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CHAPITRE XIII. - NOTIONS DE GÉNIE RURAL

fer, qui influe également sur l'effort à effectuer par les machines; de leur hygroscojncité, c'est-à-dire de la faculté plus ou moins grande qu'elles possèdent de retenir une fraction de l'eau d'infiltration, et en vertu de laquelle elles se maintiennent fraîches, autrement dit point trop humides ni trop sèches, durant un temps plus ou moins prolongé ; de leur capacité calorifique, variable avec leur degré d'humidité, avec leur composition^ avec leur couleur aussi, d'où la valeur des terres noires du bas Danube ou du terreau, également noir, dont nos jardiniers disent qu'il est chaud et savent se servir pour hâter la pousse de certaines plantes. La terre arable a^ en général, la faculté d'absorber et de retenir les gaz ou la vapeur d'eau, jusqu'à dix, quinze, vingt fois son volume, d'ori la rareté de la saturation de l'air et la présence de l'oxygène, de l'azote, de l'acide carbonique, nécessaires à la pousse des végétaux, dans le sol cultivé, qui est, on peut le dire, d'autant plus fertile qu'il possède à un plus haut degré le pouvoir absorbant.

Quelque variété que présente la composition intime du sol arable, on y renconire toujours trois éléments principaux, dont le mélange semble nécessaire à sa fertilité, le sable, Y argile, le calcaire, auxquels vient s'ajouter une matière organique noirâtre, très riche en carbone, Vhumiis. On se rend grossièrement compte des proportions, en soumetlaat un échantillon de la terre qu'on veut examiner au procédé de la lévigation, qui consiste à Fagiter dans une éprouvette remplie d'eau, et à laisser ensuite se former un dépôt, oii les matières se classent d'elles-mêmes, par ordre de densité. L'analyse chimique est nécessaire pour une détermination plus exacte : elle décèle en outre de faibles quantités de substances salines nombreuses et variées, azotates, sulfates, sels alcalins, débris minéraux divers... Cette connaissance de la composition intime des terres peut rendre de grands services ; on l'utilise pour les classer en plusieurs catégories : c'est ainsi qu'on distingue les sols argileux, durs^ imperméables, boueux en temps humide, fendillés en temps sec^ les sols sableux, faciles à travailler, perméables, se desséchant vite, les sols calcaires, maigres, peu fertiles, rendus imperméables par l'humidité, les sols tourbeux, à réaction acide et qu'il faut neu-

traliser par une addition de calcaire ; les meilleurs sont les terrains arg-ilo-calcaires (terres fortes) et argilo-sableux (terres légères) ; le terreau est le type le plus riche en humus, ce produit de la décomposition sur place des débris végétaux qui joue un rôle considérable dans les phénomènes agricoles, et oii Ton trouve, par 1.000 kilogrammes^ jusqu'à 10 et 11 kilogrammes d^azote et 12 à 13 d'acide phosphorique.

La terre cultivée est extrêmement riche en microbes : une parcelle impalpable de terre en contient des milliers et d'autant plus qu'elle est plus fertile ; la terre des forêts en renferme moins que celle des champs et des jardins, et celte dernière moins que le terreau. 11 est évident qu'on doit attribuer à cette masse de microbes un rôle des plus importants dans les phénomènes complexes de la végétation, rôle encore assez mal connu et dont l'étude amènera sans aucun doute d'intéressantes révélations. Ce que Ton sait déjà, c'est que la nitrifi cation des matières organiques azotées dans le sol, cette transformation dont la cause et les modalités ont si longtemps échappé aux investigations de la science, est le résultat du travail de certains microorganismes, dont Miintz et Schlœsing avaient démontré l'existence, avant qu'on ne fût parvenu à les isoler. D'autres actions microbiennes expliqueront sans doute certaines propriétés curieuses du sol arable, telles que la faculté de retenir au passage, d'emprunter aux eaux d'infiltration des substances d'une extrême solubilité comme la potasse, et d'autant plus aisément que les solutions sont peu concentrées, ou celle de fixer dans quelques cas l'azote de l'air, que savent y trouver les racines des légumineuses.

En traversant ce filtre naturel, les eaux météoriques ou de ruissellement se dépouillent non seulement des matières en suspension de toute nature qui y sont retenues mécaniquement, mais y subissent des réactions chimiques, particulièrement une combustion lente, grâce à l'oxygène de l'air qui pénètre et se renouvelle dans les pores de hi masse terreuse, le tout sous l'influence active des bactéries ; si bien que, lorsque l'épaisseur du filtre est suffisante et son fonctionnement normal, elles ne tardent pas à devenir limpides et pures, presque dépourvues de microbes.

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