CHAPITRE XlV
- L'EAU EN AGRICULTURE
que contenu également dans l'eau, à Tétat dissous, favorise l'attaque de certaines roches, des calcaires en particulier, et tend à leur emprunter d'auti'es éléments de fertilisation, qui pénétreront, sous forme de sels soiubles, dans l'organisme végétal. L'azote gazeux en dissolution est lui-même fixé par le sol ou par les plantes.
Tous ces heureux effets^ dont la végétation profite, dont la culture sait tirer parti, disparaissent dès que la quantité d'eau contenue dans le sol dépasse une certaine limite : quand les vides qui séparent les particules terreuses sont emplis d'eau, la circulation de l'air y devient impossible, et les divers phénomènes dus à son action s'accomplissent avec une intensité beaucoup moindre ou même viennent à cesser complètement. L'action biologique se ralentit ou s'arrête : les composés facilement assimilables, qui d'ordinaire prennent naissance par la transformation des matières organiques, sont remplacés par des produits de combustion incomplète, impropres au développement des plantes. En même temps que le sol s'appauvrit de la sorte, il se refroidit aussi par l'évaporation constante dont il devient désormais le siège, il est moins bon conducteur de la chaleur et se prête plus difficilement au réchauffement solaire. Dès lors les racines s'arrêtent dans leur progression, aussitôt qu'elles atteignent la couche envahie par l'humidité persistante, ne peuvent plus pénétrer profondément dans le sol, si même elles ne pourrissent pas, ce qui a pour conséquence le dépérissement ou la mort des plantes elles-mêmes. Et, si l'humidité s'élève jusqu'au niveau supérieur de la couche arable, si une tranche d'eau stagnante vient à en recouvrir la surface, la terre devient marécageme^ et non seulement impropre à la végétation et interdite à la culture, mais encore malsaine et dangereuse pour la santé publique.
10®. Eara!^ utiles. — Les qualités des eaux recherchées pour l'irrigation des terres ne sont pas les mêmes que pour les autres usages, comme l'alimentation des villes par exemple : ainsi les eaux troubles ou limoneuses, que la consommation repousse avec dégoût, sont presque toujours d'un emploi avantageux pour la culture ; les eaux très chargées de matières organiques, sans
tGiilefois dépasser cerlaines limiies, sont extrêmement favorables à la végétation, tandis que, dans les villes^ elles ne peuvent plus êlre distribuées utilement, dès qu'elles en contiennent une proportion extrêmement faible ; la teneur en matières minérales n'a pas les mêmes avantages, elle n'est cependant pas nuisible tant
qu'elle ne dépasse pas "j^^ ; par contre, on recherche les eaux
aérées, autrement dit riches en gaz dissous.
Il est d'ailleurs éminemment recommandable d'examiner avec soin, d'apprendre à bien connaître les eaux employées en arrosages, et l'on devrait à cet effet les soumettre à l'analyse comme on le fait pour les eaux d'alimentation. Et, si les résultats ainsi constatés ne sont pas entièrement satisfaisants, on peut recourir à quelqu'un des nombreux procédés d'amélioration pour y parer ; par exemple, décanter l'eau pour la débarrasser d'un excès de matières en suspension, la faire tomber en cascade ou en minces filets pour la mettre en prise avec l'air, y augmenter la proportion de gaz, y déterminer la précipitation de l'oxyde de fer, du carbonate de chaux ; ou encore la mélanger en proportion convenable avec des eaux d'une autre nature. On opérera de même pour amener les eaux à la température la plus avantageuse suivant les cas.
De ce qui précède on peut déduire que presque toutes les eaux naturelles et la plupart des eaux usées ou salies par Tusage peuvent trouver leur utilisation en agriculture, à la seule condition de les employer d'une manière rationnelle, suivant leur composition, leurs propriétés et les circonstances climatériques, saisonnières, culturales, la nature du sol, les exigences des récoltes, etc. Des eaux froides seront d'un emploi très avantageux sur un point, tandis qu'ailleurs on devra rechercher des eaux chaudes ; ici le ruissellement de l'eau superficielle, dissolvant certains éléments surabondants, produira un excellent effet, tandis qu'ailleurs il aurait pour conséquence un délavage fâcheux des matières fertilisantes ; tantôt on préférera des eaux claires, tandis qu'on fera merveille sur un autre point avec des eaux chargées de limon; tantôt on prendra mille précautions pour se défendre