‹ Huss et la guerre des hussitesChapitre 22 sur 32 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

{.ES NÉGOCIATIONS ET LKS COMPACTATS,

Lfla envoyés hnasites à Bftle et Iob légata du concile à Prague. — BuptuM des ndicBux et dea modéréa : Lipan, mort de Procope et déÀite daa Taberîtes. t- Ookyotn» et laa Campaetftta. •*■ Lei canférviosq d'Iiblava, •» Ia rwctioq wtbolique,

I^es conciles ont exercé une très heureuse infiuenoe pur les progràa iatérievra etaztérieura du catholioisme, etontmâme contribué pour une Iarg:e part au développemeot (Je la puiasatica pontificale ; ils ont^toujours c^pendantinspiré aux papes quelque méfiance et conuue une certaine terreui^< Appelés seulement dans les périodes de troubles et de crises, sans droits nettement définis, ils ont été souvent un danger non moins qu'une force et ils ont fait quelquefois payer fort cher leur précieux appui. Au XY* sîAcle, les souvenirs de Constance rendaient encore les papea plus défiants et Martin V refusa longtemps de convoquer un concile œcuménique, Jl fut cependant obligé de céder à la pression de l'opinion publique, mais mourut presque aussitôt après avoir publié la bulle de convocation. Son successeur, Eugène IV, confirma le décret de Martin, et Julieu de Gesarini, nommé préaident de l'assemblée, arriva h Bâle au mois de septembre 1431, Un mois n'était pas écoulé que les pères éoriyaient aux Hua aîtea pour les inviter ^ des négociations (15 octobre),

La lettre du coocile était très bienveillante, presque humble (1). Elle fut connue & Prague vers l4 fin de l'aqoée et y

(1) Homun., I, p. 136-137.

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— 4(18 — produisit une très vive agitation : les T&borites avueut donné des preuves multipliées de leurs intentions pacifiques, mais leurs relations avec Sigismond lea avaient mis en défiance. Les ouvertures des Pèrea n'étaient-elles pas une nouvelle ruse de guerre, un moyen d'arrêter leurs courses victorieuses et de permettre à l'Allemagne de préparer une sixième expédition? La conduite du concile justifiait ces soupçons : en même temps qu'il faisait étalage de bienveillance, il cliercbait à organiser la résistance contre l'hérésie; ses ambassadeurs parcouraient l'Empire, prêchaient l'union contre l'ennemi commun, empêchaient les ducs de Bavière, le margrave de Brandebourg, lea seigneurs ou les villes de Franconie et de Thuringe, qui avaient déjà commencé des négociations avec les rebelles, de traiter avec eux (1). Les plus modérés des Taborites ne voulaient pas se laisser jouer de nouveau, ils étaient d'ailleurs obligés de compter avec tes radicaux, les aventuriers, qui repoussaient tout accord, désireux les uns de convertir le monde et les autres de le piller. Les Calixtins au contraire accueillirent avec enthousiasme les propositions du concile. Le moment était enfin venu où les Bohèmes, sans rien abandonner des libertés conquises, reprendraient leur place au milieu des peuples chrétiens ; Prague, où l'influence de Rokycana croissait de jour en jour, était travaillée par de nombreux agents de Is noblesse qui rappelaient aux bourgeois les temps heureux de la paix, de l'ordre et du commerce facile et prospère. Entre les Calixtins et les radicaux, dont les forces se balançaient à peu près, les Orphelins hésitaient ; la majorité dépendait d'eux; attirés vers les Taborites par le souvenir de leurs périls et de leurs buccès communs, ils se rapprochaient des Praguois par leurs idées religieuses ; en ce moment, ils étaient fort irrités contre Procope: une expédition qu'ils avaient entreprise en Hongrie, avait été malheureuse et ils attribuaient leur défaite à l'abandon du chef taborite ; ils se rapprochèrent de Rokycana et après une longue discussion, acceptèrent la confession de Prague. Quelques-uns de leurs prêtres se séparèrent d'eux et passèrent aux Taborites, k la tl) Uonum., I, p. 138.

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Buite de Pierre Payne, mais la masse du parti se confondît dès lors avec les Utraquistes. C'était un ^rave échec pour Procope et peu s'en fallut que la guerre n'éclatât: s'il voulait conserver son autorité, il ne devait pas tolérer d« défection et surtout laisser aux partis hostiles le t«mps d'orgfaniser leurs forces et de rallier les indécis; il recula devant la respODsahilité d'une rupture. Il n'était pas d'ailleuis hostile lui-même à toute pensée de transaction, demandait seulemeat une preuve de la sincérité des catholiques ; h la diète de Prague il se laissa conviducre et tous les Hussites couvinrent d'envoyer à Cheb une ambassade qui devait y rencontrer une députatiOD du concile (fév. 1432).

Mais, pendant que le parti de la conciliation l'emportait en Bohême, des difficultés inattendues étaient soulevées par la cour pontificale. Le 12 novembre 1431, Eugène IV avait ordonné & Julien de dissoudre le concile. Cette nouvelle produisit en Allemagne une véritable consternation ; en Bohème, l'armée qui ne s'était soumise qu'en murmurant h la décision de la diète de Prague, profita du désarroi universel et se prépara à reprendre les hostilités. Nul ne peut dire les conséquences qu'aurait eues pour le monde et pour l'Église la dissolution ou l'ajournement du congrès. Heureusement, mieux instruits qu'Eugène de la véritable situation, les évêques résolurent de continuer sans lui et malgré lui l'œuvre commencée; les périls étaient assez grands pour expliquer toutes les audaces. Julien de Cesarini se mit sans hésiter à la tête du parti de la résistance et son énergie entraîna les plus timides ; chaque jour arrivaient de nouvelles adhésions: tons les princes de l'Europe, à l'exception de Philippe de Bourgogne, se prononcèrent pour Bâle contre Rome ; le concile renouvela les décisions de Constance sur l'autorité pontificale, menaça de déposer Eugène IV, et en attendant le moment où il pourrait le orcer à rétracter sa bulle du 12 novembre, chercha à justifier sa hardiesse par ses services et poussa activement les négociations avec les Hussites. Les Bohèmes avaient été fort irrités des retarda qu'avait entraînés la lutte du concile et du pape; ils avaient cru y trouver la preuve de la

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perfidie et des airièrfr-penaéea dont ils soupçonnaient les oatbolîquea. « Il aurait mieux valu, disaient-Ile, ne pas commencer une œuvre 6i considérable et si a^éable k tous les oIiTétiaiiB que de la conduire avec tant de mollesse et da lenteur et d'y renoncer après l'avoir comraenoée » (1). Les Pères déployèrent la plus (grande activité pour calmer œs eolèrea, donnèrent à. leurs légats les pouvoirs les plus étendus et les conférences préliminaires s'ouvrirent enfin fa Cheb (Egrer), (mai 1\SS). — Famù les envoyés hosaites, se trouvaient Pierre Payne, Rol^eana et Prooope le Grand ; parmi les délégoiés du concile, Jean Nieder, Jean deOeilhausen et Henri Toke, cbanoine de Magdebourg-. L'électeur de Brandebourg et plusieurs autres prinees allemands étalent venus fa Cbeb. Plusieurs fois les ambassadeurs désespéra rent de s'entendre et furent sur le point de se séparer ; on tomba enân d'accord sur 11 pointa qui devaient servir de base aux négociations ultérieures: les Bobèmes seront entendus par le concile aussi souvent qu'ils le demanderont) on ne traitera dans le concile, pendant les négociations, aucune autre affaire de nature fa retarder ou fa entraver la leur : sur leur désir, l'assemblée désignera un certain nombre de commissaires pour conférer avec eux en toute paix et fraternité ; on leur assignera une place honorable ; on leur accordera, quand ils le réclameront, quelques jours de rér flexion ; ils promettent da présenter letira propositions par écrit et leurs adversaires en agiront de même envers eux ; lea sauf-conduits qu'ils recevront et le droit qu'on leur accorde d'être entendus en toute liberté par le concile ne pourront être limités ou annulés par aucua édit, décret, bulle, sentence d'excommunication générale ou particulière; pour les quatre articles, il n'y aura d'autres juges et arbitres que la loi divine, l'exemple du Ohriat, la doctrine des apôtres et de l'Église primitive ainsi que les conciles et les docteurs qui s'appuient réellement sur l'Écriture; il sera permia de relever et d'attaquer tous les abus ; l'interdit ne sera pas observé dans les villes où séjourneront les Bobômes ou qu'ils traverseront; ils auront le droit de célébrer les (1) Monnm,, 1, p. £04.

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offices relierieux daiis leurs auberg-as, sans être troublée ui inquiétés ; lea membres du concile s'efforceront de supprimer les péchés mortels, particulièrement h Bâle (1).

La convention de Cbeb souleva quelque opposition en Bohême et h Bâle ; ceux des Hussites qui repoussaient tout projet de conciliation, voyaient avec douleur ces préliminaires de paix; à.B&le, il ne manqua pas de prélats pçur faire -remarquer l'étendue des concessions qu'avaient obtor nues les hérétiques. Les ambassadeurs du concile avaient en effet complètement abandonné lea droits de rÉg>llse, re« connu le grand principe de la Réforme : si l'Écriture était la seule règle, la seule loi qui fît autorité, que devenait 1'^ gliae? On la livrait h toutes les rébellions individuelles et h tous les écarts delà cousoienoe humaine. Tel était cependant l'élan général que ces protestations trouvèrent peu d'écho ; h B&la iurtout, on ne s'occupa guère que de hâter l'arrivée des Bohèmes. Uais toute l'aunée de 1438 s'écoula encore avant que lea ambassadeurs hussites se missent en route; ils avaient été repria par leurs doutes, craignaient quelque piège : ils envoyèrent à Bâle deux délégués, chargés de reconnaître la situation. Le 10 octobre 14âS, Nicolas Humpolecky et Jean de 2'atec furent introduits dans le concile et demandèrent aux. Pères s'ils approuvaient la convention de Cheb, ils annoncèrent ensuite l'arrivée prochaine desCéques ; les HuBsites auraient vu avec plaisir que Sigismond fût présent aux négûciationa et qu'on y invitât les Qreca (£). Les catholiques se montrèrent très concilianta, promirent de Caire tout ce qui serait en leur pouvoir pour satisfaire les Cëquea, les supplièrent seulement de ne pas retarder plus longtemps leur voyage. Rassurés par lea renseignements de Nicolas et de Jean, les ambassadeurs hussites partirent enSn au mois de décembre 1433. Lea deux chefs de l'ambassade étaient Guillaume Koatka de Postupioe et Procope le Qrand ; venaient ensuite Jean de Rokycana, Pierre Payne, Nicolas de Pelbrimov, l'évéque des Taborites, Pierre l'Allemand de J?atec et Ulric de Znojm, en tout, une cinquantaine de pei>-

(t) Mon., I, p. 2», II, p. SIX Urk. Beiir., II, p. Ki-SSX

(£) Mon-, I. p. »hZ.

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sonnes, en comptant lea secrAtaires et les aerviteurs. Le vojaga se fit sans accident; lea Uussites excitaient partout une trèa-Tîve curiosité, mais cette curiosité n'avait rien de malveillant. A Schaffouse, ils s'embarquèrent sur le Rhin et arrivèrent à l'improviste le 4 janvier 143d, au grand mécontentement du concile, qui avait décidé d'envoyer ime députation au devant d'eux et de leur rendre toua les honneurs dus aux représentants d'un gfrand peuple. A peine avaient-ils quitté le bateau que le bruit de leur arrivée se répandit dans la ville et aussitôt une foule immense accourut autour d'eux. « Il se trouvait même là, nous dit Sylvius, qui Alt probablement témoin oculaire de cette scène, plusieurs membres du concile, attirés par la réputatiou d'une nation si belliqueuse. Hommes, femmes, enfants, g-ens de tout âge et de toute condition" étaient sur les places publiques, sur les portes, aux fenêtres et même sur les toits, pour les attendre... Procope surtout attirait lea reg'ards ; c'est celui-là, disait-on, qui a mis tant de fois en fuite les armées des fidèles, qui a renversé tant de villes, massacré tant de milliers d'hommes, aussi redoutable à ses compatriotes qu'à ses ennemis, capitaine invincible, hardi, intrépide et infatigrable » (1).

L'année qui venait de s'écouler, n'avait pas été perdue pour le concile. Au moment où allaient se débattre devant lui les plus ^ands intérêts de la chrétienté, il n'avait rien négligé pour assurer le triomphe de la foi catholique. Des mesures sévères avaient été prises et renouvelées plusieurs fois contre les abus et les scandales qui auraient blessé les Hussites ; les danses, lea jeux de dés avaient été interdits, il avait été défendu aux courtisanes de sortir dans les mes. Il ne fallait donner aucune prise à ces adversaires qui prétendaient avoir unereligionsupérîeureàtoutes les autres: on rappela aux prêtres qu'ils étaient le sel de la terre et qu'ils devaient donner l'exemple de toutes les vertus, on leur recommanda de dire régrulièrement leurs messes, d'être attentifs dans les églises, sobres dans leurs repas, modestes dans leurs costumes, réservés dans leurs rapports avec les fem-

{I) HUt. Bob., c. 40.

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mes (l). Le cardinal Julien fut chargé de maintenir l'ordre dans les séances, d'empêcher les interruptions violente», les scènes tumultueuses, les incidents qui aigrissent les esprits. On savait que les quatre articles seraient le principal objet de la discussion ; quatre orateurs furent désignés h. l'avance et s'exercèrent h la parole dans les commissions. Le mauvais vouloir du pape pouvait compi-omettre le succès des négociations : comment exiger des Cèques qu'ils reconnussent l'autorité de l'Église, si l'Ëglise était divisée contre ellemême? Les hérétiques ne répondraient-ils pas aux appels et aux sommations des évêques: vous aussi, vous êtes des rebelles, réunis illégalement et frappés comme nous des censures du chef de la chrétienté? Il fallait établir d'une manière incontestable l'autorité des Pères. Une série de mesures énergiques efirayèrent Eugène FV et le décidèrent à revenir sur ses premières résolutions. Menacé d'être mis en accusation, il permit au concile de continuer ses séances et désigna même quatre cardinaux pour présider h ses travaux (Février 1433), première victoire que l'assemblée compléta bientât. Au moment où arrivaient les Hussites, elle était à l'apogée de sa puissance : le nombre de ses membres n'avait cessé de s'accroître et elle comptait dans son sein presque tous les hommes que leur science, leurs talents ou leurs vertus plaçaient à. la tète de l'Ëglise. La nation française, le plus nombreuse, la plus unie, avait trouvé un chef digne d'elle dans l'archevêque d'Arles, le cardinal Louis d'Allemand, qui apportait au service de la réforme des connaissances étendues, une éloquence élevée et un caractère irréprochable. Elle était ordinairement secondée par les Espagnols que dirigeait le cardinal Cervantes, « homme de raison et de paix, le plus juste que j'aie connu, > dit Sylvius, et Jean de Ségovie, député de l'université de Saîamanque, qui nous a laissé une précieuse histoire du concile. Les évêques anglais, allemands, milanais et napolitains votaient dans presque tous les cas avec les Français et les Espagnols. Soutenue par la chrétienté tout entière, aussi supérieure par le nombre que par la valeur intellectuelle et

(1) Mon., I, |i. 2i4, «57 ; II, p. S6S.

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morale des hommefl qui la composaient, victorieuse de la papauté, la majorité du concile attendait areo conâance la discussion avec les hérétiques. Sincèrement décidéa h corriger les abus qui avaient compromis le clergé et la relijrion, elle ne doutait pas que les concessions qu'elle était disposée à faire ne fussent acceptées par les Cèques avec enthousiasme et ne suffisent à les ramener k l'obéissance. Ces espérances furent de courte durée et les premières séances montrèrent clairement l'abime qui séparait encore les réformateurs du concile et les révoltés bohèmes. Comme t Constance, deux systèmes absolument opposés allaient se trouver en présence; seulement, cette fois, rÈglise n'avait plus en face d'elle un simple prédicateur, mais un peuple en armes et victorieux. Dès la première séance (10 janvier 1433), les divergences apparurent clairement (1). Le cardinalJullen faisait preuve de beaucoup de modération, s'efforçait de gagner la bien* veillance des Hussites, les visitait souvent ; une certaine amitié s'était même formée entre lui et Procope le Grand, mais sur le point capital, l'autorité de l'Église, il ne cédait lien. Son discours d'ouverture le montra bien : il protesta de son désir sincère d'éviter tout ce qui serait de nature à blesser les Cèques, les pria d'excuser toute parole violente qui lui échapperait, trouva des accents éloquents pour dépeindre la joie qui avait inondé son âme k la pensée de l'union prochains. Malheureusement les conditions qu'il posait rendaient tout accord bien invraisemblable: il voulait que les Cèquea se soumissent sans condition, il leur demandait de se jeter aux pieds de l'Église qui leur ouvrirait aussitôt les bras. « Hors de l'Église, il n'y a que ténèbres et obscurités ; hors de l'Église, il ne peut y avoir ni vraie foi ni salut. Le livre de la foi, la doctrine sainte, nulle créature dans le

(1) L& Teill«, 9 jBinri«r, l'aretieTlqne de L;roti itait Tenu IraaTir loi Etohémes avec deux docteurs de l'UnÎTertitâ da Paris. Le roi ds France, lanr avidt-il dit, n'avait pas oublia les servicei rendus au rojauma par Jean l'A- Tengla ni le mariage qui avait uni un roi de France à la fille d'un roi Bohême. Aussi aTait-il ordonni à ses ambaasadeurt d'entrer en rslatioa* a'ae les Cèques et de les servir autant qu'iL serait possible. (Mon., I, p. SS), 11 J aurait ud travail curieux & fûre sur les rapports de la France et de ia Bot Mmei

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ciel ou sur ta tewe ne peut les comprendre autrement que l'ÈgllBe catholique, l'épouae del'ag-neau. Le commencement de la sagene de l'homme eat de ne pas se fier tt sa propre Bagesse> maïs d'accepter la foi de ses ancêtres qu'ont rendue authentique l'approbation du Seigneur et les miracles, de l'en tenir auï^ croyances de ceux que la sainteté de leur vie et les prodiges désignent comme les témoins incontestables de la vérité. S'il était permis à chacun d'exposer ou d'interpréter l'Écriture Sainte selon son opinion, il n'y aurait plus de Certitude, partout régneraient la confusion et le chaos. > La péroroieon du cardinal produisit une profonde impression flUr l'auditoire et plus d'une fois, 11 fut interrompu par les Banglots. « Regardez autour de vous, disait-il ; partout le peuple chrétien est foulé aux pieds et dévoré par les Sarrasine, les Turcs, les Tartares et autres barbares. N'aurez-vous pas pitié de vos malheureux frères dont des milliers sont chaque année traînés en captivité. Si vous saviez comment les conquérants traitent leur butin : le flls est séparé du père, l'époux de la femme, le frère du frère. Que de gémissements, de plaintes et de sanglots ! Àh ! sans doute, si vous assistieï h. ce lamentable spectacle, Vous renonceriez aux guerres intestines. Malheur plus terrible encore ! beaucoup de captifs, incapahlea de résister k une dure servitude, abjurent la foi catholique et embrassent la superstition impie de Mahomet. Que de royaumes, de provinces, de cités et de " Villes chaque Jour prises et dévastées ! Les chrétiens sont presque repousses dans un petit coin de l'Occident. N'aurez- Vous pas pitié do vous-mêmes ? Que de sang répandu, de batailles, de guerres, de meurtres, de massacres, de ruines, d'incendies ! Partout des champs désolés et dépeuplés ! Que de désastres ont suivi nos discordes et nous menacent encore. Ce ne sont pas des paroles, mais des larmes que réclame tin pareil sujet. Suivez mon conseil, écoutez mon appel, et tous ces malheurs disparaîtront aussitôt; un nouveau soleil de tranquillité et de paix se lèvera pour nous : le ciel et la terre, les hommes et les anges seront remplis d'une joie sans bornes » (1).

(I) UoDuni., Il, p. m^io.

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Après un discouri de Rokycana qui remercia ie légat, on décida que la diacussion s'ouvrirait le 16; des dissidences commençaient dès lors à se manifester parmi les députés hussites : les Taborites, les Orphelins et les Praguois dont se composait l'ambassade, avaient gardé du discours de Julien une impression très différente et qu'explique assez l'opposition de leurs doctrines ; pas plus que les Taborites, les Utraquistes ne voulaient entendre parler de soumission, de pardon ; profondément convaincus qu'ils ne s'étaient jamais écartés de la véritable doctrine chrétienne, il ne leur suffisait pas d'être reçus par grâce dans l'Église catholique ; mais ce qui n'était en somme pour eux qu'affaire d'oi^rueil et d'amour-propre national était pour les radicaux affaire de conviction et de principe. De là une attitude tout opposée : les Utraquistes se proposaient de gagner leurs adversaires & force de modération, espéraient obtenir ainsi la confirmation des quatre articles, une place privilégiée dans la chrétienté ; les Taborites apportaient dans leurs relations une raideur intolérante, une franchise quelquefois brutale. Pour eux, il n'y avait pas de transaction possible, de concession honorable. Ils changeaient la position relative des partis, apparaissaient non en suppliants, comme les ultra-modérés, ou même eu politiques, comme les Calixtins, mais en apôtres. Aussi lorsqu'il s'agit de décider k qui l'on remettrait le soin de défendre les quatre articles, il y eut quelques tiraillements. Le 13, les rûles n'étaient pas encore fixés. Ou convint enfin que Rokycana parlerait le premier sur la communion 80US lea deux espèces ; l'évêque Nicolas, l'Orphelin Ulric de Znojm et Pierre l'Anglais furent chargés d'exposer les trois autres articles: répression des péchés publics, liberté de la prédication et suppression des biens temporels du clergé.

Le 10 janvier, Mathias Landa de Chlumcan et Pierre Payne parlèrent les premiers. Leurs discours furent une sorte d'introduction à la discussion générale et une réponse indirecte aux sommations de Cesariai. Payne présenta un résumé des doctrines de Huss qu'il compara U la lumière du soleil. Landa lut les conventions de Cheb ; à ceux qui prétendaient que les Bohèmes n'avaient qu'à se soumettre au

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concile, les Cèques opposaient leapromesses du concile même : Jésua-Chriat seul jugera entre les Huasites et' les catholiques. Rokycana prit alors la parole et défendit la communion sous les deux espèces. Son discours, très long', remplit trois séances et fut écouté avec une attention soutenue. Les catholiques étaient étonnés de trouver chez leurs adversaires une si profonde connaissance de l'Écriture et des docteurs, une si grande hahileté de discussion, une éloquence si chiltiée et si modérée ; ces barbares ne le cédaient en rien aux plus illustres représentants de l'Église. De nos jours encore l'on ne peut relire sans quelque surprise les discours des orateurs bohèmes. Sans doute ce sont toujours les anciens procédés scolastiques : les divisions multipliées, les répétitions infinies, les longueurs, la subtilité des raisonnements troublent et fatigruent le lecteur peu habitué aux controverses théologiques ; mais si l'on fait abstraction des imperfections de forme qui tiennent à l'époque et si on ne se laisse pas rebuter par lea obscurités inhérentes au si^jet, on est obligé de reconnaître et d'admirer le talent et l'érudition des docteurs hussites. Leurs discours supportent sans peine d'être comparés aux œuvres de Gerson, et si on rapproche les discussions de Bâle des grandes conférences du XVI* siècle, par exemple de la célèbre dispute de Leipzig entre Luther et Bck, ou s'aperçoit sans peine que les réformateurs cèques sont aux moins égaux à leurs successeurs. Les historiens ont été trompés trop souvent par le témoignage partial de Sjlvius ; sans juger la question au fond, il est certain que l'hérésie fut mieux défendue que l'orthodoxie. Rokycana s'efforça surtout de ne pas passionner le débat : habitué depuis plusieurs années aux ambassades religieuses, il sut se faire écouter en silence par une assemblée malveillante et contester, sans soulever de murmures, quelquesunes des idées les plus généralement admises par les catholiques. L'attitude du concile fit illusion h, Procope : il crut que l'éloquence de Rokycana avait ébranlé les esprits et qu'un dernier coup renverserait àjamais les superstitions si habilement mises en lumière par le chef des Utraquistes (1). (1) La diiconn dâ RoTtycuM x AU publié d&ai IfutèDa, VIII, MÎ-905.

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« Dieu lui-même vous appelle, tous invite, dit-il aux Pères ; ne fermez pas vos oreilles i la vérité, craignez que le Seigneur ne détourne sa face de vous et ne donoe à d'autresvotre place au festin céleste > (1), mais cette exhortation fut accueillie par un éclat de rire universel. Les prélats avaient admiré en artistes, leurs convictions étaient restées intactes. De ce jour, Procope commença h désespérer de ramener h lui le concile; plusieurs fois encore il essaya de l'arraclier « aux inventions du diable » : toujours les mêmes éclata de rire lui répondirent. Un hérétique qui voulait convertir l'Église, spectacle véritablement bouffon en effet ! Quoi de plu8 risihle qu'un accusé qui offl-e la grâce à ses juges, qu'un esclave qui parle en maître '.

La tâche de Rokycana était relativement facile : il avait traité une question de dogme, fort délicate, mais non de nature h. soulever aussi vivement les passions que les questions de personnes. Il n'était guère possible de demander la répression des péchés, le retour du clergé à la pauvreté apostolique sans parler des abus. Les conférences suivantes furent aussi beaucoup moins calmes : Nicolas de Pelhrimov n'avait d'ailleurs ni la modération ni le tact de Rohycana ; il fut plusieurs fois interrompu. Ulric de Znojm fut moins violent, mais quand vint le tour de Pierre Payne l'agitation redoubla. Pierre était après Rokycana la personnalité religieuse la plus éminente des Bohèmes; peut-être même surpassait-il le prêtre utraquiste en esprit et en verve, mais il était particulièrement détesté par les catholiques ; ils le regardaient conmie un renégat et à plusieurs reprises, ils essayèrent de le rendre suspect & ses coreligionnaires. Les discours des Bohèmes avaient duré du 16 au 2S janvier, les orateurs du concile furent plus longs encore. Jean Stojkovic de Raguse qui était chargé de répondre i. Rokycana^ parla pendant huit jours: il entra dans une foule de questions étrangères au débat et ses paroles hautaines et violentes

(l)MoD.,I, p. I6S. Et ntilta cîrca hoc diiit peranuiTe, utTÏdelicet aaenuii Coodliam commniuonem sub utr&qus ipecie Mceptaret et probuet, at sddnxit £tUin ipBe aliquaa ratioasB MtU friToLu qnaa Um catholid qvMO ip«i Bobetoici deridebant.

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— il9 — blessèrent profondément les Bohèmes. Procope protesta le premier: les orateurs du concile, dit-il, ne cessent de nous insulter. Est-ce ainsi que l'on tient les promesses de Cheb ? C'est une offense que de nous inviter à rentrer dans l'Église, non-seulement nous n'en sommes jamais sortis, mais nous voulons y ramener tous les chrétiens, et vous les premiers. A ces mots, un violent tumulte seproduisit dans l'assemblée : un grand nombre de prélats affectaient de rire aux éclats ; mais le vainqueur de Domazlice n'était pas facile à déconcerter. « Vous demandez, continua-t-il, que nous nous soumettions simplement à vos décisions ; commencez par nous prouver la vérité, et nous nous soumettrons, mais si elle est de notre côté, j'espère aussi que vous l'accepterez» (1). Rokycana se joignit àProcope : — Qu' est-ce que l'Église ? ditil; où est-elle î — C'estunequestionquejene veuxpas discuter en ce moment. Vous dites que l'Église est dans ce concile : soit ; nous savons cependant ce que votre chef lui-même, le pape Eugène IV, pense de vous, et le nom qu'il vous donne. Julien intervint, essaya de calmer les Bohèmes, les pria de ne pas être moins tolérants que ne l'avaient été les catholiques. Jean Stojkovic balbutia quelques excuses, mais les mêmes scènes de violence se renouvelèrent avant la fin de son discours ; le mot d'hérétique revenait sans cesse sur ses lèvres : Rokycana protesta, et Kostka et Procope quittèrent la salle malgré les efforts qu'on fît pour les retenir, et ne reparurent plus tant que parla Stojkovic. Les autres commissaires, avertis par cet exemple, s'attachèrent h ne pas mécontenter les Cèques et la discussion s'acheva sans autre incident. Cette profusion de discours ne parut pas d'ailleurg faire grande impression sur les Hussites ; les conférences duraient depuis plus d'un mois et l'on était un peu ntoina avancé que le premier jour. L'on pensa que l'on s'entendrait mieux dans des comités moins nombreux et le concile nomma une commission de trente membres, puis une sousconuaission de huit membres. Le succès fut toigoursiemême et l'on revint aux eissemblées générales. Rokycana et se» collègrues avaient demandé la permission de répondre aux (1) Uoatim.,1, p. 300

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argumenta des catholiqnea, les conventions de Cheb leur en donnaient le droit, et Julien, bien que convaincu d'avance que ces flots Id'éloquen ce couleraient sans profit pour personne, ne voulut'pas mécontenter les Cèquea en leur refusant la parole. Ces'Jrépliques furent très loug-ues : la discussion était épuisée,[toutes les raisons pour ou contre avaient déjà été présentées, à peine était-il possible de rajeunir par quelque habile développement des arguments déjà plusieurs fols répétés. Le concile était fatigué, les séances tumultueuses. Les Bohèmes ne se laissaient pas d'ailleurs déconcerter par les interruptions ; Rokjcana surtoutae distinguait par sa promptitude à la riposte et son esprit acéré sans être blessant. Je ne suis pas tenu de vous répondre, lui criait Stojkovic, poussé à bout: je suis docteur et vousn'êtes qu'un simple maître. — Vous n'êtes pas meilleur que Jésus-Christ, lui réplique Rokycana, et je ne suis pas pire que le diable, et Jéaus-Chriat n'a pas refusé une réponse au diable. Carlier, délégué de l'Université de Paris, soutenait la nécessité de la peine de mort : il est heureux que noua ne partagions pas votre croyance, s'écrie le prêtre utraquiste ; il y aurait en sans cela beaucoup plus de sang répandu, surtout à Prague où tous les ministres de Dieu ont arraché des malheureux au supplice. Un mot, un trait lui suffisaient à calmer les orages soulevés par la franchise hardie de Procope. Kalteîsen.^de l'ordre des Dominicains et inquisiteur de Cologne, accusait Ulric de Znojm d'avoir dit que les ordres mendiants venaient du diable, Ulric s'en défendait. C'est moi qui l'ai dit, interrompt Procope, mais non pas en public, h deux légats, dans une conversation intime ; les couvents n'ont été institués ni par les patriarches ni par les prophètes ni par le Christ ou les apôtres. Christ et les apôtres vomissent ces fainéants qui mangent un pain qu'ils ne gagnent pas, alors qu'ils devraient travailler, comme des gens robustes qu'ils sont : d'où peuvent-ils donc venir, si ce n'est du diable ! Dans une assemblée où les moines étaient nombreux, on devine l'indignation que souleva un pareil blaaphème; mais la colère se changea en thilarité quand on entendit, dominant le tumulte, la voix de Rokycana qui criait à Kalteisen :

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Eh ! seigneur docteur, choisissez donc le seigneur Procope pour votre provincial. Au milieu de ces discussions, de ces réparties aiguisées, les adversaires apprenaient è. se mieux connaître ; bien des préventions tombaient, des préjugés s'évanouissaient ; quelques prélats s'étaient pris d'affection pour ces hardis novateurs qui maniaient aussi vaillamment la parole que l'épée: le jour de leur départ, on vit un groa évoque italien, tout suant, se frayera grand peine un passage au milieu de la cohue et venir leur serrer la main.

Mais ces bonnes dispositions mutuelles ne changeaient rten h la situation : les deux partis étaient aussi éloignés que le premier jour ; il était évident qu'on n'arriverait pas à un accord. Les Cèquee avaient hâte de retourner chez eux; ils n'étaient pas riches, leurs ressources s'épuisaient. On décida qu'une députation du concile se rendrait à Prague pour traiter directement avecles États. Le 13 avril, les Uussites prirent congé de l'assemblée. Rokycana remercia les Pères de la bienveillance qu'ils avaient témoignée aux Bohèmes, les pria de nouveau d'excuser et d'oublier les quelques paroles malséantes qui auraient échappé aux orateurs, et promit que les légats de l'Église seraient reçus à Prague avec honneur. Procope le Grand adressa aux catholiques un dernier appel : il se leva c non comme un juste accusateur, mais comme un pharisien qui se croit au-dessus de tous les autres pécheurs », et commença par quelques mots de justification personnelle. On croyait, disait-il, qu'il avait souillé de sang ses mains de prêtre ; jamais il n'avait porté une arme; il avait, il est vrai, commandé l'armée dans de nombreux combats, mais il n'était pas juste de lui en faire un reproche : que de fois n'avait-il pas supplié les cardinaux et le pape de renoncer h leurs pensées de guerre et de massacre et de s'occuper de la réforme de l'Église. Maintenant cette réforme que les peuples appelaient avec des sanglots et des larmes, elle pouvait s'accomplir. Le concile tromperaii^il l'espoir de la chrétienté ? Il le conjurait d'écouter les ordres du Seigneur, de permettre la libre prédication, la communion soua les deux espèces, la répression sévère des péchés. Ne condamnez pas, a dit le Seigneur,

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et vous ne serez pas condamné. Pourquoi l'Église serait-elle plus rig-oureuse que boh maître ? (1) Le lendemain, les députés husaitea quittèrent Bâle (14 avril 1433).

L'ambassade que le coacite envoya en Bohême se composait de dix personnes : les évêques Philibert de Coutances et Pierre d'Augsbourjr, Jean Palomar et jEgide Carlier, qui avaient pris déjti une part fort importante aux discussions de Bftle, Thomas Ëbendorf de Haselbach, chanoine de Vienne, Henri Toke, chanoine de Magdebourg, Martin Berruer, doyen de Tours, et enfin Jean de Geilhausen, Frédéric Parsperger et Alexandre Sparur. Ds s'arrêtèrent quelque tempsàCheb pour attendre leurs sauf-conduits; leur voyage en Bohême fut un véritable triomphe : de plusieurs lieues h la ronde les paysans accouraient sur leur passage ; à Prague, le bourgmestre et les conseillers sortirent h leur rencontre, les enfants en procession chantaient des cantiques, beaucoup de spectateurs pleuraient k chaudes larmes (2). La joie pourtant était moins générale que ne le feraient supposer ces manifestations. La Nouvelle-Yille, très agitée, assistait muette et sombre k ces réjouissances qui annonçaient aux anciens compagnons de Jean de ^'éliv une palinodie prochaine ; tant de sang aurait-il donc été répandu inutilement? Tant de luttes et de victoires n'aboutiraient qu'il une défection ! Un ancien prédicateur orphelin, Jacob Vlk, se distinguait entre tous par sa violence contre les envoyés du démon qui voulaient séduire les Cèques à l'hérésie romaine. Un instant, on craignit même une insurrection. Malgré les défenses les plus formelles, Vlk continua ses attaques contre les légats tout le temps qu'ils séjournèrent à Prague (3).

Les envoyés du concile ne se proposaient en réalité que de faire une reconnaissance en pays ennemi, de se rendre un compte exact de la situation. A ce point de vue, les défiances et les soupçons des radicaux n'étaient que trop fondés. Bien que l'on siït au loin que tous les Hussites n'étaient pas

(1) MoDQin., U, p..3M.

(2) Id., id., p. 418.

<3)Monum., I, p. 364-365

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d'accord entre eux, on n'avait cependant qu'une idée assez vague de la nature et de la gravité de leurs divisions. Julien avait déjii essayé & Bâle de mettre en lumière ces divergences. < Vous êtes en opposition avec les Orphelins? avaitil demandé unjourà Procope un peu brusquement. — Oui, Bur quelques points. — Et avec les Praguois, encore pluaî » — Procope ne répondit pas (l). Le cardinal fît une tentative plus directe dans une séance générale du concile : il ne suffît pas, dit-il aux Bohèmes, de nous mettre d'accord sur les quatre articles ; encore faut-il savoir s'il n'y a pas entre nous d'autre motif de désunion, et il leur posa 28 questions ; Croyaient-ils h la présence réelle ? La substance matérielle du pain et du vin restait-elle dans le sacrement de l'autel après la consécration ? Les sacrements de la Confession, de la Confirmation, de l'Extrême-Onction étaient-ils nécessaires ? Fallait-il détruire les images, supprimer les jeûnes, abolir les rites et les cérémonies de l'Église universelle, démolir les couvents ï Les prélats et les seigneurs en état da péché mortel conservaient-ils leur autorité ? etc., etc. En ap« pareuce, la préoccupation du cardinal était toute naturelle ; rien de plus simple que de chercher à dégager la situaiioa de réticences et d'obscurités qui rendraient sans cela toute paix chancelante. Mais sur toutes ces questions, les Utrarquistes et les Taborites étaient divisés : ils louvoyèrent, objectèrent qu'il serait toujours temps de revenir sur ces points difficiles, évitèrent ainsi un éclat qui etlt instruit le concile et que désirait Julien. Les légats étaient chargés de faire ce que n'avait pu faire le cardinal, de constater et d'augmenter les dissidences, de ramener ceux qu'il serait possible de décider à une soumission pure et simple. Les concessions qu'ils apportaient aux Hussîtes étaient dérisoires, elles se résumaient en un point ; l'amnistie. Il était évident que les Cèques n'accepteraient pas b. Prague les propositions qu'ils avaient ai vivement repoussées à Bàle.

Une diète furt nombreuse se réunitau mois de juin 1433 : Rokycana résuma les négociations précédentes, et l'on résolut d'entendre les envoyés du concile. Le 13 juin, après un

(1) MoBum., I, p. 311.

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discours de Philibert de Goutances que Rokycana traduisit en bohème, Palomar exposa les propositions de l'Église : les Cèques devaient renoncer à l'hérésie, faire leur soumission ; ils s'adresseraient ensuite au concile, qui ne reculerait devant rien, pour donner une juste satisfaction à ses fils repentants. Palomar laissait apercevoir qu'il ne serait pas très difficile de s'entendre : sur trois points au moins les doctrines des Hussites ne difTéraientqu'en apparence de celles des Pères ; pour la communion, on parviendrait h trouver un moyen terme. Mais ces vagues promesses, ces libertés qu'on faisait miroiter dans le lointain, avaient pour condition préalable l'abandon du principe essentiel de la Réforme, la soumission sans réserves ; c'était les payer trop cher. Nous ne voulons -pas que le concile soit notre jug-e, avaient dit les Hussites à Bâle (1) ; nous désirons la paix et noua l'avons toujours désirée, répondirent-ils k Palomai, nous n'avons pas commencé la guerre, nous l'avons acceptée et subie, nous avons d'ailleurs le droit de nous rappeler ces combats avec fierté : on doit à nos victoires la convocation du concile. Nos succès ne nous ont pasrendusorgueilleuz et intraitables, mais que l'on ne nous apporte pas des propositions insultantes ! Nous l'avons dit souvent et nous le répétons : nous ne sommes pas sortis de l'Église, nous n'avons pas k y rentrer. Quant h nous soumettre au concile, ce serait renoncer & notre véritable juge, l'Écriture, nous livrer pieds et poings liés b. nos ennemis ; Dieu seul, et non l'homme, est l'arbitre de la foi (2).

Les légats faisaient cependant aux Hussites une objection sérieuse : autre chose, leur répliquaient-ils, est le juge, qui juge suivant la loi, autre chose la loi, suivant laquelle on juge. Nous sommes convenus d'accepter pour loi l'Écriture, la pratique du Christ, des apôtres, de l'Église primitive, les docteurs et les conciles qui s'appuient réellement sur l'Évangile ; mais il surgit des difficultés, des explications contradictoires, il faut donc un médiateur, un arbitre, un juge qui explique et applique la loi. Ce juge ne peut être ni les Bo-

(l)Monum., 1, p. 331.

(2) Id., II, p. 419-UO.

hêmes ni leurs prêtres : il faut donc 3uivre l'exemple des autres chrétiens, se soumettre à rÉgrlise et au concile (I). A cet argfument, les Taborites répondaient, comme plus tard les protestants : La Bible est la loi, la conscience individuelle l'interprète, chaque fidèle est juge sans appel de la Vérité ; les Utraquistes, fort embarrassés, évitaient toute réponse précise, mais h travers leurs contradictionB et leurs réticences, une chose apparaissait clairement : c'est qu'ils ne se contenteraient jamais des maigres concessions qu'on leur ofitait.

Pendant que les conférences publiques se continuaient sans résultat, les légats avaient commencé leur travail d'information et lea sourdes menées qui finirent par aboutir à une rupture ouverte entre lea Taborites et les Calixtins et à la victoire du Catholicisme. Ils déployèrent dans ces intrigues un véritable talent diplomatique et le discours dans lequel, à leur retour àBftle, ils présentèrent au concile le tableau général de la situation, fait le plus grand honneur, sinon à leur loyauté, du moins & leur perspicacité et & leur finesse. La grande majorité de la population, disent-ils, est attachée à la communion utraquiste, il n'est pas sûr que cet attachement soit très profond chez tous ceux qui se prétendent Hussites, mais il est certain que pour une raison on pour une autre, aucun hérétique ne reviendra à l'Église si on n'accorde pas le calice aux laïques. Après avoir posé ce fait capital, ils distinguaient nettement trois partis bohèmes : les uns ont accepté plutôt qu'adopté l'utraquisme ; ils sont très désireux de se réconcilier avec l'Église, et la moindre faveur sera jugée par eux comme suffisante. Les seconds protestent aussi de leur soumission & la cour romaine, mais sont prêts h recourir aux armes contre quiconque essaierait de leur enlever le calice. Les troisièmes ne cherchent qu'& inventer de nouveaux prétextes pour se séparer de l'Église, et on ne les domptera que par les armes (2). Il était impossible de mieux définir la position des ultrarmodérés, des Calixtins et des Taborites : comme au temps de Korybut, les (OMonuia., II, p. 113.

(2) Id., I, p. 388.

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modérés û'atteadaieDt qu'une occasion favorable pour coqfeaser leurs torts, tandis que les Galixtins voulaient rentrer dans l'Église avec des traités réguliers et y obtenir une position privilégiée. Les Taborites, au contraire, désespérant de convertir le concile ou d'eu recevoir la liberté absolue dont Us auraient eu besoin, ne continuaient qu'h regret des négociations inutiles et dangereuses : ils étaient appuyés avec quelque mollesse par la masse dupeuple, mais leur principale force consistait dansi l'armée qui, m^tresse du pays, devenait de plus en plus belliqueuse à mesure que l'élément étranger augmentait dans ses rangs ; malheureusement ce qui faisait leur force faisait aussi leur faiblesse: les riches, les bourgeoissefatiguaientdecettetyrannie militaire, les nobles surtout (IJ. Dès que les légats eurent nettement apprécié les rapports réciproques et l'influence des partis, ils conçurent le plan qui fut suivi par le concile sans hésitation et sans faiblesse jusqu'à la conclusion de la paix. Les ultra-modérés étaient trop peu nombreux et trop impopulaires pour qu'on s'adressât exclusivement & eux, leur concours serait précieux plus tard, mais il s'agissait d'abord de gagner les Calixtins. Les quelques points sur lesquels ils se séparaient de l'Église, quelque graves qu'ils fussent, ne rendaient pas cependant toute conciliation impossible. On leur ferait les concessions strictement nécessaires pour les séduire h l'obéissance ; puis, lorsque l'unloa serait affermie, que le calme serait revenu dans les esprits, on profiterait peu à peu des restrictions qu'on aurait eu soin d'introduire, des obscurités et des équivoques dont on aurait semé le traité, et on ramènerait doucement les Bohèmes au droit commun. Quelques prélats, plus scrupuleux ou moins clairvoyants, protestèrent contre l'indulgence extrême que l'on montrait aux Hussites ; il n'est pas possible, sans compromettre la foi, disait Thomas Ëbendorf, de permettre aux Bohèmes de communier sous

(1) Mua., II, p, 431 : lo peupU et las uigneurs D'étoiaat pu librei, miii opprimda ; p. 433: iU BToient remarqué que la domiaatioD on Bohêma sp-

parteuait anx plus violent, que Us autres a'osaianl sa prononcer pour lu paiï qu'iU désiraiauL

DijlizeObïGoOl^lc

les deux espèces (1) ; on lui expliqua le plan : les Cèques sont un peuple ombrageux, ils ne veulent pas entrer dans l'écurie de l'Église ; il faut user de ruse, le» tromper pour leur bien (2). On flatte le cheval et le mulet, tant qu'on ne leur a pas placé le licou. — Comment croire à vos paroles ? avaient dit les Cèques à Henri Toke, lors des conférences de Gheb ; n'enseignez-vous pas que la promesse faite à. un hérétique n'engage pas? Les légats avaient protesté de leur bonne foi, et maintenant encore ils avaient la conscience tout & fait tranquille: ils ne pensaient pas àvioler letraité, mais comptaient décider les Cèques ày renoncer, sans violence, par une pression insensible et continue. L'intéràt de l'Ëgli&e était évident, celui du concile, plus encore : quelle victoire pour lui s'il terminait cette guerre qui dévastait l'Europe depuis près de vingt ans, s'il triomphait d'un peuple qui avait repoussé cinq croisades et bravé toutes les menaces de Martin V et d'Eugène IV 1

Les Cèques étaient fort mécontents: il y avait près de quinze jours que les légats étaient à Prague, étonne leur avait pas encore arraché une proposition sérieuse. Etaientils donc venua uniquement pour braver les Hussitea et les traiterd'hérétiques? Ou bien quel travail secret cachaient ces négociations 1 Pendant qu'on discutait, des troupes allemandes se réunissaient sur la frontière. On prétendait, il est vrai, qu'elles étaient destinées ii marcher au secours de l'Ordre Teutonique ; mais qui savait si, au dernier moment, elles ne feraient pas front vers la Bohème ; les prédicateurs de la Nouvelle-Ville redoublaient de violence, et Procope qui avait, le premier jour, menacé de mort tous ceux qui attaqueraient les légats, excitait maintenant la colère des radicaux : si les ambassadeurs, disait-il, n'avaient pas eu un saufconduit aussi régulier et aussi précis, il aurait fait un exemple qui aurait épouvanté le monde. Au moment oùla rupture paraissait inévitable, les légats démasquèrent leurs batteries et portèrent la lutte sur un autre point. Vous voulez que le concile accepte les quatre articles, dirent-ils ; mais encore

(I) HOD., I, p. 723.

(ij Id., OpoTtebat utnliâuti et dolo bono.

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faut-il que noua les counaissions ; donnez-nous-en uue for* mule exacte et approuvée par vous tous. Cette simple demande prouvait qu'ils connaissaient dès lors les diriaions qui affaiblissaient leurs adversaires, la diversité des croyances et des aspirations qui se cachaient sous ce programme commun et vague, lea quatre articles. On avait maintenu jusque-l& une union au moins apparente. Dès que l'on en venait aune explication, les divergences allaient reparaître. En effet, le discours dans lequel Rokycana développa les quatre articles, provoqua de tumultueuses protestations dans une partie de la dièt«, et il fallut nommer un comité pour trouver un compromis. Les Taborites étaient en très grande majorité dans les États ; les légats n'espéraient pas que du travail du comité sortirait une rédaction qui pût servir de base h la réconciliation des Hussites et de l'Église, mais ils poursuivaient leurs intrigues hors de la diète. Dès le premier jour, ils avaient trouvé un précieux auxiliaire dans Menhart de Hradec, qui était peu à peu devenu le chef de toute la noblesse et qui était tout juste assez attaché h la communion sous les deux espèces pour ne pas être suspect aux Galixtins. II avait mis les prélats en relation avec les nobles et les chevaliers les plus influents; ils les convoquèrent dans une sorte de réunion privée, leur représentèrent la confusion générale, le trouble des esprits, le nombre des sectes nouvelles qui surgissaient chaque jour. Prague, jadis célèbre par son Université, n'aurait bientôt plus ni mtdtres ni docteurs; les prêtres devenaient de plus en plus rares ; après la mort de ceux qui avaient été consacrés par l'archevêque Conrad, les Cèques resteraient dans les ténèbres sans consolation et sans secours. Le désordre matériel n'était pas moins grand que le désordre moral ; personne n'était plus maître de son bien, les nobles qui étaient tes chefs naturels du royaume devaient obéir & la tyrannie capricieuse de quelques capitaines d'aventure ; c'était sur les seigneurs que retombait la honte de la nation, c'était h eux que revenait le devoir de faire la paix ; on était déjà à peu près d'accoi'd sur trois articles ; quant à la communion, on obtiendrait beaucoup du concile ; que les Bohèmes s'unissent

seulement à l'Église, elle ne leur refuserait pas les libertés qu'ils désiraient (1).

La diète fut bientôt avertie : elle somma les légats de s'expliquer, de poser leur ultimatum ; ils se retranchèrent derrière des fins de non-recevoir : ils n'avaient parié qu'en leur nom personnel ; au concile seul, il appartenait de prendre une résolution ; les Cèques n'avaient qu'à leur envoyer une nouvelle ambassade qui lui exposerait leurs requêtes (2). Les prélats se défiaient de la diète où leurs adversaires étaient en majorité, voulaient attendre que leur travail souterrain eût produit ses effets, que les nobles se fussent habitués b, l'idée de rompre avec les Taborites. Les États décidèrent enfin qu'on enverrait k Bâle trois députés (3) et le 3 juillet 1433, les envoyés du concile prirent congé de la diète. Malgré leur échec apparent, ils avaient bien mérité de l'Église : les radicaux, maîtres depuis plusieurs années du gouvernement, sortaient de la conférence diminués et afifeiblis ; les Utraquistes, réduits, depuis l'échec de Korybut, à se tenir sur la défensive, relevaient la tête, et le moment approchait où ils allaient de nouveau prendre la direction du mouvement ; premier et sérieux avantage, car avec les Taborites aucun accord n'était possible, avec les Utraquistes la paix était probable. Second succès et aussi réel : les catholiques s'étaient enfin convaincus des nécessités de la situation, et débarrassés des préjugés qui auraient rendu une rupture iné- . vitable, ils avaient compris qu'ils n'arriveraient à. rien, s'ils ne se résignaient & certaines concessions. Sûrs que les Calixtins ne niaient pas en principe l'autorité de l'Église, ils regardaient comme inutile et impossible de leur imposer sur le champ une déclaration de soumission qui les blessait et se proposaient simplement de les y amener peu à peu et par une voie semée de faveurs ; de ce jour, l'œuvre du concile était facile, son programme était tracé, il n'avait qu'à continuer la politique de ses envoyés, attiser les.divisious et dt>v.*-

(1) Uonum., I, p. 44e; II, p. 433.

(!) Montim. I, p. 708-71!.

(3) Le* demîËres léiiacu furent oragemes : propiaiinnm eratadiedîlîonem.

der les Utraquistes à se contenter d'un minimum de privilèges assez modestes pour ne pas compromettre la doctrine catholique, assezolascurspourfaciUterpIustard dea restrictions et peut-être même une rétractation.

L'ambassade que les États de Prague envoyèrent h Bâie fut absolument sans résultat ; elle représentait la m^'orité taborite, et ce n'était pas avec elle que les catholiques voulaient traiter. Le 11 septembre, une nouvelle ambassade partit de Bâle pour la Bohême ; elle se composait de Philibert de Coutances, Jean Palomar et Martin Berruer. Ils eurent quelque peine h être autorisés 6. entrer dans le royaume et finirent même par se mettre en route avant d'avoir reçu leurs saufs-conduits ; ils arrivèrent à Prague le 22 octobre, mais les négociations ne commencèrent que vers le milieu de novembre (1433).

Les Etats demandèrent avant tout qu'on leur communiquât les propositions du concile : après de longues hésitations, les légats cédèrent, pouréviteruuerupture immédiate. Les quatre articles étaient acceptés, mais avec des restrictions qui en affaiblissaient singulièrement la portée et qui irritèrent aussi profondément les Utraquiates que les Taborites. L'article relatif à la communion fut surtout mal accueilli : la question de la communion des enfants n'était pas tranchée ; l'usage du calice était simplement toléré et son pas déclaré saint et salutaire ; enfin les Pères n'avaient tenu aucun compte de la demande des Cèques qui voulaient que la coupe fût autorisée non-seulement en Bohème, maïs en Silésie et en Pologne, et désiraient que le concile luimême ordonnât aux catholiques cèques de recevoir le calice. Cette prétention, qui parut ridicule aux prélats était cependant des plus naturelles et des plus légitimes : le plan du concile avait été sinon clairement compris, au moins deviné par les Praguois ; ils voyaient très bien que les légats ne poursuivaient qu'un but, les affaiblir lentement, les diviser et les soumettre. Si l'on se contentait de l'offre des prélats, on laissait subsister dans le pays deux partis ennemis, toujours prêts à en venir aux mains; les rivalités qu'il serait impossible d'éviter seraient pour le concile une précieuse

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occasion d'intervenir et de rompre le traité, au moment où les circonstances lui paraîtraient favorables. Les Calixtina compromettaient leur liberté s'ils n'exigeaient pas, sinon une indépendance complète, du moins une autonomie qui serait la garantie du traité et se traduirait par laconstîtutlon d'une Église nationale. Malheureusement s'ils virent le danger et le moyeu de l'éviter, ils ne surent paa aller jusqu'au bout du plan qu'ils avaient habilement conçu et se laissèrent peu à peu acculer dans une position fausse et dangereuse.

Les légats commencèrent par calmer les seigneurs en modifiant l'article relatif aux biens ecclésiastiques, et promirent aux Taborites de s'entremettre auprès du concile, une fois quelapaix aurait été signée, pour leur faire accorder quelques nouvelles libertés et pour aplanir les difficultés qui surgiraient. L'on restait toujours encore fort loin d'un accord, les légats résolurent de trancher brusquement la situation ; les seigneurs avaient hâte d'en finir, la peste sévissait à Prague où elle enleva plus de 30,000 personnes. Le 30 novembre, à la suite d'une discussion fort animée, les ambassadeurs firent encore quelques concessions de forme et promirent que dans toutes les négociations qui suivraient le retour des Hussites au catholicisme, le concile accepterait comme règle la convention de Cheb. La séance était très agitée, un grand nombre de membres étaient déjà partis ; les prêtres hussites les plus influents, les chefs de parti et les légats se retirèrent dans une salle séparée et après quelques courtes observations et un discours de Palomar, se donnèrent la main en signe de paix ; il est évident qu'il n'y avait là rien qui ressemblât à un traité : au milieu du tujnulte, les prêtres, sollicités par les seigneurs, avaient protesté de leur sincère désir d'union, exprimé l'espoir qu'une entente était prochaine, mais ils avaient fait des réserves, maintenu leurs objections ; les prélats abusèrent du trouble général et se plurent à voir dans une de ces scènes d'attendrissement, si fréquentes alors, un engagement formel. Comme il arrive très souvent, il y eut dans leur conduite un mélange de sincérité et de fourberie ; ils

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avaient intérêt à prendre au Bérieux un entrainement passager, à se contenter de protestations Tagiies et & négliger les réserves qui enlevaient à ces déclarations toute valeur diplomatique. Ils firent sur le champ partir pour Bàle Martin Berruer, pour annoncer au concile que la paix était conclue sur les bases des Compactats. Elle était en réalité si peu conclue que le lendemain les dlMcultés recommencèrent et que les ambassadeurs quittèrent Prague sans avoir rien terminé. A chaque ambassade suffisait son œuvre : la première avait étudié la situation et affaibli les Taborites, la deuxième avait accru les divisions intestines des Cèques, excité les nobles contre les radicaux, rattaché à l'Église quelques-uns des chefs du parti ultrarmodéré qui, comme Jean de Pribram, Procope de PIzen et Menhart de Hradec, étaient satisfaits des concessions du SO novembre, et mis les Utraquistes dans une position difflcile. Le rôle de l'Église allait se borner désormais h. assister & la défaite des radicaux et à opposer aux Calixtins leurs promesses précédentes (1). Il était évident que les Taborites ne se contenteraient pas des concessions ambiguës du concile, n'abandonneraient pas, sans coup férir, la liberté si chèrement conquise : au point où en étaient arrivées les négociations, une rupture était inévitable entre ceux qui voulaient se soumettre à l'Église et ceux qui restaient fidèles aux convictions religieuses et politiques qui avaient soutenu les premiers Hussites. Les prêtres utraquistes, les Galixtlns ardents, combattus entre la défiance que leur inspirait le concile et leurs aspirations pacifiques, gardaient une position intermédiaire ; les nobles se contentaient des promesses qu'ils avaient reçues, et, sourdement excités par les légats, n'at^ tendaient qu'une occasion favorable pour secouer le joug des radicaux. Pendant la seconde diète de 1433, de nombreux conciliabules avaient rapproché les principaux seigneurs et ces réunions avaient retenti de paroles violentes i « D n'y (1) Cet préUndai GompacUU da 1433 ont été publiés gq IûUd et en bohème dans lei Arehlv cesk;, III, p. 39S et iq. Sar eei uégoeiatioas, non* atobs le r4eit de C&rlîer (Mou., I, p. 4S3). MtU it &ut le eompléler par les puoUs da Rokjeaiia (p. 590) ai de Martin Lupac (p. 456). U me sembte que M. Patack; «ugèK UD peu le tb\o de la noblesse dant cas cooféreocei.

avait pas sous le soleil de nation plus malheureuse que les Bohèmes; toujours en armes, leurs victoires mêmes ne les délivraient pas de la crainte de nouvelles gruerres. Il était temps de renverser Procope ; n'avait-on soumis les autres peuples que pour la plus grande g-Ioire d'un tyran ? >. Menhart de Hradec, l'inspirateur de ces assemblées, fit nommer administrateur du royaume Aies de Risenburk (1) et garda en réalité la direction du g-ouvemement. Première tentative pour écarter le général tahorite ; d'autreb suivirent. Le 4 mars (1434), une ligue fut conclue entre les seigneurs moraves, hussites ou catholiques ; le mois suivant, les barons de Bohême et de Moravie, la Vieille-Ville de Prague et quelques autres communes formèrent une confédération, s'engagèrent & se soutenir les uns les autres et à. travailler de toutes leurs forces à maintenir l'ordre dans le pays. Les alliés ordonnèrent aux bandes armées de cesser leurs dévastations et de se dissoudre. Une amnistie complète effaçait les fautes passées, maîs ceux qui n'obéiraient pas seraient traités comme les ennemis de la nation. Une armée fut organisée et se réunit aux environs de Kutna Hora.

La première attaque des Seigneurs fut dirigée contre la Nouvelle-Ville : ils la sommèrent d'entrer dans la ligue. Les habitants, au lieu de répondre, sepréparèrent à. la résistance, mais avant que les fortifications fussent terminées, le 6 mai, l'armée des coalisés occupa la Vieille-Ville et la bataille commença. Le courage et l'habileté de Procope ne suffirent pas à balancer la Supériorité numérique de l'ennemi, il n'y eut de combat sérieux qu'à l'Hôtel-de- Ville et les défenseurs capitulèrent, dès qu'on leur eut promis de ne pas inquiéter leur retraite. Un grand nombre de maisons furent pillées, les archives et les privilèges détruits. Procope, qui était parvenu & s'échapper, appela à lui les radicaux.

Malheureusement, depuis trois ans, plusieurs événements avaient ébranlé la confiance et affaibli la solidité de la redoutable armée taborite. Les Cèques avaient toujours refusé l'armistice que demandaient les prélats, et les négociations n'avaient pas interrompu leurs courses aventureuses. Ils

(1) Arch. c, m, 41S.

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avaient à plusieurs reprises parcouru et dévasté l'Autriche, la Silésie et la Hongrie (1431), envahi le Brandebourg (1432), et un corps d'Orphelins s'était même en 1433 avancé jusque sur lea bords de la Haltique et avait menacé Daatziff. Malgré ces succès cependant, des symptûineB de désorganisation commençaient à frapper les moins clairvoyants : la discipline de fer qui avait fait la force des soldats de Zixka se relâchait) lea aventuriers, de plus en plus nombreux, qu'attiraient les succès de Procope le Grand, de Procope le Petit et des autres capitaines taboritea ouorphelins, n'étaient plus soutenus par l'enthousiasme religieux et la foi profonde qui avaienttransformé en héros lea paysans bohèmes, leur cupidité leur valut de rudes leçons. Les peuples voisins reprenaient peu à peu courage, s'habituaient à la guerre, profitaient des exemples et des fautes de leurs envahisseurs. En 1431, une bande qui était entrée en Autriche, fut écrasée fe fiydov (Waidhofen). Lea Orphelins qui s'étaient aventurés trop avant en Hongrie furent surpris par le froid et la pluie et attaqués par une armée magyare, firent dans leur retraite des pertes considérables. Cette décadence militaire parut clairement au siège de Plzen. Lea Utraquistea sentaient combien il serait difficile d'obtenir du concile qu'il invitât lui-même lea catholiques bohèmes k communier sous lea deux espèces. Pour obtenir la constitutioii d'une Église nationale cèque, ils devaient d'abord vaincre euxmêmes toutes les résistances, les légats accepteraient sans doute le fait accompli. Le Sud-Ouest qui, au commencement de la guerre, avait été si profondément pénétré par les idées réformatrioea, était revenu presque tout entier an catholicisme. Plzen était le centre de l'opposition, la seule ville purement slave qui repoussât l'utraquiame ; fière de ses longs succès, appuyée sur une ceinture de châteaux et de villes secondaires, elle n'eût pas mâme obéi aux ordres du concile, s'il avait voulu lui imposer le calice ; sa chute eût entr^né la soumission de tout l'Ouest: une grande expédition fut décidée. Utraquistes, Orphelins et Taborites réunirent leurs forces et su mois de juillet 1433, les Husaites parurent devant la viUe. Ce siège de Plzen fait involontaire-

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— 4^ — ment penser au fameux siège do Straisund par les Impériaux, lors de la ^erre de trente ans : comme alors, le sort de l'Église dépendait d'une place. La prise de Plsen eût assuré la victoire du Husaitisme et la formation d'une Égliee nationale slave, comme la prise de Stralsund, deux siècles plus tard, e&t assuré la victoire de la papauté. Mais, comme Stralsund, Pl2en résista. Le concile lui avait fourni de l'argent, les seigneurs lui fournirent des vivres. Le slégo finît par être transformé en blocus, mais la trahison et l'indiscipline paralysèrent les forces hérétiques. Cette longue inaction était insupportable aux aventuriers ; d'ailleurs, lo pays était épuisé, il fallût entreprendre de lointaines exp^ ditions et pluaieurs fois les pillards furent surpris et battus. La confiance dans les chefs s'ébranlait, Procope lui-même n'était plus sûr de ses hommes. Un certain Pardns avait conduit quelques milliers de soldats en Bavière ; il f^t attaqué à l'improviste et ses troupes, mises en déroute, aissèrent sur le champ de bataille trois cents blessés, plus de onze cents morts, et furent obligées d'abandonner leurs voitures et leur butin. Quand les vaincus rentrèrent an camp devant Plzen, ils accusèrent leur chef de trahison. L'armée se souleva et les émeutiers arrêtèrent Pardus et le condamnèrent À mort; Procope accourut h son secours, mais les rebelles n'écoutèrent rien et un des meneurs de la révolte, Tvaroh, peut-être un secret émissaire des nobles, frappa le prêtre au visage. Le vainqueur de Domaxiice fut traîné en prison. Les soldats revinrent bientôt à eux, se jetèrent & SCS pieds, le supplièrent de reprendre le commandement ; Il refusa et quitta l'armée. Après son départ, les choses eillèrutt de mal en pis, le siég« n'avançait pas, les habitants recevaient des renforts, reprenaient l'ofTensIve. Inquiétés par ce qui se tramait & Pra^e, travaillés par les prêtres qui les appelaient à la défense de la foi menacée (1), les

(1) ■ Dm piétTM igiMDt nnit at jour, ita Ten^Dt darant Rnir «i dlaaitn ani lotdat* : -minkant, voira prodenoeastadmirabla. T<ri(iî, ton* lai barom al toutai lascommuDH durojanme a« réoiiiiisiitàPngnei m qv'iU Taillant, e* n'ait pM U piji, mais Toaa prandra «t voua brûler ; il* aont réanû pour Tou détraiM. >(Drk. Bail., H, 408).

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Taborîtes restaient inactifs, incapables de vaincre et n'osant avouer leur échec. A la nouvelle de la prise de la Nouvelle- Ville par les nobles, ils se décidèrent enfin k lever le siège. FIzen avait sauvé le catholicisme cëque. Une procession solennelle rappela cette grande victoire jusqu'au règne de Joseph II qui supprima cette fête, fâcheux souvenir des guerres civiles de la Bohême.

Procope marchait au combat l'&me remplie d'une profonde tristesse, il désespérait de son œuvre; la révolte et l'indiscipline de ses soldats lui avaient fait au cœur une profonde et incurable blessure. Il avait voulu fonder la liberté par la terreur, faire de l'armée la régénératrice de la nation, et il faisait l'amère expérience que devaient faire, hélas ! après lui, tant d'hommes de cœur et de génie : la tyrannie détruit et ne crée pas, la violence appelle la violence. Il était las de la vie, il avait lutté tant qu'il avait espéré atteindre le bat qu'il s'était proposé ; maintenant, ilattendait lamort comme une délivrance, peut-être aussi comme une expiation. La lettre qu'il écrit & Procope le Petit pour l'inviter k lever le siège de Plzen et è. marcher contre les seigneurs, laisse deviner de sombres pressentiments. « Mieux vaut mourir, dit-il, que de laisser sans vengeance le sang de nos frères bien-aimés. Adieu dans le Seigneur qui console après avoir châtié » (1).

L'armée de Procope comptait près de 18,000 hommes : toutes les villes du royaume, k l'exception de Prague, de Plzen et de Melnik, s'étaient déclarées pour lui. A cette heure suprême, les nuances s'effaçaient ; deux partis restaient en présence, le privilège et la liberté, la Révolution et la Réaction. Procope présenta la bataille aux seigneurs devant Kunratice; ils attendaient encore des renforts et cherchèrent à gagner du temps en négociant. Les Taborîtes demiindaient qu'on prît pour base du traité le statu quo ante bellum ; les nobles acceptèrent, seulement ils entendaient par là, avant les premiers troubles hussites ; leurs adversaires, avant la prise de la Nouvelle- Ville. Au point où en étaient les choses, toute réconciliation était d'ailleurs

(1) Urk. B«it., Il, p. 411.

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impossible. Les seigneurs rallièrent les catholiques de l'Ouest et du Sud que leur amena Ulric de Rosenberk et se jetèrent à la poursuite de Procope qui s'était avancé vers l'Est- Les deux arméea se rencontrèrent près des villages de Lipan et de Hrib, entre les villes de Ceaky Brod, Kourîm et Planan. L'armée de la ligue, forte d'environ 25,000 bommes, était commandée par un ancien compagnon de ^ûka, Borek de Miletinek. Les adversaires restèrent quelque temps en présence, personne n'osait commencer l'attaque ; l'avantage resterait à celui qui attirerait l'autre hors de ses retranchements. L'artillerie des Taborites était supérieure h celle de leurs adversaires et les inquiétait sans rel&che ; les nobles, manquant de vivres, se fatiguaient de cette longue inaction et demandaient k grands cris le combat. Pourquoi perdre ainsi notre temps, disaient-ils, et exposer notre vie sans profit? Une mort glorieuse est préférable h une lâche et misérable fin. Borek céda aux désirs de ses soldats et les mena h l'assaut (31 mai 1434). A la première décharge, ils l&chèrent pied et se replièrent en désordre. A cette vue, un cri terrible s'éleva du camp des Taborites : Sus ! Sus ! les ennemis fuient, et sourds aux conseils de leurs chefs, ils se précipitèrent hors des voitures pour achever la déroute des seigneurs. A peine furent^ils sortis de leurs retranchements que les nobles reformèrent leurs rangs, leur fuite n'était qu'une feinte. En même temps, la seconde ligne coupait les Taborites de leurs voitures et les enfermait dans un cercle de fer : la bataille était perdue. Capek et une partie de l'armée de Procope qui n'avaient pas été prisdans lemouvement tournant des catholiques, désespérèrent de la fortune, et au lieu de se rabattre sur les nobles et de les mettre ainsi entre deux feux, s'éloignèrent du champ de bataille. Les Taborites vendirent chèrement leur vie. Le combat dura tout le jour et toute la nuit. Les nobles ne faisaient pas de quartier et ils ramassèrent h peine quelques centaines de prisonniers, mais 16,000 morts restèrent sur le champ de bataille et parmi eux Procope le Grand, Procope le Petit et la plupart des capitaines. Ainsi s'accomplit la funèbre prophétie de Sigismond : la Bohême ne sera vaincue que par la Bohême.

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Suprême consolation pour ces héros qui avaient tant aim i leur pays ! Ds tombaient sans déshonneur bous lea coups de leurs compatriotes (1). Toutes les Yoiturea, les canons, les provisions de guerre étaieut devenus laproie des vainqueurs: quelques centaines de fuyards que l'on St prisonniers les jours suivants furent traîtreusement brûlés. La victoire des seigneurs était assez complète pour que la (pierre parût terminée et en effet, quelques jours aprèsi un armistice fut signé : les communes et les capitaines des Taboritea s'engageaient k sa soumettre aux décisions de la diète qui devait se réunir pour la Saint-Jean,

On a souvent exagéré cependant l'importance de la bataille de Lipan : les Taborites, mâma après leur terrible déMte, tenaient encore en Bohême, en Moravie, en Silésle et en Hongrie un assez grand nombre de places fortes ; toutes les bandes n'avaient pas été exterminées et la résistance qu'auraient opposée les villes leur aurait permis de se réunir, de se réorganiser et de constituer une armée encore redoutable, Ce qui est vrai, c'est que le parti radicali privé de ses chefs les plus remarquables et atteint dans son prestige, ne pouvait plus dés lors exercer eux les événements une influence décisive ; il aurait été dangereux de le pousser k bout, mais il devait renoncer b tout espoir de garder la direction dn mouvement.

La joie des catholiques ne tarda pas à faire repentir de leur triomphe ceux des vainqueurs qui conservaient encore quelque foi dans la Réforme. Toutes les lettres des catholiques, relatives It la bataille de Lipan, débordent d'une joie insultante: < Très chars amis, écrivent les habitants de Flzen, nous vous annonçons de bonnes et joyeuses nouvelles ; tous les ennemis de notre concile ont été battus et écrasés ». Lea courriers qui apportent k Sigismond le résultat

(1) ■ Cette Ticloira peut donner une idée de 1& paisBance qa'aiait alon 1» roTatune d« Bohtme ; ce que tant da proTincea, tant de prinMi aliemandl n'aTSient pu aceompUr, lea BohSma* seule, aani au un uconn, en tout *«aua à bout, a (Windscke, c, 19Q). J'ai lulTi dam la récit de la batailla la rapport dea habiUDts de PUen (Pat Urk. Beit., II, p. 414-413) et Hermaan Corner (eol. 1838}.Le réût do SjItIiu est très intéreitaut, très dmcauqn* Bi^ abiolanMut fantaitique.

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du combat, font preuve d'une célérité inaccoutumée, tant ila savent que l'Empereur sera heureux de la nouvelle (1) ; le concile, à peine averti, ordonne un Te Deum Bolennel. Dans l'intérieur du pays, le parti catholique relève la tête. Avant même la 1ï)ataille de Lipan, nombre de prêtres prècbaieut dans les églises la foi catholique, beaucoup de mattree de l'Université s'étaient soumia à Rome; aeule, disaient les catholiques, laribaudaille était un obstacle b la sainte réconciliation (2). Maintenant que les rlbauds étaient battus, la paix allait être conclue, paix selon les vœux de l'Égrlias et qui ressemblerait beaucoup plus b une capitulation du Hussitisme qu'b une libre transaction.

Quelques semaines cependant s'étaient b peine écoulées que les Pères et l'Empereur comprirent qu'ils s'étaient peut~ être un peu hâtés de chanter le Te Deum ; même parmi les vainqueurs de Lipan il ne manquait pas de Huasites convaincus, très irrités contre lea légats et très décidés à exiger de l'Ég-liae des concessions sérieusea. La réforme religieuse, les quatre articles étaient devenus eu quelque sorte une propriété nationale ; malheur à qui oserait y toucher. Rokycana se mit & la tête de ce parti de résistance au concile. A Bftie, il avait montré une modération et une réserve qui l'avaient exposé à des soupçons de trahison ; son imagination avait été frappée par la solennité de cette grande réunion ob la chrétienté tout entière s'était donné rendez-vous. Maia avec un caractère aussi complexe que le sien, il est rare qu'il ne faille pas expliquer une seule action par plusieurs causes souvent fort différentes; il paraît probable qu'on essaya de le gagner, qu'on lui fit entrevoir l'archevêché de Prague. Trop intelligent pour se vendre, il fut certainement séduit par cette proposition qui souriait k son ambition et servait ses croyances, lui donnait les moyens de protéger le Hussitisme contre une réaction possible. De retour à Prague, il se

(1) SigitmoDd était niors à Ulm, il écrit an concile ; Hodie hora veip«nirum conttuieruDt ad nos nancii qui in Iribua diehus et citius voiantiasimc appUeaeriinl, apportanleinoliia jocuadiasima et fi>Ucissinia nova de Tictoria nottivnan «t eonflicia Tftboritaram.

(2) VA. Beit-, II, p. M3.

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440 — sépara des légats, les soupçonnant de vouloir le jouer ; il avait défendu les quatre articles contre les exagérations taborites, il ne les lierait pas aux catholiques. Lors de la deuxième ambassade, il continua b, se tenir sur la réserve : < Rompre avec les prélats, dît-il à la diète, c'est très dangereux. Que de maux peuvent en résulter: la mine du royaume, la famine, la disette de prêtres. D'autre part, le danger n'est pas moins grand si nous nous contentons de la simple liberté de la communion sous les deux espèces, si elle n'est pas étendue à tous les habitants du royaume. Notre Eucharistie est la meilleure, diront les catholiques, — non pas, mais la nôtre, répondront les CalixtiDa ; de là, des divisions dans le clergé et dans le peuple. Les anciens curés reviendront dans leurs paroisses, refuseront la coupe aux Mquea, les forceront à trahir leur foi, et tout cela au nom de la liberté. Nous avons déjà vu cette liberté bous Vaclav, et cela n'a pas duré, un parti a chassé l'autre. J'avoue mon ignorance et je ne sais quel parti prendre. » La bataille de Lipan, loin de le décider à quelques concessions, accrut au contraire ses exigences ; débarrassé de cette secte extrême dont les impatiences et les imprudences le compromettaient et l'inquiétaient, il n'avait plus besoin de calmer à force de modération les craintes provoquées par les radicaux. En même temps il comprenait d'autant mieux la nécessité d'obtenir des conditions avantageuses: il sentait que le Hussitisme venait de perdre une de ses plus redoutables forces et qu'il était désormais beaucoup plus exposé aux embûches de ses ennemis. Les légats furent fort étonnés et vraiment indignés de la conduite de Rokycana, et ce politique, ce modéré, n'excita pas des haines moins ardentes que les fanatiques les plus hostiles ë. l'Église.

Jamais les deux partis, hussite et catholique, ne parurent aussi éloignés de s'entendre qu'au lendemain de la défaite des Taborites : tout espoir de paix sembla perdu et les négociations restèrent suspendues pendant près d'un an. L'Empereur comprit que le momeut était venu pour lui d'intervenir et obtint des Hussites une concession des plus graves. Le grand obstacle à la paix, le point d'achoppement, c'était

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la prétention des hérétiques d'imposeï* le calice h toua les habitants du royaume : ils étaient convaincus en effet que la coexistence de deux confessions eu Bohême entraînerait des rixes, de nouvelles gruerres et, dans un avenir assez rapproché, la confiscation de leurs propres libertés. Mais n'y avaitil aucun autre moyeu de conjurer les périls redoutés, d'assurer l'Église nationale contre toute perfidie? Ne sufBsait-il pEis d'obtenir une organisation indépendante? Avec un ai^ chevêque utraquiste, toute Jféaction était impossible, la liberté était d'autant mieux assurée qu'elle ne reposait pas sur l'oppression de la minorité. Cette idée fit de rapides progrès dans les esprits et toute une nouvelle série de négociations commença sur cette base (I).

Les conférences de Bmo (juillet 1435) ne parurent pwi encore pourtant devoir amener cette paix ai désirée. Les légats étaient devenus très pointilleux, accusaient Rokycana de les insulter, lorsqu'il attaquait la doctrine de l'Eglise sur l'Eucharistie. Le concile avait ordonné à ses ambasaa> deurs de s'en tenir aux résolutions de 1433 ; si les Eussit«s présentaient quelque nouvelle demande, on les sommerait d'exécuter d'abord les stipulations du traité de Prague (2). Les légats suivirent leurs instructions k la lettre ; b. toutes les observations, ils répondaient invariablement : t«nez d'abord vos promesses, soumettez-vous k l'Église, nous verrons ensuite. On comprend l'irritation que faisait naître un pareil système chez les Cèques qui étaient sûrs de n'avoir rien promis et se trouvaient liés par un traité qu'ils n'avaient pas accepté.

Plus les légats montraient de raideur, plus Sigismond faisait preuve de douceur et d'aménité. Aucune prétention ne l'irritait ou ne l'étonnait, ses refus n'étaient ni formels ni définitifs : les nationaux auritient seuls le droit de présentation et de nomination aux bénéfices; plus de citations devant les tribunaux étrangers, la communion sous les deux espè-' ces serait conservée à l'exclusion de la communion catholique partout où elle avait été introduite, les États éliraient un

(1) Monnm., T, y. S3S.

(2>Honuni., I, p. 619.

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archevêque et deux évoquée ; l'Empereur acceptait tout, promettait tout (1). Depuis trois ans on négociait sans anivep & une entente, on n'était pas moins fatigué des discussions et des conférences que des combats; les Utraquistes saisirent avec empressement l'occasion qui s'offhiit k eux ; une fois le traité sig^né, peusaienHIs, l'Église, satisfaite de voir reconnaître son autorité, serait plus indulgente; le concile dont on connaissait les embarras et qui était sur le point de s'engager dans une lutte difficile et dangereuse contre la papauté, aurait trop besoin de Sigismond pour ne paa faire toutes les concessions que désirerait le roi. Quelques Utiâquistes comprenaient cependant que les Bohèmes allaient de nouveau se mettre dans une situation des plus fausses: l'Empereur, en effet, promettait plus qu'il ne pouvait tenir. En admettant même qu'il fût sincère, et combien de raisons n'avait-on pas pour en douter ! il n'irait jamais jusqu'à rom* pre avec rÈgliae pour plaire aux hérétiques. Les Hussites se trouveraient ainsi liés par un traité qui laisserait en suspens les principales questions et qui serait un danger permanent. Pour atténuer au moins ces inconvénients, ils voulurent que les promesses de Sigismond fussent rappelées dans les Compaotats, et ils proposèrent un article additionnel h la convention du 30 novembre 1433 : < Les traités avec le concile de Bâle ne porteront aucune atteinte aux libertés et aux privilèges du royaume de Bohême et du margraviat de Moravie ». Quelque vague que f&t cette rédaction, les légats repoussèrent l'article ; il est évident qu'à ce moment ils désiraient la rupture des négociations et cherchaient seulement à en laisser la responsabilité à leurs adversaires. Ils connaissaient aussi bien que les Cêques la versatilité et la perfidie de Sigismond, mais, plus défiants qu'eux, ils ne démêlaient pas très clairement ce qu'il y avait de sincère dans la nouvelle attitude qu'il avait prise et flairaient un piège. Fidèles aux désire du concile, amener doucement les rebelles à une soumission complète, ils repoussaient sans discussion tout ce qui aurait pu empêcher un retour offensif de l'Église et rendre définitive iine séparation qu'ils comptaient (I) JuiUet 1435. - Urk. Beit., H, p. 4tS.

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biea n'être qao momentanée. L'élection d'un archevêque par le peupla leur inspirait une répugnance qu'ils ne dissimulaient pas et qui aurait éclairé les Bohèmes, s'ils n'eussent été en quelque aorte ayeugrléa par leur fièvre de paix. Il était très probable que le chef de l'Église càque ne serait autre que Kokycana ; avec un tel homme, toute réaction devenait impossible ; le concile aurait, pour obtenir une obéissance illusoire, travaillé lai-même au succès du Hussitiame : jamais, depuis le début de la révolte, le GathoUciame n'avait couru un si grand péril en Bohême (1). Les légats essayèrent de ramener l'Empereur, lui représentèrent qu'il donnait aux Cèques des espérances que le concile ne réaliserait pas, que sa conduite était peu convenable (indecens) et amènerait de nouveaux conflits (2). Sigismond fut inflexible, traita fort mal les ambassadeurs, déclara h Rokycana qu'il était bien résolu à ne plus prendre parti pour les catholiques : les légats étaient conateraés (3). Eu réalité, eux seule gagnaient & ces sorties de l'Empereur; les Bohèmes reprenaient confiance et payaient chaque déclaration de Sigismond par quelque nouvelle reculade ; c'est ainsi, par exemple, qu'ils renoncèrent h l'article additionnel. Maia de nouvelles difflcultéa surgirent à propos des biens du clergé (4). Lea seigneurs qui faisaient bon marché de la communion utraquiato ot autres Idées religieuses, étaient beaucoup moins &cile8 sur les questions matérielles ; le parti le plus modéré et le plus fevorable à la paix se prononça cette fois pour la rupture des négociationa.

Dans les États qui se réunirent en 1435 pour apprendre le résultat des conférences de Bmo, le parti de la paix était en m^orité ; les Gallxtins ardents, inquiets et mécontents, n'osaient pas cependant s'opposer ouvertement au traité. Le paya était épuisé, le roi de Pologne se rapprochait de Sigis-

(t) UoQ., I, p. 597.

(!) H., p. ffïO.

(3) Diiit (Imperator) coram aliquibua ds concilia mirabilis, qun non mat ■cribenda: nain M aliqui de coQcilio suo *ant consternUi aaimo, audientes d« ihrono imperinli talis «gndi, quai a nollo suattUcenda ratlooaliter,

(4) Moamn., II, p. SX9.

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mond, les dernières années de trêve avaient énervé et amolli les âmes, la fatigue se faisait sentir, plus accablante que pendant le combat. Rokycana lui-même sentait sa popularité décroître, on l'accusait d'être le principal obstacle à l'union et il faillit être jeté à l'eau. Le vote de la diète fut donc favorable à la paix et aux concessions. lies services de Rokycana étaient pourtant trop nombreux, sa réputation

■ d'éloquence et de science trop bien établie, pour qu'il fût possible de penser k un autre que lui pour les hautes fonctions d'archevêque. On élut ensuite pour évêques Martin Lupac et Vaclav de Vysoké Myto. Rokycana résista long^ temps, dit M. Palacky qui lui est très favorable, et sa résistance paraît avoir été sincère (1). U était trop intelli^nt, en effet, pour ne pas comprendre que son élection tfe serait jamais approuvée par le concile et qu'il allait ainsi se trouver dans une situation des plus difâciles : mal soutenu par les Ceques, affolés de paix, qui le rendraient responsable des refus de la cour romaine, peu aimé de Sigismond, incapable de contenir ce mouvement de retourvers le catholisme auquel il avait donné la première impulsion, chef rebelle d'une Église soumise, il prévoyait les longues années d'épreuves et d'exil

. par lesquelles il expia ses illusions et ses erreurs. Il refusa de prendre part aux nouvelles négociations qui s'ouvrirent à Stuhlweissenburg (Belehrad Eralovsky, Stolni) dans les derniers jours de 1435.

Les légats arrivaient dans des dispositions peu conciliantes (21 : Slgîsmond réussit facilement à les calmer : c Par les traités qu'il acceptait de force plus que de bon cœur, il ne se proposait que de retrouver son héritage, d'une manière quelconque ; plus tard, quand il serait maître de son royaume, il le ramènerait dans la véritable religion chrétienne » (3); il ne fallait pas exagérer la force du parti de Rokycùia. — Les légats comprirent à demi-mot un plan qui

(I) Pal-, m, 3. 19t.

(t) Mon., p. ei8.

(3) Ml. Sj\r. 0. 53 el Carlier : Imperstor dixtt quod multa snnt diuimnlauda Bobsmis, utùc possil iatrars regaum ae pailqaam fibi) ei»t, gpcrabtl quod ommia ittasiorUTedaceNDtar ad booam et priEtinum itaUun.

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n'était autre que le leur, mais ila avaient de bonnes raisons pour ne pas se contenter de déclarations ambig^uôs ; ils n'avaient qu'à faire leur examen de conscience pour savoir au juste ce que valaient des promesses diplomatiques. Ils exigrèrent un engagement écrit; l'Empereur aigna ce qu'on voulut : il ne permettrait à personne de violer les Compactats ou d'en abuser, personne ne serait contraint de communier sous les deux espèces, pour tous les points de dogme ou de discipline le roi laisserait k l'Église une liberté absolue, n'exercerait aucune pression sur elle, n'accorderait pas des privilèges dont elle avait seule le droit de disposer (1). Les Bobâmes, prévenus, demandèrent aussitôt leurs lettres de congé. Albert d'Autriche décida alors les prélats h se contenter d'une promesse verbale et secrète de Sigismond ; les Cëques que cet incident aurait dû rendre déâants, crurent suffisant de protester contre toute convention particulière conclue entre Sigismond et le concile.

Les légats auraient désiré que la ratification solennelle du traité eût lieu & Prague ; Sigismond jugea dangereux de revenir en quelque sorte braver le Hussitisme dans sa capitale et l'on cboisit lihlava, pour y échanger les conventions définitives. Les négociations faillirent encore échouer au dernier jour: les Galixtins ardents voulaient que les évêques utraquistes fussent confirmés sur le champ ; les légata refusèrent ; les Bohèmes parlaient déjà de se retirer, mais les ultra-modérés triomphèrent des hésitations de leurs collègues (3). On fixa enfin au 5 juillet (1436) l'échange des ratifications.

c Dès les premières lueurs du matin une foule immense couvrait la place principale et les rues environnantes: un trône splendidement orné, des estrades somptueuses attiraient tous les regards. Aux premières lueurs du jour, l'empereur d'Allemagne, Sigismond, monta les degrés du trône.

(1) Moaum., 1, p. 694.

(î) p. 769 : le £0 juio, doue apprîmes que lej PraguoÏB âuieiit dirUés entresui, U mi^orilé Mpire avidement A la paii et vaut accepter Sigismond pour roi, les autres affect«ni maintenant de demander la coaflnnatioii d« leur Aréque.

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Devant lui. trois des plus hauts dignitaires de l'Empire, panni lesquels était le duc Albert d'Autriche, portaient la pomme, le sceptre et l'épée de justice. A sa droite s'assirent les députés du concile de Bâle, uq peu plus loin les représentants des Hussftes, le gouverneur Aléa, Menbart de Hradec, Rokycana, Lupac et Vaclav de Vyaoké Myto. En face, on apercevait l'impératrice avec sa cour et autour d'elle, un grand rassemblement des divers ordres de la nation, princes et nobles, bourgeois et paysans... Il y avait, non loin du trône de l'Empereur, des places réservées aux notaires et greffiers impériaux, chargés de consigner par écrit tout ce qui allait se pasaer (1) ». Le bourgeois de Prague, Welwar, remit aux légats, au nom des Bohèmes, les Oompactats tels qu'ils avaient été acceptés & Prague, le 30 novembre 1438, et légèrement modifiés à Brno et h Stuhlweissenburg, ainsi que l'engagement que prenaient les Cèques de vivre en paix avec les autres peuples chrétiens. Quatre prêtres, désignés h. l'avance, s'avancèrent ensuite et promirent en leur nom et au nom de tous les Utraquistes d'obéir fidèlement & l'Église. Les légats remirent alors à leur tour les Oompactats aux Hussitea et ordonnèrent h tous les princes et les peuples de vivre en paix avec les Bohèmes, de ne plus les insulter ou les attaquer, mais de les tenir « pour de fidèles chrétleDS et de véritables fils de l'Église. » L'administrateur de l'arehevêché de Prague et les évêques d'Olomuc et de Litomysl reçurent l'ordre d'obéir aux Oompactats, d'accorder la communion sous les deux espèces b tous les Utraquistes et de consacrer les prêtres hussitea. Les légats promirent de plus que le concUe veillerait à ce que le calice pût être distribué à ceux qui en feraient plus tard la demande, et cela jusqu'à la fin des siècles (S). Après la lecture de ces pièces, on annonça que le lendemain les Cèques seraient réconciliés avec l'Église, puis l'évêque Philibert entonna le Te Dcum et les catholiques se rendirent à la messe; les Cèques célébrèrent le service divin dans leurs hôtels.

(1) Saint<R«D4 Taillandier, Boklmaet Boogri», p. IMl. ft] Lm CompactalB ont M MnTWit pnblUs : le texte, bohflme et Utio, m trouve dan* les Arcbiv ceakj, 399-444. Voir à la fin du Tolmne.

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Quinze joura pIuB tard, Sigiamond donna aux Cèquea les • lettres de majesté qui résumaient les conquêtes politiques des Hussltes, comme les CompactatB résumaient leurs conquêtes religieuses. L'Empereur promet de faire respecter les Compactats ; de ne pas permettre que les Bohèmes soient attaqués ou insultés k. cause de la communion sous les deux espèces ; de punir les péchés puhlics ; les prêtres utraqulates auront libre accès à la cour ; les moines et les nonnes no reviendront que si l'archeTêque les y autorise et si les communes j consentent ; personne ne sera forcé' de reconstruire les églises, cloîtres et châteaux détruits pendant la guerre ; nul ne sera poursuivi pour faits relatifs k l'insurrection ; la couronne, les reliques et les archives seront rapportées en Bohème ; les libertés, les institutions et les privilèges du royaume seront confirmés et maintenus ; aucun étranger ne sera admis aux fonctions publiques ; la diète nommera un comité chargé d'assister l'Empereur dans l'administration du royaume, et des mesures seront prises pour assurer le développement et la prospérité de l'Université de Prague (1). Le 14 aotlt, le gouverneur Aies, en présence des légats, du duc d'Autriche et d'un grand nombre de seigneurs, déposa ses pouvoirs, releva les Cèques du serment d'obéissance qu'ils lui avaient prêté, et Sigiemond fut reconnu roi de Bohème au nom des États ; trois villes seulement n'étaient pas représentées et ne jurèrent pas fidélité au roi: Kralové Hradec, Kolin et Stribro.

Ainsi, après une longue période de guerres sanglantes, après cinq ans d'interminables négociations, la paix était rétablie: la révolution hussite semblait terminée. Sans doute quelques capitaines taborites tenaient encore un certain nombre de chftteaux et protestaient contre l'entraînement général, mais leur opposition Isolée ne pouvait plus être ni longue ni sérieuse. Les appela des partis extrêmes que la guerre même avait suscités et dont elle avait fait la puissance, ne trouvaient plus d'écho dans le pays : l'immense majorité se tenait pour satisfaite et était prête h. s'écrier avec les légats: Il est juste de te glorifier, Seigneurl II est juste (i) Arch. e., m, MM5Q,

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de chaDter des hymnes à la g-loire de ton nom, ô roi des rois!

Si l'on examine les articles des divers traités d'Iihlava, on s'explique sans peine la joie qu'ils avaient produite en Bohême. La gTierre avait été nationale, politique et religieuse ; sur tous les points les Cèques recevaient satisfaction. Contre l'immigration étrangère, ils étaient protégés par l'interdiction d'élever des étrangers aux charges publiques ; cela ne suffisait pas sans doute pour écarter les marchands et les ouvriers bavarois ou saxons, mais la terrible épuration des dernières années, le triomphe de la langue cèque, la défense de célébrer la communion sous une seule espèce dans les villes utraquistes, étaient autant de garanties contre l'absorption germanique.

Au poiut de vue politique, les paysans et les ouvriers qui avaient fourni à la Révolution ses soldats les plus redouta^ blés, avaient été trop complètement écrasés à Lipan pour être conviés à la curée, mais les seigneurs avaient exploité sans pudeur la situation : enrichis par la confiscation des biens du clergé, ils avaient imposé & Sigiemond une constitution dont le vague et les obscurités mêmes fusaient prévoir tous les envahissements et deviner toutes les ambitions de la noblesse. Les villes, qui avaient été vaincues elles aussi, à Lipan, mais qui n'avaient pas engagé toutes leurs forces dans la lutte, avaient été protégées par la crainte qu'elles inspiraient encore, le souvenir de leurs services et surtout l'éclat et la gloire de Prague : leurs libertés étaient garanties et elles prétendaient partager avec les nobles la direction de la diète et le gouvernement du pays. La division n'allât pas tarder k éclater parmi les vainqueurs, mais telle était la faiblesse de la royauté que ces divisions elles-mêmes ne lui servirent pas à reconquérir le pouvoir qu'elle avait perdu pour toujours.

Au point de vue religieux, les conquêtes de la Révolution étaient peut-être plus remarquables encore. Les conférences deBâle et les traités d'Iihlava affaiblirent plus le Catholicisme que toutes les victoires de Z\zk& et de Procope. Pour la première fois, l'ËgUse avouait qu'elle pouvait être vain-

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eue, jetait les armes; elle avait beau chercher à expliquer les faits, elle sig^iait une capitulation. Les révoltes contre la papauté avaient été nombreuses pendant le moyen-âge, mais pour la première fois la rébellion restait maîtresse du champ de bataille. Malgré les restrictions qui avaient été introduites dans les Compactât» et l'habileté des légats qui avaient trouvé une rédaction obscure, confuse et grosse de nouveaux conSits, il n'eu était pas moins incontestable que le concile avait été obligé de confirmer les quatre articles. La liberté de la prédication de la parole de Dieu, la punition des péchés publics, la limitation des pouvoirs du clergé, tels étaient les grands principes sur lesquels se fondait la nouvelle Église. Près d'un siècle avant la Réforme, les idées fondamentales du protestantisme étaient sinon acceptées dans toutes leurs conséquences, du moins entrevues et imposées par l'hérésie à l'Église romaine. Le calice, qui pendant plusieurs siècles s'éleva comme un glorieux trophée sur les principales églises de Prague, était pour tous le symbole de la liberté conquise ; le Itd'que s'affranchissait du prêtre, la foi de la tradition, la Bohême de Rome.

Et cependant, malgré l'importance de ces concessions, malgré l'éclat du triomphe, ceux dont les croyances utraquistes étaient sincères et l'intelligence perspicace et prévoyante, n'avaient accepté les Compactais qu'avec une profonde tristesse, ou tout au moins une inquiète résignation. On parlait de paix, les églises retentissaient d'hymnes de joie et de reconnaissance, et cependant cette paix existaitelle? Etait-elle même possible :^ Que de pointa encore h résoudre ! Les Hussites admettaient les enfants à la communion, lisaient l'Épître et l'Évangile en latin, avaient renoncé à nombre d'usages catholiques ; sur tous ces points, aucun accord n'était intervenu. Sur quoi reposait cette réconciliar tion si désirée et si longuement poursuivie ? Sur une suite d'oublis volontaires, de réserves mutuelles; mais ne pas parler des différences, est-ce faire qu'elles n'existent pas? L'Église avait mille moyens de rompre les traités, le jour qui lui paraîtrait favorable ; que lui opposerait-on ? Les promesses de Sigismond ! elles avaient été déjà secrètement

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rétractées ; les Cèquesle savaient, et c'était cependant i cetta parole de Sigismond qu'ils s'étaient fîéa ; rassurés par l'Empereur, ils avaient peu h. peu renoncé h toutes leurs prétentions, passé sous silence les questions les plus ^aves. La fatigue du pays, les impatiences et les trahisons du parti ultra-modéré avaient compromis les résultats achetés par tant de souffrances et de sang'; les légats avaient réparé les fautes des généraux. Les Hussites s'étaient engagés de bonne foi, loyalement, avec des ennemis pleins d'arrièrepensées ; ils s'étaient laissés tromper, jouer comme des enfanta : l'Église n'allait pas tarder h profiter de la lourde faute qu'ils avaient commise. Son plan était simple : s'en tenir strictement aiï traité, ne prêter aucune attention aux promesses de Sigismond. Il était certain que les Cèques qui n'avaient été déterminés à la paix que par ces promesses, protesteraient. Aussitôt le concile les accuserait de violer leurs engagements. Ayant lié ses adversaires sans s'être lié lui-même, il profiterait de leurs réclamations pour revenir peu à pen en arrière, jusqu'au moment où le pape, qui s'était tenu à l'écart des Compactais (1), interviendrait et trancherait le débat en révoquant tous les privilèges accordés aux Hussites.

11 ne fallut pas longtemps pour démontrer la valeur réelle de cette paix, qui ne reposait que sur un malentendu, une confusion voulue : la mauvaise volonté et l'obstination des légats, la perfidie de Sigismond, les plaintes des Hussites, amenèrent bientôt denouveaux conflits. Le lendemain même de la grande fête où avait été proclamée la réconciliation des Utraquistes et de l'Église, les envoyés du concilese plaignirent de Kokycana qui avait distribué la communion sous les

(i) On a dit aonveot qn'Eugène IT avait confirma 1m Compietati; U n'w est rien. La célèbre bulle du II mat» 1436 (Arch. ceiLy, m, 441), «M dei pin* vapiei. Le pape félicite lea Ctquei de leur esprit de pait et d'aoïen, Ui in- -vite à persif érer daa* les mêmes dispositioas, à obéir à l'Église ; ■ llbnpereur nous a, demandé de votre part certaines choses poar la tnnqailliti *t

rhoDQGUF de votre rojaame et de vons-mimes noag l'avons fait trti re-

lontien; dans l'avenir nons Bommea prêt encore à fsin (ont ce qui peut et» bon, >tiia et honorable pour tou >. Il n's«t pas poinblo de voir dus tw promawM li pen priciiet une ooofimULtioa fonnelle de* Compaetâti.

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deui espèces dans une église catholique, de Lupac qui avait porté le calice ik un malade. Ce fut bien pis encore lorsque Sigismond fut rentré b, Prague : il sentait sa mort procbùne, était bourrelé de remords, dominé par les prêtres ; le moyen de feire leur aalut que les rois ont préféré, à toutes les époques, a toujoura été de convertir leurs sujets. Tabor et une partie des Taborites avaient renoncé à la lutte, reconnu le roi, mais les plus convaincus, les plus purs étaient restés debout quand tous fléchissaient le genou ; les deux principaux centres de résistance était la ville de Kralové Bradée et le cbftteau de Sion, ë. quelque distance de Malesov. Sigismond gagna quelques bourgeois de Hradec qui lui ouvrirent les portes de la ville ; Jacob Tek et Ambroise qui avaient été les chefs et les inspirateurs de la révolte, furent jetés en prison. Le fort de Sion fut pris malgré l'héroïque défense de la garnison : le capitaine Robac et 53 de ses compagnons furent pendus. < Ce fut une longue et terrible désolation parmi le peuple. Dès qu'on venait & parler de ce supplice, les larmes coulaient. > Les temps étaient donc revenus oil c'était un crime digne du dernier supplice de croire & la Parole de Dieu plus qu'aux ordres du concile !

Mais ce n'était pas seulement les partis extrêmes qtie menaçait la réactionrlestJtraquistes étaient écartés des fonctions publiques, les charges les plus importantes réparties entre les catholiques et les ultra-modérés; les cérémonies catholiques étaient rétablies dans toutes les églises (1) ; les

(1) < La ConeitB fut inatniit pur des lettni de l'emponar qiu le dimanehB «TUt la Noël, Im Bohâinet aTaient dreuâ d«i croix dans U villa ia Prague, placé im imagea dan« les igiitea et des bdnitiera à l'eiiMe: Is jour de la Pnriûcatiou ils aTaient porté des cie^es. il ne restait plus de difScallA qu aiv rSachaiiatie. » (Hoaum., II, p. 34£). Uartio de Tours fiùsalt le ^m gnad éloge de l'ampeienr, qni a'étBit tonjotm moDlri bien diaposé poar L'Église et désireux da rétablir l'unité de foi, « tellemeot qae, comme les prêtres Elisaient des difflcnltés poup accepter lee rites catholiques, il avait déclaré qu'il ne voulait pas rester daaa qd rojaume hérétique, mus qu'il abandoDUerait anssitât le trAiie. (Martin) disait eu même tempe qns Umt le* Bohèmes te repentùeoC ùncârement de leurs excès passés, confessaient avec donleuT leur erreur ft propos de la communion et s'éloimaient de s'étrfl ttompés ai oomplétement... déjk plnsienn cloîtres ■'étaient reformés ; en un •anl jour, pins de 300 Bohèmes avaient communié soua nna iwila «^m. • (Id. p. 493}.

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moineSt les nonnes revenaient en foule, les cloîtres étuent rebâtis; dans plusieurs communes, les prêtres catbotiques reprenaient leurs anciennes cures et chaesaieut lea desservants utraquistes. Non seulement Rokycana n'avait pas été confirmé archevêque, mais les menaces et les mauvus procédés dont il était l'objet le forcèrent & quitter Prague, et le roi choisit comme administrateur de l'archevêché, c'est^ dire comme chef intérimaire de l'Église cèque, Christian de Prachatice, qui avait été l'ami de Husa, mais qui s'était depuis longtemps séparé des Hussites. Pierre Payne fut obligé de prendre la fuite, et de se cacher dans un petit village; b Kiitna Hora, les Cèques furent condamnés à livrer une église aux catholiques ; lea prêtres utraquistes ne recevaient pas l'ordination, et les nouveaux curés refusaient le calice aux laïques. Toutes les crantes de Rokycana étaient réalisées et dépassées ; même les plus défiants n'avaient jamais imaginé que la réaction pût être si rapide et si audacieuse. Les catholiques étaient radieux : < déj& la capitale avait complètement changé d'aspect, c'était un nouveau peuple, la véritable religion était revenue, déjà les rois, les princes et les peuples chrétiens félicitaient Sigismond d'avoir recouvré son royaume, et son nom était grand dans toute l'Ég'lise » (1). n n'étiùt pas jusqu'aux partisans de Pribram que ne commençât à inquiéter cette impudente violation des traités d'Iihlava, mwe leurs protestations n'étaient pas mieux écoutées que les plaintes des Galixtins ardents. On envoya k Bâle Jean de Pribram lui-même et Procope de Plzen: il était impossible de choisir deux hommes plus modérés, plus disposés à toutes les concessions, et les services qu'ils avaient déjà rendus k l'Église, la part qu'ils avaient prise à la conclusion de la paix, étaient de nature k leur mériter la faveur du concile ; ils lui présentèrent neuf demandes : la communion sous lea deux espèces sera accordée à tous tes Bohèmes et les Moraves ; le concile déclarera que ce n'est pas une simple tolérance, une permission octroyée pour éviter de plus grands maux ; l'Église bohème recevra un archevêque et detix évéques dignes de la confiance de la nation; les (1) ^0. Sjlr., e. 93.

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bulles promÎBes aux C'èques pour les laver de tout soupçon d'hérésie seront enfin envoyées ; les enfants seront admis àla communion; l'Évangile et l'Epître devront être lues en cëque ; l'Université de Prague sera protégée ; les abus seront réformés et les péchés publics punis. Sur touB les points, le concile répondit par un refus absolu, et Pribram, poussé à bout, jeta aux Pères une menace de guerre ; il rappela les victoires que Dieu avait accordées aux troupes hussites; après comme avant les Compactats, les Cèques ét^ent prêts & répondre, les armes à la main (ferrea responsadarent), àtoufi ceux qui les accuseraient de n'être pas les véritsblesserviteurs du Christ. S'il le fallait, ils défendraient leurs croyances par mille meurtres (1). Ainsi se terminaient tes négociations entre les Hussites et l'Église : moins de deux ans après les Gompactats, le parti ultrar-modéré était tellement exaspéré par la mauvaise foi des catholiques et la violence de la réaction qu'il prévoyait et désirait une non- . Telle insurrection.

Les catholiques ne tardèrent pas à comprendre qu'ils avaient voulu trop précipiter les événements, dévoilé trop vite leur plan, et compromis le succès par leur impatience. Sans doute la fatigue de la nation était extrême, et il n'était pas impossible d'en profiter pour l'amener peu & peu à renoncer aux privilèges des Compactais : les concessions qu'elle avait obtenues étaient en somme trop enveloppées de restrictions et de réserves pour que le peuple y attachât un très grand prix ; bien que la masse s'occupe souvent plus du signe que de la réalité, à force d'entendre répéter que la communion sous une seule espèce est aussi salutaire et aus^ complète que la communion utraquiste, elle devait finir par renoncer au calice. Les légats avaient eu le tort seulement de ne pas laisser agir le temps : vingt ans de guerres, de victoires et de souffi-ances avaient fait pénétrer trop profondément les idées nouvelles pour qu'une conversion subite fût possible. Les violences de Sigismond et les rigueurs du concile eurent un résultat tout opposé & celui qu'ils attendaient : les défiances s'éveillèrent, les partis se reconstituè- (1) HoDum., U, p. IWft-Kni.

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rent, la réaction catholique amena une recrudescence hus* BÎte : rÉ^lise perdit la Bohême au moment même où elle se croyait victorieuBe, pour n'avoir pas au se contenter dea errands progrès déjà obtenus et attendre le moment où les hérétiques seraient tombés d'eux-mêmes & ses pieds. Une insuriection était imminente lorsque la mort sauva Sigismond de l'humiliation d'être chassé de nouveau de son royaume (1437.) Presque tous les hommes qui avaient eu un grand rfile dans la Révolution, disparaissaient vers la même époque: les Tahorites avaient perdu leurs généraux, leurs prêtres les plus remarquables ; leur évêque, Nicolas de Pelhrimov se retirait de la lutte, fatigué et découragé, et devait, quelques années plus tard, abandonner les principes qu'il avait défendus jusqu'alors ; les pertes des autres partis n'étaient pas moins cruelles : Kostka de Postupice avait été tué ; Christian de Prachatice, Ambroise de Eralové Hradec, Jacob Vlk, moururent de la peste ; Eorybut, qui s'était joint & Swidrigal et commandait Tannée lithuanienae, fut fait prisonnier et noyé (1435). Rokycana était condamné pour de longues aimées encore à l'impuissance et b l'exil. Une nouvelle génération entrait dans la carrière et apportait aveo elle des intérêts, des sentiments et des principes nouveaux ; la période des guerres hussites proprement dites était terminée.

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