‹ Huss et la guerre des hussitesChapitre 20 sur 32 · PROCOPE LE GRAND ET KORYBUT · texte numérisé non relu

PROCOPE LE GRAND ET KORYBUT

Le parti radical se réfugie dans les rangs de l'armée. -- Victoire d'Usti. — Les négociations de Earjbut. ~ Les ultra-modérés et lu TJtraquistea zéléa ; Bokycaiia. — La quatrième croisade. — Eorybut expulsé de Bohême.

Ua nom résume la seconde partie de la guerre des Hussites : celui de Procope le Grand (1). Comme Nicolas de Hum et Zicka, il ae rsttacliait à la petite noblesse; il étEÙt parent d'un riche marchand de Prague, à la suite duquel il parcourut la plus grande partie de l'Europe et alla jusqu'à Jérusar lem. De retour, il fut ordonné prêtre, de là son nom : Procope Holy, Procope le rasé. C'était le moment de la grande agitation religieuse qui suivit la première croisade. Il s'attacha & Martin Loquis et faillit payer de sa vie ses convictions picardes ; mais la persécution ne re&oldit pas sa foi et il resta jusqu'au dernier jour de sa vie ûdële aux croyances hardies de sa jeunesse. Dans les premières années de la guerre, son rOle est assez effacé; son influence, quoi qu'en disent les chroniques, ne dépassait pas celle de la plupart des autres prêtres; il était instruit, éloquent, ardent à la lutte, non fanatique ni intolérant ; aussi fermé dans ses croyances que Zi«ka, mais très-supérieur à lui par l'audace de l'esprit et la largeur des idées, il représentait la Réforme

(1) On l'&ppelait Procope là Qraad pour U dietiagnei d'an ctuf dei Or^ plMliof, Proeop« le Pelit. Hoanm. Coneil-, I, p, 311.

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dans ce qu'elle avait de plus élevé, de plus fécond et de plus humain (1). Son génie militaire était peut^tre inférieur à celui du premier général taborite : il trouva une armée admirable, agruerrie par plusieurs années de combats et de victoires, bien disciplinée et munie d'une artillerie fonnidable ; il employa du moins avec une remarquable habileté le merveilleux instrument que lui laissait Zizks.. La rapidité de ses mouvements, la sûreté de son coup d'œil, sa hardiesse dans l'attaque et sa fermeté dans la retraite permettent de le comparer sans désavantage au vainqueur de Vitkov et de Nemecky Brod.

Mais il ne combattit jamais que malgré lui : ce victorieux n'aimait pas la guerre. Le but qu'il poursuivit sans arrièrepensée et sans rel&che, qu'il proposa k l'enthousiasme et à la fatigue de la Bohème, ce fut la paix, non pas cette capitulation que les Utraquistes voulaient acheter & force de renon- . cernent et de soumission, mais une paix glorieuse et sâre. telle qu'elle convient à un peuple fier et généreux: il ne voulut pas la marchander, mais la conquérir & coups de victoires. Pour cela, il fallait changer de tactique, passer de la défensive à l'offensive. Les succès prodigieux des Cèques avaient sauvé le Hussitisme, mais purement défensife, ils n'étaient pas de nature à iirracher aux catholiques de sérieuses concessions. Procope résolut de porter la guerre chez les ennemis, de les poursuivre sur leur propre territoire, de les contraindre par ses expéditions et ses ravages à implorer eux-mêmes une transaction. Cette politique lui était imposée non seulement par la désolation et la ruine du pays» mais par la situation des partis. Au milieu de leurs désordres et de leurs trahisons, l'armée seule avait conservé intacte la foi révolutionnaire des premiers jours: pour sauver la Réforme, on ne pouvait s'appuyer que sur elle, elle passait au premier rang; elle ne défendait plus seulement le Hussitisme, elle le dirigeait. La politique d'une armée ne peut

(1) Son éloquence, sa Tervp, ea franchÎEs exerçaient sur tous ceoi qui se trouvaient en rapport avec lui un charme irràiiïlibla. c Plvs jd paris avec Tout, lui dit ie cardioat Julien, et plue mon cceur est porté Ton toui a. (Mon. Concil., I, p. 311).

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dtre qu'âne politique beliiq^ueuse. Comme leur général eopendant, les soldats de Procope n'eurent d'abord qu'une pensée, conquérir la paix il force de triomphes.

Quelles seraient les bases du traité à conclure? Ici les opinions se divisaient: les uns se seraient contentés d'une transaction qui aurait garanti leur liberté religieuse et permis k la Réforme de sq répandre sans obstacle en Bohème ; d'autres, plus ardents, rêvaient d'imposer la véritéà l'Église entière, de la ramener à l'Évangile (1). Entre ces deux opinions, Procope hésita, trop convaincu pour ne pas désirer répandre ses croyances, trop éclairé pour vouloir imposer sa foi. Sur un point dû moins, il n'y avait aucun doute dans 8on esprit: n'acheter le pardon de l'Église par aucune transaction humiliante ou dangereuse ; aussi opposé à la capitulation qu'à la guerre à outrance, il renonça à toute pensée de traité, le jour où il comprit que Rome n'abandonnerait jamais l'espérance de détruire l'hérésie. Étrange destinée que celle de ce général qui n'a d'autre rêve que la £n des hostilités et qui meurt en combattant le parti de la paix !

Nous conuoissons assez mal les idées politiques et sociales de Procope, mais les manifestes des Taborites et les discus-

(t) Cm contradictioiu at oti hiùtatioiM m retroaTant daaa 1m nuwifMtN liboritM ; daoi qnelqnM-nns, 'At Mmblent pTendre ane podtion poNinsnt difenÛTa : ■ 3i 1m homme* Teulent nous fûra une guerre friTola, Doua appelleroDi à Dotre lecoura Diau at pa viriti, aoxu Ift aouliandrona et la défaadroni juBqn'&l& mort >. (Moanm. ConciL, I., p. ISS.Haniretla dMTabo* rilMSiii Allem&ada). La déclaration da PiMk (février 1426> e«t encore plua prédse; il* Tentent défendre k Bohême contre tou* lea étranger* etisa rio- UnUqui maDMOQtDieuet la foi, maiilagverrequ'ilatoutisnnant pourl'Ecritare, il* la anbiasenl, ila ne la rectierchent pas; tout ceux qui caiieront da lei opprimer et de lea accuser d'héréiie, tou* ceui qui accorderont U liberté de la p«role de Dieu, n'auroot k redouter aueuna attaque da Isor part ; ils prieront pour eux, afin que Dieu leur accorde la coanaisianea de la vérité; (ArdÙT ceikf, III, p. 259 at sq.) Dans d'autres dédaralioni au contraire, il *«l impoaaible da na pa« reconnaître nue tendance très natte au prosèljiitme, une grande passion de prepagande ; ils déclarent qu'iU regardent comme un detoir sacré de répandre la vérité chet toute* lea nations {Hon.Conc., II. p. OO), et aillear* (p. 437): a Noua combattons pour procurer la paix i. l'Eglise uniTerMllo Sur un point, ila sont d'accord, il* n'ont jamais cessé de désirer et de recheccber l'uniuo (ij., p. 419. — Urkund. Beitr., Il, p. 129, manifaste du 21 janvier 1431), mais ilt venUai ao réconcilier avec l'Égliie et non se sonnettre i^ elle.

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^4 — fiions du concile deBâle nous prouTent que sur ces qoestions aussi, il fut Picard jusqu'à sa mort. Fort irrités de leur échec les radicaux n'avaient pas cependant oublié leur premier programme ; ils étaient résolus seulement cette fois à rompre avec les nobles et les bourgeois, alliés dangereux qu'ils rendaient responsables de leur insuccès, et à s'appuyer sur le peuple seul pour fonder le gouvernement populaire. La guerre allait, pensaient-ils, leur en fournir les moyens: l'armée devrait k ses victoires le prestige et l'autorité nécessaires pour établir sur des bases inébranlables un régime démocratique. Sans doute, il fallait prévoir une opposition redoutable, mais les < communes de combat > ne reculaient pas devant les moyens extrêmes et s'habituaient à la pensée d'imposer l'égalité par des supplices et la liberté par la terreur (1). Procope n'acceptait sans doute pas sans restriction les projets révolutionnaires, mais il espérait du moins, en battant les Allemands, écraser la réaction à l'intérieur et cherchait dans la guerre offensive l'affiranchissement politique comme la reconnaissance de la liberté religieuse. Il fallait avant tout défendre le Hussitisme contre les dangers qui le menaçaient à l'intérieur même du royaume. Les années d'anarchie qui avaient suivi la mort de Zizka avaient singulièrement compromis les succès du parti réformateur : non-seulement la Silésie et la Lusace étaient complètement séparées de la couronne, mais la Moravie, qui passait avec une inquiétante indifférence du Catholicisme à

(i) Quelques Taboritei forment tinai le projet de se mer i l'improfitte

•ur lei baron», de let égorger ou de les bannir. On convoquer» ensuite nne diète qui Totera une constitutiou nouTelle. — On n'épargnera même pai les TaboriteB luapecti de modârantisme. (Mon. Coneil., I, 5iX, 33). — De« (WDseiU eeereu se forment et décident l'eiterminaliaa de tous s les groupes non fntenieli. > — > Nous roulons à l'a* enir veiller stsc soin à ue pu ■ouffrir dans notre conseil ou dans n'importe quel emploi des nobles on des personnes de haute naisBanee, pour qu'ils ne puissent pLus nous tromper, comme ils l'ont fait jusqu'à- présent » (Id., p. 5îP). — Cp. BeHold (p. 15), Krununet (Utraquistea und Taboriten, p. 82). Sigismond écrit à Ulrich ds Roaenbert, immédiatement après la bataille d'Usii, c'est-à-dire au moment où le poUTsir de Procope est reconnu par tous les radicaux : Tout le luonds peut reconnaître que le but des hérétiques est de se débarrasser de loi et ds

tous les autres seigneurs TJnissez'Tous donc, pour ne pas tous laisser

prendre honteuHment Totre bien par cetta populace. (Arcb. e., 1, 27),

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rUtraquisme, Bemblait destinée h devenir la proie de l'actif et ambitieux Albert d'Autriche. Dans la Bohâine mâme, bien que les Hussites fussent victorieux dans la plupart des rencontres, les catholiques et les royaux reprenaient haleine et se réorganisaient. Plusieurs villes, qui . avaient promis d'accepter les quatre articles, refusaient de tenir leurs engagements ; un grand nombre de seigneurs, sûrs désormais qu'on ne leur enlèverait pas les biens ecclésiastiques qu'ils avaient usurpés, montraient pour le Hussitisme une froideur qui présageait une défection prochaine, et négociaient avec Ulrick de Rosenberk ou Nicolas de Lobkovice; Plzenet Budejovice, souvent vaincues, n'étaient jamais soumises, et leur résistance était d'autant plus gênante qu'il était impossible d'eqvojer contre elles des forces sérieuses, les meilleures troupes étant occupéesàtenir tète aux princes étrangers. S'il n'y avait plus en eSet de grandes invasions, les Saxons, les Silésiens, les Autrichiens, les Bavarois et les Misniens n'avaient pas interrompu leurs rapides incursions, brfUaient les villages ou les petites villes, dévastaient le pays et poursuivaient avec une heureuse persévérance le morcellement de la Bohâme à leur profit. De tous ces ennemis, nul n'était plus redoutable que le margrave de Misnie, Frédéric le Belliqueux, qui, quelques années auparavant, avait reçu du roi des Romains l'électorat de Saxe et qui, sans bruit, sans éclat, étendait peu à peu ses conquêtes sur le versant méridional des montagnes.

Dès que le colloque de Pisek eut rétabli quelque union parmi les Taborites, une partie de l'armée alla, dans le Nord de la Bohême, s'emparer de Duchcov après un sanglant combat, et vint mettre le siège devant Usti, sur l'Elbe. Vivement pressée, la garnison misnienne demanda des secours, et Frédéric le Belliqueux, qui était alors à Nuremberg oii était réunie une diète impériale , supplia les princes allemands de lui envoyer des renforts. Mais la lenteur germanique était assez connue pour que le margrave ne se fiât qu'à demi aux promesses des électeurs. Sa femme, Catherine, s'adressa aux seigneurs et aux villes voisines, et la Saxe, la Thuringe et la Misnie fournirent une

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armée de 70 à 80,000 hommes. L'armée de siège que commandait Jakoubek deVreaovice était trop faible pour soutenir seule le choc de troupea si nombreuses ; Praguois, Orphelins et Tahorites se réunirent contre l'ennemi. Sigiamond aviùt conclu quelques moi» auparavant une alliance avec la Misnie et l'Autriche, et une défaite des Cèques aurait amené une înTasion immédiat» des Autrichiens et des Silésiens. Korybut commandait les Praguois ; Procope le Grand, les Taborites. Avant d'engager le combat, les Bohèmea envoyèrent des parlementaires aux Allemands, pour leur proposer d'épargner les prisonniers ; les Misniens repoussèrent dédaigneusement leur demande : ils ne faisaient pas grâce i, des hérétiques. C'était un dimanche (16 juin 1426), les Huasites voulaient remettre la bataille au lendemain, pour ne pas profaner le jour du Seigneur, mais les catholiques craignirent de laisser échapper les Cèques et les attaquèrent sur le champ. Leur premier élan fut si furieux qu'ils enlevèrent la première ligne des voitures, mais ils furent alors pris en écharpe par l'artillerie ennemie, < qui ouvrait des rues dans leurs rangs > (l), et se replièrent en désordre; Les Hussites se précipitèrent aussitôt en avant de leurs retranchements, enfoncèrent les bataillons déjà ébranlés et poursuivirent les fuyards pendant plusieurs lieues. Ils ne firent aucun quartier. Des monceaux de morts couvraient le champ de bataille, dit le chroniqueur, comme les gerbes de blé jonchent la campagne après la moisson. Plus de 18,000 Allemands périrent dans le combat ou dans la déroute : les voitures, les tentes, les bagages tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Pauvres gens, disaient les Bohèmes, qui sont morts excommuniés, puisque, malgré les défenses du pape et ses interdits, ils nous ont apporté un si riche butin. Alors me vint h l'esprit, écrit André de Ratiabonne, ce passage de Saint Augustin : si quelqu'un entreprend une guerre juste et qu'il remporte la victoire en rase campagne ou par des stra-

(1) Andréde RatUbonne, Diarium Seiennale, p. 27. Le récit d'AadrA e*t haaueoup moiai complet et moiDB eiaetqu« eeluides Slanletop., p. 67-6?. — Cp. une letlm dn eonaeil de Nuremberg, une lettre de l'éTéqae de BrMUa, «t iioe lettre da ewdinal légat Oraini (Urk, Beit. , p. 464 et 460) .

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tagimea, nelarapporte-t-on pas à la justice? De même alors, quelques-uua disaient que la défaite des Misniens était une juste punition de Dieu, parce que les Misniens pendant cette expédition avaient maltraité le pauvre peuple, même les catholiques, avaient profané le monastère de Toppl (I), maltraita les vierges du Seigneur et foulé aux pieds les images des Saints et le Corps vénéré de Notre Sauveur.

Procope le Grand avait joué un rôle décisif dans la victoire d'Usti: les Taborites ne lui marchandèrent pas leur confiance et, avec le simple titre d'Ancien ou de Directeur dbs communes travaillant en campagne, il exerça jusqu'il sa mort une autorité incontestée sur tout le parti radical. Mais, pour qu'il pût essayer de réalissr ses plans, il fallait que sa direction fût acceptée par tous les Eussites, et le lendemain même de la victoire, les divisions éclataient. Procope conseillait de poursuivre les vaincus et de profiter de la terreur que leur désastre avait répandue dans l'Empire, pour envahir la Saxe ; déjà Erfurth, lena. Halle, Magdebourg mâme croyaient voir les Cèques à leurs portes et prenaient des mesures de défense. Pourquoi laisser aux Allemands le temps de se reformer et ne pas jeter de l'autre côté de la frontière les troupes que l'on avait' sous la main i N'était-ÏI pas juste et nécessaire que les croisés apprissent à connaître eux-mêmes les maux dont souffrait la Bohême î Sans doute, les invasions avaient toujours été repoussées, mais que de Tilles et de villages brûlés, que de fidèles massacrés, que de campagnes ravagées ! Attendrait-on que la famine fût complète? Déjà le pain manquait, le sel aussi (2). Pourquoi ne pas réapprovisionner par des sorties cette immense citadelle autour de laquelle les bulles du pape établissaient un rigoureux blocus ? Ces propositions furent accueillies avec enthousiasme par les radicaux ; depuis le commencement des hostilités ils soutenaient la nécessité de l'ofiensîve, et un de leurs prêtres, Ambroise de Kralové Hradec, démontrait dès

(1) Prii d'Uni.

(OUrk. Beit., p, 497.

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1421 les avantagres de cette politique. Mais les modérés écoutèrent en murmurant le discours de Procope ; ils espéraient que leurs victoires défensives suffiraient à décider le pape k leur faire les concessions très modestes dont ils se contentaient, et ils craigfnaient surtout, non sans raison, que les expéditions lointaines et les succès éclatants no donnassent une trop grande influence è. l'armée ; les deux partis faillirent en venir aux mains, et les Taborites, abandonnés par leurs alliés, se contentèrent de faire le siège de quelques châteaux et attendirent que les événements eussent prouvé l'inanité et te danger des négociations.

Au moment même où les radicaux triomphaient des divisions qui les avaient quelque temps affaibUs, les divergences qui avaient toujours existé dans le sein du parti modéré s'accentuaient : les uns, plus dévoués à la Réforme, désiraient se rapprocher du roi des Romains, qui pour prix de leur soumission les aurait soutenus contre l'Eglise; les autres, plus efijrayég des périls d'une réaction royaliste et allemande, cherchaient leur point d'appui à Rome, et satisfaits de quelques concessions apparentes, étaient prêts à confesser leurs erreurs et à implorer l'absolution. Ils pensaient qu'en retour Martin V abandonnerait Slgismond, pour lequel il ne montrait d'ailleurs qu'une trèâ froide sympathie et donnerait la couronne & un slave ; le candidat désigné était Slgismond Korybut, et il était naturellement & la tête du parti de la paix avec Rome.

Il laissa d'abord les Praguois et les nobles Utraqulstes nég^ocier avec Siglsmond. A plusieurs reprises, des messages furent échangés, des ambassadeurs envoyés, des conférences convoquées ; mais le roi de Hongrie, lié par sa position et son titre, était tenu à une réserve d'autant plus grande que son inaction l'exposait déjà aux plus graves soupçons. Sourdement irrité contre Martin V, il évitait cependant avec une extrême sollicitude de fournir de nouvelles armes à ses ennemis. Aussi, même au moment oii il se prononçait pour La paix et recevait les envoyés hussites, il faisait des réserves, pensait surtout à ne pas se compromettre, consultait le légat, annonçait partout qu'il ne renonçait pas à en

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appeler aux armea (1), Il était naturel qu'avec de pareilleB dispositions, l'accord n'avançât guère. Des conférencea & Brao (2) restèrent sans résultat; les négociations recommencèrent au mois de décembre 1425 : cette fois, le roi ae coatenta de répondre qu'il était prêt & transmettre au pape les demandes des Cèqnes (3). Uns plus longue obstination ne se fût guère comprise après ces éctiecs multipliés, et en 1428 les partisans du roi des Romains étaient complètement découragés. Ulrich de Roaenberk qui avait peu a peu pris en Bohême le rôle de vicaire royal, ae fatiguait d'un dévouement inutile et ne songeait qu'à faire sa paix avec les hérétiques.

C'était le moment qu'avait attendu Korybut. Averti par son premier échec, il s'était efforcé de rassurer toutes les craintes, avait dissimulé son ambition, attendu du temps le succès qu'il avait voulu brusquer lors de sa précédente expédition : la fatigue, les divisions uniraient par lui livrer la Bohême épuisée. Il s'était concilié les classes aisées en travaillant à rétablir l'ordre, en veillant à l'émission d'une meilleure monnaie ; les seigneurs utraquistea avaient accepté son autorité, les catholiques étaient prêts à se rallier h lui sur un ordre du pape. Il crut l'instant favorable et écrivit h Martin V, pour lui demander de recevoir la Bohème dans le giron de l'Église; hussîte d'occasion et révolutionnaire par aventure, il faisait bon marché de la Réforme, convaincu que toute transaction serait acceptée avec joie par le plus grand nombre. Ce qui coutribua k lui persuader que la Bohème était lasse jusqu'à l'apostasie, ce fut le développement d'un parti qui avait grandi à Prague aous sa protection. Effrayés par les doctrines taborites, quelques Calistins, préoccupés surtout du déair de ne pas s'éloigner du Catholicisme,

(1) Sigiismoad éent au roi do Pologas (féT. ilSj] : Nous e«pironi qua nom en trourerona beaucoup disposas à demauder mersi, maii il ajoute atuaitdt : Nom ae néslisaroaa pas pour cela les prâ[)a.ratifa da U iirochaine cipâditioa •t Dou* appelons & notre aide contra les rebelles !es princes, les électeurs et toute l'Allemagne.

(£) SigiMuond arait tn. soin de demander l'antorisatioa du Ugat, (3) ArchiT ceik;, I, U, £S.

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— 300— ' avaient reculé en deçà de Huss. Procope de Plzen et Jean (le Pribram s'étaient mis àlatête de ce groupe ultra-modéré, et ils avaient recruté h Prague de très nombreux adhérents. Tous ceux qui avaient embrassé l'Utraquisme par crainte plus que par conviction, tous ceux qui étaient tourmentés par ce besoin de repos qui devient, dans certains cas et chez certains hommes, une passion furieuse, accueillirent avec empressement le moyen de salut qui s'offrait à eux. Déjèi quelques personnes commeoçaient à blâmer les sécularisations, nommaient impies et sacrilèges ceux qui retenaient les dîmes ou détenaieot les biens du clergé. Elles vénéraient encore le nom et la mémoire de Huss, mais dénigraient quelques-uns de ses disciples les plus remarquables, Pierre Payne surtout, un des prêtres Orphelins les plus instruits et les plus éloquents, et attaquaient avec violence les ouvrages de Wiclif l'étranger (1). Non-seulement les ultrar-modérés conservaient presque tous les rites et les cérémonies de l'Église universelle (2), mais l'explication qu'ils donnaient des quatre articles de Prague leur enlevait toute signification. Ils se séparaient sans doute encore de Rome sur certains points, communiaient sous les deux espèces, lisaient en cèque une partie de la messe, mais ils n'en avaient pas moins rompu dès lors avec le Hussltisme, en abandonnant l'idée maltresse de la Réforme, l'indépendance de la conscience individuelle [3).

Martin V comprit tout l'avantage qu'il pouvait tirer des dispositions morales du parti de Korybut et accueillit très favorablement ses ambassadeurs. Il déclara qu'il était prêt à leur donner audience, s'ils étaient autorisés à se soumettre k sa décision (4). Wladislav et Witold, très irrités alors contre Siglsmond (5}, encourageaient Martin Y dans ses bonnes

(t) Hdr., 1,140.

(ï) Procbuka, 3£t'349,34?-347 et tarloul Uonam. C^ncil., p. 741.

(J) Proehaïka, p. 3!8.

(t) Caro, libw Cancallarin, n* 104.

(5) A propos do t'affiùra da» iams da MaioTÎe, qua Sifigmoad anût poa«ai) ik M dActarar indépendants.

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dispositions. Korybut était appuyé avec non moins d'énergie par les quelques Allemands qui étalent restés en Bohême, et les A llemands des provinces voisines s'apprêtaient à le soutenir. Déjà les états de Silésie avaient formé & Strehlen (14 fév. 1427) une ligue, qui avait surtout pour but de lui fournir des renforts contre la résistance prévue des Taborites (1). Mallieureusenient, malgré la fatigue des Utraquistes, ils ne se rallièrent pas au parti de Procope de Plzen: la très grande mqorité repoussait toute idée d'abjuration. En face des ultrar-modérés, se constitua le parti des Galiztins ardents, résolus k ne pas dépasser les quatre articles, mais h n'en rien abandonner, et ils prirent pour chef Rokycana, dont l'influence n'avait cessé de grandir.

Rolcycana a été jugé de façons très diverses : si tous les historiens sont d'accord pour rendre hommage à ses éminentM qualités intellectuelles, les uns ne voient en lui qu'un ambitieux qui sacrifia son parti au désir d'être nommé archevêque de Prague (2) ; les autres, sans nier les fautes qu'il a commises, ne mettentpaaen doute sa sincérité. En somme, Rokycana n'abandonna aucun des principes essentiels de la Réforme, et l'éloquence, l'ardeur et la fermeté qu'il mit au service de son opinion, le courage avec lequel il souffrit pour elle la persécution et l'exil, la haine même dont le poursuivirent les catholiques, montrent que les Utraquistes avaient cltoîsi en lui un chef digne de leur confiance et de leur respect. Il dut le tort seulement de se croire indispensable : lui seul, pensàit-il, était capable d'empêcher & la fois la réaction et de contenir les radicaux (3). Il fut ainsi conduit à confondre sa propre cause avec la cause de la Réforme et crut fermement travailler à la victoire du Hussitisme en travaillant & sa grandeur personnelle. Il ne sacrifia pas sa foi à son ambition, mais les unit si étroitement qu'il est impossible de savoir ce qu'il désirait le plus : le trtomphe de la

(1) Script, rer. SilMioc-, p. 51.

(S) Cette opinioD m'a £(A eipriméa aurtout &Tec Autant da adenca que de coDTietion par un éminent profeaseur de Pragua, M. Toonar.

(3) Sorget lecta Pigardorum : quù daBtBraetor erit boram, aut quia hos (gieietf {Hôf., n, p. 634).

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Réforme ou sa propre nominatioD à rarcherâché de Pra^e. Ambition lég'itime et honorable, dira-t-on. Sans doute, maia l'ambition la plus pure entraîne bien des transactions et des faiblesses. Non-seulement on peut reprocher & Rokyeana de n'avoir pas compris que rejeter absolument tout ce qui dépassait la lettre des quatre articles, c'était frapper de mort l'ceuTre de Huss, mais il est permis de se demander si la rigueur arec laquelle il se prononça contre les radicaux ne lui fut pas dictée par le désir de se faire agréier par la cour romaine, de se rendre possible. Rokycana fut un patriote sincère, un prêtre convaincu, mais ce fut aussi un chef de parti des plus souples. Hic multis placuit, placeattibi, rector Olympi (1), diar.it l'inscription qui fut placée sur aon tombeau: oui, il plut h beaucoup de gens ou du moins, il voulut leur plaire ; le m^tre du ciel a pu oublier ses calculs personnels pour ne se rappeler que son zèle, sa foi et ses souffi-ances, mais l'histoire est moins indulgente ; elle ne le rejette pas parmi les traîtres, mais ne le compte pas parmi les héros. Son admiration fait des réserves. Cherchez la vérité et la Justice, a dit l'Écriture, et toutes choses voua seront données par surcroît. Rokycana jug«a prudent d'aider un peu la providence ; la postérité l'absout, mais eUe garde ses sympathies pour des combattants sinon plus vûllaots, du moins plus désintéressés.

Rokycana n'héaita pas h s'unir aux radicaux pour combattre les ultra-modérés ; il rallia autour de lui les débris de l'ancien parti de Jean de Zeliv et parvint ainsi, grâce surtout à Jérôme Srol, qui avait un moment gouverné Prague, après la mort du prêtre Jean, à être sûr de la majorité dans la Nouvelle-Ville qui avait hâte de prendre sa revanche de ses dernières défaites. Des lettres de Korybut interceptées ne laissaient aucun doute sur ses intentions : le Jeudi-Saint (1427), Rokycana dénonça en chaire la conspiration polonaise et appela le peuple k l'insurrection. Au son du tocsin, les ouvriers coururent aux armes. Korybut, abandonné par plu-

<1) Cetts iascriptioD e»t RÎtés par M. Krummel, (UlFaquUtaa«i Taboriui) ; M. Knimmal, qui a icrit aar Kokjcaaa quelques pagaa pleinei d» reria, me paraît ud peu «éTère pour loi.

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BieuTS séigr^eure utraquistes, tat arrâté, ^ardé à vue dans le château de Prague et transféré ensuite à Walstein. Jean de Pribram, Procope de Plzen, Pierre de Mladenovice et Cliriatian de Prachatice furent cbEisséa de la ville, et les Polonais qui avaient suivi Korybut, quittèrent la Bohême (1).

Rokycana avait espéré diriger le mouvement ; mais en vain essaya-t^il de se séparer nettement des Taborites et util condamner les doctrines négratives delà Présence réelle, la chute du parti de la paix, rendit les radicaux maîtres de la situation. Procope, débarrassé de son rival le plus puissant, était libre désormais de reprendre ses plans de guerre offensive et il entrt^s toute- la Bohême & sa suite. .4.vant même la chute de Korybut, l'Autriche et la Moravie avaient été envahies et dévastées (2). Les Taborites attaquèrent la Silésie, pour la punir des intrigues qu'elle avait approuvées ou fomentées. Plusieurs villes furent prises et pillées ; une armée silésienne assez forte s'était rassemblée ; elle n'osa rien entreprendre contre les assaillants. Dans ces troupes formées de petits contingents, sans cohésion, sans discipline, sans généraux, le manque d'organisation enlevait tout courage aux soldats. Les Silésiens ne retrouvèrent quelque audace que lorsque les Hussites furent partis ; ils s'avancèrent jusque sur la frontière, puis furent de nouveau pris de terreur, en se sentant si rapprochés des ennemis et revinrent en arrière en toute hâte (3). Les Taborites avaient été rappelés en Bohême par les grands préparatifs de l'Allemagne que le péril imminent semblait avoir tirée de sa torpeur.

Depuis l'échec honteux de la troisième croisade (1422), l'AUemagne avait oublié au milieu de ses guerres intestines ses défaites, ses humiliations et les dangers qui la menaçaient. Des diètes fort nombreuses s'étaient réunies, le pape avait envoyé manifestes sur manifestes et les princes avaient répondu par d'éloquentes déclarations, mais les actes n'avalent pas suivi les paroles. Sigismond, absorbé par la

(1) Swri iBWp., p. 70-71.

(I) HermaiiD Conier, col. 1475.

(3) Id., id., — Script, rer. i:.uuticaraia(p. ^6; OôriiU, 1839).

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guerre contre les Turcs, se désmtéresaait des affliirea de l'Empire, les Électeurs blâmaient avec beaucoup de violence son inaction, mais en profitaient, et Teillalent k ce que rien ne vînt dérang-er l'anarchie. « Ainsi, dit Windecke, après avoir esquissé le triste tableau de ces cupidités et de ces défaillances, les indices Hussites devenaient de plus en plus forts et puissants dans leur hérésie, parce que persouDe ne voulait rien faire contre eux. »

Cependant, les événements se précipitaient en Bohême: la victoire d'Usti, les invasions des Tiborites en Autriche, en Moravie, en Silésie, en Lusace, annonçaient une recrudescence de l'hérésie. L'inquiétude g-agoait peu k peu les esprits. Une grande diète s'ouvrit k Francfort au mois d'avril 1427; le Toi des Romains n'était pas présent, mais la situation ne permettait plus aucun retard et les discussions marchèrent rapidement. Les principales causes des désastres précédents avaient été l'indiscipline des soldats et le manque d'unité dans le commandement; on essaya d'organiser une année solide, bien armée, et d'assurer l'autorité des chefs. Au lieu de réunir comme autrefois les contingents des divers états de l'Empire, on fit abstraction des divisions territoriales ; toute l'Allemagne dut fournir un soldat par vingt hommes valides. On en formerait quatre corps qui envahiraient la Bohème sur quatre points différents (1). Chacun de ces corps serait commandé par un général en chef qui nommerait les généraux en second et les officiers. Les ordres les plus sévères furent donnés pour prévenir ou punir tout acte d'indiscipline : les croisés communieront avec ferveur, iront à la messe tous les jours, se confesseront au moins une foia par semaine. Aucune femme de mauvaise vie ne suivra l'ai^ mée;les querelles, les jeux, seront sévèrement interdite. Dans les marches, on observera un ordre parfait et il sera défendu deserépandredanslepayspour fourrager; tous les vivres seront payés, à moins cependant qu'on ne puisse rien se procn* rer, même en payant. Les meurtres seront punis de mort, h moins que la victime ne soit un hérétique ou un partisan de l'hérésie. Les soldats ne pilleront et ne brûleront les villages (I) VA. B«it, p. 601.

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— 36B — qu'après en avoir reçu l'ordre de leurs chefs (1). Les croisés ne se bornèrent pas h imiter la discipline des Bohèmes, ils leur empruntèrent aussi leur manière de combattre. Les quatre armées allemandes durent se munir de voitures de combat, de canons et de mousquets (2). Le jour fixé pour l'entrée en campagne était le 20 juin. Pendant la durée de l'expédition, toutes les guerres privées étaient suspendues. Un de ceux h qui revenait le principal honneur de ces dispositions, était le cardinal légat, Henri de Winchester, dont Shakspeare nous a laissé un si curieux portrait. Son activité, le prestige que lui valaient sa naissance royale et son illustre parenté, — il était frère d'Henri IV d'Angleterre et oncle des ducs de Bedford et de Glocester, qm gouvernaient l'Angleterre et la France depuis la mort d'Henri V, — ne contribuèrent pas jjen h l'exécution des décrets de Francfort. Sans doute quelques princes n'obéirent pas à la diète et ne se dérangèrent pas de leurs querelles particulières, mais, malgré ces défections, l'armée allemande qui se réunit' & la fin de juin et dans les premiers jours de juillet 1427, était assez forte pour qu'il fîlt permis d'espérer la victoire. Un grand nombre de princes étaient venus en personne : les ducs de Bavière, Jean et Henri, l'électeur de Saxe, Frédéric, l'électeur de Brandebourg, les archevêques de Trêves et de Salz-> bourg ; le cardinal Henri de Winchester avait équipé mille archers anglais, la France avait envoyé l'évèque de Besançon (3) ; tm chroniqueur dit que l'année allemande comptait 80,000 cavaliers et au moins autant de fantassins (4), un autre l'évalue b. 200,000 hommes (5).

(1) WÎDdecIu, c. 146.

(!) Pal«ckj, Urk. Beilr., 1. p. 503-509.

(3) Uoà ein Bischoff von Fraokraich, dit I& chron. de Nurembeis, II, p. 47,

(4) BantM«k, p. IM.

(5) HsTm. Coiner, col. ISTS. Windecka dit &u contraire que l'&rmée était p<a DombreuH: s L'élucleiiF ds BraDdebonrg et l'arctiaïâque da Trères arlÎT^nl vers Tachov et j restârent quelque temps, mai» ils reçurent peu de tmupse des aatres princes et Tillei... Leurs forcea h ttùent trop petites >(cli. 157). Le timoignags deWindecke ns peut paa préTSloir contre les affirmaùcns unauimea des antres chronitueara ; il était alors loin du th^tre des 6véne~

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Les débuts de l'expéditioa furent assez heureux ; les corps allemands, qui avaient franchi la frontière sur divers points, enlevèrent plusieurs petites villes, se donaërent la main et vinrent mettre le siéga devant Stribro. Stribro était assez mal fortiâée ; Pribik de Klenov qui la commandait et Pierre Zmrzlik de Swojsin, qui s'était jeté dans la place à l'approche des croisés, n'avaient guère que 200 soldats, et les murailles, battues par l'artillerie allemande, menaçaient ruine. Stribro était la seule ville du Sud-Ouest de la Bohême qui appartînt encore aux Hussites ; sa chute aurait livré peutêtre pour toiyours cette région entière aux catholiques. Le plan des croisés avait été fort bien conçu : ils étaient entrés dans la province où les royaux étaient le plus puissants et l'hérésie le moins répandue. L'héroïque valeur avec laquelle Pribik et Zmrzlik repoussaient touslesassauts changea bientôt en inquiétudes les espérances des premiers jours- Les ordres de Fraucfort avaient été exécutés au début (1), mais rien n'est plus dangereux pour une armée, surtout pour une armée improTisée, qu'un siège et l'inaction qu'il entraîne ; le pays épuisé ne fournit plus bientôt les vivres et les fourrages nécessaires, les soldats cherchèrent des ressources dans Is maraude; la discipline ne résista pas longtemps à ce régime, et tous les abus qu'on avait voulu éviter recommencèrent. Bien que venus en Bohème pour gagner les indulgences, les catholiques n'étaient pas insensibles aux biens de ce monde ; ils demandaient au moins & rentrer dans leurs frais, aussi ne se contentèrent-ils pas longtemps des provisions de bouche : ils pillèrent les maisons, enlevèrent tout ce qu'il était possible d'emporter, brtllèrent le reste. Les paysans, qui, d'ailleurs, avaient été, de ce côté, beaucoup plus atteints par l'hérésie que les habitants des villes, se retirèrent dans L'intérieur et firent le désert autour des envahisseurs ; les jeunes gens formèrent de petites bandes, massacrèrent les

metita, prioccupé de la Térolution d« Uayenee, et d'aiUenri «od récit, lièi malveillant pour Ut jleeteura, a lUFtont pour bat de dimonMr qu'il* n'ont pai mieux fait que Sigismoad.

(1) Jean da Rieienberk écrit ainsi à Ulrich de Boienberit pour loi noltr b bonne conduite «t l'ordre da l'armis.

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pillards, les isolés; ces surprises, ces meurtres, l'insuccès et le disette inquiétèrent et découragèrent les Allemands. Les capitaines, loin de chercher à maintenir l'ordre, donnaient l'exemple de la désunion et du piUagre. « Le démon, dit Corner, a livré les cœurs des princes & l'arrogance, à l'orgueil de dominer, h la passion d'étendre leurs domaines

de là sont nés des rixes et des difâcultéa, la gloire de Dieu et la défense de la foi ont eu à en souf&ir (1). »

Pendant que l'armée allemande s'affaiblissait ainsi par l'inaction et l'indiscipline, les Hussites concentraient leurs forces. Utraquiates zélés, Orphelins et Taborites coururent ensemble à l'ennemi. Vers le milieu du mois de juillet, Prague vit défiler dans ses murs les redoutables et farouches sectaires dont elle avait plus d'une fois éprouvé à ses dépens la terrible bravoure : les bourgeois de la Vieille- Ville n'ouvrirent pas Bans terreur leur cité i. ces soldats qu'ils avaient si souvent rencontrés sur les chunps de bataille ; mais tous les esprits étaient unis dans une haine commune : il n'y eut à regretter ni rixe, ni désordre. Quelques détachements taborites étaient passés les premiers (2); deux jours après, arrivèrent les Orphelins ; le lendemain, Procope et toute l'armée taborite. Les Praguois partirent k leur tour le 17 juillet. Le 2 eLOÛt, les Hussites se mirent en marche vers Stribro ; mais à peine les Allemands apprirent-ils l'arrivée des hérétiques qu'ils furent pris d'une terreur panique et se débandèrent avant d'avoir aperçu les Cèques. Les fuyards rencontrèrent k Tachov le cardinal Henri de Winchester, qui amenait des renforts. Le légat les arrêta, les supplia de ne pas trahir Dieu et l'Église, qui avait remis son salut entre leursmsdnSileurreprésentalasupérioritédeleursforces: — les Hussites en effet n'étaient pas plus de 30,000 hommes;— ses paroles ranimèrent les courages, et l'année se rangea en bataille. Mais à peine les soldats virent-ils au loin déboucher les Taborites que la panique recommença ; le cardinal se

(!) Col., ,1278.

(S) n s'agit s&as doDte ici de renforts fonntit pur « les cotnmuneB de tra- Tail V, qni na n joignaient n aux eommunM de comb&t ■ que dani le* cas estrim«a.

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jeta devant les fuyards, pria, menaça, s'enveloppa du drapeau impérisl, rien n'y ât et il fut bientôt lui-mdme entrée par le flot irrésistible. « L'armée allemande, autrefois si vaillante, écrit un ecclésiastique brandebourgeois, est infidèle et secrètement favorable à l'hérésie, ou honteusement dégénérée (1). » Les Hussites, laissant le soin de poursuivre les croisés aux paysans qui eu tuèrent plusieurs milliers, revinrent vers Klatov. * La ville avait épuisé toutes ses ressources pour nourrir l'armée allemande et lui fournir ce dont elle avait besoin ; elle manquait d'armes pour attaquer ou se défendre, elle manquait même de vivres ; elle fut prise par les hérétiques et complètement détruite : tous les êtres vivante, hommes et animaux, furent mis à mort. Et ce malheur vint de l'ambition des princes, car s'ils avaient sincèrement désiré la gloire de Dieu et le triomphe de la foi, ils auraient sans doute montré plus de courage à persévérer dans une expédition si utile (2). >

Comme il arrive après chaque défaite, les alliés s'accusèrent réciproquement du malheur commun. On reprocha à l'électeur de Saxe d'avoir donné l'exemple de la retraite : il n'avait pensé qu'b sauver son butin, à faire filer ses voitures. Mais ce fut & Frédéric de Brandebourg que s'adressèrent les attaques les plus acerbes : ou racontait que des députés de Prague étaient venus le trouver secrètement, on rapportait même leurs paroles : pourquoi, lui avaient-ils dit, dévaster ainsi votre propre royaume? Nous voulons vous accepter pour roi vous et votre fils. Frédéric, séduit par ces promesses, avait feint une maladie et était rentré dans ses états ; son départ avait découragé l'année (3). Ces accusations étaient calomnieuses. Aucun prince n'avait fait preuve de plus d'activité et d'énergie, il était encore à l'année lors du désastre de Tachov, et il fut le dernier h renoncer k la lutte. Mais ces calomnies devaient quelque vraisamblance aux relations de l'électeur avec les Hussites.

(1) Cili par Dro;£*ii, I, p. 346.

(2) HlirmBaa Corner, eol. 1179, (3j Urk. BeiL, I, p. M7.

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Depuid le commencemeiit de l'insurrection, Frédéric avait la conviction que l'on n'arriverait à rien par la violence ; il follait, croyait-il, ramener au moins une partie des rebelles par des concessions. Depuis qu'à la diète de Braslau, 1420, il avait conseillé à Sigismond de ne pas compromettre sa couronne par un imprudent dévouement à l'Église, U n'avait jamais complètement ceasé ses négociations avec les Hussites et il les avait renouées au moment même où se rassemblait l'armée allemande {juin 1427) (1). Les ultra-modérés, plus déconcertés qu'affaiblis par le coup de main qui avait renversé Korybut, avaient accueilli avec joie ses ouvertures [2). Ils avaient de nombreux partisans dans l'intérieur du paya (3) et ils espéraient reprendre par trahiaon le pouvoir qu'ils avaient perdu par surprise ; l'éloignement des Taborites et des amis les plus ardents de Rokycana était un hasard tecr.'îux, dont il fallait se hâter de profiter. Ils convoquèrent près de Prague lea seigneurs et les chevaliers sur lesquels ils comptaient, et leur communiquèrent les propositions de Frédéric, c Mais, lorsque les meilleurs du pays furent ainsi rassemblés, le peuple de Prague craignit que cette

réunion secrète ne fût dirigée contre lui Les habitants

coururent aux armes, se jetèrent sur les nobles, les chevaliers et les seigneurs ainsi que sur leurs propres conseillers et en tuèrent près de 500 ce jour-là. Ainsi le projet du margrave échoua r.i albeureusement par l'intervention du diable qui inspira au peuple cette mauvaise pensée » (4).

Les ultra-modérés espérèrent être plus heureux en se servant de Korybut. Les Utraquistea ardents n'étaient pas sans inquiétude ; le soin avec lequel ils cachaient l'endroit où ils gardaient le prince le prouve assez. Des défections leur annonçaient qu'un complot se tramait contre eux: Kolin avait rompu son alliance avec Prague et choisi pour gouverneur le seigneur Hasek Ostrovsky de Walstein qui avait toujours

{l> [.«ttre de Fiidérle aux PrBgiioU(f5 jj;nl4i7]. — (Crk. Doit., I, !>. 516). (ï) Riponso dos PiTi^uoiâ (j juillal). — Urk. U., ], OU». , .

(3) Id., p. iii.

(4) Knrnado Luliccb, cM par Droyïen, I, p. 313.

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été un des chefs les plus actifs du parti polonais. Des conciliabules secrets réunissaient autour de Hasek les seigneurs Hynek de Walstein, Jean Smiricky, Guillaume Kostka de Postupice et plusieurs autres, dont l'intervention eîlt été d'autant plus redoutable que la sincérité de leurs convictions hussites était connue de tous. Le juge de la Nouvelle-Ville, plusieurs conseillers leur promirent de leur ouvrir les portes. Au dernier moment cependant, Kostka fut pris de remords ; comme les Taborites de Zizka, il hésita à porter une main sacrilège sur la capitale du royaume et avertit secrètement un habitant. Les conjurés, trompés par la tranquillité qui paraissait régner dans la ville, entrèrent par la porte que leur livrèrent leurs complices (6 septembre 1427) ; au ' nombre d'environ 600, ils traversèrent les rues de Prague, en criant : la paix ! la paix ! La foule étonnée les regardait, sans essayer de les arrêter, et ils arrivèrent ainsi jusqu'il l'Hôtel-de-Ville du Staré Mesto. Mais leur position devint bientôt dangereuse ; le peuple, revenu de la première surprise, se préparait au combat, fermait les portes, tendait les chaînes, élevait des barricades. Le coup de main était manqué; il ne s'agissait plus de vaincre, mais d'échapper à la populace furieuse. Les conjurés apprirent à leurs dépens que les habitants de Prague étaient moins pacifiques qu'ils ne l'avaient supposé : presque tous périrent, les uns furent tués en combattant, les autres se noyèrent en traversant la Wltava; quelques-uns trouvèrent un asile dans les maisons de leurs parents ou de leurs amis, mais la plupart furent découverts et massacrés (1). Rokyoana s'était jeté au milieu de la mêlée pour arrêter l'effusion du sang et il fut assez heureux pour arracher quelques prisonniers à une mort certaine. Après la victoire, les supplices commencèrent ; une jeune fille fit évader Smiricky, mais les chefs les plus compromis et les bourgeois soupçonnés de complicité furent exécutés. A la nouvelle du complot, les Taborites étaient revenus sur Prague à marches forcées, mais lorsque Procope arriva devant la ville, à la tête de 1,000 cavaliers et de 10,000 fantassins, tout était déjà rentré dans l'ordre ; il mena son (1) Swri UlopiioTà, p. 73. — Bartoïek, p. 153-156.

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armée contre Kolîn, où s'était formée la conspiration et la força à capituler. Korybut fut conduit hors du royaume.

Les projeta pacifiques de l'électeur de Brandebourg et des amis de Korybut n'avaient pas trouvé plus de sympathie eu Allemagne qu'en Bohême ; Sig-ismond désirait la continuation de la guerre et il était encouragé dans ses dispositions belliqueuses par Albert d'Autriche et le duc de Saxe, qui ne 86 faisaient d'ailleurs aucune illusion sur l'issue probable des hostilités. Albert d'Autriche craignait qu'un traité ne lui enlevât la Moravie, et Frédéric de Saxe se flattait de conquérir les districts situés sur le versant méridional de l'Erz Gebirge et des monts de Lusace. Sigismond, tout entier en ce moment k la guerre contre les Turcs et au projet de fonder un grand empire oriental, ne désespérait pas encore de voir les princes de l'Empire lui soumettre les rebelles, sans qu'il s'en mêlât, et n'était pas fâcbé d'une guerre qui les tenait en haleine et les empêchait de tourner leurs forces contre lui. Le pape, soit qu'il ne se rendît pas un compte exact de la situation, soit qu'il crût que les plus sanglantes défaites étaient encore moins funestes k l'Église qu'une transaction qui mettrait en doute son autorité souveraine, . repoussait non moins formellement que Sigismond toute idée de conciliation. Il avait vertement blâmé le cardinal de Winchester qui avait autorisé des prêtres catholiques à prendre part & des conférences religieuses provoquées par les Hussites (1). * Nous admirons vraiment, écrit-il à l'évêque d'Olomuc, la bonté et la simplicité des âdèles qui ne voient pas ce que cherchent les hérétiques. Ils ne désirent ces discussions fallacieuses que pour infecter de leurs erreurs le cœur des croyants..... La foi chrétienne, que n'ont pas submergée tant de tempêtes soulevées par les persécutions et les hérésies, est assez claire, elle a été assez expliquée par les anciens Pères de l'Église et les saints Docteurs, pour que toute discussion soit inutile. Il y a tant de conciles sacrés, tant de saints canons, tant de témoignages de l'Écriture qui prouvent et qui confirment la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ que de telles conférences sont inutiles, fu* (1) Urk. Bsit., p. 549.

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nestes et plus propres à nuire aux liomnieB qu'à leur être utiles » (1). < Ne fatig:ue pas ta 3ag:esBe, écrivait-il encore

au cardinal-légat, presse et pousse les princes allemands

même s'il n'y a pas graud'chose à attendre d'eux ; presse aussi les prélats allemands, que la chose touche de plus près. » Henri de Wincheater obéit, et une nouvelle diète fnt convoquée pour préparer une nouvelle expédition.

A la fin de 1427, le parti de la guerre triomphait ainsi à la fois en Allemagne et en Bohême ; seulement, l'Allemagne allait recommencer les opérations, plus impuissante et plus divisée que jamais ; le roi des Romaine, les princes, les chevaliers proclamaient la nécessité de la croisade, mais s'en remettaient par trop h la Providence et attendaient d'un miracle seul le triomphe de la vérité ; les plus belles résolutions restaient stériles et il n'était pas nécessaire d'avoir une perspicacité extraordinaire pour prévoir que les causes qui avaient produit déjà des revers simultipliés amèneraient de nouveaux désastres. En Uohênie, au contraire, l'anarchie était vaincue. Malgré les différences théoriques qui séparaient les Utraquistes et les Tahorites, l'autorité de Procope était reconnue par tous les partis ; débarrassé de son rival le plus dangereux, à la tète d'une armée aguerrie et dévouée, il pouvait enfin prendre réellement l'o&nsive ; les premières courses, interrompues par la quatrième invasion, n'avaient été qu'une sorte de préparation, une menace, un avis à l'Empire ; en 1428 vont enfin commencer ces expéditions presque fontastiques qui arrachèrent à l'Allemagne un long cri de douleur et la jetèrent pantelante, épuisée et suppliante, aux genoux des hérétiques.

,1). 11 MOT. 14Î7. — Urt. Beil., p. Silo.

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