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CHAPITRE XIV. — L'EAU EN AGRICULTURE

La culture n'est possible que sur un ^oXfrais^ c^est-à-dire suffisamment pourvu d'eau pour que les racines y trouvent à chaque instant la quantité de liquide nécessaire au renouvellement de la sève. Or l'évaporation, qui se produit à la surface du sol avec d'autant plus d'activité que l'air est plus chaud et plus sec, et rinfiltration dans les couches profondes, qui détermine l'égouttement lent de la couche arable, concourent simultanément à la diminution progressive de la réserve d'eau que la terre renferme et qu'elle tend à retenir; et la culture, en recouvrant le sol de plantes, dont les feuilles sont le siège d'une transpiration abondante, vient encore augmenter cet effet d'assèchement. La fraîcheur ne se maintient par suite dans la terre cultivée que si la provision d'eau qu'elle contient est convenablement renouvelée; on conçoit sans peine que, là où les précipitations atmosphériques ne fournissent pas le volume nécessaire pour compenser les pertes, la vie végétale deviendrait rapidement impossible, si ringéniosité et les travaux de l'homme ne suppléaient à l'insuffisance des apports naturels par des arrosages artificiels.

Ces arrosages ont en outre des effets accessoires qui ne sont pas négligeables. Ainsi^en augmentant l'évaporation — qui ne va pas, on le sait, sans une notable absorption de chaleur, nécessairement empruntée pour la majeure partie à la terre — l'abondance de Feau dans la couche superficielle y détermine un abaissement de la température^ qui est un bienfait dans les pays où l'ardeur du soleil tend à dessécher la terre et aurait tôt fait de consumer les récolles : de là Fexplication des résultats merveilleux obtenus, avec des quantités d'eau même faibles, dans la zone torride, dans les oasis d'Afrique, par exemple, ou sous les climats chauds, comme en Italie, en Espagne, en Algérie, en Provence; on parvient delà sorte à y établir une sorte d'équilibre favorable à la végétation, à empêcher une maturation trop rapide avant le développement complet de toutes les parties de la plante, à aider efficacement la nature pour une meilleure production. D'autre part, en hiver, dans la zone tempérée, l'eau peut souvent servir à combattre dans une certaine mesure les effets de la gelée, à prolonger plus avant dans la saison la pousse des végétaux, l'arrachage des récoltes ; c'est ainsi que, dans les prés marcites

du Milanais, les arrosages, se continuant sans interruption toute l'année, s'opposent en hiver à une trop grande déperdition de calorique, au point que la végétation continue tant que la température ne descend pas au-dessous de T et reprend immédiatement dès qu'elle se relève à 10° pendant quelques heures du jour.

Lorsque les eaux courantes sont chargées de limons, elles tendent à produire sur les terres, qu'elles viennent à recouvrir, des dépôts plus ou moins abondants, plus ou moins fins aussi, qui ont pour effet tantôt d'y constituer une couche épaisse, sorte de remblai, dont la conséquence est de réaliser un exhaussement progressif, tantôt d'y laisser une tranche mince mais particulièrement fertile, déterminant dans un cas comme dans l'autre une véritable conquête au profit de la culture, soit en faisant émerger des terres que des submersions fréquentes rendaient impropres au travail agricole, soit en fournissant à des terres inertes et stériles de précieux éléments à mettre en œuvre.

Les plantes, puisant dans l'eau qui baigne leurs racines et qu'elles absorbent lentement, une foule de substances nécessaires à leur nutrition^ le développement de la végétation dépend aussi par là du renouvellement de l'eau dans le sol. Les matières dissoutes qu'elle contient viennent pour partie s'accumuler dans la couche arable, grâce à la faculté d'absorption qui est une de ses propriétés les plus remarquables, tandis qu'une autre partie passe à l'état de dissolution dans l'organisme végétal, s'y répand grâce au mouvement de la sève et va se fixer en divers points à mesure que la plante grandit, évolue^ se couvre de fleurs, de fruits, de graines, et parvient à maturation. Elle y apporte précisément les principes fertilisants, azote, potasse, acide phosphorique, calcaire, etc.;, sans lesquels ces phénomènes physiologiques ne sauraient se produire.

En outre, la présence de l'oxygène libre dans l'eau favorise et les réactions chimiques et les actions biologiques dont le sol est le théâtre et d'oïj résultent la combustion des matières organiques, leur transformation en matières minérales, puis la suroxydation de ces dernières, qui parviennent à Tétat de nitrates, de sulfates, etc., autant d'effets qui tendent à les rendre de plus en plus assimilables par les plantes. De son côté, l'acide carboni-

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