CHAPITRE XTV. — L'EAU EN AGRICULTURE
décomposables comme les matières grasses. Les eaux trop froides ne peuvent pas être employées aux arrosages d'été, parce qu'elles « saisissent » les plantes et provoquent un arrêt momentané de la végétation ; aussi préfère-t-on en Lombardie, aux eaux glacées qui descendent des Alpes, les eaux relativement chaudes du Pô et de quelques-uns de ses affluents.
Souvent ces défauts peuvent être corrigés sans trop de dépenses; et les mêmes eaux, qu'où serait tenté au premier abord de repousser comme nuisibles, deviennent parfaitement utilisables après quelque opération simple, comme la décantation pour les eaux troubles, l'addition d'un peu de chaux pour certaines eaux acides, l'exposition au soleil pour les eaux froides, etc. Aussi est-ce seulement dans des circonstances assez rares que l'agriculteur est amené à considérer telle ou telle eau comme réellement nocive à cause de ses propriétés spéciales.
La culture a beaucoup plus fréquemment à souffrir de la surabondance de l'eau, qui rend les terres froides^ lorsqu'elle les imprègne jusqu'à une faible distance de la surface, ou les transforme en mar(icages quand elles sont habituellement humides sur toute leur épaisseur, ou même totalement submergées à certaines époques.
Sur les terres froides, oii le sous-sol demeure humide, la végétation est languissante, le développement des plantes médiocre, les récoltes demeurent assez pauvres. On y obtient une amélioration certaine en les débarrassant de l'excès d'humidité par le drainage^ qui consiste à y établir un réseau serré de petites conduites d'écoulement au-dessous du fond de la couche arable, qui produit Teffet du trou percé à la base du pot de fleurs des jardiniers, en facilitant l'égouttement et l'aération du soL abaissant le niveau de la nappe aquifère et dégageant les racines.
Dans les marécages, l'absence d'oxygène crée un milieu réducteur, oii la nitrification est impossible et oia prennent naissance des produits, qui deviennent pour les plantes de véritables poisons ; seule l'herbe des prairies peut s'y développer, encore y voit-on dominer les joncs, les laîches, les mousses, sans valeur nutritive pour le bétail ; et, lorsque ces plantes elles-mêmes viennent à dépérir et à succomber, la décomposition des matières
DEUXIÈiME PARTIE. — HYDRAULIQUE AGRICOLE
organiques se produit, sous Tinfluerice des microbes anaérobies, et donne lieu par suite à une putréfaction rapide, qui émet des miasmes pestilentiels ; Teau stagnante favorise d'ailleurs la multiplication des insectes, dont quelques espèces ailées, telles que Tanopheles, transportent aux alentours le germe de la fièvre paludéenne. Pour se débarrasser de l'excès d'eau, cause de pareils fléaux, toutes les fois oiini le relief du sol, ni le niveau des nappes superficielles voisines ne se trouvent faire obstacle à l'établissement d'un système normal d'écoulement, il suffit de procéder à un assainissement agricole^ en créant un réseau de rigoles, de fossés, de collecteurs, qui recueillent les eaux et les dirigent vers le débouché le plus proche, en rouvrant au besoin par des curages, des approfondissements, des redressements, les évacuateurs naturels, que divers effets successifs se trouvent avoir obstrués dans la suite des temps. S'il existe au contraire un obstacle naturel^ soit qu'une sorte de digue ou de barrage, qu'une colline plus ou moins élevée s'oppose à l'écoulement, soit que le niveau de la masse superficielle qui constituerait le débouché obligé dans la région se trouve à un niveau trop élevé en tout temps ou durant certaines périodes, il faut triompher de cet obstacle par un dessèchement , qui a pour point de départ tantôt l'ouverture d'un émissaire en tranchée ou en souterrain, tantôt l'installation d'engins mécaniques de relèvement, et permet de réaliser quand même l'évacuation des eaux nuisibles.
lit. liimondi. — Les li?nons, entraînés par les cours d'eau tranquilles, composés de matériaux impalpables et qui se déposent en couches minces sur les terres qu'ils recouvrent en cas de débordement, contiennent tous les éléments des terres fertiles — sable, argile, carbonate de chaux — amenés au dernier état de division, et en outre une forte proportion de matières organiques en partie azotées. Ils peuvent donc accroître utilement la fertilité de la terre qu'ils viennent à recouvrir et à laquelle ils s'incorporent ensuite par l'effet des labours, à la seule condition qu'ils ne nuisent pas aux récoltes pendantes et que, pour cela, ils se déposent avant ou après la pousse annuelle, en automne ou à la fin