CHAPITRE VIII. - RECHERCHE ET APPRÉCIATION DES EAUX
détaillée, où l'on relève les cours d'eau, la longueur de leur parcours, l'étendue de leurs bassins respectifs, où les sources sont également indiquées. Mais les renseignements qu'on se procure de la sorte sont extrêmement vagues et ont besoin d'être interprétés avec soin : si^ par exemple, les cours d'eau sont nombreux, les sources multipliées, on peut être assuré que les débits correspondants sont faibles, le régime très irrégulier ; c'est le contraire ordinairement quand les cours d'eau et les sources sont rares et n'apparaissent qu'à intervalles éloignés.
On recueille des indications plus précises et plus sûres en parcourant le pays, observant les lits et les berges des cours d'eau, les débouchés des ponts, les dimensions des vannages, recherchant les émissaires des bassins sourciers, etc.. Il est à recommander, quand on procède de la sorte, de se diriger toujours de l'aval vers l'amont, en suivant successivement le cours d'eau principal de la vallée, puis chacun de ses affluents, ensuite chaque filet d'eau, remontant ainsi jusqu'aux diverses sources. En route, on interroge les habitants et l'on se renseigne auprès d'eux sur les particularités du régime hydrologique^, les variations saisonnières, non sans chercher à démêler dans leurs dires ce qu'il peut y avoir d'exact ou d'erroné, car leurs appréciations ont besoin d'être sévèrement contrôlées : telle source passe pour avoir un écoulement constant qui s'abaisse à certains moments au quart, au cinquième de son volume normal. On parvient du moins à connaître en gros par ce moyen les traits saillants du régime, les époques des basses eaux qui importent surtout^ parce que c'est l'étiage, c^est le débit minimum qui limite les utilisations possibles et qu'il faut plus particulièrement chercher à déterminer.
49. Reclierelte des eaux. pi*ofoiiclcs. — Les mêmes moyens ne sont plus de mise quand il s'agit d'apprendre à connaître les eaux des nappes que recèlent les profondeurs du sol.
Pour y parvenir, on n'avait guère autrefois que des règles empiriques, des procédés plus ou moins mystérieux, qui constituaient l'art de Vhydroscopie. Tels étaient chez les Grecs et les Romains les secrets exploités parles « aquilèges w et que Pline
et Vitruve ont dévoilés en partie, en révélant que leurs découvertes étaient le plus souvent basées sur Fobservalion des vapeurs, de la vég-étation croissant spontanément à la surface du sol, des insectes, etc.. Le moyen âge a cru à la vertu delà « baguette divinatoire», sorte de talisman, avec lequel Jacques Aymard fit encore grand bruit à Paris vers la fin du xvu^ siècle, et qui n'était autre qu'une fourche de coudrier, dont la propriété était de prendre^ entre les doigts de l'initié, un mouvement irrésistible, quand il passait en des points au-dessous desquels se trouvaient des eaux souterraines. L'hydroscopie trouve encore de nos jours plus d'un adepte ; et, dans les pays que la science n'a pas encore explorés, on ne saurait contester qu'elle a rendu de réels services ; certaines personnes prétendent toujours avoir un don spécial, un sens particulier, pour la découverte des eaux profondes; des hommes instruits se disent sensibles à certains courants telluriques, à certains phénomènes électriques, qui leur décèleraient la présence de l'eau dans les couches souterraines. Il y a une cinquantaine d'années, Tabbé Paramelle a publié un livre sur l'art de découvrir les sources, oii il a résumé les règles dont il s'est servi et qui lui ont valu quelques succès ; il partait de cet aphorisme de Sénèque : crede infrà qiiidquid vides suprà et en déduisait, au moyen d'observations directes et de formules empiriques, des conclusions, qui ne pouvaient avoir de valeur que dans le cas spécial oii les couches profondes affectent les mêmes allures que le relief du sol.
L'hydraulicien possède aujourd'hui un guide sûr dans la géologie^ science toute moderne, qui ne date guère que du xix® siècle, mais dont les progrès rapides et considérables ont fait une base précieuse de recherches. La connaissance de la succession des couches souterraines, de leur nature plus ou moins imperméable, de leurs allures, des lignes synclinales ou anticlinales^ des failles, etc., fournit des données nettes et sûres, d'oii Ton tire des déductions certaines, quand elles ont pu être déterminées d'avance avec la précision désirable. Dans le cas contraire, on y supplée par l'observation directe des puits de la région, des tranchées où les couches du sous-sol viennent apparaître, des coupes qui ont pu être relevées au cours de l'exécution d'où-