CHAPITRE XI
ADDUCTION DES EAUX PAR LA GRAVITÉ
Sommaire : 73. Transport de Teau à dislance; 74. Rappel des formules de l'hydraulique; 75. Etude des dérivations; 76. Rigoles et canaux en terre; 77. Aqueducs en maçonnerie; 78. Conduites forcées; 79. Traversée des vallées; 80. Souterrains; 81. Ouvrages accessoires ; 82. Goût de l'adduction des eaux.
^3. Trausiport de Tcaa à distance. — Souvent l'eau doit être utilisée en un point éloigné du lieu de captage,ct il est en conséquence nécessaire de la transporter à distance.
A cet effet, on dispose de deux moyens différents, suivant que le point de départ est situé à une altitude supérieure ou inférieure à celle du point d'arrivée. Dans le premier cas, on peut abandonner simplement l'eau à l'effet de la pesanteur, en lui traçant entre les deux points un chemin convenable : l'écoulement se produit sans l'intervention d'aucune force extérieure, et l'on obtient ce qu'on appelle V adduction pa?' la gravité. Dans le second cas, au contraire, il faut vaincre l'action de la pesanteur, qui agit en sens inverse du mouvement à produire ; et il est indispensable d'avoir recours à une force motrice capable de triompher de celte résistance : on procède par élévation mécanique ^ soit qu'on demande aux machines à la fois d'élever Teau et de lui faire franchir la distance horizontale qui sépare le départ de l'arrivée, soit qu'on refoule Teau immédiatement à une hauteur supérieure à celle du point d'arrivée, pour qu'elle s'y rende ensuite par la gravité, comme on l'a fait à Marly pour les eaux d'alimen-
214 PREMIÈRE PARTIE. — HYDROLOGIE
tation de Versailles ou, sur les bords de la mer Noire, pour celles de Constantinople. Quelquefois — coQime il est arrivé pour l'amenée à Paris des sources de la Vanne — on combine les deux systèmes, celles des eaux captées qui sont à une altitude suffisante étant dirig-ées vers le but par la seule gravité et les autres venant les rejoindre sous l'effort des machines élévatoires.
L'adduction de l'eau par la gravité peut être réalisée au moyen de deux natures d^ouvrages : les aqueducs libres et les conduites forcées.
Dans les aqueducs libres, comme dans les lits des rivières, l'eau prend son écoulement naturel en vertu de Vd pente, et le profil superficiel s'établit de lui-même d'après les conditions de Técoulement : cela suppose que la pente est continue sinon uniforme, autrement dit, qu'il n'y a point de contrepente sur le parcours ; la vitesse, rég-ulière et uniforme pour une section et un débit invariables, dans le cas ou la pente est la même sur toute la longueur, varie au contraire à chaque changement de pente quand le profil est plus ou moins accidenté.
Si l'eau doit nécessairement passer par un point situé à un niveau inférieur à celui du point d'arrivée ou même simplement par un point bas relatif, le parcours ne peut plus s'effectuer en aqueduc libre ; il faut nécessairement y substituer, pour une portion tout au moins de ce parcours, une conduite forcée, c'està-dire un tuyau fermé oii l'eau se mettra en pression et oii elle circulera en vertu delà charge résultant de la différence d'altitude entre les points de départ et d'arrivée. Pour que l'écoulement se produise dans une conduite forcée, il faut que la charge y soit partout positive, et pour cela que, sur toute la longueur, le tuyau se tienne au-dessous de la ligne de charge ; pour que le débit ait une valeur déterminée, il faut que la charge soit suffisante et capable de vaincre le frottement qui en résulte sur la paroi intérieure de la conduite ; si ces conditions sont réalisées, la section étant supposée constante, la vitesse sera constante ellemême.