‹ Huss et la guerre des hussitesChapitre 18 sur 32 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

NfiMECKY BROD.

l'alliahob hdsbitb-polonaibb.

Les sjmpsthies hneaites en Allemagne. — Zaiw et Nnnecky Brod. — Zirlu, Witold et l'alUuioe bohéme-polonaise. — L'électeur de ^sndebou^, — Kor^but. — Ëohec des expéditions allenunâea.

L'Allemagne n'avait éprouvé ni une très vive inquiétude ni une sincère douleur à la nouvelle de l'insurrection hussite. Les princes avaient même appris avec une satisfaction mal dissimulée une révolte qui devait retenir Sigismond dans ses états héréditaires, et les évèques n'avaient pas été loin de voir la main de Dieu dans une rébellion qui ne pouvait avoir d'antre effet, croyaient-ils, que de réveiller le^ sèles attiédis et les cœurs indifférents. Cette joyeuse superbe fat fort entamée par l'écbec du roi des Romains ; on n'avait pas désiré que sa victoire fût trop complète, mais sa défaite dépassait toutes les prévisions. Ce qu'on avait pris pour une émeute sans importance menaçait de devenir une révolution. Ne firancbirait-elle pas les limites delà Bohême t L'Allemagne serait-elle h l'abri de la contagion î L'exemple des Cëques, si fidèles jusqu'alors k l'Église catholique, était de nature à inspireraux plus optimistes de sérieuses réflexions. Inquiétudes d'autant plus légitimes que, quelques mois k peine après le commencement de la guerre, les Hussites avaient dans presque toutes les provinces de l'Empire des partisans, des prédicateurs et des martyrs.

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A Vienne, Jérôme de Prague avait, pendant son séjour, converti qnelquea-una des professeurs de l'Université et l'on craignit un momeat qu'il ne se formât là un grand centre d'hérésie, d'où elle se serait répandue dans tout le bassin du Danube. Le légat du pape avait déjà rencontré des Hussites en Hongrie, symptôme d'autant plus grave que les BogomileB étaient encore très nombreux dans les bassins de la Drave et de la Save. Dans les pays voisins de la Bohême, les haines nationales s'opposaient encore aux progrès de l'hérésie. Mais & mesure qu'on s'éloignait davantage des frontières, les rivalités de races s'affaiblissaient et le terrain devenait plus facile aux conversions. A Magdebourg, un certain Jacques Bremer, qui venait de Prague, fut dénoncé h l'archevêque comme véhémentement suspect d'hérésie, dégradé et brûlé (1), En Bavière, en Thuringe, le nombre dea supplices prouve les craintes des évoques. A Hatisbonne, les Uimites formaient une véritable église (2). La Souabe, dit Nieder, avait été envahie par une hérésie si épouvantable .que je n'ose la décrire, de peur de souiller les oreilles innocentes. Nombre de nobles et de vilains, de jeunes fillea, de manants avaient succombé (3). Le synode de Salzbûarg mfrnaça du bficher les prêtres qui soutenaient les doctrines des Cèques. A Bamberg, tons les habitants au-dessus de douze ans furent tenus de prêter serment de fidélité h l'ÉgllBe romaine et d'abjurer les erreurs bohèmes. Le même serment fut ensuite exigé & Hatisbonne, puis dans toute l'Allemagne et même en Suisse (4).

(1} Hennann Corner, ap. Eccard, Corpus biitoric. madii «btï, II, col. U40 ; Chroniken dsr Daut«ch«D Stndts, TIII, p. 391.

(t) Chrooicon Spiieoporum RattuponAnsmin, ap. (BM», p. 38. — Andrew RatùboQMuU OhranieÀn, Eecard I, p. S151. -~ Lannnt Hochwart, p. H9t

(3) Nieder, Formicanni, tU, S.

(4) AachlHWh, tll, p. 48. De la Pologne U aontagiou enTahiatait l'OfdM Teiitoniqne et le grand-maître croyait niceitaire d'inriter le* magiitnti des TiUes & une lèvera vigilance. L'hérésie avait même déji fraochi les froa~ tièree de l'AllemaBDe. Dam les PajB-Bai, lee WieliOitae et lee LoUarda l'agitaient. En paji francaii, à Qen^Te, à Laneanne, un certain frire Baptiste répandit la doctrine huaiite et ■ l'in^niaiteur eut grand peine à en triompher, même avec l'appui du bras sieulier. ■ (Jean TOn Millier, Qeieh. derSehweii, [II, S, p. 111;.

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Les tendanoefl démocratiquee des rtvolutionnairea cèques

deTaient aider h faire accepter leuru doctrines reli^euses.

Le vent de révolte qui avait soufflé sur l'Europe h la fin du XrV* Biècle n'était pas encore complètement tombé ; dans l'Empire, les dé&lteit de la ligue des villes n'avaient pas terminé le combat, le populaire continuait la lutte, et les maoifosteR égnlitaires des Taborites tombaient an milieu de masses eu pleine fermentation. Eviterait-on une confla^»' ttoQ générale? Les victoires des Coques n'apprendraientelles pas à la foule qu'elle avait la force comme le droit î Les princes et les électeurs comprirent l'imprudence qu'ils avaient commise en abandonnant Sigrlsmond et résolurent de réparer leur faute en se mettant h la tête dn parti de la résistance.

Hais alors apparurent plus clairement que jamais auparavant las divisions et l'impuissance de l'Empire. L'Alle< ma^e a b«versé des périodes plus malbeurouses que le XT'siicle, mais jamais la confusion n'a été plus grande. « Elle n'était plus, dit M. Lavlsse, qu'une fédération anarcUque de principautés et de républiques. Chacun y travaillait pour sol et, le premier, l'Empereur, donnait l'exemple » (1). Au milieu du désordre universel et des cupidités déchaînées, tout sentiment général a disparu : il n'y a plus même de Bavière, d'Autriche; comment y aurait-il une Allemagneî « Partout nous trouvons d'autres prétentions, d'autres TSpports, d'autres querelles, mais partout les habitants sont armés les uns contre les autres. C'est le temps *de la Fehde générale » (2). Du Rhin aux Carpathes, du Danube àla Baltique et à la mer du Nord, l'Empire est en feu et la situation est véritablement cahotique (S). Au milieu de ces luttes inceMantes, aucune force militaire sérieuse. Partout la guerre, et point de soldats, car il est impossible d'appeler de ce nom les bandes de bourgeois dont la vaillance a besoin de la protection de leurs épaisses murailles ou les hordes de chevaliers indisciplinés qui s'exercent surtout à brûler les

(l) LiTÎiM, U marche de Brandebourg, Paris, 1873, p. B5.

(1) Raoke, Daatsche Geachichle im Zeitalter der BiTormalion, p. 51, Si.

(ï) Id., p. 58.

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places ouvertes oU joutent dans on duel le plus souvent sans résultat contre de courtois adversaires. Le résultat de la bataille qui commence n'est-il pas connu d'avance? Bu face d'un peuple tout entier sous les armes, soutenu par un patriotisme exalté, conduit par des chefs expérimentés ethabilea, bien org^anisé et bien armé, une multitude de petits étata sans intérêts et sans cbefs communs, sans diselpline et sans idée. L'histoire de l'AHemagne pendant la guerre des Hussites se résume en deux mots dont l'un e^Uqne l'autre: divisions et désastres.

Les princes firent d'abord grand étalage de leur zèle catholique, plusieurs diètes ftirent convoquées coup sur coup et les électeurs du Rhin s'engagèrent à agir en commun dans toutes les questions religieuses (I). Mais les actes répondirent mal aux pturoles. Les premières réunions furent très peu nombreuses : dans les suivantes, on s'occupa moins de l'hérésie que du roi des Romains. Au commencement de son règne, il avait eu quelques velléités de gouvernement qui avaient inquiété et irrité les électeurs ; leur défiance survivait à ses projets. Us voulaient lui prouver sa foiblesse, le tenir dans leur dépendance, peut-être même pensèrent-ils à le déposer. lU le blessèrent du moins profondément en choisissant pour chef de la croisade l'électeur de Brandebourg. Frédéric de HohenzoUem avait contribué plus que tout autre à fftire élire Sigismond roi des Romains, et il en avait été récompensé par l'électoratâe Brandebourg (1415). Son unbition, excitée plutôt que satisfaite par ce premier succès, ne tarda pas cependant k inquiéter son protecteur. Le roi l'accusa d'ingratitude, lui repiocha ses rapporta avec les ennemis de la Hongrie, le soupçonna même d'aspirer à l'Empire. L'amitié altérée devint bientôt une haine profonde et Sigismond n'eut bientôt plus d'autre désir que de punir ce qu'il appelait la trahison de Frédéric. La défaite des Hussites ne fut plus à ses yeux qu'une question secondaire. L'inimitié du roi des Romains et d'un des électeurs les plus puissants et surtout les plus remarquables par leur activité c*, leur énergie ne fut pas une des moindres causes de la

(I) m RTril un (Urk. B«it., I, p. RS).

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longue impnÎBsance de l'Allemaerne (l). Si^amond répondit à la dâcision des prÏQces en les abandonnant & leurs seules ressources.

Le légat pontifical, le cardinal Branda, avait déployé une grande activité; la croisade avait été prèchée dans toutes les églises; les prédications, les indulgences, la perspective de s'enrichir en faisant son salut, l'amour des aventures décidèrent beaucoup de catholiques et vers la fin d'août 1421, tme armée considérable se réunit sur la frontière bohème. Après avoir attendu quelques jours Sigismond, les croisés, convaincus qu'il n'arriverait pas, se décidèrent k entrer en campagne. Les circonstances étaient favorables. Les Misniens avaient complètement battu les Praguois devant Mosf et cet échec paraissait prouver un relâchement de cette discipline qui avait fait la force et les victoires des rebelles. Leur chef le plus redouté, Zixk.a, avait été blessé au visage BU chftteau de Rabi, et il avait perdu l'œil qui lui restait. Les villes catholiques, qui avaient accepté les quatre articlés, s'agitaient, et un succès des Allemands pouvait entraîner sans doute une révolte générale contre les Praguois et les Taborites. Les croisés étaient du reste assez nombreux pour se passer des Hongrois : les archevêques de Cologne et de Trêves, l'électeur Louis le Palatin étaient veaus en personne ; l'archevêque de Magdebourg, le margrave de Brandebourg, le duc de Saxe, les évèques de Bamberg et de WUrzbourg, les villes de Cologne, Mayence, Francfort, Spire, Wortns, BAle, Haguenau, Augabourg, Ulm, Constance, Zurich, Ratisbonne, Nordlingen, d'autres cités d'Alsace, de Son&be et de Suisse avaient envoyé leurs contingents ; les chroniqueurs sont d'accord pour évaluer & 200,000 le nombre des combattants (2) ; ce ne fut pas sans inquiétude cependant que les croisés s'engagèrent duis le long défilé qui conduit d'Eger à Kynrwart. Dans les anciens temps, les montagnes

<I) André de RatisboDne dit 230,000, (Chronieon ap. Eccard, col. SU9). - "x commuai KHlinialione circa dunnla taillia pusnaloram mot i

*r«,, — Hdf. I, p. 496).

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qui entoureat la Bohême étaient couvertes d'épaisses forêts; de no8 jours encore, les mots qui si^ni&ent forêt, fi'ontière et montag-ue s'emploient indifféremment en slave : hora qui en cèque désigne une montagne est pris en serbe et en bulgare dans le sens de forêt, les Allemands appellent les monts de Bohême Bœhmer Wald, et les Eusses les moûts des Géants, la forêt bohème (cesky les). Cette ceinture de forêts TÎerges avait toujours été une des meilleures défen&es contre rinra^n et les Premyslides l'avaient protégée contre tout défrichement. Peu à peu cependant, leurs mesures prohibitives avaient été moins rigoureusement observées, des villages s'étaient créés aumîlieudesiaontagnes, l'exploitation des mines avait exigé d'énormes quantités de bois et la zdne des forêts de la frontière s'était rapidement rétrécie. Au commencement du XV' siècle d'immenses tMritoires avaient encore cependant échappé aux mineurs ou aux pa^^ans, et particulièrement vers le Sud et le Sud-Ouest, oùmâme aujourd'hui s'étendent de véritables forêts vierges, laSumava rendait toute attaquedîffîcileetdangereuse. Trois ou quatre sentiers la coupaient, mais deux routes seulement étaient praticables à une armée: l'une, partie de Chamb en Bavière, passait à Furth et débouchait à Domazlice ; l'autre, & l'angle du quadrilatère, à l'endroit où s'abaissent les monts de Bohême, allait de Gheb ou Ëger à Eynswart, L'année allemande, concentrée dans la haute Francosie et autour de Gheb, devait choisir cette dernière ; mais elle était teèa longue, fort étroite, dominée par des hauteurs, coupée par des marécages et barrée par les travaux que les Bohèmes élevaient toujours aux débouchés de ces « portes du pays >. Quelquefois la chaussée était formée de poutres qu'il suffisait d'enlever pour rendre le passage impraticable; d'auti«s fois, des abatis d'arbres arrêtaient les envahisseurs. Des corps spéciaux et permanents entretenaient et gardaient ces travaux de défense. Si les Allemands étaient attaqués dans le défilé, leur désastre était certain (1). Encouragés par

(1) Voir sur les forât* de Boh£ma Hemu Jirscek, Das Recht ia Bulunsn nnd MnhreDi du mâme auteur : Les ancienoei routes do Bohême et de Morarie, (Cas. ceek. Mue, 1S56); — TomelL, Un mot sur les frontidrea de la Bohême, (Id., 1895).

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— sosie légat, les princes ae décidèrent pourtant à tenter l'aventure et ils arrivèrent en Bohême sans avoir été inquiétés (1). Ils descendirent de cheval pour remercier le Seigneur qui les avait arrachés à une mort certaine et marchèrent aussitôt sur le château de MaafoT qui capitula. Maie après ce succèS) ils agirent avec la plus funeste lenteur: ils ne pensèrent ni à se réunir ausMieniena qui guern^raient au Nord, ni à mucher vers Plzen qui leur aurait été une base d'opération et une ligne de retraite; tant qu'ils restaient adossés aux montagnes, le moindre échec derait entraîner la ruine de l'armée. Enfin, après avoir passé une quinzaine de jours à enlever quelques châteaux et quelques bicoques, les croisés vinrent mettre le siège devant Zatec. C'était une des villes saintes des Taborites, un des boulevards de la défense ; peut-dtre aurait-elle ouvert ses portes, û les croisés l'avaient attaquée dès les premiers jours, mais les habitants avtûent repris courage, les capitaines des petites garnisons voisines étaient accourus, comprenant que du sort de ^atec dépendait le sort de toute la contrée, et il y avait déjà dans la ville 5 à 6,000 soldats aguerrie. Les croisés donnèrent l'assaut et repoussés avec des pertes sérieuses, changèrent le siège en blocus. Il n'y avait dans l'armée ni direction ni discipline, chaque chef de bande agissait à sa guise, choisissait pour le combat la place qui lui convenait le mieux, cherchait surtout à faire du butin. Ces saintes en* treprises, commencées pour la défense de la religion, finissent trop souvent par ressembler h des expéditions de Toleois. Chacun poursuit son bien particulier, dit avec douleur Burkard Ziak, et il y en a peu qui s'occupent du bien général. Les petits imitaient les grands, moins ambitieux seulement et plus faciles k assouvir. Le pillage était devenu bientôt une nécessité ; il fallait vivre : ces 200,000 hommes ruinaient le pays, comme une nuée de sauterelles, puiSt à mesure que les ressources s'épuisaient, étaient obligés de s'éparpiller et au milieu de cette débandade, les der-

(t) Las •onreet pou cetto eroiiada «ont Breion (Hor., I, p. 495 et 496) Bt •OTiont 1m lettTM publiiu dani le Mcond Tolnms (bt CbioiiiqaM de* tille*

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niers vestiges de discipline s'évanouissaient: on se vengeait Bur les habitants des déceptions, des fatigues, des soofiances, de la famine qui commençait à se faire sentir ; les garnisons des petites villes qu'on avait prises avaient été massacrées ; les croisés brûlaient les villages, tuaient tes vieillards, les enfanta, violaient lea femmes. La plupart du temps, les victimes étaient innocentes de toute hérésie: les Utraquistes s'étaient réfugiés à^atec; on tuait tout ce qui n'était pas allemand, tout ce qui pariait cèqne (1).

Les Hussites avaient attendu, avo^t de se mettre en mouvement, que le plan des croisés se dâssinftt : une armée se formait en Autriche, les Silésiens envahissaient le Nord de la Bohême; il eût été imprudent de découvrir Prague. Dès qu'ils connurent les retards de Sigismond, ils s'avancèrent au secours de ^atec. A l'approche des hérétiques, les Allemands levèrent le siège et battirent en retraite. La garnison débloquée se jeta aussitôt à leur poursuite et en massacra plusieurs milliers, le reste se dispersa et un grand nombre de soldats isolés et de tri^ards périrent de fatigrue et de misère dans la fôrét (octobre 1421). Lea électeurs rejetèrent sur Sigismond la responsabilité de leur honteuse défaîte, mais ils ne parvinrent pas à tromper l'opinion publique. Il ne faut pas s'étonner de la fuite des électeurs, disait-on ironiquement, ce n'est pas la peur qui lea y a décidés, mais la colère : ils détestent tant les Hussites qu'ils n'ont pas même voulu en affh)nter la vue.

Au moment où ce qui restait des croisés rentrait en Allemagne, Sigismond avait enfin terminé ses préparatifs et envahissait la Moravie, à la tète d'une armée redoutable : il avait chassé les Turcs de la Transylvanie et conclu avec le sultan une trêve de cinq ans. Après avoir ainsi assuré ses derrières, il voulut mettre à profit les bonnes dispositions des Hongrois. Il ne désespérait pas de triompher des rebelles

(1) Waa nit denUeh k&n oder «in«in Bahsim gUieti itt, du vorJa gsfangen, M Tod sealRgsn and Terpnut, (Chronikender deutiehon Slœite, II, p. 38). — Let électeurs ont ordonna qu'en ohéme on IQHt tout le monde sans eieeplion, ii ce n'ait lei enhnt* qui n'ont pu ta nùson (p. 96). — Le* eroUéa raTinreot en AlUmagna aan* aToir rien fdit: doctt vorherden ae dM Lood si nmma mil Bnuida (Cbroaique d«i âehevini de ïl&gdeboarg, p. 378)

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arec ses seules forces et l'appui des états limitrophes et particulièrement iatéreaaés à la défaite de l'hérésie. Les Misoiens et les Silésîens étaient toujours prêta à recommencer leurs fructueuses razzias ; Albert d'Autriche, plus ambitieux, demaudait avant tout, suivant ses propres expressions, à connaître ses « profits et pertes ». Lorsque Sigismond lui eut promis formellement la main de sa fille et lui eut abandonné toutes les places qu'il soumettrait, le duc sentit se réveiller son enthousiasme catholique. Le roi des Romains avait avec lui plus de 80,000 hommes, bien disciplinés et commandés par des chefs habiles, dont le plus célèbre élait le fameux chef de bande, Pipa le Florentin. Sigismond s'arrêta longrtemps en Moravie, où les seigneurs lui prêtèrent de nouveau serment de fidélité; pour éviter des résistances possibles, il avait fait entourer la diète par ses soldats. Les nobles se soumirent sans protestation: ils étaient fatigués de la domination des Praguois, inquiets des tendances démocratiques dés Taborites, ils tenaient les biens du clergé, c'était l'essentiel. Beaucoup de seigneurs bohèmes imitèrent l'exemple des Moraves. La situation devenait grave. Plzen bravait toutes les attaques hussites ; comme en 1420, la force de résistance se concentrait à Tabor et h Prague et comme en 1430, les Praguois appelèrent à leur secours les bandes taborites. Zizka fit dans la capitale une entrée triomphale, comme le prince du pays, dit Brezova (1). Lorsque les voitures de guerre et les chevaliers franchirent les portes, précédés des prêtres qui, suivant la coutume, portaient le Saint- Sacrement, les cloches sonnèrent à toute volée, le clergé utrjquiste s'avança en procession et offrit au redoutable aveugle l'hostie consacrée ; le peuple poussait des cris de joie et distribuait des vivres en abondance à ces soldats de Dieu qui allaient combattre pour la foi et l'honneur de la nation. Le clergé praguois avait encore & sa tête le prêtre Jean et ce fut sans doute lui qui reçut Zizka et conclut avec lui, au nom de la commune, une alliance offensive et défensive.

Ziska partit aussitôt pour Kutua Hora et s'y établit pour <l]Ih-ai.,p. 523.

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attendre l'airiTée de Si^ïamond. L'empereur ne franchit ta frontière de la Bohème qu'au mois de décembre (1431), il s'avançait avec une lenteur et une indécision qui détruisirent tout l'avantage qu'il tirait de sa supériorité numérique. Nous connaissons fort mal le détail des événements, —la chronique de Brezova finit brusquement au début même de la croisade, — mais les renseignements incompletset obscurs dispersés dans divers écrivains permettent d'af^rmer avec certitude que jamais le génie militaire dugénéral hussite ne fut plus grand; il devina et employa tous les procédés des grands capitaines modernes : rapidité des mouvements, concentration des troupes contre un ennemi dispersé, choix habile du champ de bataille et emploi décisif des armes nouvelles, prudence vigilante et stratagèmes ingénieux, tels sont les caractères jSrincipaux de cette campagne qui suffirait h elle seule pour mériter à Zizka la réputatloD d'un général de premier ordre.

Le 21 décembre (1), Zizka quitta Kutna Uora et se dirigea vers KoUn. L'armée était à peine en raae campagne qu'elle fut attaquée par les Hongrois, mais les Bohèmes s'entourèrent aussitôt de leurs charriots, et derrière leurs barricades mouvantes, repoussèrent tous les assauts, tandis que leur artillerie infligeait aux royaux des pertes sérieuses. Déj&cependant la nouvelle de la défaite des Hussitea s'était répandue à Kutna Hora; les catholiques, très nombreux, attendaient avec impatience l'occaaiou de rejeter le joug des Praguois, le séjour prolongé des hérétiques avait réveillé toutes les passions ; profitant du trouble général, quelques mineurs ouvrirent aux royaux une des portes de la ville. Tous ceux qui étaient soupçonnés de pencher vers l'erreur furent massacrés, on n'épargna que les habitants qui purent montrer quelque relique cachée pendant la domination praguoise. Surpris par cette défection, les Taboritea se replièrent, en se dérobant i, l'armée ennemie qui les entourait ; cernés de nouveau le lendemain, ils s'ouvrirent de nouveau passage par un sanglant combat nocturne.

(1) Pour Mtta campttgna de ZifkB.Iea laiM O-itsié AiabLia par U. Palicky m, 2, p. 131-138.

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Mais ils avaient perdu leur base d'opérations et ils étaient trop faibles pour tenir la campagne contre des enaernis trois fois plus nombreux ; Z'itkA alla chercber des renforts, sans que Sig-ismond pensât k inquiéter sa marche ; le froid était devenu très rigoureux, le roi prit ses quartiera d'hiver et dispersa ses soldats dans les villages situés entre Kolin et Kutna Hora. Il avait ordonné de ménager les habitants, mais ses ordres timides ne furent pas exécutés et les Hongrois ue montrèrent ni moins de férocité ni moine de cupidité que les Allemands (1). Sigismond attendait, plein des plus riantes espérances, l'effet que ne manquerait pas de produire l'échec des Taborites et les défections qu'il entraînerait, lorsque, le 6 janvier, au matin, Ziîka, revenu rapidement avec des renforts, se jeta sur les envahisseurs, enleva le village de Nebovid qui ae trouvait au centre de leurs lignes et coupa ainsi en deux leur armée. Sigismond perdit la tête (2) et a'enfuit de Kutna Hora en y mettant le feu, mais les Hussites enlevèrent la ville, éteignirent l'incendie et poussèrent les fuyards l'épée dans les reins. La route était jonchée des cadavres des habitants qui n'avaient pas osé attendre le retour des alliés qu'ils avaient trahis et mouraient de froid et de faim. Pipa, le vrai chef de l'armée hongroise, essaya d'arrêter lea Taborites à Habry : au premier choc ses soldats se débandèrent; il fit de nouveau front à Nemecky Brod, il fallait laisser à Sigismond le temps de fuir. Zizko, ordonna l'attaque immédiate; les Hongrois démoralisés jetèrent leurs armes, beaucoup périrent écrasés aux portes de la ville, un plus grand nombre encore se noya dans la Sazava. La rivière était prise, mais la glace céda 6uu!> le poids des fuyards. Le lendemain, Zizka, ne réussit pus à prendre Nemecky Brod, mais le combat reprit avec fureur le surlendemain; les habitants demandèrent à. traiter et tléjii les pourparlers étaient cominencés lorsque quelques

(1) Sigijmundu», populo heredilario non parcons, magnas in regno BoUeniiie edfbnt va.ititates. ~ TuroUiu», cité par Katona, Ilisloria critîcn regum Uungaricei, XII, 3S6.

(8) Kra Urga Tertit et hosti tnm r«8, lum animi ferocitattm rwldîdit

i3d., id).

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-S08suMats entrèrent dans la place et ouvrirent les portes à leurs compagTiOQs ; la ville fut mise à feu et à sang (1). Pendant ces deuxjours de combat Sigismond avait contiDué sa route, Zizka s'arrêta ; les résultats obtenus étaient assez g-lorieux pour satisfaire les Hossites. En quatre jours, ils avaient livré trois batailles rangées, pris deux villes fortifiées, tué aux ennemis plus de 12,000 hommes, ramassé plusieurs milliers de prisonniers, des drapeaux, des centaines de voitures ; cette fois la joie de la victoire n'était plus attristée comme au Vysehrad par la pensée que les vaincus aussi étaient des Cèques ; c'étaient bien des étrangers, des ennemis qui pourrissaient sur les routes de Kutna Hora h la Moravie. La seconde croisade comme ta première se terminait donc par l'éclatante défaite des catholiques. Zizk& aurait pu profiter de son succès pour faire reconnaître par toute la Bohème l'autorité du parti taborîte modéré et cssurer ainsi la victoire de la révolution en cimentant l'union des divers groupes hussites ; il ne comprit pas l'importance du moment et perdit ainsi une occasion unique de faire du parti de la victoire un parti de gouvernement. Les triomphes de Nemecky Brod ne restèrent pourtant pas stms résultat. Vysehrad avait donné aux Hussites la domination de toute la Bohême, Nemecliy Brod leur valut l'alliance de la Pologne.

Depuis quelque trente ans, les relations étaient très amicales entre la Bohême et la Pologne : une alliance, conclue entre Wladialav Jag>jUon et Vaclav en 1395, avait duré jusqu'en 1409, et une troupe nombreuse de chevaliers cèques avait aidé les Polonais & battre k Tannenberg les chevaliers del'Ordre Teutonique. Les relations commerciales entre les deux pays étaient très actives, et un grand nombre déjeunes Polonais étudiaient à l'Université de Prague. Ils répandirent dans leur patrie les doctrines nouvelles, et Uuss y

(1) ZijVa iDODii-a une profonde douleur de la ruine de Nemeeky Brod qni avait clii détruits malgré Ici aégoclaiions eomunencêet. La 26 mars llîS, il écrit : ■ J'er.Toia daa« vos villes tt&D que tout le* fldèlei se rusemblcoli Nemeckj Brod, le mercredi ou is jeudi qui suivra Pâques, et qus non) fassions pâaiteuco là où noua avons péché. (V^bor, II, p. SSI).

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compta bientôt des disciples dévoués (1). Jérôme séjouma quelque temps à la cour du cousin de Wladislav, Witold, grand duc de Lithuauie sous la suzeraineté de la Pologne, et souleva « dans le clerg-é et dans le peuple plus d'émotion qu'il n'j en avait eu dans le diocèse de mémoire d'homme (2). > A Constance, les ambassadeurs de Wladislav se joignirent aux Cèques pour protester contre le jugement et la condamnation de Huss, et Sigismond manifestait des craintes sérieuses de voir se propager l'hérésie dans les provinces de la Vistule (3). Sans la résistance des prélats et de leurs amis, ditEschenloer, l'obéissance chrétienne serait plus rare et plus dif&cile àobtenir en Pologne qu'en Bohème (4).

Wladislav, ancien païen converti, s'efforçait cependant de ne donner prise à aucune accusation d'hérésie, mais la politique ne triompherait-elle pas de ses scrupules et n'amènerait-elle pas un rapprochement entre lui et les Hussites ? Sigiamond, époux de Marie de Hongrie et héritier de Casimir le Grand, avait toujours réservé ses droits à la couronne de Pologne, il ne cachait pas surtout son désir de réunir de nouveau à la Hongrie les provinces au Nord et h l'Est des Carpathes qui s'étaient soumises k Witold : Jagellon ne chercherait-il pas à se prémunir contre les revendications éventuelles du roi des Romains, en soutenant ses sujets révoltés ? Presque toujours en guerre avec l'Ordre Teutonique, ne favoriserait-il pas une insurrection qui divisait les forces de l'Allemagne et l'empêchait desurveiller sa frontière Nord- Est. Cependant, lorsqu'arriva en Pologne une première ambassade bussite qui o^t à Jagellon la couronne de Bohème, il refusa. Une nouvelle tentative des Cèques auprès de Wladislav ne fut pas plus heureuse ; ils s'adressèrent alors m grand duc de Lithuanie et trouvèrent auprès de lui un tout antre accueil.

(1) Doenm., p. 80. MietuJa Wiiniewskisgo hiitorja Ut«riktnrj poUkJej (t. III. p.lU}.

9) Doenm., p. 500.

(3) Voo dar Hnrdl, IV, p. 3Î8.

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Witold, un des plus grands politiques de l'hiatoire slave, avait compris que la Pologne, menacée sans cesse par l'Allemagne, où elle ne trouverait jamais que des alliés ineer^ tains, ne résisterait à la poussée de la race germanique vers l'Est qu'en a'appuyant sur les masses profondes des Slaves qui s'organisaient sur ses derrières (1). Le principal obstacle à toute union durable des Polonais, des Lithuaniens et des Russes était dans la religion, dans l'hostilité des Grecs et des Latins. Faire disparaître cette antipathie de croyances qui seule séparait des peuples unis par la communauté de race et d'intérêts, c'était rendre àjamais impossible tout retour offensif de l'Allemagne. La question avait d'ailleurs pour Witold une importance toute spéciale: ses domaines étaient très étendus; malheureusement, l'union entre ses nombreuses possessions n'était pas plus solide que celle de la Hthuanie et de la Pologne. Pour rendre ces conquêtes définitives, pour faire un royanme de ce qui n'était qu'une agglomération de provinces sans autre lieu que la vie et les victoires d'un homme, il fallait faire de Wilno la capitale religieuse comme elle était déjà la capitale politique et constituer une Église nationale qui grouperait tous les Slaves septentrionaux, grecs ou latins. Le moyen d'union qu'il cherchait, Witold espéra l'avoir trouvé dans le Hussitisme. Seulement, il n'était pas maître d'agir; il était vassal de la Pologne, et Wladislav était en quelque sorte sa caution devant l'Europe, Séparé de lui, il n'étaft plus qu'un de ces chefs tartares qui pouvaient soumettre d'immenses territoires, mais k qui il était interdit de fonder un empire solide et durable. Il s'appliqua h gagner du temps, à ramener son cousin à une politique moins pieuse et plus nationale, plus utile k l'Église aussi, ajoutait-il, puisqu'elle devait, en échange de quelques concessions, lui donner des millions de nouveaux sujets. Ces projets, fort bien commentés par les grands succès des Cèques en 14-20 et au commencement de 1421, ébranlèrent Wladislav, et lorsque l'ambassade bohème revint à Prague, au mois de juin 1421, elle ramenait avec elle un envoyé polonais, Wyszek Raczynski, qui déclara

(I) Voir Biir le rôle d« Witold, l'excelleote hiéloire da Pologoa pftrCaro.

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que son maître était prêt k accepter la couronne de Bohême.

Le rapprochement des Polonais et des Husaites produisit dans l'Empire une très vive émotion : Sigismond et les princes allemands, avertis du danger, comprirent qu'il fallait faire échouer à- tout prix les projets de Witold. Pendant l'année 1421, la cour de Jag^Uon fut le théâtre d'une lutte diplomatique très ardente: c'était là et non h. Prague que devait, semblait-il, se dénouer la question hussite. Le plus menacé par cette alliance slave, c'était l'électeur de Brandebourg ; il conjura le péril avec 'beaucoup d'habileté, se jeta lui-même dans les bras de la Pologne, conclut avec elle une alliance offensive et défensive, et b. Cracovie, le 8 avril 1421, un traité de mariage fut signé entre le second fils de Frédéric et la fille de Wladislav, Hedwige (1). C'était un échec grave pour Witold ; mais c'était une défaite pour Sigismond, qui ne redoutait pas moins l'alliance polonaise-brandebour^ geoise que l'union de Wladislav et des Hussites (2), Il ne désespérait pas, avec l'appui des évêques, de ramener le roi de Pologne, mais, suivant sa coutume ordinaire, négociait de tous les côtés k la fois, et cherchait à tromper toutle monde. Il se prit à ses propres pièges. On n'ignorait pas à la cour de Jagellonque le roi des Romains excitaitsous main les Chevaliers Teutoniques à reprendre les hostilités, un dernier trait supprima toutes les incertitudes. On apprit tout d'un coupqu'une ambassade bohème avait été traîtreusement arrêtée à Ratihor (3). * Ce fut aussitôt dans tout le pays un grand bruit et un grand tumulte ; tous disaient que, quelle que fût la volonté du roi, ils voulaient délivrer les prisonniers, quelque sang qu'il en pût coûter (4). » « Les Polonais n'abandonneront jamais les Bohèmes, disait le neveu de

(1) Caro, Libar Csaoellanie StuitUi Ciolek, a-' t et 3.

(!) Eiedd, Codez dîplomaliciu Bcandeburg. II, Hnaptlhell, B. III, p. 393 at

(3) V. no» euMlleata monographie ds M. KopeUkr (Die Oefftn^Dn&hma il«r huisitischeD OotaudteD ia Ratibor. — Zeiticttrilï dsr lehlen. Oaieb. Vdieiiu, iX, 20B).

(4) ScripL rer. Sileuac. VI, p. 13.

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Wladislav, Kotybut, parce qu'ils parlent la même langrue et sont de même race (1). » Le roi dut céder & l'opinion, et au mois d'octobre, une ambassade lithuanienne arriva àPragrue pour s'entendre sur une expédition prochaine.

Cette expédition n'eut pas lieu, mais les diffîcultés, cette fois, vinrent de Bohâme: toua, en effet, ne voyaient pas avec plaisir les projets de Witold; parmi ceux qui avaient offert la couronne à Wladialav, quelques-uns et Zizka, à leur tête avaient les mêmes pensées politiques que le g-rand duc, beaucoup d'autres étaient surtout sensibles k l'espérance de mettre fin à la domination des radicaux. Il était naturel que ceux-ci, hostilesen principe à la royauté, n'assistassent pas sans défiance à des oégociatious dirigées surtout contre eux. Jean de ^éliv avait protesté à Prague contre ces intrigues diplomatiques et il fit repousser les offres de Witold. Le grand duc ne se laissa pas plus décourager par lea méfiances des radicaux que par les timidités des catholiques. Bien servi par les victoires de Zizka., il fit épouser & Wladîslav une de ses parentes, Sonka ou Sophie, et sur désormais du roi de Pologne, il se prépara à prendre partout l'offensive, excita les Tartares et les Turcs à envahir la Hongrie, réunit sur la frontière de l'Ordre Teutonique une armée formidable et enfin accepta la couronne de Bohême et nomma gouverneur général du royaume le neveu de Wladialav, Sigismond Koryhut. Celui-ci appela autour de lui tous ceux qui voulaient combattre pour les Cèques et entra en Bohême à la tête d'une troupe de volontaires. Le parti radical venait de perdre son chef, le prêtre Jean ; Koryhut fut reconnu dans presruetoutle pays. Jamaislasituationn'avaîtétéaussi grave poui i'Ëgli3e;enprésencede laBohême et delà Pologne, unies et victorieuses, l'Allemagne restait inactive et divisée, elle n'avait à opposer à ^'izka et à Witold que Sigismond; elle chercha au moins un chef plus capable de la protéger. Ses talents et sa position désignaient tout naturellement aux suffrages Frédéric de Brandebourg, et ce fut lui que la dièt» de Nuremberg (juillet 1422) choisit pour commander la croiaade qu'elle avait ordonnée.

(1) Script, rer. Sileùair. p. 10.

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Il fit preuve d'une remarquable habileté. Le plan le plus simple était de dirigrer une double expédition contre la Pologne et la Bohême ; menacé au Sud par les hérétiques, au Nord par Wladislav, l'Empire devait secourir les Chevaliers Teutoniques et les Cëques. Mus ce plan était très imprudent; il favorisait les projets de Witold en forçant Wladislav toujours indécis à se jeter dans les bras de son cousin et cimentait l'alliance slave encore incertaine. L'électeur de Brandebourg: s'attacha au contraire k séparer complètement les deux questions polonaise et cèque, abandonnant à Jagellon l'Ordre Teutonique, évitant tout ce qui pouvait donner k la guerre le caractère d'une guerre de races. Après avoir ainsi préparé la dissolution de la coalition slave, il pensa à organiser les deux armées qu'il allait avoir h commander. A côté de l'armée des croisés, on avait en effet décidé la formation d'une armée permanente et soldée qui, recrutée avec soin et grossie par les catholiques bohèmes, devait se maintenir dans le pays et rallier tous ceux qui n'avaient accepté la communion sous les deux espèces que contraints et forcés. On n'avait d'ailleurs aucun secours à attendre de Sigismond; il avait témoigné les intentions les plus belliqueuses, mais il était trop irrité contre Frédéric pour vouloir contribuer à son triomphe ; il se consacra tout entier à des négociations aussi maladroites que malheureuses avec le roi de Pologne et rOrdre Teutonique.

Pendant que l'Allemagne tâchait de s'organiser sous la haute direction de Frédéric, Korybut s'affermissait en Bohème; il avait été reconnu roi par la diète, avait communié BOUS les deux espèces, et sa prudence, sa modération et son habileté lui avaient ramené nombre de ses adversaires. Ne partageant nullement les idées étroites et la piété timide de son oncle, mais plutôt la tolérance un peu indifférente de Witold, il s'était aperçu dès le premier jour que le seul moyen d'établir son autorité en Bohême était d'accepter les nouvelles doctrines sans hésitation et sans réserves ; non seulement ilse rallia au Hu8sitisme,maia il annonçason intention de rétablir dans le royaume l'unité religieuse en amenant k rUtraquisme tous ceux qui résistaient encore. Il écrivait h

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Ulrich deRoaenberk pour rexhorter*à ne plus s'opposer Ma loi divine et à ne pins combattre la vérité prouvée par l'Écriture (1). > En même temps, il prenait, de concert avec la Commune de Prague, des mesures sévères contre les péchés publics, interdisaitlesquerelles, lesjeux, les danses, etc. (2). Cette fermeté lui concilia les Caliztîns et même les Taborites modérés. Z\xk&, dont l'ardeur pour l'alliance polonaise s'était un peu refroidie et qui avait mSme hésité assez longtemps k reconnaître Korybut (3), se déclara en sa faveur, et dans une lettre éloquente, engagea tous les Hussîtes k se soumettre au nouveau gouverneur. « Apprenez, seigneurs et frères, écrivait-il, que nous et les firères de Tabor, de Domaslice, de Klatov, de Susice (Schùttenhofen), de Pisek et autres seigneurs, chevaliers et nobles, ainsi que les communes de Prachatice et d'Horardovice, qui sont volontairement unies à nous et nous accordent leur confiance à moi, èi Chval et à Buchovec (4), avons accepté son Altesse le prince Sigismond pour allié et gouverneur général du pays. Noua sommes prêta à lui obéir, à l'aider et à le servir fidèlement, s'il plaît à Dieu, pour tout ce qui est bien ; nous vous prions, vous tous, d'oublier les colères, les querelles, les discordes qui vous ont séparés les uns des autres depuis que vous êtes en vie, depuis un an, ou qui vous divisent encore, afin que vous puissiez réciter Notre Père et dire en toute sûreté de conscience: pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons & ceux qui nous ont offensés. Si vous ne le faites pas, si vous voulez continuer vos querelles, vos mensonges, vos alliances particulières, avec l'aide de Dieu et le secours du prince, des seigneurs conseillers, des autres seigneurs, chevaliers et nobles, et de toutes les communes fidèles, nous vous contraindrons à la paix, et nous punirons les coupables sans acception de personne. Promettez-noua de nous aider dans cette œuvre!... Vous devez honorer vos chefs, les bourgs

(1) ArehiT c, ni, p. 239.

(2)Id.,I, p. 214.

(3) Windecke, cliap. 88, (4) Deux chefa taboritvi sur lesqaala noiu ne tarou It paa pré* rien.

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mestres, les conseillers et les juges ; aimez-vous les uns les autres, et ainsi, Dieu et sa Sainte Grâce seront avec nous et nons donneront le succès dans toutes les justes entreprises [1}.* Les Taborites exaltés n'écoutèrent pas cependant les exhortations de leur général, et ZizkR lui-même ne garda pas longtemps les mêmes dispositions. Quelles que fussent la modération et la réserve du prince, il était forcé par sa situation de chercher ses alliés parmi les nobles et dans le parti modéré (2); il dut prendre des mesures pour rétablir «n peu d'ordre dans le pays, défendit les courses militaires, travailla h rendre plus solide à Prague même la domination des Utraquistes, rappela ceux qui avaient été expulsés pendant le triomphe momentané du prêtre Jean. Il réussit ainsi à étendre les bornes de son autorité d'abord fort restreinte : la Commune vota une solde fort élevée aux volontaires polonais; Korybut reçut ensuite le droit de battre monnaie, de disposer, sous certaines réserves, des biens nationaux. Mais ces progrès accrurent l'irritation des Taborites extrêmes; Zizka, s'offusqua du crédit dont jouissaient quelques seigneurs, et sans rompre encore ouvertement avec Korybut, il se renferma dans une neutralité malveillante.

Korybut, pour maintenir son influence, aurait eu besoin de succès militaires; malheureusement, ce n'était pas un chef d'armée, mais un chef de bandti. Il avait appris la guerre en Silésie, où elle ne consistait qu'en surprises, en escarmouches, en razzias, et de plus, il n'avait pas pour lui les Taborites, qui formaient la seule force sérieuse; ses expéditions, entreprises au hasard et mal conduites, échouèrent ; il voulut réparer ses insuccès par une victoire éclatante et mit le siège devant Karlov-Tyn. Ce château, le mieux fortifié de ceux qu'occupaient encore les royaux, était situé à une assez faible distance de Prague, et il était pour la capitale, sinon une menace, du moins une inquiétude. Sa chute aurait eu non-seulement une grande importance militaire, mais encore un grand effet moral. Construit par Char-

{1} Archif c, m, p, ÏS^ÎW.

(2) ■n<:AreisiûtlesQoblMetcenxqoiToalaiâiitTinetrauquill«iiient,>.£[iea^ SjlT., c. 44.

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les IV, qui avait ordonné d'y garder les joyaux de la couronne, il était comme le sanctuaire de la royauté. Sa aoumission aurait été la proclamation de la déchéance des Luxembourgs. Korybut réunit devant la place ses meilleules troupes et une formidable artillerie (1). Malgré l'héroïsme de la garnison et l'épaisseur des murailles que n'ébranlaient pas les grosses pièces des Hussites, la situation des assiégés devenait critique, les vivres s'épuisaient et les catholiques calculaient déjà le jour où lisseraient réduits à capituler; il était temps que l'armée allemande entrât en campagrne.

Comme l'a dit très justement un historien, la deuxième croisade avait échoué faute d'unité dans le commandement, on avait eu des soldats et pas de chef; cette fois-ci, on eut un chef et pas de soldats. L'enthousiasme avait été très re~ froidi par l'issue lamentable du siège de Zatec (1421) ; il semblait du reste que la diète de Nuremberg eût pris à tâche de rendre toute organisation impossible. Chaque état devait fournir deux contingents, l'un pour la croisade, l'autre pour la guerre permanente : on fixa deux lieux de réunion, Nuremberg et Cheb [Eger^, deux dates, 29 septembre et 19 octobre (1422), mais on mêla les deux troupes, si bien qu'il fut impossible de former les deux armées ; les rôles avaient été dressés avec une inconcevable légèreté, les états les plus puissants n'avaient k fournir que des contingents tout à fait dérisoires, la Saxe, par exemple, 20 archers; d'autres avaient été complètement exemptés moyennant un tribut qu'ils avaient payé à Sigismond. Quand les soldats arrivèrent vers la fin de l'automne, le découragement s'empara de tons les cœurs ; les Allemands étaient vaincua avant d'être entrés

<1] Non moini FedoatabU da raaU am aisiâgeanU qa'ftnt auiég&i, comme Dont pouvons la Toir daa« une laltre du chapslain da Karlot Tjo, raproduite par André de Ratiibonna dans son Diorium aeiannala : s Peadant qas les HuMïtra campaient déniât leeb&teau aTeeuoe armâe at cioq maclùDet de tUge, ila ont lancé avec cas machinas 9032 boulets en pierre, IttSJ tonneaux remplie d'ordiirei, S2 tonneaui enflammai. Du gros caaoa, qu'on nommé l'razka, iU ont tiré 6 fois, alorïil a éclaté; de mima, du canon nommé Jarmir. ils ont tiré T coups, il éclata le huitième jour après l'Aisomption, par la volante de Dieu ; de m^me, du cnnoo Rochliise ouïe rapide, iU ont tiré lur la fooiaine 8! coups, at il a ensuite éclaté par la volonté de Dieu. ■

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-^317en campo^e. Aucun historien ne nous s laissé le récit de cette troisième croisade, mais fiiedel, Bezold et Palacky ont publié des lettres et des documents diplomatiques qui permettent de suivre jour par jour les événemeuts. Les deux seuls princes qui fussent venus en personne, étaient, sans parler du général en chef, Frédéric, les évêques de WOrzbourg et de Bamberg ; à la vue de ces bandes indisciplinées, déjà fatiguées par les marches, ils conseillèrent une retraite immédiate. « L'archevêque de Trêves ne vient pas, écrit Jean deWûrzhourg.etnous ne voyons arriver personne des provinces du Rhin; noua avons appris que le roi a reçu de l'argent des villes impériales et les a dispensées de prendre part à l'expédition. Les nouvelles que nous recevons du Brandebourg et des Misniens ne sont pas meilleures ; il vaudrait mieux renoncer à toute tentative plutôt que de s'exposer il un échec certain [!}. » Mais le cardinal-légat et le roi des Romains protestaient contre tout ajournement. Frédéric, convaincu lui aussi qu'il courait k une défaite inévitable, se serait mis, en se retirant, dans une position des plus délicates : il avait de redoutables ennemis, son alliance avec la Pologne inspirait des soupçons même k ses partisans, Sigismond ne manquerait pas de l'accuser de tiédeur et même de connivence avec les hérétiques; qui sait s'il n'irait pas, Comme le lui conseillait jadis le duc d'Ingolstadt, jusqu'à enlever à Frédéric le Brandebourg 1 Mieux valait un désastre qu'une retraite honteuse. Il traversa la Sumava et arriva à Tachov ; il n'avait avec lui que quelques milliers de soldats, mais il comptait sur les Mianîens qui guerroyaient dans le Nord de la Bohême et sur les seigneurs catholiques ; le parti royal était encore assez fort dans le Sud et l'Ouest, où, gr&ce aux secours de Plzen et de Budejovice, Ulrich de Rosenberk, toujours bîittu, jamais soumis, tenait en échec les Taborites ; vers le Nord, les seigneurs de Steinberg, de Plaueu, Frédéric et Hanus de Kolovrat reconnaissaient pour chef le vaillant et habile Nicolas de Lobkovice. Mais c'était un mauvais moment pour s'adresser aux seigneurs ; Sigismond venait de révoquer toutes les donations qu'il leur

0) Riedel, p. tu. - iO sept. 1422.

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avait faites, et ce décret, bien qu'il ne fût pas exécuté, avait laissé chez ses partisaos une extrême irritation. Aucun renfort n'arriva de Bohême à Frédéric, et il apprit que le margrave de Misnie, dont la position n'était pas moins critique, battait en retraite : il n'avait guère que 3000 chevaux; Magdebourg, la Saxe, les princes voisins ne faisaient aucun préparatif (1}, les fourrages devenaient rares, et il eût été très imprudent, dans de telles conditions, de s'engager plus avant dans ie pays. L'électeur envoya cependant messagers sur messagers au margrave de Misnie pour l'inviter à revenir sur ses pas. Les assiégeants de Karlov-Tyn n'avaient plus, disait-il, que 4 à 5,000 hommes; ils avaient même renvoyé leur grosse artillerie; il le suppliait donc, en son propre nom et au nom du roi des Romains, de réunir de nouveau son armée ou au moins sa cavalerie, et de revenir vers Petersburg (2). Il courut lui-même près de Most, eut une entrevue avec le margrave, et le décida à reporter son armée en avant; mais, à la nouvelle que les Silésiens qui combattaient avec lui s'étaient déj^ débandés, Guillaume de Misnie oublia ses promesses et quitta la Bohême. L'évêque de Wtlrzbourg le suivit bientôt (3) et Frédéric resta sans autres forces que celles dé quelques seigneurs cèques, qui l'avaient enûn rejoint.

Ce désarroi irritait d'autant plus l'électeur qu'une attaque sérieuse semblait avoir alors des chances de succès. Karlov Tyn tenait toujours et Korybut impatienté et découragé avait emmené presque toute l'armée hussite assiéger Opocuo. La longue résistance de Karlov Tyn avait relevé les espérances de tous les ennemis du prince polonais. Les Taborites extrêmes, ceux que commandait le fougueux catholique converti, Bohuslav de Schwamberg, et qui n'avaient jamais reconnu Korybut, crurent le moment venu de reprendre le gouvernement. Ils s'avancèrent rapidement vers Prague, et sans se laisser arrêter par les propositions des conseillers de la Vieille- Ville qui n'osèrent pas engager le combat, ils entrèrent dans (1) Ri«del, p.4Z3.

(t) An uord da JeechDi''«, dama te cerdt d« Rakonice. (3) Ri*d«t, p. «fO.

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319 — la Nouvelle-Ville qui était toujours le centre le plus ardent du parti démocratique et qui les accueillit avec enthousiasme; ils essayèrent d'enlever la Vieille- Ville par surprise, mais se retirèrentdevantl'attltude énergique desbourgeois et des Polonais. Korybut accourut à la nouvelle de l'audacieuse tentative de Bohuslav de Schwamberg [octobre 1422), et prit des mesures sévères pour éviter à l'avenir de semblables coups de main. Les complices les plus compromis des Taborites avaient pris la fuite, leurs biens furent conûsqués, quelques autres furent arrêtés ; le bannissement fut décrété contre tous ceux qui attaqueraient Witold ou Korybut, Les radicaux tentèrent une dernière fois la fortune: la foule délivra les Taborites retenus en prison, mais l'émeute fut vaincue et cinq des coupables furent condamnés et exécutés sur le champ (1).

Ces exécutions marquaient la rupture définitive de Kory but et des Taborites: il ne régnait plus par eux, il dut régner contre eux et il essaya de donner satisfaction aux Utraquistes. Leur rêve, h eux, c'était la réconciliation avec l'Église ; comme Witold, ils ne voulaient pas rompre avec Rome, mais fonder avec sa permisaion et sous son autorité une Église nationale slave. L'électeur de Brandebourg, d'autre part, n'était nullement hostile à une politique de compromis et de modération ; en 14SZ comme en 1420, il croyait qu'il fallait renvoyer k un concile les questions religieuses et que ce ne serait pas trop payer la paix que de permettre la communion sous les deux espèces. Des négociations s'ouvrirent à Ksdan entre Frédéric|et K.orybut, mais malgré la bonne volonté réciproque des deux partis et bien que par une singulière fortune les représentants de la politique de conciliation se trouvassent à la fois au pouvoir en Allemagne et en Bohême, les pourpalers n'aboutirent pas. Ils servirent du moins à sauver Karlov Tyn, qui conclut avec lea Hussites ime trêve d'un an.

Ce fut le seul résultat de la croisade. Frédéric resta encore deux ou trois mois en Bohême, il cherchait à organiser la guerre < de tous les jours >. De temps en temps on voyait

(1) Sur cei éTénemants, t. 8ta.*i letopisoTa, p. M-55.

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arriver d'Allemagne quelques centaines d'hommes, sans ordre, presque sans armes, qui s'en retournaient après avoir brûlé quelques villa^s et ramassé quelque butin. L'anarchie était plus grande que jamais dans l'Empire ; Frédéric n'avait plus d'argent, le pays épuisé ne pouvait plus nourrir son armée ; d'ailleurs sa présence était nécessaire dans ses propres états, it évacua la Bohème, sans que les Hussites daignassent inquiéter sa retraite. Sigismond triompha de son piteux échec, lui renvoya ses anciens reproches de tiédeur : en réalité, l'électeur avait fait tout ce qu'il était humainement possible de faire ; si l'expédition se terminait aussi misérablement, la faute en était, non pas à lui, mais h l'Empereur et à l'Empire. La désorganisation, ladivisîon, l'affaissement de l'Allemagne étaient tels qu'elle n'avait pafl même été émue par la menace de ce grand empire slave qui se formait à ses portes ; si elle échappa k cet immense péril, elle le dut non à ses propres efforts, mais aux fautes de ses adversaires.

Sigismond, malgré les promesses formelles qu'il avait faites à la diète de Nuremberg, n'avait pris aucune part h la croisade de 1422 ; il préférait en somme la victoire des Hussites à celle de l'électeur de Brandebourg ; uniquement occupé des moyens de punir l'abandon de son ancien ami, il négligeait complètement les affaires bohèmes pour la question polonaise et concentrait tous ses efforts dans la forma, tion d'une coalition contre Wladislav de Pologne. H avait empêché le grand-maître de l'Ordre Teutonique de ratifier la paix de Melno-See, signée quelques mois auparavant, e^ lui cherchait partout des alliés ; au commencement de 1423, le roi des Romains, les chevaliers Teutoniques et les Silésiens signèrent une alliance offensive et défensive contre Wladislav. 11 ne s'agissait de rien moins que du démembrement de la Pologne. Sigismond reprendrait la Podolie, la Moldavie, ^a Lodomérie et les territoires qui avaient été autrefois rattachés h la Hongrie ; les Silésiens et l'Ordre, les provinces qu'ils avaient perdues. Pour le reste, les vainqueurs en disposeraient d'un avis commun (1). Les envoyés de Breslau (I) Seripl. Nr. SUasiac., VI, p.. 30-31.

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partirent, au mois de février 1423, pour échanger les ratifications. Quel ne fut pas leur étonnemeut à. la nouvelle que Sigiamond allait avoir une entrevue avec Wladîslav. Ils demandèrent des explications, prièrent le roi de les mettre dans le secret, « de leur faire une gracieuse fin » (1). Leur allié se retrancha derrière une impénétrable discrétion, mais les faits parlèrent bientôt assez clairement. Une révohtion politique complète avait eu lieu dans les cours de Pologne et de Hongrie.

Le pape et les électeurs avaient refusé de suivre Sigismond dans sou imprudente politique- Martin V était bien résolu, s'il le fallait, k abandonner l'Ordre Teutonique plutôt que de permettre h Witold de prendre une influence décisive sur Wladîslav, et laissant le roi des Romains poursuivre ses chimériques projets, il s'était surtout appliqué à rendre la direction des affaires en Pologne au parti catholique battu en 1421, Ses lettres exhortaient sans cesse l'archevêque de Gnesen et ses suffragants è. ramener è. tout prix le grand duc de Lithuanie (2) : dans les bulles fréquentes qu'il adressait fe Wladislav et k Witold, il évitait tout ce qui aurait été de nature k les blesser ; il feignait de ne pas douter du dévouement du grand duc, lui représentait seulement de combien de dangers était semée la voie dans laquelle il s'engageait : c'est un singulier moyen de soumettre les hérétiques, disaitil, que de s'unir à eux ; il rappelait à Witold quje son catholicisme était d'assez friche date, sa foi devait être d'autant plus prudente qu'un néophyte est exposé à de perpétuels soupçons (3). Sous cette habile direction, les évoques, secondés par les seigneurs, parvinrent à réveiller les scrupules de Wladislav, et Witold ne déploya pas contre eux son activité et son énergie habituelles. L'expédition de Korybut avait été féconde en désillusions; l'attitude des Taborites, les

(1) Script nr. Silesiac., p. 36.

(S) 14 mai 14». VA. Beit., p. lW-202. Dam nn« wtn I«ttr« (p. £03) : Pnelïioa t'jiuper Polouite dod dciUtimui nosiris «xhortationiba* et prKceptis auimnre

(3) I.etlroB ds Martin V à ■Wladisla» (p. ?05) el & Witold (p. iOO). — Uttiadt Zbjenwt OlesDÎrKUp. 28')).

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réseiree des Utraquistes eux-mêmes avaient blessé le grandduc qui avait espéré plus d'abandon et d'enthousiasme. L'échec des négfociations engagées entre Korjbut et Frédéric lui avait été surtout pénible ; s'il continuait ses relations avec les Hussitea, il rompait avec la chrétienté, Martin V ne le lui avait pas caché, et les menaces ou les prières du pape ne l'avalent pas trouvé indifférent. Il renonça donc, au moins pour quelque temps, h son grand projet d'Empire et d'Église slaves ; c'est un moment décisif dana l'histoire du Huasitisme : abandonné par la Pologne, il ne pouvait plus espérer entraîner h lui toute l'Europe orientale et devait borner ses désirs è. se maintenir en Bohême ; mais c'est aussi un moment décisif dans l'histoire de la Pologne. Ce jour-là, en effet, elle rompait avec les Slaves orthodoxes, ses alliés naturels, elle se condamnait k une politique d'isolement qui la conduisait fatalement & sa perte ; entre l'Allemagne, dont la séparait le sentiment national, et les Slaves de l'Est, dont la séparait la religion, elle oscilla désormais, impuissante et isolée, et ni le courage de ses seigneurs ni l'habileté de quelques-uns de ses rois ne triomphèrent des dangers de la position où elle s'était volontairement mise. Certes les souffi-ances de la Pologne ont été assez longues et ses malheurs assez grands pour expier ses fautes, mais malgré la légitime pitié qu'elle inspire et les sympathies que lui ont acquises l'héroïsme et le dévouement de ses enfants, il n'est pas permis d'oublier qu'elle fut la principale coupable des progrès des Allemands et du recul des Slaves. Heureuse encore la Pologne, si ces terribles leçons du passé lui inspiraient à l'avenir une politique moins étroite et plus habile !

Le triomphe du parti catholique et l'abandon des Hussites supposaient un rapprochement entre Wladislav et Sigismond. Les magnats hongrois servirent d'intermédiaires entre les deux ennemis. Les Magyars n'avaient pour l'Ordre Teutonique qu'une sympathie toute platonique, et aux appels du roi ils répondaient avec iine touchante unanimité qu'ils n'avaient nulle envie de ae faire tuer pour les Prussiens (1). Ils ne montraient même qu'un assez nonchalant désir de re-

(1) Script, rer. 8il«tiac., VI, p. 87.

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prendra les provinces dont Wladislav les avait débarrassés ; ce n'est pas UQ des traits les moins curieux de l'histoire des Hongrois que l'inquiétude que leur ont toujours inspirée les conquêtes excesBives; ils sont trop jaloux patriotes pour ne pas craindre de compromettre leur nationalité en ouvrant leur royaume à des races étrangères ou ennemies. lia eurent une entrevue avec les seigrneurs polonais (nov. 1422), et arrâtèrent les bases d'une alliance entre la Pologne et la Hongre; Witold rappela Korybut, et le prouvemeur général quitta Prague à la grande satisfaction des habitants et de ses propres soldats. Cependant les négociations traînèrent en longueur; Korybut s'était arrêté dans sa retraite et ne montrait aucun empressement h obéir k Witold : il lui reprochait de l'avoir compromis et de l'abandonner juste au moment où il entrevoyait le but ; lesBohêmes de leur côté éprouvaient comme un remords de leur rupture (1) : un rapprochement entre les Hussites et les Lithaaniens n'était pas impossible; Witold n'avait pas renoncé sans tristesse à ses premiers projets et les Russes étaient toujours très favorables aux Cèques. Les seigneuia précipitèrent le dénouement ; Sigismond, Wladislav et Witold eurent une entrevue à Kœsmark (mars 1423). Le roi des Romains abandonna l'Ordre Teutonique et le grand duc, lea Hussites. Il leur écrivit qu'il n'avait jamais eu d'autre pensée que de les ramener à l'ÈgUse romaine, et que, puisque ses meilleures intentions avaient échoué contre leur obstination, il ne lui restait plus qu'il les abandonner à leur sort. Si Korybut ou Hynek, son ambassadeur, leur avaient fait d'autres promesses, ils avaient dépassé leurs instructions et il n'était nullement lié par leurs déclarations; il ne voulait pas se mettre en opposition avec la Sainte Église romaine et tout le monde chrétien (totius christiauitatis unlversitati) ; cependant, s'ils revenaient à de meilleurs sentiments, il leur offrait sa bienveillante médiation (2). Korybut reçut l'ordre formel de quitter la Bohème et une lettre de Zizka, nous apprend qu'il se décida

(i) Urk. BeiL, p. ÏB7.

m nik. BMt., p. S88.

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enfin à obéir (1). Les évoques obtinrent comme preuve et sanction de leur triomphe une série de mesures sévères contre l'hérésie. Un synode tenu k Leczyc s'occupa surtout des Hussites, « Le poison envahit nos provinces, disent les prélats et les seig^neurs, la peste se répand sur notre pays, il faut arrêter le mal avant qu'il ait fait de plus dangereux progrès. * Les relations commerciales avec les Cèques furent soumises à des mesures restrictives, tousles Polonais qui habitaient la Bohème, durent être revenus avant l'Ascension de l'année suivante; toute personne arrivant de Bohême fut examinée par un tribunal de l'inquisition et tenue de prouver l'orthodoxie de ses croyances; les livres cèques furent proscrits, les étudiants et les professeurs de l'Université de Cmcovie tenus d'abjurer par un serment solennel les opinions de Huss et de Wiclif. D'autres lois eurent pour but de donner quelque satisfaction aux désirs de réforme : on rappela aux prêtres et aux moines qu'ils étaient obligés de porter le costume de leur ordre et la tonsure, sous peine d'être dépouillés des privilèges ecclésiastiques (2) ; on les invita à une vie régulière et pure. Ces ordonnances, si elles ne détruisirent pas l'hérésie, en arrêtèrent au moins le développement et de ce jour le catholicisme ne fut plus sérieusemeot menacé en Pologne.

£n 1433, ânit la première période du Hussitisme, celle qu'on pourrait appeler la période d'établissement. Les papes avaient dans leur lutte contre l'hérésie deux alliés naturels : Sig-ismond, dont elle ruinait l'autorité ; l'Allemagne, qu'elle menaçait d'un démembrement et dont elle pouvait gagner les peuples à, la révolution. Sigismond avait essayé de vaincre les Hussites en se servant des Bohèmes restés fidèles au cutholicisme, il avait honteusement échoué. Les princes de l'Empire étaient alors entrés en lice pour réparer une défaite qu'ils attribuaient à la négligence ou à l'incapacité du roi ; ils n'avaient été ni plus habiles ni plus heureux : leur première tentative s'était terminée par la fuite honteuse de

(1) ArchÎT ceskf, III, 308.

(!) Micbala Vitiniewskiago history.i literalur; polskjej, p. 6S, 4SI, «le.

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leurs 200,000 soldats qui n'avaient pas même osé attendre t'arriTée de ^izka ; leur seconde expédition avait eu à, peine an commencement d'exécution. L'AIIemagrne restait impuissanté, divisée, absorbée par ses guerres intérieures, et elle allait pendant plusieurs années assister inactive et indifférente aux péripéties du drame qui se jouait & ses portes. Les Hussites de leur côté, victorieux sur les champs de bataille, avaient éprouvé une grave défaite diplomatique. Maîtres incontestés de la Bohême, ils avaient espéré un instant entraîner à leur suite tous les Slaves du Nord et former par leur union avec les Polonais et les Russes un empire puissant et durable, mais l'habileté de la cour romaine, le décourag-ement de Witold et surtout l'habileté des évâques et des seigneurs polonais araieat déjoué leurs desseins. Invincibles chez eux, ils étaient confinés dans leur propre pays ; leur activité, qui aurait eu besoin de se répandre dans le monde, allait s'user sans gloire et sans profit dans de cruelles guerres civiles, jusqu'au moment où un chef nouveau essaierait de reprendre le rôle que Nicolas de Huss était mort trop tôt pour remplir et que ZLeka n'avait pas compris, et les lancerait sur l'Allemagne. * En 1423... s'ouvre une période de plusieurs années de combats intérieurs en Bohème et en Allemagne » (1).

(1) Kôaig SifjXttniid nnd dia ReiehBkriege SfC"' ^^ Hiiuiteo bis luni Aaa- |«ng dee dhtt«D Kriagsiugi. (Fried. toq Bezold, Munich 1872, p. 135). — Cae de* inODOgr&phieB laapLui remarquableaqai aient paru anr ceiqueetioDs.

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