CHAPITRÉ XIII. — NOTIONS DE GÉNIE RURAL
l'entasse à cet effet dans des dépôts, qui dégagent malheureusement une odeur infecte et que, pour cette cause, on éloigne le plus possible des habitations : autour de Paris les cultivateurs font, de temps immémorial, un excellent emploi de la gadoue; près de Marseille, la Société agricole et d'assainissement des Bouches-du- Rhône cultive, au moyen des ordures ménagères de cette ville qu'elle y transporte par chemin de fer, un domaine de 600 hectares dans la Crau. De tout temps, les eaux d'égoul ont été employées par les cultivateurs à la fertilisation des terres; cette pratique, qui remonte à une très haute antiquité, que les maures ont mise en honneur dans les huertas du sud de l'Espagne, qui fait depuis plusieurs siècles la prospérité des prés marcites du Milanais, a reçu de nos jours, par suite de la construction des réseaux de collecteurs et de la nécessité d'en traiter les eaux, un regain de popularité, A côté de ces engrais mixtes, qu'on peut qualifier de naturels, il convient de mentionner ceux qu'on obtient artificiellement, dans les fermes ou dans les fabriques d'engrais, sous le nom générique de composts, par le mélange volontaire de matières fertilisantes de nature et d'origine diverses^ dont on fait varier la composition à l'infini, suivant la qualité des terres à cultiver et les récoltes à obtenir.
La consommation d'engrais est bien moindre en France qu'en xAngleterre, et il y a dans cet ordre d'idées de grands progrès à faire chez nous, soit par l'augmentation du nombre des tètes de bétail, soit par la diffusion des engrais minéraux, encore insuffisamment répandus et appréciés. Le prix élevé de ces derniers est d'ailleurs, pour les petits cultivateurs, un obstacle, dont l'organisation du crédit agricole et la formation de nombreuses associations syndicales permettent de triompher: ce prix est souvent calculé d'après la teneur en azote, en acide phosphorique, en potasse, ces éléments de fertilisation prenant dans le calcul des valeurs conventionnelles, variables du reste suivant leur état plus ou moins assimilable et d'autres circonstances encore : par exemple 1 fr. 80 par kilogramme d'azote, 0 fr. 60 par kilogramme d'acide phosphorique et 0 fr. 40 par kilogramme de potasse ; mais il arrive fréquemment que le prix de vente, réglé par la loi de l'offre et de la demande, s'écarte beaucoup du résul-
tat des calculs^ qu'il convient par suite de n'accepter jamais sans contrôle. L'appréciation des eng-rais ne pouvant guère se faire sans analyses, le commerce de ces matières se prête à de nombreuses fraudes, qu'on a tenté d'enrayer efficacement par une loi spéciale du 4 février 1888, complétée par les décrets des 10 mai et 19 juin 1889.
to;8. Préps&ratioii des terreis. — La mise en culture d'un sol vierge comiporle un défrichement : le procédé primitif consiste à mettre le feu aux broussailles, à labourer le sol, puis à y tenter de maigres cultures, qui vont s'améliorant ensuite d'année en année; à notre époque, oii l'on dispose de ressources mécaniques considérables, on préfère souvent obtenir à plus g-rands frais un résultat plus rapide, en pratiquant le défoncement ou Tameublissement du sol, sur une épaisseur de 0 m. 30 à 0 m. 60, au moyen de charrues spéciales, particulièrement robustes.
Quant aux terres en culture, elles réclament, en vue de chaque récolte, un ameublissement nouveau^ qui s'obtient par le labour. Celte opération peut s'effectuer à bras au moyen de la bêche: un premier sillon, rectiligne, est ouvert sur un des côtés du champ, et les mottes qui en proviennent sont transportées en cordon sur le côté opposé; puis on ouvre un deuxième sillon, parallèle au précédent, en renversant cette fois les mottes dans le vide du premier, on procède de même pour le troisième, le quatrième et ainsi de suite. Mais on conçoit qu'un pareil travail est long et pénible; aussi, dès la plus haute antiquité, l'homme s'est-il ingénié à employer une machine^ la charrue^ qui s'est lentement perfectionnée à travers les âges. Le type moderne de la charrue comporte trois organes essentiels : le contre^ qui fend le sol verticalement ; le soc^ qui détache horizontalement les mottes, et le ver soir les soulève et les renverse ; ces trois organes sont fixés à un bâti en bois ou en fer, qui se compose delV/^(Ç,sur lequel s'attache directement le contre, du se'p^ qui porte le soc et qui se relie à l'âge par les élançons^ auxquels s'attache le versoir ; un crochet de tirag^e, dont la position peut être modifiée par le régidateur^ en vue de régler la largeur et la