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CHAPITRE XIV. — L'EAU EN AGRICULTURE

contre le débordement des cours d'eau, tandis que, dans d'autres régions, on l'attendra comme un bienfait...

Les eaux de pluie, peu chargées de principes fertilisants malgré leur teneur en ammoniaque et en nitrates, sont par contre extrêmement précieuses pour l'entretien de la fraîcheur des terres. La pratique agricole devrait tendre à en réaliser un meilleur aménagement, à recueillir celles qui s'écoulent trop rapidement et vont se perdre sans utilité, à les rassembler en des points convenablement choisis et à les conduire là où elles peuvent être employées avec avantage. Pour cela, s'il s'agit de terres labourables, de récoltes annuelles, qui ne demandent d'eau qu'à certaines périodes de Tannée, il faudrait établir des réserves, mares, étangs, digues-barrages, etc. Mais de sem^blables ouvrages ne sont pas nécessaires pour les prairies permanentes, qui profitent en tout temps et sous tous les climats de l'afflux d'eaux abondantes; on ponrra donc presque toujours créer avantageusement un pré dans la partie basse d'un domaine en culture, afin d'y tirer bon parti des eaux pluviales, qui, en ruisselant sur les terres supérieures imperméables ou en pénétrant les couches perméables qu'elles dégraissent, suivant l'expression usitée par les cultivateurs, se chargent de principes fertilisants et procureront par suite à l'herbe du pré les éléments nécessaires à son développement en même temps que la fraîcheur constante qui lui est particulièrement favorable.

Les eaux courantes conviennent presque sans exception à rirrigation ; et, pour les y employer, il suffit bien souvent d'ouvrir sur les berges des cours d'eau des saignées, d'y tracer des rigoles ou des canaux, de manière à dériver les eaux et à les conduire vers les champs ou les prés, où elles sont destinées à porter la fraîcheur et la fertilité ; ailleurs il faudra les élever à un niveau supérieur, au moyen d'appareils mécaniques, mûs soit par une force naturelle, empruntée parfois au cours d'eau luimême^ soit par des moteurs animés, par la vapeur, le gaz ou l'électricité ; quelquefois on sera conduit à emmagasiner les eaux de crues, dans de vastes bassins de réserve^ pour les utiliser à d'autres moments de Tannée. Peut-être y a-t-il lieu de développer aujourd'hui plus que jamais ce mode d'utilisation des

eaux courantes, alors que le flottage des bois disparaît, que les chemins de fer se substituent dans beaucoup de directions aux voies de transport par eau, que les petites chutes sont en grande partie abandonnées par l'industrie, et que l'agriculture, exposée à une concurrence redoutable, ne peut se soutenir sans avoir recours à tous les moyens qui peuvent favoriser la culture intensive et industrielle, la seule vraiment rémunératrice dans nos régions.

Plus chargée de matières minérales, qui conviennent particulièrement à la vég"étation des graminées, plus appropriée aussi par sa température constante au maintien permanent de la fraîcheur des terres, Veau des sources convient surtout à l'arrosage des prairies permanentes. Singulièremônt précieuse dans les pays chauds, on l'y trouve fréquemment captée pour l'usage agricole avec les mômes soins et par les mêmes moyens que pour Talimentation des villes. Quand elle apparaît à flanc de coteau, elle assure la fertilisation du fond des vallées qui se couvre d'une végétation abondante. Si elle est abondante, on s'en sert durant l'été pour favoriser les cultures les plus variées^ soit en la dirigeant successivement sur diverses pièces de terre, soit en l'accumulant dans les réservoirs, où on la puise au moment voulu par des lâchures convenablement réglées ; ce dernier moyen permet au reste de tirer parti des plus petites sources, des plus minces filets d'eau. Quand le niveau d'émergence n'est pas suffisamment élevé, on fait appel aux engins mécaniques, à moins qu'on ne puisse, en suivant les filets liquides dans leur parcours souterrain, parvenir à les recueillir plus haut et gagner ainsi la pente nécessaire.

Quand il suffit de creuser le sol de quelques mètres pour y trouver l'm^^ souterraine^ rien n'est plus facile que de l'utiliser pour l'arrosage des terres cultivées; de tout temps et dans tous les pays, la petite culture a su profiter de la sorte du voisinage de la nappe phréatique, en perçant des puits pour la création et l'entretien des jardins potagers, des cultures maraîchères, des vergers, etc. Il est plus rare qu'on ait recours, pour l'emploi agricole, aux eaux des nappes profondes ou artésiennes ; on ne doit pas oublier d'ailleurs que ces eaux sont généralement assez

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