‹ Huss et la guerre des hussitesChapitre 21 sur 32 · LA TERREUR TABORITE · texte numérisé non relu

LA TERREUR TABORITE

Les invasions hnssites «n Allemagne. —^ Les conKrencea de Ptu^ bourg. — Les Bohèmes en Saxe, en Francome et en Siléaie. — La cinquièiae croisade. — Progrès de l'hérésie dans les paya étrangers, anarchie dans l'Empire, fatigue de la Bohême, désir général de paix.

Les Taborites avaient été les premiers à comprendre qu'il follait conquérir la paix en Allemagne. Une fois cependant qu'ils eurent fait triompher leur opinion dans le royaume et battu les ultra-modérés, ils furent soutenus dans leur politique par toutesles fractions duHuaaitisme. Non seulementles Orphelins, mais même les Utraquistes zélés prirent une part glorieuse & leurs invasions systématiques et contribuèrent k leurs victoires. Ils n'en restèrent pas moins toujours tes inspirateurs et les guides, le noyau permanent autour duquel se groupaient les autres conting'ents, et c'est à eux qu'il faut rapporter l'honneuroula responsabilité des prodigieux et sanglants succès qui illustrent les dernières années de la guerre buBsite. Il serait très long, impossible quelquefois, à cause de l'absence ou de l'obscurité des documents, dans tous les cas peu intéressant, d'entrer dans le détail de ces courses et de suivre pas k pas les bandes qui paraissent presque en même temps en Silésie, en Autriche, en Lusace, en Misnie, en Saxe, en Bavière, en Thuringe, en Franconie et quelquefois même dans des provinces plus éloignées ; il suffira de signaler les plus importantes de ces expéditions et d'en max^

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quer le caractère général. Un adversaire des HuBsites leur prête un vaste plan de conquête : une fois que nous serons complètement maîtres de la Bohême, fait-il dire à un taborite, il sera facile de soumettre les provinces voisines et de nous avancer ensuite de proche en proche jusque dans les rég'ioQS les plus lointaines ; c c'est ainsi qu'ont fait jadis les Komains et ils sont arrivés k la domination universelle > (l). Ce n'est pourtant pas là l'idée dominante de la politique taborite : si l'on en excepte la Moravie et la SUésie, que les Cèques regardèrent toujours comme des parties intégrantes de la couronne, on ne trouve aucune trace d'une conquête régulière ni d'un établissement permanent. Ils ne font que traverser l'Allemagne, la ravagent, s'arrêtent peu à la prise des villes, ne cherchent pas k occuper les pointa stratégiques ou les châteaux qui commandent le pays ; leurs campagnes ne sont que d'immenses razzias, ils veulent terrifier, non soumettre. Ce qu'ils poursuivent, ce n'est pas le royaume de la terre, mais le royaume du ciel, la liberté religieuse; la guerre, offensive en apparence, est toujours défensive en réalité, ils n'ont pas d'autre but que de faire reconnaître leur foi par l'Église, d'autre idéal que l'union, d'autre ambition que l'indépendance. De 1&, leor extrême facilité k accepter les négociations ; au retour de chaque expédition, après chaque victoire, ils consentent s de nouvelles conférences ; leur bonne volonté résiste à l'insigne perfidie de leurs adversaires ; ce n'est que poussés k bout qu'ils se résignent k reprendre les hostilités ; ils sont contraints à la victoire, et les soufi^auces de l'Allemagne doivent retomber non sur eux, mais sur les chefs incapables et indignes qui la sacrifient à leur obstination superbe ou k leur soif de domination.

Avant même la chute de Kolin (S), un parti taborite avait envahi la Hongrie et s'était avancé jusqu'aux portes de

(1) V. Beiold, p. 78.

(2j P«ii da tsmpi aprii U ehuU d* Kolin, dit IL Palaekjr. — Hiit H. Orôuluigeii {p. fSO, note 1) in« paraît avoir démontré qn* l'eipéditicin d* HoDgri* But U«u en automne 14£7 et non un eommencemant dt 14Î8. — !•> pKM de Kotin «it 4a 16 décembre 1U7.

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Prâsbourg-, dont il brûla les faubourgs. Au commencement de 1428, le gros de l'armée traversa la Moravie, et à la fin de février, parut devant Troppau (1). Les grandes villes silé- Eiennes, Troppau, Râtibor, Kosel, Liegnitz, Neiss, Brealau, ne furent pas sérieusement menacées, mais tons le pays, de Troppan h l'Oder, fut effroyablement ravagé : vingt petites cités, un grand nombre de villages furent brUlés; la présence des Uussites n'arrêtait pas les divisions et les troubles qui agitaient la province, tableau réduit de l'Empire : princes temporels, seigneurs ecclésiastiques, villes libres avaient des intérêts opposés, se bal'ssaient, se surveillaient; quelques ducs entretenfiient avec les envahisseurs des relations suspectes, parlaient de s'unir h eux ; dans la Haute-Silésie, beaucoup moins germanisée, les campagnes, polonaises, étaient agitées par des frissons d'indépendance et quelques payBa,n3 se joignaient aux Ilussites contre les Allemands, qui étaient pour eux aussi les ennemis héréditaires. Les ducs de la Haute-Lusace demandèrent la paix, se soumirent aux conditions de Procope; le jeune duc d'Oppeln, Bolko, traita avec les Taborites et resta depuis leur allié. Cette anarchie, ces défections expliquent les échecs des armées silésiennes : partout où elles acceptèrent le combat, elles furent écrasées ; elles n'osèrent plus se rapprocher des Bohèmes, se bornèrent à les surveiller da loin, attendant que le charme se dissipât, qu'un miracle se produisît. < Vos gens et surtout vos nobles nous étonnant beaucoup, écrit le roi de Pologne, Wladislav; dans l'univers entier la renomma j les représenta comme belliqueux, expérimentés dans Ica combats et audacieux : comment se sont-ils montrés si inacti& et si légers, lorsqu'il s'agissait de protégée leurs territures et d'augmenter leur gloire ? Maîtres des meilleures positions, des châteaux, de villes si fortes par la situation et les travaux dont elles sont entourées, ils pouvaient chasser l'ennemi, et ils n'ont pas su résister même derrière leurs murailles. La honte nous monte au front quand nous pensons à la pusillanimité de ces hommes qui n'ont pas osé

(1) ComiiM la Siléiie eit praïque tout «ntiârs allâmando, il m'a paru plus ■uet de gard«r 1m nonu giographiguss allemaDUs.

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— S70 — défendre leurs priaces et leurs Bei^euvs et ont laissé commettre de si grands ravag-ea » (1). Tandis que le corps principal des Hussites rentrait en Bobême sans être inquiété et s'y reposait à assiég-er quelques châteaux, des bandes de quelques milliers d'iiommes envahirent l'Autriche et la Bavière (2) et y commirent les mêmes ravages qu'en Silésie, sans rencontrer de plus sérieuse résistance. Les âlésiens, instruits par leurs récents malheurs, conclurent une alliance offensive et défensive avec les princes saxons, le landgrave de Thuringe et les seigneurs de la Haute-Lusace ; mais les conditions n'étaient pas encore définitivement fixées que les Orphelins avaient de nouveau envahi le pays, dispersé les troupes qui avaient essayé de les arrêter, et incendié les villages qui avaient échappé à leur première razzia.

L'AlIemagae assistait Indifférente k ces invasions ; tel était son état d'anémie qu'elle ne ressentait même plus les coups qui l'atteignaient et les blessures par lesquelles s'écoulait goutte & goutte le peu de sang qu'elle avait encore. Après la quatrième croisade, comme après tous les désastres précédents, l'excès de honte avait galvanisé un instant la Chrétienté épuisée. Il faut se raidir contre le malheur avec plus de courage que jamais, écrivait Martin V, et l'on pensa un instant que le bien sortirait de la grandeur du mal ; lecardinal de Winchester fut trompé lui-même par l'élan général, il se reprit à espérer. Une grande diète se réunit à Francfort, le 16 novembre 1427; elle fut très brillante : le légat, les Électeurs, les plus puissants seigneurs laïques et ecclésiastiques y assistaient. Les princes, les villes, les évêques rivalisèrent de zèle et d'éloquence, La dernière expérience qu'on avait faite des armées impériales avait été décisive ; il fallait opposer aux Hussites des forces permanentes et disciplinées. On décida de lever un impôt général et de le consacrer k l'entretien d'une armée régulière (3).

(1) Script. Ter. SilHiac, VI, p. 61,

(S) Urk. B«it, I, p. 68S.

(3) Sar la dièU de Francfort, r. Àndri de Ratiabonna (Urk. B«it., I, p. 5a3-!>7T), Wiadecke (e. 153-158).— Drojiaa, Uebar die Raidukri^-

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Les Cèques s'effrayèrent peu, et l'événement donna raison k leur indifférence. Une fois la première exaltation tombée, lea difficultés s'accumulèrent: la plupart des princes refusèrent de payer, lea autres retinrent les contributions et s'en servirent pour leurs propres affaires ; l'impôt levé contre les Husaites servit & l'Allemagne h se déchirer de ses propres mains. La confusion devint telle qu'on n& pensa même pas à employer le peu d'argent qu'on avait réuni.

Ces échecs multipliés inspiraient plus de satisfaction que de tristesse au prince qui paraissait pourtant le plus intéressé i la défaite de l'hérésie, à Sigrismond ; il haïssait moins les Hussitâs que les Électeurs et rêvait de fonder un grand empire oriental. Une sanglante défaite que lui infligèrent les Turcs à la an de 1428, le décida à reporter son attention vers la Bohême. Le danger le plus redoutable k ses yeux était toujours une intervention polonaise. Alliés de la Pologne, les Husaites étaient invincibles; victorieux de l'hérésie, Wladislav obtenait de la reconnaissance du pape la couronne de Saint Vaclav, et Sigismond" regardait comme une très faible compensation le retour des Cèques au catholicisme (1). D eut une entrevue à Lftck (1428) avec Wladislav et Witold, éveilla les inquiétudes et les défiances de Jagellon et partit avec la conviction qu'il n'avait pas à. craindre de quelque temps une entrée des Polonais en Bohême (2). Puis il recommença à parler d'expédition, de croisade.

Il attendait beaucoup d'Henri de Winchester ; le cardinal était allé chercher des renforts en Angleterre ; pour lui donner le temps de revenir, le roi des Romains négocia et envoya un ambassadeur, Menhart de Hradec, à Procope qui s'avançait en Hongrie. Fils d'un hussite convaincu, Menhart avait combattu tour à tour pour et contre la Réforme ; prudent, avisé, assez sincère dans ses opinions religieuses, mais très désireux de voir renaître l'ordre et la paix dans le pays, il était comme le type de cette noblesse utraquiste, ef^yée

(taïur Ton UXJ, dan* Ih B«riclite ûber die Verhandltuigen der K. tiBchi. GBsalltdi&fl d«r WisMQichaf lao . Leipng 1K5.

(1) libMT CucellBrie, □• 1L5 «t 116. '

(t) V. Caro, paHim.

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et indécise, qui avait soutenn Eorybut et ât les Compactats. £a faveur auprès de Si^ismond sans être liaï des Taborites, il décida sans peiue Procope h se rendre it Presbourg.

La cour de Hongrie était alors fort brillante ; le roi des Romains avait auprès de lui son gendre, le duc d'Âutriclie, le duc Guillaume de Bavière, plusieurs princes siléaieus, des seigneurs cèques et moraves, quatre docteurs de l'Université de Paris, des évêques et des magnats hongrois. Procope et Pierre Payne étaient les detu membres les plus connus de l'ambassade bussite. Sigismond parla longuement, -— il était aussi fier de son éloquence que de sa beauté, — protesta de son grand amour pour son pays natal ; les Bohèmes n'auraient-ils pas pitié de la Bohème? Refuseraientr-ils toujours de revenir à la foi de leurs pères? N'entendraient-ils jamais la vois de l'Église qui leur ouvrait ses bras? Uq concile se réunirait dans deux ans, pourquoi ne pas lui laisser la solution des questions douteuses? — Ce dentier point que Sigismond avait insinué à la fin, éveilla les défiances des Hussites : malgré sou sincère désir de paix, Procope était trop habile pour ne pas pressentir les projets du roi : gagner -du temps, permettre h l'Allemag-ae de reprendre haleine, aussi repoussa-t-il tout armistice; Ton négocierait en combattant. Les Bohèmes ne refusaleat pas de par^tre au concile et d'accepter la vérité qu'on leur démontrerait; mais ils protestaient contre toute pensée de rétractation et de soumission. Les ambassadeurs promirent cependant de présenter les propositions du roi à une diète générale qui devait se réunir prochainement (1). Les États s'ouvrirent en effet à Prague (mai 1429) et, malgré les protestations de quelques Utraqnistes, la majorité taborite mit à l'armistice et à la présence des Cèques au concile des conditions telles qu'elles devaient entraîner la rupture des négociations (S).

Sigismond ne paraît même pas avoir répondu aux propositions de la diète ; il n'avait jamais pris ces conférences au sérieux : dans une lettre adressée au roi de Pologne

(1) Urk. Beit., II, p. Î1-2S, £6.

(!) Id., II, p. 51, 314,

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(30 juillet 1429), il proteste avec indignatioi» contre les bruits de transaction et de paii (1). Avant même l'ouverture des Étata de Prague, il écrit h l'évèque de Ratisbonue (10 avril), au margrave de Brandebourg (10), pour les inviter à mettre leurs forces sur pied ; il viendra en personne et marchera àlatâtedes croisés. Mais au moment où le cardinal Henri de Winchester débarquait en Flandre à la tête de 5,000 archers qu'il avait levés contre les hérétiques, il reçut l'ordre d'acconrir au secours de ses compatriotes arrêtés, en France, su milieu de leurs succès. Jeanne d'Arc avait forcé les Anglais & lever le siège d'Orléans et fait sacrer Charles VII h Reims ; le cardinal-légat fat obligé d'obéir, sous peine d'être abandonné par ses soldats et < tous les catholiques, qui attendaient dans l'Allemagne entière l'arrivée du cardinal, restèrent bientôt désolés, sans secours et sans espoir > (2). Les princes, qui n'auraient probablement rien fait si Henri était venu, se lamentèrent, mais ne bougèrent pas, et Sigismond resta tranquillunent en Hongrie, attendant l'issue d'une crise intérieure qu'avaient provoquée en Bohême les dernières négociations.

Les conférences de Presbourg et la diète de 1429 avaient produit dans le royaume une vive émotion : battu dans l'assemblée, le parti de la paix espéra prendre sa revanche dans le pays. Jean de Pribram et la plupart des autres docteurs ultra-modérés étaient revenus dans la ville et protégés cette fois ou du moins tolérés par Rokycana, avaient recommencé leurs manoeuvres. Les chaires retentissaient de discours menaçants et les prédicateurs des deux partis, calixtins ou taborites, prédisaient et prévoyaient une guerre civile prochaine. Ces querelles religieuses se compliquaient de l'ancienne rivalité de la Vieille et de la Nouvelle- Ville de Prague. Au moment de la fondation du Nové Mesto par Char-

(1) RKciTiitki, eod. diplom. Lithunite, 236.

CE) IUjdaU, a. UE9, 17. Bar MtM eipidition d'Haori de Winchaitar, t. Windaokfl, s. i*B, at lUMoat Il;iiier, Fodira, t, IV, pw* IV, p. 145. ■ Pa~ tidrOu* Baniici ordinilù ai parte pipœ pro aipedit. Crueiatœ coDln Bohe-

UM ; > 18 juin Ou permit au cardinal de prêcher la eroiiode et ds laier

dat trenpei, non tontefoia aani qoelqae héiitetion «t quelque reitrietion, (p. UT); 1m ittUrM de Franoe t'eapdcUrait d'entrer an cKupa^Be.

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les IV", les bourgeois du Staré Mesto avaient manifesté d^ très vives inquiétudes que l'Empereur n'avait calmées que par les plus formelles promesses de respecter toutes leurs franchises et leurs privilég-es ; la prudence de Charles n'avait pu éviter cependant de nombreux conflits qui allaient toujours en s'euvenimant. Les habitants de la Vieille- Ville se targuaient de l'ancienneté de leurs franchises pour prétendre exercer sur la jeune colonie une sorte de suzeraineté que celle-ci, flère de ses prog-rès rapides et du nombre de ses habitants, subissait avec impatience. Contenues par l'habile politique de Vaclav, ces haines avaient disparu dans les premières années des guerres huasites : hérétiques et catholiques, Cèquea et Allemands, s'étaient rapprochés, et les divisions nationales ou religieuses avaient fait oublier toutes les autres rivalités. Peu à peu cependant les divers partis s'étaient groupés par quartiers, par villes; de nos jours, on retrouve encore les traces de cantonnements semblables dans quelques cités du Midi de la France, longtemps déchirées par les discordes civiles : les deux camps sont en présence, catholiques et protestants, blancs et rouges ; il en fut de même à Prague : les bourgeois riches, les Allemands convertis du Nové Mesto émigrèrent dans la Vieille- Ville et refoulèrent les sectaires les plus exaltés ; en 1420, les deux cités étaient de nouveau en armes l'une contre l'autre : la Vieille Prague, aristocratique et bourgeoise, était hussite, mais anti-radicale, désirait la paix, re^ttait le temps où le commerce était actif, les relations sûres, l'industrie florissante ; elle suivait Rokycana, qui représentait bien l'opinion moyenne, non-seulement par ses opinions, mais par son tempérament, son égoïsme involontaire, le besoin qu'il éprouvait de faire à, la fois ses propres affaires et les apures de son parti ; la Nouvelle- Ville, plus tumultueuse, moins épronvée aussi, plus agitée par des souvenirs ou des rêves démocratiques.avait retrouvé un Jean de.Z'eliv dans un certain Jean Vlk, dont nous ne connaissons guère que le nom. Les deux villes en vinrent à une guerre ouverte; elles étaient séparées par des remparts dont on aperçoit encore quelques restes, et à la place desquels s'ouvre aujourd'hui la

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principale rue de Prague. Après quelques jours de désordres et de rixes, on fabriqua un traité, une cote mal taillée, comme tous les compromis entre des partis trop éloignés ou des principes trop divers. Les prêtres, par leurs prédications avaient été les principaux coupables du conflit, la paix ne serait possible que si on les mettait tous d'accord ; il y eut une grande conférence, Pierre Payne et Pribram discutèrent plusieurs jourâ. L'éloquence et la science ne parvenaient plus à rajeunir des arguments mille fois présentés; chacun en appelait à l'Ecriture, les arbitres désignés ne purent se contenir, intervinrent eux-mêmes dans le débat. En fin de compte, on ordonna aux adversaires de ne plus s'attaquer, de garder le silence sur les questions douteuses (1). Le silence n'est pas la paix ; heureusement Procope avait trouvé un meilleur moyen de réconcilier les adversaires ; comprenant enfin que Sigtsmond ne pensait pas k traiter, il avait appelé k l'assaut contre l'Allemagne tous les Hussites, modérés ou radicaux, Utraquistes et Taborites ; une année presque entière s'était écoulée sans expédition lointaine, on allait la regagner. L'Allemagne n'était pas convaincue encore de la nécessité de la paix, on lui préparait de nouvelles preuves.

Une courte expédition en Lusace et en Silésie avait été entreprise dans l'été de 1-129; Procope rentra en campagne au mois de septembre. Les courses précédentes avaient épuisé les pays limitrophes; pour trouverdu butin, il étendit le cercle de ses opérations, envahit des contrées encore épargnées par la guerre ; la politique le commandait aussi : l'Allemagne avait fini par prendre son parti des dévastations régulières de la Silésie et de la Lu:iace ; elle sacrifiait ces provinces, les regardait d'ailleurs comme & demi étrangères, à peine allemandes, les Slaves massacraient des Slaves, on s'en consolait. Les coups seraient bien autrement ressentis, si on les frappait au cœur même de l'Empire, en Franconie, en Thuriuge, en Bavière, en Saxe. Les Hussites marchèrent droit au Nord, envahirent la Saxe ; les Misniens pris d'un

(1) Sur cette (liiciUÛOD, ¥. Nicolas (U Pslihrimor, (Uôf. , II, 393-^96) et FrocluiJcft, p. 324-9U.

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bel enthousiasme, avaient voulu les arrêter : Ah ! damnés hérétiques, leur écrivaient-ils, vous qui avez trahi la foi, nous voulons demain vous battre et vous livrer en p&tare aux chiens. — Têtes de chiens, répondirent les Cèques, c'est nous qui vous battrons et vous que mang^eront les chiens. — La nuit porte conseil, et le lendemain, lorsque les Hussites, après avoir entendu la messe, marchèrent au combat, ils ne trouvèrent plus d'adversaires (1) : les Misniens s'étaient repliés en toute hâte sur une grande année qui se formait plus au Nord. Les Bohèmes suivirent l'Elbe, pillant les villages, brûlant les monastères et les moines, détruisant les églises ; ils laissaient de côté les villes fortifiées, n'assiégèrent ni Dresde ni Meissen, dont ils se contentèrent de dévaster le territoire et de siiccager les faubourgs. Tandis que quelques bandes détachées couraient jusqu'aux portes de Torgau et même de Magdebourg, le gros de l'armée se dirigea vers le Nord-Ouest. Les princes de la Basse-Allemagne avaient réuni des forces considérables et le fils de Frédéric de Brandebourg, Jean, commandait près de 100,000 soldats. L'archevêque de Magdebourg, Gunther, Guillaume de Brunswick, le landgrave de Thuringe, les évêques d'Hildesheim et dUalberstadt, une foule de comtes, de barons, de chevaliers étaient accourus. Les Allemands étaient au moins quatre fois plus nombreux que les Bohèmes qui n'avaient jamais été plus de 30,000 et qui s'étaient afiiùblis par les détachements qu'ils avaient lancés de divers côtés et les tr^nards qu'ils avaient laissés en route ; une guerre de pillage, telle que la faisaient les Bohèmes, ruine presque autant l'année que les pays envahis et il est merveilleux que les Taborites aient résisté plusieurs années à la fatale influence de leurs conquêtes ; rien ne prouve mieux la force des traditions militaires établies par ^'ixka et la profondeur du sentiment moral qui protégeait les combattants. Jean de Brandebourg n'osa pas profiter de sa supériorité numérique et de l'imprudence des envahisseurs, il livra quelques combats d'avant-garde assez malheureux. Habile réserve, dit un historien de notre siècle ; l&cheté et trahison, pensèrent (.1) Script rar. Luiatic, I, p. S6l.

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les contemporains. Guillaume de Misnie désespéra de l'Allemagne et partit pour la Terre-Sainte.

Bravant l'hiver comme les Electeurs, « les complices du diable continuèrent leur détestable dessein et dans ces régions réduisirent h de telles an^isses le peuple fidèle que beaucoup prirent la fuite et abandonnèrent leurs demeures eu y mettant eux-mêmes le feu » (1). Les villes de Thuringe étaient terrifiées, Erfurt surtout, la plus riche, une des cités les plus importantes de l'Allemague ; les habitants des villes voisines s'y étaient réfugiés, y avaient envoyé leurs objets précieux, leur argent, et elle n'avait presque plus de soldats, avait fait partir ses meilleures troupes pour l'armée du Margrave. Aussi s'adressait-elle à toutes les villes voisines, suppliait, demandait des renforts. Inutiles prières ! Les autres cités n'étalent pas moins épouvantées et avaient assez à fiijre à veiller à leur propre défense. Les Bohèmes cependant ne vinrent pas en Thuringe (2), mais se détournèrent vers le Sud ; arrivés devant Plauen, ils conclurent un armistice avec le conseil, et quelques-uns d'entre eux entrèrent dans la ville, munis de sauf-conduits réguliers. Mais la foule se souleva et les massacra. Les Cèques vengèrent leurs compagnons assassinés; ils enlevèrent la place d'assaut < comme de véritables fous furieux », y mirent le feu et massacrèrent tous les habitants. Ce terrible exemple porta à son comble l'effroi des provinces voisines ; la Franconie fut ravagée sans pitié, Hoff fût brûlé, Bayreuth brûlé, et beaucoup d'autres dont nous ne couuaissons pas les noms (3). L'épouvante, la terreur étaient universelles, personne ne savait quand on serait débarrassé de cette crainte, et un

(1) HaRDAnn ComeT, col. t!90. Cp. Andr£ d» Bali*bonD«, diroDiqna, eoL EISS : ■ Les Haiiite» d« BobSine, «Tee une ^ada snoie, «lereirflnt lents cnuiatit contra lei catholique* en Hîinie, ta FraocoDie et »n Banire ; telle tttût la teTTaur des ebritieiu qae, loD^mps aTtni l'arrÎT^e dai hiritiquei, ili abandoDOOieut de* TÎIlei mima fortifiias et dai cbfttsBui, >

{2} V. lei lettrai de* babitaqU d'Erfort (8 noT., 23 et » dicambre iiS9, 3 fÏTriar 1430) cit4«i par Outave SchmidL Si l'on en croit le chroniquanr Uartin de Bolkaiihaini (Script rer. Liuatic, p. 36i.), Erfurt acheta l'iloignCment dei Hniiitei.

(^Selunidt, p. SOS.

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nombre imnieQBe de pauvres ^ens périrent ; on trouvait les enfants morts de faim au sein de leurs mères ; les habitants de Nuremberg sauvèrent d'une mort certaine plus de 4000 paysans dont les maisons avaient été saccagées et qui n'avaient plus ni asile, ni pain (1). Au milieu de toute cette misère le courage ne revenait pas au peuple si horriblement foulé , paysans, bourgeois, chevaliers, fuyaient, laissant leurs femmes et leurs enfants, — les Cèques en effet ne leur faisaient point de mal, les respectaient et les nourrissaient, singulier exemple d'humanité au milieu d'une guerre d'extermination ! Condamnés par l'obstination deleurs adversaires à la cruauté et h d'impitoyables exécutions, les Taborites cherchèrent cependant longtemps i. adoucir les maux qu'ils faisaient, épargnant les faibles, ne détruisant systématiquement que les cures, les églises, les couvents et les mauvais lieux. Peu à peu, malheureusement, l'esprit et l'âme s'habituent au carnage et à l'incendie ; toute pitié disparut, noyée dans des flots de sang, et aucune digue ne contint plus le torrent dévastateur débordé. Le souvenir de ces courses des Cèques se consen-a en Allemagne jusqu'au moment de la guerre de trente ans (2). Mieux vaut cela, disait-on, en parlant d'un malheur, qu'une invasion hussite (3).

Les hérétiques, après avoir ravagé la Franconie, s'avancèrent en Bavière et menacèrent Bamberg qui avait été abandonné par la plupart de ses habitants ; il ne restait dans la ville que le petit peuple ; des bandes de malfaiteurs pillèrent les maisons des riches, des prêtres, des chanoines, burent, mangèrent et menèrent joyeuse vie. Les excès commis par

(1) Windedtê, c. 118.

(!) 200 ani nupvaTant, dît Oruahagan de Ift Silteis, aile «tbU é(ë raTagie par tag Mocgoli, ella le fut EDO ans aprii p&r la guerre de trente am, les dévMtaiione dea HuiùIes ne paraiHeot pas aïoir éié lea plus lerribleB ; it larail injuste de comparer lei Taborites aux Jiordet barbares des Moogoli, qui, s'abal tant sur le pays comme une uuée de lautarellei, chaogeaieal en désert taules leg contrées qu'ils trriTersaieut : les arméas de la ^arre de 30 ans, plus nombreuses nt qui ont séjourné plus lonfrtemps daDS Is paja, ont fait plus de vusl que lai Uussiles auxquels «Iles ne le cédaisutni en copidili ni en cruauté, (p. £78).

(1) Loreni Pritse, p. 'ilO.

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la populace firent même croire, b. tort, que les Husaifes avaient pris la ville (1). Les Bohèmes marchaient sur Nuremberg', ils étaient 20,030 cavaliers ou fantassins. < J'étiiis moi-même h Nuremberg, dit Durkard Zink, le chroniqueur, et j'avais une grande peur, et tout le peuple était aussi effrayé et aussi abattu que s'ils avaient déjà été dans la ville » (2). Nuremberg, la grande et riche cité qui avait bravé l'attaque de plusieurs 'empereurs, tremblait devant quelques milliers de Hussites ; rieu ne prouve mieux l'épuisement et la faiblesse de l'Allemagne ; il n'y a aucune forfanterie dans les paroles du chroniqueur cèque : Les Bohèmes auraient pu aller jusqu'au Rhin et soumettre une grande étendue de pays (3). L'électeur de Brandebourg comprit que tout effort pour organiser la résistance serait inutile, il acheta la paix ; les Hussites vendirent au Brandebourg, à Nuremberg, k lîamberg et à la Bavière un armistice de quelques mois qu'on leur paya une cinquantaine de mille ûorins (4).

Mais la guerre, suspendue à l'Ouest, reprit à. l'Est. Une armée bohème envahit la Moravie, une autre la Hongrie, une troisième la Silésie. Les Silésiens demandèrent la paix : leur ambassadeur, le prince de FiLrstenstein supplia les Tabûrites d'avoir pitié de cette malheureuse province, unie à la Bohème par des liens si étroits: c'est vous-mêmes qui avez brisé ces liens, lui répondirent les Hussites; avez-vous eu pitié de nous, quand voua avez envdhi notre pays, brûlé nos villes i Pourquoi exiger de nous plus de clémence que vous n'en avez eue pour nous? Si nos paroles vous blessent, défendez-vous; nous sommes ici et nous voua attendrons, préparez-vous. Ils finirent pourtant par consentir à un armistice, à condition que les Silésiens puniraient les péchés mortels, la danse, les jeux, et chasseraient les femmes de mauvaise vie (5). L'esprit puritain des premiers combattants

(t) Bark. Zink., p. l?.

(3) Siari Ittop., p. TO.

(4) Urk. Beil., 11, p. 10), 1C2, 112, 114. {5) Script ra-. Liiit., p. 3(>J-3âJ.

de la Réforme s'était conservé intact panni les comparons de Procope. Les Silésiens promirent tout, et une trêve fut conclue jusqu'à la fin de la mi-carême de 1431. Les Hussites conservaient d'ailleurs toutes leurs conquêtes : de Nimptscb, ils menaçaient Breslau et Brieg ; d'Ottmachau, Neiss : dans la Haute-Silésie, ils avaientpour allié Rollco de Oppels. un des plus TÙllants princes du pays ; la rive droite de l'Oder était occupée par des Polonais qui combattaient h côté des Taborites : Korybut, qui avait une petite cour & Gleiwitz, Pucbala qui commandait à Creutzburg*. Encore quelques années et la Silésie devait redevenir slave.

Uu miracle pouvait seul sauver l'Allemag^ie trahie par ses chefs ; elle espéra un moment qu'il allait se produire ; on répandit dans l'Empire une lettre de Jeanne d'Arc adressée aux Hussites : < Pensez-vous donc rester impunis, écrivait' elle aux Cèques? Ne savez-vous pas que si Dieu n'arrête pas vos coupables efforts, c'est qu'il prépare ua châtiment et des supplices d'autant plus sévères que vous vous serez plus lon^mps livrés h vos débordements criminels et sacrilèges? En vérité, je vous le dis, si je n'étais pas occupée par la guerre contre les Anglais, je serais déjà venue vers vous ; mais si je n'apprends pas que vous vous repentez, je chas- Beraî peut-être les Anglais et je partirai en guerre contre vous pour détruirepar le fer, si je nelepuis autrement, votre superstition vide et obstinée et vous arracher la vie ou l'hérésie. > Hélas I deux mois après, l'héroïque libératrice de Is France éttût faite prisonnière et les espérances qu'avaient conçues les Allemands disparaissaient avec elle. La chancellerie impériale, qui avait peut-être inventé la lettre de Jeanne, qui dans tous les cas avait aidé & la répandre (1|,

(1} C'«it an sITet dani les re^tni originaux da« archÎTas de l'Empirs qaa M. Palack; a trouvé le texte ds cette lettre qn'it a publiée dans les Urk. Beitr, Elle est dat^ du 23 mars 1430. Elle arait déjiiéti imprimie plniiesn foU, ainsi dans les Uémoirs of Jeanne d'Arc, suruamed la pnealled'OrUani, Londres, ISM ; Kauti. de cnltibui magids, ({• édit., Visnne 17T1], etc. Madame Q. Sand parle ds cette lettre, d'aprâa LeoEant, et ne doute pai de son authenticité ; on m'a signalé une dÎMertation récente d'un écriTtia, dont Je n'ai pu malhenreniement trourer la nom exact, qoi aboatit aux mita»* tionclaiiou, U me leisble absolument urUin pour ma part que U lelKe Ml

comptait sans doute sur d'autres secours pour vaincre les Hussîtes. Sigismoud, après une absence de dix ans environ, venait de repart^tre en Allemagne et une diète solennelle réunie à Nuremberg- (fév. 1431), avait ordonné une nouvelle croisade. Les désastres des demièras années, les souffrances générales, les indulgences pontificales et les efforts du légB.t avaient, semblait-il, réveillé l'enthousiasme, et Martin Y, en mourant, un peu avant le commencement de l'expédition, emportadans la tombe la conviction consolatrice que son inébranlable fermeté avait enfin ramené la fortune ; l'Ég-lise perdait en lui, non pas un saint, — les contemporains lui reprochent son avarice et son népotisme, — mais un chef avisé, habile, fort actif, ferme dans les revers, inaccessible au découragement et au doute et qui, plus que tout autre, avait la main assez ferme et assez légère pour maintenir sinon la paix dans les esprits, au moins l'ordre et la tranquillité et comprimer les révoltes toujours prêtes à éclater. Son successeur, Eugène IV, peut-être supérieur par les qualités morales, lui étfiit certainement très-inférieur par l'esprit. Jeune encore, — il avait alors quarante-sept ans, — grand, la figure distinguée et gracieuse, il méprisait l'éclat extérieur, vivait très retiré, absorbé dans ses exercices de piété, rempli de bonnes intentions, mais les intentions ne suffisent pas pour gouverner le monde; l'expérience lui faisait absolument défaut : 11 avait grandi dans un cloître et il resta moine après son élection. Entêté et faible, jaloux de son autorité et incapable de l'exercer, ne connaissant ni les choses ni les hommes, il ne contribua pas peu par ses fautes à compromettre l'Église déjà si menacée et se lança aveuglément dtms des aventures où il faillit se perdre, et la papauté avec lui.

Mais h ce moment-I^, personne ne prévoyait de nouveaux conflits, tous les cœurs étaient à l'espérance, on se réjouis-

apocTTiilM. E Celte lattre, dit U. Wallon, par le «tyla comras par tout l4 TMte, n'a aocnii des caracUres de e«Ues qae l'on a de Jamme, ... La réputation de Jeaaa« sd Allemagne était trèa grande et il eet trjj prolable qu'on y anra fabriqué cette lettre an ton nom ■. (Higtoire de Jeanne d'Arc, 11^ p. 317).

DijlizeObïGoO<^lc

Bait de l'hérésie que l'on croyait déjà vaincue et dn triomphe assuré de l'Église- Nul n'était plus confiant et plue heureux que le nouveau légat, le cardinal Julien de Césarini ; Rome n'aurait pu choisir un meilleur représentant : fc ceux qui flétrissaient la corruption de l'Église, il opposait le spectacle de ees vertus qui avaient étonné, presque scandalisé la cour pontificale ; son ardente conviction éhranlait les plus sceptiques et son énergie relevait Le cœur des plus lâches. En lui gemblaieut réunis tous les dons qui indiquent un chef : ses traits spirituels et réguliers, sa noble stature, sadémarche gracieusesédnisaient tout d'abord ; son éloquence pure etbrûlante, sascience profonde, la sincérité de ses convictions, achevaient l'œuvre de persuasion. Personne n'échtçpait au charme qui se dégageait de sa personne, et n'étaiteo rapport avec lui sans en conserver une impression ineffaçable. Enthousiaste et tolérant, partisan de laRéforme de l'Égliae et fidèle au pape, prudent et audiicieux, sans que sa prudence dégénérât jamais en faiblesse ou son audace en témérité, il réunissait aux qualités d'un diplomate et d'un chef de parti les vertus d'un véritable disciple de Christ. Si un tel homme ne parvenait pas & galvaniser l'Allemagne, t lui communiquer un peu de son courage et de son dévouement, h l'entraîner sur ses pas h la victoire, c'est que tout espoir de relèvement était perdu et que la lutte était impossible.

Les déceptions ne sefirentpas longtemps attendre. Julien, bien qu'il eût déjèiparcouru l'Empire Èi lasuite d'autres légats pontificaux et qu'il eût ainsi l'expérience de l'Allemagne, avait cru aux protestations, auxpromessea, & l'élan général ; peu à peu la vérité ae fait jour, il éprouve des doutes sur la sincérité des princes, parle des tîèdes et des timides fort nombreux, entrevoit la possibilité d'un échec (1). A mesure qu'approche le moment fixé pour la réunion de l'armée, ses inquiiitudes augmentent : je vous félicite, écrit-il tristement il Jean de Palomar, de ne pas partager les ennuis qui accablent ceux qui vont à l'armée. — Les mauvaises nouvelles se succèdent rapidement : le duc de Bourgogne ne vient pas, le duc Frédéric d'Autriche, le comte palatin s'excusent, les

(1) Uffnam., I, p. 71.

forces réunies sont trèa inférieures au chiffre fixé à Nuremberg- ; « Non-seulemeDt la victoire est douteuse, écrit Julien, mais même notre entrée en Bohême ; noua ne sommes pourtant pas si faibles que nous ne puissions attaquer audacieusement, n'était le peu de cœur » (1).

Pendant que les croisés se rassemblaient lentement aux portes de la Bohème et hésitaient à s'eng-ag^r dans les forêts oii avaient déjà péri plusieurs années catholiques, les Cëques concentraient leurs troupes et org^anisaient la résistance. Sigismond avait repris le plan qui lui avait déjà assez mal réussi à Presbourg, et avait invité les Hussites h des négociations ; pendant que les docteurs discuteraient h Cheb (Eger), les Allemands termineraient leurs préparatifs. Les Hussites avaient accepté les conférences (2), mais sans perdre de vue les mouvements des croisés, avaient rappelé les bandes dispersées en Silésie, en Lusace et en Moravie, et avaient donné une preuve indiscutable de leurs intentions pacifiques sans compromettre la défense. Sigismond espérait encore que les modérés se sépareraient des Taborites : les Utraquistes ne se montrèrent ni moins fermes, ni moins résolus que les soldats de Procope. Julien avant de franchir la frontière avait adressé aux Hussites un dernier appel plein de suppUcationa et de menaces ; Tahorites et Calixtins

(l)Hoiiniii., p. w.

(S) Lts dixstour* eathoUqua* ronlnreot d'&bord gfati da tompi, firent dai obj«etioii« ridienlti ; let Bohirae* av&ient dit qa'ila Tiendraient xn eoneite, si rialliment toute la ehrétientd y Tenait ; let catholiques ripoudirant qn'i) élait bien difSeile de réunir tout Isa chrélieni, hommei et fenraei, laiquei al eccUiiai tique i, Greca st lodieni. La diaousaion dsTÏnt pourtant plus tirieute : eomma à Presbourjr, let Caques refusèrent de h louroeltre au enncile, mais demaudârent que toute Téritâ, prourâs par TRcriture, fût ■eceplée par toua. Les catholiquei Toutûent au contraire riserTer au ceneile la d4cition louTersiae. Nous voulons, disaient tes HuMitei, paraître an coDcite « boe adjeeto quod, quidquid ibidecn ei seripturi legit divina aut eanetonun doetorum sentenliLi in priedicta legs Teraciterfundatorum dédnetum fiierit et probatum, hoc in eodein concilio acceptatur. » Les catholiques promettaient aux Bohémaa des saur-conduila, ' boo adjecto quod quidquid ibidem per idem coueilium defloitum Tuerit hoo (Bohemi volunt et pollicentur] inTiolabilitsr aceeptare et «arrara (Cp, Urk. Beit., II, p. 207-808, une lettia de Sigiimoud, p. Î09-814, uns dielaratioD ulraquisle, p. 2U-SU).

DiatizeabyGoQt^Ic

répondirent par des manifestes , qui furent répandus à profusion dans toute l'AHemagne.

Lorsque le Christ est descendu sur is terre, disaient les Praguois, il a donné aux hommes divers préceptes très salutaires entre lesquels les quatre suivants sont les prindp&ux:Ie Sacrement du Corps et du Sang du Sauveur doitêtre distribué aux fidèles sous les deux espèces, la parole de Dieu serapréchée librement, publiquement et selon la vérité, par ceux h qui la puissance en a été donnée ; il faut enlever au clergé tout pouvoir civil; les péchés publics et notoires doivent être rigoureusement réprimés par les autorités légitimes (1). Ces vérités, auxquelles nous sommes attachés du fond du cœur, nous voulons les faire connaître aux autres hommes ; sans reculer devant la fatigue ou les frais, nous avons répandu dans plusieurs pays des manifestes où nous justifions notre foi par les preuves les plus solides tirées de l'Écriture. Toujours prêts à accepter la discussion, noua n'avons jamais cessé de demander une libre audience publique et nous paraîtrons au concile, s'il nous est permis d'y exposer notre foi et si l'on veut réformer toute l'Église militante, dans son chef et dans ses membres, suivant les règles du Saint Évangile. Ou veut que nous nous soumettions en tout b la décision du concile, nous n'admettrons jamais qu'un tribunal terrestre ait une autorité sans appel dans les choses célestes, nous ne reconnaissons d'autre règle que l'Écriture, d'autre loi que la parole de Dieu. « Jugez vousmêmes, nous vous en supplions, si ces évêques occupent dignement la place des apQtres. Les apôtres traversaient le monde couverts de haillons et méprisés, annonçaient aux peuples et aux nations la vérité éternelle et lui rendaient témoignage par leur mort : les évêques, véritables chiens muets, insolents, vêtus de pourpre et d'or, vivent tranquillement dans les châteaux et dans les villes, ne daignent même pas écouter les vérités divines, et si des fidèles veu-

(1) Cp. i. cas quatw Mticlea ulraijuijta» le taiU JHerminn Cornar où on les retrouTt sani aucune restriction et dans le teos taborita ; la communion Boui Isa dem esp&us est nécessaire an salut, la mnltiplicaliou des binéScas, mortella à L'Éjlise ; les sujets ont le droit de corriger las prâlal) ; la libre prédicatioa de la parole do Dieu est permise & tous (col. 1312).

Di3tizeabyG00»:^Ic

lent se confonner à la parole du Christ, ils les dépouillent de leur renommée, de leur vie, de leurs biens, non pas de leurs propres mains, — ils ne veulent pas s'éloigner du lit de leurs courtisanes, — mais en élevant contre eux une croix ensangrlantée, en excitant les chrétiens au meurtre de véritables chrétiens. Les apôtres, dédaig:neux.des délices d'icibas, ornés de toutes les vertus, suivaient le Seigneur, pauvres et humbles ; les évêqueB possèdent des châteaux, des villes, des forteresses, des provinces; hommes d'argent, remplis de vices, ce n'est pas Christ qu'ils suivent dans son humilité, mais Satan dans son orgueil, dans son luxe, dans sa passion voluptueuse. S'ils envahissent notre patrie, nous placerons notre e^oir en Dieu et nous repousserons la force par la force > (1). Les Taborites ne pouvaient guère mettre dans leurs proclamations plus de précision et d'énergique colère.

Cependant les croisés, avertis par leurs espions que l'armée hussite qui s'était rassemblée auprès de Plzen s'était séparée, étaient entrés eu Bohème et menaçaient Tachov. L'électeur de Brandebourg était encore le capitaine général (2) ; il aurait volontiers refusé un si périlleux honneur, n'avait nulle confiance dans ses soldats, redoutait une honte nouvelle après tant de hontes. L'armée de Frédéric ne s'élevait pas & moins de 150,000 hommes, traînait après elle ^)00 voitures. En même temps, un autre corps marchait vers ^atec, les Silésiens envahissaient le Nord-Est de la Bohème et Albert d'Autriche, la Moravie. Les premiers mouvements de l'arniée allemande trahirent clairement les inquiétudes et les irrésolutions des chefs. Julien voulait attaquer Tachov sur-le-champ, les généraux remirent l'assaut au lendemain, mais les habitants passèrent la nuit à réparer les fortiflcatiouB, et le matin, lorsque les croisés s'avancèrent, la ville parut si bien gardée et ses défenseurs si résolus qu'on crut prudent de ne pas risquer le combat. Les Allemands se tournèrent vers la petite ville de Brod qui fut prise d'assaut

: (1) il jnilUt Itil. VA. Bail., II, p. 233-231. (£) Riedal, cod. diplom., II, 4, p. 116,

DiatizeabyGoQt^Ic

et brûlée, toua les habitants furent égorgés. Ce fut la seule ville qui tomba entre les mains des envahisseurs ; ils se consolèrent en dévastant les campag-nes, détruisant les villages massacrant les paysans. Les catholiques ne trouvaient pss grâce devant eux ; la cupidité et la cruauté des Eoldate se donnaient libre carrière: hommes et femmes, enfants et vieillards étaient mis h mort sans pitié (1). Les croisés firent mine alors de marcher vers Domaîlice (Tauss), mais s'ar^ ratèrent à la nouvelle de l'approche de l'armée hussite. Le 14 août 1431, vers trois heures de l'après-midi, on signala l'arrivée des hérétiques: ils étaient encore à plus d'un mille de distance, mais déjà l'on entendait le bruit de leurs charriots et, par intervalles, le vent apportait quelques mots de leur chant de guerre. Julien monta sur une cullîne d'où la vue embrassait tout le champ de bataille, et le margrave de Brandebourg ordonna à ses troupes de se replier vers des hauteurs, un peu en arrière de la ligne qu'elles occupaient. A la vue de ce mouvement, les autres s'imaginent qu'ils sont trahis, une terreur folle Vempare de tous les esprits, les compagnies se mêlent, les soldats jettent leurs armes et s'enfuient. En vain quelques chefs essaient d'arrêter la déroute, on n'écoute plus leur vois et ils sont eux-mêmes entraînés par la foule. Le désordre s'accrut encore vers le défilé qu'il fallait franchir; des bandes, ivres de peur, s'égarèrent et revinrent en Bohême, persuadées qu'elles rentraient . en Allemagne, les conducteurs des voitures avaient jeté leurs bagages et ne pensaient plus qu'à arriver en tète, pour ne pas se trouver pris dans l'encombrement, mais malgré leurs efforts, bien peu parvinrent à se frayer un passage au milieu des piétons. De 4000 voitures, on en sauva seulement 300; toutes les autres furent ramassées par les vainqueurs, ainsi qu'une énorme quantité de fusils, de canons, de provisions de toute, espèce. < La parole de Jérémie, dit André de Ratisbonne, a été accomplie k la lettre, la main de l'ennemi s'est étendue sur tous les biens désirables » {2). Le cardinal perdit même son manteau rouge et la bulle pontificale qui

(I) Ma. Sjlv., c. 4&

lî) Chroniqua, p. !16l.

Di3tizeabyG00»:^Ic

'Ppelait les chrétiens à la croisade. Il avait rallié quelques

'"iera d'iiommes qui avaient promis de se défendre et de

•^^Tir la retraite, mais à peine aperçurent-ils deux ou trois

^*s coureurs bohèmes qu'ils jetèrent leurs armes et se

.^^èrent; la fuite des Allemands n'aurait pas été plus ra-

^:^» dit Burkard Ziuk, quahd ils auraient eu & leurs braies

Tt'OOO ennemis <I). Plusieurs milliers de croisés furent tués

j * Course par les éclaireurs que les Hussits» avaient lancés

ssJ^^ toutes les directions: le gros de l'armée cèque avait as-

fl)„ * faire k réunir le butin, essayait les canons que les Alle-

fc^^'ia leur offraient et dont les détonations redoublaient la

^«^^"^l" des fuyards. Instruite de cette funeste déroute, l'ar-

^It^^ ^*ii s'avançait vers Zatec se replia à la hâte, les Silésiens

■'^'^y^^rent la Bohême, et Albert d'Autriche, qui avait mis

^ "/^ ^t à sang la Moravie, recula devant les Taborites qui

^S^VSVsraient à marches forcées. Les fuyards allemands arri-

Vfetent jusqu'à Nuremberg, ils croyaient les Hussites à leur

poursuite ; leur épouvante fut contagieuse et les habitants

qui s'attendaient à chaque instant & voir paraître l'ennemi,

ne 6rent aucun préparatif de défense ; ils se seraient soumis

aux plus dures conditions.

Le cardinal-légat avait failli tout d'abord être assassiné par les Allemands qui l'accusaient de les avoir livrés aux hérétiques; cependant, quand les esprits furent un peu calmés, que l'on eut appris surtout que les Hussites n'étaient passortis de Bohême, on se mit h former de nouveaux projets: Sigismond convoqua une diète & Francfort ; des nobles et des chevaliers promirent h Julien (le revenir en Bohême l'année suivante, pour y vaincre ou y mourir. Le cardinal leur donna de bonnes paroles, leur promit des subsides, mais il n'avait plus aucune confiance en eux, il était convaincu désonnais que l'on n'arriverait à rien par la guerre. « Nous avons péché devant Notre Seigneur, disait-il, nous avons douté et noua ne nous sommes pas reposés sur lui, nous n'avons pas été soumis et dociles à sa voix, il a lancé contre nous sa malédiction, le peuple est frappé d'anathème » (2).

(1) Chroniquâ, p. 9S.

(S) HoQUin.. II, p. es.

DiatizeabyGoQt^Ic

Il fallait essayer de ramener par des négociations cette héroïque nation que l'on n'avait pas pu vaiitcre: tons ceux qui coDserraient quelque raison, étaient unanimes à demander la paix; les catholiques n'avaient jamais jusqu'alors été sincères dans leurs tentatives de négociations, la défaite de Domazlice détruisit les dernières illusions, l'Église et l'Empire acceptèrent dès lors franchement la nécessité de traiter. Ce n'était plus de la Bohême seule qu'il s'agissait ; l'Europe entière était ébranlée, des symptômes graves parlaient de défections prochaines. Les Cëques ne faisaient pas de conquâtes, mais leurs idées, non moins redoutables que leurs armées, se répandaient au loin.

Sur quoi se serait-on appuyé pour combattre les rebelles 1 Sur l'Empereur? — Il y avait beau temps qu'on avait appris h connaître ce que valaient ses déclarations et ses promesses. A mesure que l'ôge était venu, ses défauts s'étaient exagérés, ses qualités avaient disparu; toujours à court d'argent, il étalait sa pauvreté, humiliait la pourpre impériale pour obtenir quelques secours aussitôt dépensés. La débauche usait ses forces affiubliea; insouciant et léger, il attendait des événements une amélioration qu'il était incapable noD-senlement de hâter, mais d'entrevoir avec quelque précision. A ce moment même, il se consolait de ses défaites par un rêve, ne songeait plus qu'à aller se faire couronner empereur en Italie.

En appellerait-on de l'Empereur à l'Empire ? L'Allemagne morcelée, épuisée, n'avait même plus la force d'arrêter les courses dévastatrices de quelques milliers de Taborites. Comme il arrive dans tous les pays en décomposition, les désastres augmentaient les troubles intérieurs ; l'anarchie grandissait avec le danger. La désorganisation était si profonde que nul cœur n'était assez haut pour entreprendre de rétablir l'ordre, nul bras assez robuste pour y réussir. Les cupidités s'exaspèrent, les seigneurg lâchent la bride b. toutes leurs passions, c'est une curée universelle à laquelle Sigismond assiste indifférent et qu'éclairent d'une lueur sinistre les incendies allumés par les Taborites. La misère est affreuse, la conscience morale est morte. « Kous allons

Di3tizeabyG00»:^Ic

. — 39B — comme des brebis sans bergrer, dit le chroniqueur, la colère du Seigneur nous a atteints. »

N'était-il pas Et craindre que de cet abîme de désordres et de misères ne s'élevât un immense cri de réforme et de révoiQtion? Tous les chefe s'étaient montrés incapables ou indignes ; pourquoi ne pas secouer leurjoug-îLe monde ancien craquait de tous côtés, pourquoi hésiter h le renverser d'un coup d'épaule î Pourquoi la vie, la justice, lapaix ne seraient' elles pas avec lesHussites'? Dieu aurait-il pennis leurs triomphes inouïs s'ils n'étaient pas les véritables porte-flambeanx delà vérité? Utraquistes, Taborites lançaient sans cesse de nouveaux manifestes qui pénétraient partout. Un d'eux fut même affiché sur la porte de l'Église de Bâie où siégeait le concile. Il était l'œuvre de Procope et il produisit en Allemagne une profonde impression.

< Nous nous adressons à vous, disaient les Taborites, à voua rois, princes, seigneurs et villes de l'Empire romain, et nous vous prions de nous accorder une conférence.Vous amènerez le pape et les cardinaux, lesévêques etlesplus savants docteurs ; nous, nous aurons nos maîtres avec nous : ils nous écouteront comme nous les écouterons, et personne ne devra son triomphe à la violence ou à la ruse, mais h la parole de Dieu. S'ils nous prouvent notre erreur, nous ferons pénitence et donnerons satisfaction, comme le veut la loi du Christ ; mais si nos maîtres, avec l'aide de la Sainte-Écriture démontrent l'hérésie de vos chefs, de vos évêques et de vos prélats, ils devront aussi faire pénitence. Si leur orgueil s'y refuse, vous voua joindrez k nous et nous vous aiderons de toutes nos forces à les chasser de la chrétienté. Ils vous diront qu'il ne convient pas h des laïques d'assister k de telles discussions; c'est uniquement par crainte d'être vaincus. Si cependant vous repoussez notr;- proposition, laisaezlea au moins mériter eux-mêmes les indulgences qu'ils vous promettent; ils en ont un assez gran{^ besoin. Qu'ils prennent eux-mêmes les armes ! Mais il n'est pas permis aux ecclésiastiques de combattre, objecteront-ils; et leur est-il permis de prêcher la g'uerre? Nous ne craignons pas lalutte: si vous voulez la continuer, libre à vous : Dieu ne noua a pas aban-

donnés et ne noua abandonnera pas, les serviteurs du Seig-neur ne peuvent pas être vaincos. Mais pourquoi nous attaquer? — Vous craignez l'excommunication du papeï C'est devant celle de Dieu seul qu'il faut trembler. On nous accuae d'héréaie parce que nous ne croyons pas du Purgatoire, k la Vierge Marie et aux Saints ! mais, grâce h Dieu, nous croyons savoir mieux que nos adversaires ce qu'il faut croire & ce sujet. On nous accuse de ne pas obéir aux ordres du pape ! nous ne voulons nous soumettre h lui que dans les choses justes. — De supprimer les couvents! Nous aussi jadis nous avons honoré les moines, mais Christ n'a établi aucun ordre monastique. Les moines sont une race inutile et funeste h la chrétienté... Réveillez-vous, vous tous qui avez si longtemps dormi ; ne redoutez pas la colère de vos prêtrea, reprenez-leur ce qui est à vous, ces biens qui ne leur appartiennent pas. 51 vous voulez donner, il y a assez de pauvres, qui prieront pour que vous soyez débarrassés de vos péchés. Pourquoi Dieu ferait-il plus attention aux prières des prêtrea qu'à celles des autres hommes? Eat-ce h cause de leurs grosses lèvres et de leur visage rouge, ou peut^tre k cause de leurs vêtements somptueux, éclatants, de leur avarice, de leur luxure?.... C'est un grand et grossier mensonge, si l'on vous dit que nou3 ne voulons que tuer hommes, femmes et enfants. Nous ne le faisons que si l'on emploie la violence contre nous ; alors, sans doute, nous nous défendons, mais la faute retombe sur ceux qui ont entrepris la guerre; nous désirons, pour notre part, que ces meurtres et ces vols réciproque.5 prennent fin et qu'une paix solide, sainte etdurable soit conclue entre nous et vous » (1). La survelllanpe des évêques n'empêchait pas les paysans, les bcur^ecio, de lire et de commenter cea paroles enflammées (?). Dana les contrées contiguës & la Bohême, la peur surtout agissait : pour éviter de nouvelles invasions, les habitants étalent prêta à toutes les apostasies, c II faut un remède et un remède rapide, écrivait le cardinal Julien ; seule, I;i pensée d'un concile prochain retient beaucoup de monde et

(t) Nov«iiibr« tl3l. — MoDiim., eoacîl,, I. p. tôt-itO. (S)ia.,tl. p. S.

DiatizeabyGoQt^Ic

empêche les peuples voisina de se récoucilier avec les hérétiques. L'opinion g:énérale est que les Cèques ne peuvent pa& être vaincus par le» armes » (1). Les souffrances excessives ont détruit tout ressort : « Nous ig-norona ce qui arrivera, écrivent les habitants de Cheb, au lendemain de la fuite de Domazlice; quel secours, quel refuge nous reste? » (2). Ils ne voient de salut que dans la paix, et c'est à ^rind peine que l'Église les retient, leur arrache la promesse d'attendre quelques mois encore.

Mais plus loin, ce quin'e8tenFranconie,enMisme, en Silésieque découragement et résignation devientvéritahle sympathie pour l'hérésie, communion d'idées; non pas cependant qu'on retrouve de nombreuses traces des progrès des doctrines religieuses hussitea ; l'hérésie iillemantlc d'alors est surtout négative, elle se marque par le mépris du clerj^é, la haine du prêtre. € Noua seuls, pauvres Allemands, écrivnit un pamphlétaire en 1429, nous nous laissons persuader que le pape est un Dieu sur la terre ; il vaudrait mieux cro.re qu'il est le diable. » Ce respect du pape et de l'autorité ecclésiastique dont se plaignait l'écrivain, s'il existait encore en 1429, ce qui est peu probable, fut bien vite oublié. Il fit place au désir de se soustraire aux vexations et h l'arbitraire de l'Église. Le clergé en Allemagne, dit le cardinal Julien, est en complète dissolution, ce qui explique l'extrême irritation des laïques ; il est h craindre, s'il ne se réforme pas, que le peuple ne se jette sur lui, à l'exemple des Hussites ; il est même à redouter qu'après l'hérésie hussite il n'en surgisse de nouvelles (3). Un pamphet de 1439 propose d'enlever aux prêtres leurs biens et leur autorité; le pape et les cardinaux, les évoques et les curés auront un traitement fixe et tous leurs autres revenus seront supprimés ; on eulèverii leurs propriétés aux chanoines ■ qui sont devenus les hobereaux de Dieu >; tes nonnes, « qui maintenant connaissent le monde mieux que celles qui y vivent et s'occupent de lui plaire plus que d'observer la règle, » seront forcées d'ouvrir et de diri-

(1) KoTembre 1431. Monum. eondl., p. 94 et 416.

(2) Schmidl, p. 213.

(3) Uonnin., II, p. M.

DiatizeabyGoQt^Ic

^r des écoles. C'est servir Dieu que de dépouiller les prêtres et de les écarter de tout grouvernement temporel (1).

Cette haine ,du clergé, qui éveillait les craintes des chefe les plus cifiirvoyanta de l'Église, s'unissait à l'esprit de révolution qui agitait toutes les villes. Un vent de révolte soufElait dans toute l'Allemagne. A Mayence, les corporations s'étaient soulevées contre les patriciens, et les prêtres avaient quitté la ville. A Liège, la bourgeoisie exaspéréepar les extorsions et les privilèges du clergé, s'était révoltée contre lui. Aix-la-Chapelle était troublée par des émeutes sanglantes. Ratisbonne, Wurzbourg et Bamberg étaient en guerre avec leurs évêques [2). A Magdebourg, les habitants, craignant une attaque des Hussites, se préparèrent à un aiége et fortifièrent la ville ; ils demandèrent à l'archevêque Gunther la permission de faire quelques travaux de défense du côté de l'archevêché ; Gunther, qid n'était qu'à moitié rassuré sur les intentions du peuple, refusa: les bourgeois passèrent outre et s'unirent aux villes de BrOnswick, Halle, Lubeck, Halberstadt, et à plusieurs autres cités de l'Allemagne du Nord ; l'archevêque s'obstina, loua des mercenaires, mais il fut battu et s'enfuit à Bâle (3). Stettln, Rostock chassèrent leurs anciens conseils.

L'agitation pénétrait dans les campagnes. Dans le diocèse de Worms plusieurs millierg de paysans prirent les armes et conduits par quelques chevaliers, vinrent mettre le siège devant la capitale de la province, ils demandaient qu'on leur livrât les juifs et les prêtres ; ils voulaient les mettre h mort, parce que par eux < beaucoup de scandales étaient venus dans le monde » (4). Des ligues s'organisèrent dans les provinces rhénanes: les insurgés élisaient un chef, avaient pour drapeau une image du Christ ou de la Vierge et partaient à l'aventure pour piller. Les inquiétudes des princes

(1) Reformatio eeclMiaatiea, publié danaGoldMt: Sut «t reacr. impicûL Francf., U, p. ilO.

(!) Henn. Cornar, col. 1291; Bnrk. Ziak., p. 9S. (3) H. Coraar, eoL 1314.

4)L«ltr« (U Sigbmoud, 17 mari MSt

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voisins sont assez prouvées par la rigueur des mesures qu'ils prirent. « Ils s'assemblèrent à Bingen, le 6 février 1432, et décidèrent de convoquer au son des cloches tous leurs employés et tous leurs vassaux et de leur faire jurer de renoncer à de telles associations et d'en dénoncer les chefe. Tous les paysans qui entreraient dans ces ligues seraient pendus ; ceux qui montreraient l'intention d'y entrer ou ne dénonceraient pas ce qu'ils savaient, seraient châtiés dans leurs corps etdaos leurs biens * (1). Mais qui pouvait prévoir les conséquences qu'aurait l'apparition d'une armée hussite appelant & la liberté ces serfs, à la richesse ces déshérités, à la vengeance ces opprimés ? Ne savait-on pas déjà que des bandes de Silésiens et de Saxons s'étaient jointes aux armées de Procope? (2),

L'Église s'adresserait-elle à l'Europe et appellerait-elle les peuples de France, d'Italie ou d'Espagne au secours de l'Allemagne épuisée? Les papes l'avaient essayé plusieurs fois et leurs paroles s'étaient perdues au milieu de l'inattention générale. Les manifestes des Hussites suivaient partout les bulles du pape et étaient souvent mieux écoutés. Ils avaient pénétré jusqu'en Espagne. En Bourgogne, le peuple s'était soulevé contre les seigneurs, avait brûlé les livres de cens et détruit les châteaux ; c les rebelles osaient dire que deux prêtres suffisaient pour tout le pays et que les nobles devaient travailler ; si cette hérésie n'avait pas été étouffée par le bailli et par les seigneurs à force de supplices et de pendaisons, elle se serait répandue dans la province et unie h l'erreur bohème, aurait séduit beaucoup de gens. » Dans le Dauphiné, une partie du peuple, enfermée dans les montagnes, partageait les croyances hussites ; elle s'était imposé un tribut et l'avait envoyé aux Cèques (3). Les progrès de l'hérésie empêchent l'évÔque d'Arraa d'aller à Bâle, « il est nécessaire qu'il veille sur son troupeau pour le préserver de la contagion de l'hérésie bohème qui pullule dans son dij-

(1) Sehaab, rhein. Stadte Bnnil, I, 459.

(S)Tiinandum ait qnod, iiUicoDciliumproTÎdeat,omnaiiitini«Lieid>iGermaniâ teaebuDi pEurtam iitonun Bobamomm (dté par PkUcï;, III, 3, p. lu). (3) HoQuiii., II, p. 138.

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cèse{l).L'ussemtilée de Bourges signale les daDgers de la propagande husaite et demande qu'on invite lea hérétiques à une discussion publique, de peur que les esprits simples ne s'imaginent que l'Église recule devant la combat et que leur foi ne soit ébranlée (2).

En Orient, l'hérésie avait trouvé un terrain plus favorable encore ; en Pologne, le nombre même des écrits polémiques publiés contre le Huasitisme et des lois portées contre eux montre que lea évéques polonais n'avaient pas complètement extirpé l'erreur (3). En 1439,1e nouvel archevêque de Posen, André Bninski doit se mettre Ëi la tête d'une armée pour forcer le seigneur de Zbaszyn, Abraham, à lui livrer les prédicateurs hussites qu'il héberge dans son château : ces malheureux missionnaires furent brûlés. L'Autriche avait été à peu près préservée de la contagion par Albert, mais la Hongrie était sérieusement entamée : dans les comitats du Nord, habités par des Slaves de môme race et de même langue que les Cèques, les Hussites avaient fait des milliers de posélytes (4) ; au Sud, l'hérésie prenait une autre forme ; les Bogomiles, oubliés plus que vaincus, relevaient la tête ; la Croatie, les provinces danubiennes étaient presque complètement séparées deTÉglise romaine. Les paysans refusaient de payer les dîmes ; c'est par 50,000 que le grand inquisiteur Jacob compte les Patarins ou les Hussites qu'il a ramenés k la foi catholique (5). Ainsi, de quelque côté que l'on tourne les regards, l'horizon est chargé de tempêtes ; en Allemagne, en Pologne, en Hongrie, en France lea peu-

(1) Monum., p. 130.

(2)Manum., II, p. 138.

(£^ Michala 'Witmiewskiego lùslorja Utersturf poUkisj, p. â5-6C, 2U, 128, 235. 11 est probabl» d'ailleurs, eomme 1« fait observer M. Caro, qu'il j adantcet auleur ua peu d'eiagéraiioa, idjûbM. Caro ma parût d'antre part diminuer par trop l'importance du mouvement hasaite eu Pologne. • Mous taTOni que cette peale maudite de l'hârâiie, ^crit-on au concila de Bâte, a commence 1 f^re de trâa grand» progrè» en Pologns ; i'arehe*Aqne primai, l'iTêque de Cracovie et d'autni noiu en ODt avertit. ■ — Uonum., II, p. 143.

(4) Nieder, FormicariuB, 111, p. 10.

(5) Katona, XllI, p. 741, 743, 74S.

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pies s'ag^iteut, tourmentés par un besoin encore obscur d'indépendance et de liberté ; Rome, attaquée h l'improviste, perd partout du terrain. Gontinuerla guerre dans dépareilles conditions, c'est courir volontairement à d'irréparables désastres. < Il n'eût pas été étonnant, si Dieu n'y eût mis sa main, dit Windecke, de voir les hérétiques et les Hussites obtenir un triomphe complet, car il y avait vraiment trop d'abus sur la terre. >Pour conjurer ces périls imminents, un seul moyen restait : la paix ; un cri montait vers la papauté de tous les coins du monde : la paix ! La paix ! Il fallait faire aux Hussites toutes les concessions qui n'étaient pas incompatibles avec l'existence même de l'Église, et donner satisfaction aux justes demandes des Mêles par la Réforme des abus. La Paix par la Réforme, c'est ainsi seulement que l'en sauverait la papauté et le catholicisme : assez de terg-iversations, assez d'ajourneinenta. « Priera-t^on les hérétiques d'ajourner leur propagande? Demandera-t-on ii ceux que scandalise la conduite du clergé de remettre leur indignation ? La maison brûle, il est permis aux serviteurs de crier et d'éveiller le m^tre, s'il dort » (1).

Au moment où l'Église se décidait enfin à traiter avec les hérétiques, faisait cette concession capitale, inouïe jusqu'alors, de discuter avec des rebelles, de négocier avec des sujets révoltés, les Bohèmes, malgré leurs succès, étaient euxmêmes fort désireux de revenir & une situation plue régulière. Sans doute, ils s'étaient montrés toujours fort enclins à la réconciliation, très disposés à déposer les armes, mais ils avaient toujours aussi ^ché des prétentions qui donnaient k leur bonne volonté, réelle pourtant, quelque apparence d'ironie. La paix ne serait pas conclue tant que les Taborites resteraient maîtres du pouvoir ; ils demandaient k l'Église d'accepter leurs croyances, et leur intolérance inconsciente rendait tout accord fort improbable. Mais à ce moment même le parti modéré se relevait et reprenait peu ipeu l'influence qu'il avait perdue depuis 1437. Rokycana avait refusé de suivre Korybut dans sa politique de concessions à outrance, il se sépara de Procope dans ses projets a) HoDum., II, p. \0Î «1 105.

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très vagues d'ailleurs, de propagande. Son programmé, trèsnet, se résume en on mot : la liberté dans l'union. Programme digne à Coup sfir d'une intelligence aussi élevée que celle de Rokycana, mais difficile b remplir, car la cour de Rome, malgré ses dispositions pacifiques, n'accorderait pas sans peine les libertés nécessaires ; dangereux aussi, car on risquait, et RolQreana n'évita pas ce péril, de se Idsser peu (L peu acculer à des concessions exagérées et de sacrifier h l'Onton la liberté. Tous les anciens partisans de Eorybut se rallièrent autour de Rol^cana, décidés à l'entraîner plus loin qu'il ne pensait et prêts à TabandonUer au moment nécessaire : alliance périlleuse ! Les chefs qui esaaieût d'arrêter une révolutloû deviennent vite, par mi involontaire mouvement de recul, les instruments de la réaction. Mais Rokycana eut aussi derrière lui la masse de la nation tout entière, ceux qui n'avMent d'engagements formels avec aucun parti, cette multitude flottante qui se compose des timides, des tièdes, des indifférents. Force Immense, qui n'agit pas, mais qui entraîne. Les nations, comme les individus, ont leurs heures de courage et de lâcheté, d'enthousiasme et de faiblesse, de tbi et de découragement. Eu 1431, la Bohême était lasse : une nation de trois ou quatre millions d'hommes s'épuise h tenir tête ^ l'Europe entière. Leurs victoires fotigUaient lesHussttesplus que les défaites des croisés ne fatiguaient les catholiques. Oomme les grandes guerres s'étaient toujours décidées en Bohême, le royaume avait été traversé, ravagé par des centaioes de mille Allemands. Le butin que rapportaient les babdes Taborites était une faible compensation de ces ravages ; c'est un des caractèfes de la guerre qu'elle rtUne l'euTahl sans enrichir l'euTahUseur. D'ailleurs le butin restait dans les mains des soldats ou dans les villes, arrivait fort indirectement et Comme par hasard aux plus éprouvés, auxpaysaUs.A peine tes bribes qu'Us ramassaient couvraientelles le mal qu'ils souffi^ent de leurs propres défenseurs* du passage constant de ces hordes qUe ne contenait pas toujours la main de fer d'un Procope. Le parti radical en «rmes, les « communes de combat >i n'étaient pas ptuâ ten-*

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lires au petit peuple que les snclens compag-nons de ^i:ka. Les soldats de Procope commettaient la même faute que les premiers Taborites, imitaient les chevaliers et les parvenus dont ils avalent si justement flétri les violences et les injustices. Ces nouveaux défenseurs des idées d'ég'alité et de liberté remettaient volontiers au lendemain l'application de leurs théories. En attendant, on continuait h percevoir les cens, à lever les impôts, avec quelle rigueur, un ordre de Tabor peut nous en donner une idée: « Si vous nepayez pas, nous voua y forcerons, avec l'aide de Dieu, de toute manière, et particulièrement avec le feu » (1). Pillés par les ennemis, rançonnés par les Uussites, les paysans ne cultivaient plus la terre, quittaient leurs malsonâ ; h la fin de la guerre, un grand nombre de villages étaient déserts. Une autre cause de ruine pour les campagnes, c'était Ui service militaire : dans les premières années, tous les Bohèmes avaient couru aux armes pour repousser l'ennemi, et maintenant encore, lorsque le sol de la patrie était envahi par des hordes étrangères, contre l'Allemand ils retrouvaient leurs fléaux et leurs massues. Mais ils avaient hâte de revenir dans leurs villages ; pour la guerre au-delà des frontières, 11 fallait les enrôler de force, exercer une sorte de conscription d'autant plus odieuse qu'elle était arbitraire et inégale (2). Procope et les chefs taborites les plus intelligents voyaient le mal, mais n'étaient plus maîtres de le guérir : ils finissaient par n'avoir plus complètement en main leur armée. Peu k peu, les rangs des Hussites s'étaient ouverts à des étrangers, d'abord des Slaves, Russes ou Polonais, puis des Allemands, Silésiens, Saxons, Bavarois ; h toutes les époques, le mâme phénomène historique se reproduit : la misère que crée la guerre, crée la guerre à son tour, Il arrive un moment où les dépouillés se font pillards. Il n'est pas douteux que ■ Procope n'eût pu trouver dans ces aventuriers les éléments d'une armée invincible : ce que fit plus tard Wallenatein, il l'eût accompli bien plus facilement, car il n'avait pas en face de lut les Danois et les Suédois, ni l'Empereur au-dessus de

(1) ArcbiT e»Aj, IV, p. Iffi.

C!) Hôfl,, II, p. 486.

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lui. Mais Procope ue voulait conquérir qu'une chose : la paix. Cette troupe de mercenaires qui, de tous côtés, se joignaient à lui, furent bientôt pour lui un danger plutôt qu'un secours. Ces ouvriers de la dernière heure avaient accepté le HuBsitîsme, mais la communion sous les deux espèces les occupait moins que le butin ; véritables condottieri, il» aimaient la guerre pour la guerre et ne poursuivaient pas le triomphe d'un principe mais la richesse. C'étaient eux en Bohème qui faisaient peser sur les habitants la plus lourde servitude, traitaient le royaume en pays conquis. Avait-on vaincu si souvent les Allemands pour se laisser opprimer par quelques hordes germaniques?

Ce découragement, cette langueur étaient encore combattus chez les ouvriers par la ferveur de leur foi, la sincérité de leurs croyances, le souvenir de leurs rêves d'aEEranchissement et de bonheur, la haine profonde de l'Allemagne (I). Ils ne consentaient pas h renoncer aux franchises qu'on leur avait montrées dans le lointain ; le programme du parti survécut longtemps k l'indifférence ou à l'oubli des chefs. Il y avait encore dans ces masses si horriblement foulées et trahies, sinon une grande passion et un grand dévouement, du moins une obstination triste qui devait encore à certains moments et sous le coup d'un péril imminent produire de fanatiques sacrifices.

11 en était tout autrement de la noblesse et de la boorgeoisie. « La diète ne dirigeait pas l'année, mais l'armée la diète » (2) et ceux qui auraient essayé de résister h ses ordres auraient couru de sérieux dangers. Les seigneurs supportaient avec impatience cette domination. Des agents royaux parcouraient la Bohème, excitaient les passions, goarmaDdaient la faiblesse des grands. « Quand il y avait un roi, leur disaient-ils, les nobles étaientles maîtres eïdominaient; maintftnaut, ils doivent obéir aux capitaines, envoyer, s'iU

(1) L« |i«apl« rMïul MUisil ani Tahoriles, dit l'ambaiiadear du mneil* de Pil«, parce qu'il était persuadé que lu coatianation de la gnarra éuil n*cesuira pour empfclier la dominalion de« Atlemaoïls coolrs laïqucU il • une inimitié oalurelln et de la haine. (Mod,, II, p. 431).

(2) Id.. p. 594.

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en reçoivent l'ordre, des vivres et des hommes ; personne n'est plus maître de son bien, on n'observe plus la justice (1}>, Ces exhortations tombaient dans des esprits bien préparés et en rendant plus ardent le désir d'échapper b. la domination taborite, aug'mentaient le désir de paix avec l'Église. Le besoin d'ordre était donc aussi vif dans tous les pays, les deux adversaires aspiraient ég'alement b la fin des hostilités. Il s'agissait maintenant de savoir si l'on trouverait un moyen de réconcilier deux principes opposés, de faire vivre en bonne harmonie le monde ancien et le monde moderne : c'était le concile de Bâle qui était chargé de trouver un compromis acceptable à la fois pour tes hérétiques et pour l'ÉglUe.

(l)Uon., II, p. 4».

Pour Ist dernièrM anaiet d« la (^«rra dei HuMilei, un d«* ourragai ls« plna impartaDts à con«ulter Ml certainement l« graad recueil, jiréptré par le* «oÏDs de MM. Palackj et Bîrk et publié bt«c un très grgjaà luie par l'Acamia impiriala da Vienne : Mouamenta conciliornm genenlinm snculi XV. Conciliura Batltaenie.

La pramiar Toliime (Vianns 1857) aontieat 8 onrngei diffârenti :

I. Johanoii de R^uùo iDÎtium et perMcutioBaciliaasit coDcilii (p. 1-131}.

II. Johaanii de Raguaia traelatiU quo modo Bohemi redneti eunt ad anU talem Eeeletim (p. 133-£Sâ).

III. Pairi Zataeenaie liber diarnus de geati* Bohem. ia eoncilio Baiilianii (p. 887-357).

IV. .iGgidii Carlerii liber de tagati<inibu« coneilii BaûlieDÙi pro reduetiona Boham. (p. 359-700).

V. ThoiDiB Ebendoiferi diariam gEslorom par leptoa concil. Buil. pro rmlucL Boh. (p. 701-783).

VI. JohAnnia da TuronU Ksgaatrum actorum in lagationibui a tacro eoncilio in Bohemiam (p. 7ê5-86ï).

Les troii premiers ont 6lè éditèa par M. Palackj, les aulrei par U. Bîrk qui a ausRÎ surTeillé l'iditioii du sacoad Tolume, tout entier rempli par la grande histoire du concile de Bâle que nous a toisa^e Jean da SAgovia.

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DijlizeObïGoOl^lc

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