance que le bien en sortira. Ces idées, acceptées plus tard par tous les Frères Bohèmes, gagnèrent de plus en plus de prosélytes et elles expliquent l'humanité relative des Taborites (1).
Il y eut en réalité moins d'exécutions qu'on ne serait disposé à l'admettre au premier abord (2], maisily eut en revanche infiniment d'exils et de spoliations. C'était une conséquence fatale du caractère même qu'avait pris la guerre. Comme la plupart des Allemands étaient restés catholiques, la lutte était devenue une guerre de races, et, dans un combat pareil, il n'y a d'autre issue possible que la ruine complète d'un des deux adversaires. Les Cèques repoussaient toute idée de conquête, mais ils réclamaient leur bien, leur domaine, la Bohème aux Bohèmes, comme l'Allemagne aux Allemands. Presque partout le triomphe de l'Utraquisme entraîna la disparition de la bourgeoisie allemande, soit que les anciens citoyens fussent expulsés et leurs biens distribués b. des Slaves, soit que, sous la pression des événements, cette classe étrangère, qui avait conservé sa nationalité pendant des siècles, se décidât k y renoncer et se résignât & devenir cèque : concession sans doute fort humiliante, mais qui avait du moins le précieux avantage de sauver des richesses très compromises. II est difficile de suivre pas à pas les transformations brusques ou insensibles qui changent les cités allemandes en villes bohèmes : beaucoup de documents ont disparu, d'autres dorment encore inconnus dans lesarchives; onapublié cependant déjà nombre de monographies et de travaux particuliers qui permettent d'entrevoir
(1) Voir sur lei crnant^i des TaboritM Erez., Hôfl, I, p. 899, 408-400, etc. Voir au contraire lar leun idim da modération etds eUmaneo, loara dicUrations ofUciellei dans Prochfuka, MiicetUneen d<r bôhm. Lilter. p. S74- Z75. Les hiatoriani contamporaini abandonnent da plus en plus les ar«iualioQB de croauti ripéUas aans preuve contra les compagnons de Zijim qu'il ma sufBte de reppeltr Beiold ot Orûnhageo, sans parler do Palacky,
(!) Sur Mi idées de« Taboritas, t. Prochazka, MiseeUsueeii der bôhm. Lillar. p. 274-Î75.
assez clairement les résultats de cette révolution ; en général, documents et monographies ont confirmé le jugement porté dès le XyiII* siècle par Peizel : < la guerre des Hussites renversa le monument que les Allemands avaient mis cinq siècles & élever pour eux et leur langue > (1).
A Prague, le premier coup porté à la bourgeoisie avait été le décret de 1408 qui amena le départ des étudiants étrangers ; quelques années plus tard, un autre décret de Yaclav lui enlevait la direction des affaires municipales et assurait aox Cèques la majorité dans le conseil. Beaucoup d'Allemands quittèrent Prague, lorsque, après la mort du roi, le parti ntraquiste domina sans conteste. Le 23 juillet 1420, les magistrats ordonnèrent la confiscation des biens des émigrés (S). Plus de 70 maisons dans la Vieille-Ville et à peu près autant dans laNouvelle, avaient été dès lors abandonnées (3). Mais ce nombre s'accrut rapidement. Quelques citoyens, dit Brezova, surtout des Allemands, furent forcés de quitter la ville, bien qu'ils eussent déjà accepté la vérité et communié sous les deux espèces, ou qu'ils eussent promis de le faire (4). Une commission fut instituée pour rechercher ceux qui repoussaient la nouvelle doctrine, et leurs propriétés furent confisquées. Quelques-uns, en quittant la ville, y avaient laissé leurs femmes, leurs enfants, ils comptaient revenir bientôt, à la suite de Sigismond ; on expulsa les femmes, dont les maria ou les parents avaient quitté Prague, et de la fidélité religieuse desquelles on n'était pas sûr. Les documents officiels de 1421 et de 1422 disent que la commune ne possédait pas moins de 156 métairies, châteaux ou moulins; dans la Petite- Ville seule, elle avait saisi 66 jardins, jadis biens du clergé ou propriétés d'émigrés. 11 faut y ajouter les maisons. Remarquons encore que nous sommes loin d'avoir des tableaux complets. Ces biens furent vendus à vil prix, donnés à des ouvriers, des paysans, mais toujours à des Cèques. Les noms
(1) Pelzal, Qeach. der DenEachen nnd ihrar Spracba in Bohmen. P) VA. Bwtr., I, p. 44.
(3) Bm., p. 3ff7.
(4) Id., p. 370.
allemands sont dès lors beaucoup plus rares; à la place des Von Ach, des Walter, des Burghard, nous trouvons les Walchar, Postrihac, Mokrynos, etc. fl). Les Slaves, inquiets d'une réaction possible, ne nég-li^rent rien pour empêcher tout retour offensif. — Défense aux émigrrés de revenir ; défense sévère de leur rendre leurs biens, on les regardera comme infâmes, traîtres, paijurea. — , Aucun Allemand de naissance ne pourra habiter dans la ville, h Texception de ceux qiU sont toujours restés fidèles à la vérité. — Les Taborites auraient désiré une mesure plus générale, ils demandaient qu'on abolît < tous les droits païens et allemands. » On se contenta de les traduire ; le cèque tend k devenir la seule langue du royaume: en 1430, on traduit de l'allemand les statuts de la corporation des peintres, et en 1437, du la^ tin, les privilèges de la Nouvelle- Ville (2).
Dans presque toutes les cités bohèmes, les destinées de la bourgeoisie allemaude furent semblables. Lorsque les Utraquistes arrivaient, les catholiques, presque toujours d'origine germanique, s'enfuyaient ; quelquefois, on leur laissait uU certain délai pour vendre leurs biens ; le plus souvent on confisquait leurs propriétés et on les partagent entre les Bohèmes. Les Cèques étaient maîtres de tous les conseils et Prague, qui exerçait une sorte d'hégémonie Bur les autres cités, Burveillaitet aurait réprimé sévèrement toute tentative de réaction.
Cette révolution fut-elle heureuse pour le royaume 1 Au début, elle eut pour conséquences une extrême confusion et la ruine de l'industrie et du commerce ; l'ancieiine bourgeoisie avait des traditions d'ordre, de travail, qui étaient l'héritage de plusieurs siècles et ne devinrent pas l'apanage immédiat des propriétaires improvisés : la richesse ne suffit pas pour constituer une classe bourgeoise. Les transactions
(1) V. une ilude fort eurieuM et fort intÂr^isanta, quoique quelqnefoii ud peu ÎDJusle ponr lei Cèqnea, de Lippert (Dia Cechisirung der boh. Sloe Jte im XV Jaluh. — bOtheil. des Vereins fur Geech. der Deutachen ic Bohmen, 1867).
(2) Ils furent traduits par BreioT.T,. [V. Jungmauo, Hiilorie litaratnrj ceiké).
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cessèrent presque complètement, la population diminua, la mauvaise monnaie qui fut fabriquée après la ruine de Kutna Hora accrut encore la misère g^énérale. Mais ces souffi^nces paaaa^rea ne payèrentpas trop le résultat immense obtenu : le salut de la nationalité cëque. Si le mouvement d'immi* gratioa allemande qui avait commencé sous les Premyalidea et avait continué sous les Luxembourg, n'avait pas été interrompu, il est plus que probable que les Slaves auraient disparu dans la vallée de l'Elbe supérieur, comme ils ont dispara dans la vallée de l'Elbe inférieur ; la g-uerre des HuBsites rendit cette absorption à jamais impossible.
Victorieux de Sigiemond et des croisés, maîtres incontestés de tout le royaume, les Hussites pensèrent à s'organiser, à constituer un gouvernement. Une grande diète se réunit à Caslav. Elle fut très nombreuse ; non-seulement la Moravie, mais la Silésie et la Lusace avaient envoyé des délégués. Il semble que Sigismond avait prié les catholiques de paraître à la diète; peut-être espérait-il encore trouver avec leur appoint une majorité. Il était beaucoup plus conciliant qu'à Brno ou il Breslau; la lettre que ses ambassadeurs remirent aux États était très modérée, presque bumble: il acceptait toutes les conditions, réparerait tous les torts qu'il avait pu avoir ; les Bohèmes répondirent en rappelant leurs griefs contre lui et passèrent outre. La conduite de la diète montra la faiblesse irrémédiable du parti royal (1). Tous les membres présents s'engagèrent k accepter les quatre articles et à les défendre de tout leur pouvoir ; le roi de Hongrie, Sigismond, s'était rendu indigne du trône par sa conduite, c'était un blasphémateur et un ennemi mortel de l'honneur de la nation bohème, il serait regardé comme déchu du trône. Le gouvernement fut confié h vingt membres de la diète, choisis dans les divers groupes qui y étalent représentés, cinq de l'ordre des chevaliers, cinq de l'ordre des seigneurSi, deux Taborites, quatre désignés par la commune de Prague et quatre pour les autres villes. Ils recevaient des pouvoirs presque souverains, étaient chargés de maintenir l'ordre public, de réprimer les querelles, les divisions et les troubles ;
(t) V. Brez., p. 461-464, Archir ctiikj, III, !2S-233.
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pour les questions religieuses, ils s'adjoindraient Jean de Pribram et Jean de ^eliv.
Toutes les espérances de Sigismond étaient ainsi anéanties; la Bohème se constituait en une sorte de république oligarchique ; quelques réserves favorables au roi avaient été cependant introduites, sur la demande des Moraves, mais ces concessions, toutes de forme, n'avaient aucune portée ni aucune signification. L'hérésie était victorieuse ; elle avait son chef spirituel, l'archevêque de Pragrue ; son centre religieux, l'Université i son gouvernement, le comité des 20; son armée. Les victoires des années suivatites accrurent son prestige, mais saus augmenter sa force réelle ; sa puissance ne fut jamais aussi solide, son autorité aussi incontestée. Elle avait vaincu ses ennemis les plus redoutables, les Allemands et les catholiques de Bohême , elle pouvait défier l'Empire qui se préparmt à reprendre la lutte désertée par son chef.
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