CHAPITRE XIY
L'EAU EN AGRICULTURE
de l'hiver. L'intervention deThomme, pour favoriser les heureux effets de ce mode de fertilisation, n'aura point d'autre objet à poursuivre que la réalisation de cette condition essentielle par une répartition convenable des limonages.
En dehors des périodes de crues et des débordements qui en sont la conséquence, les eaux limoneuses déterminent presque toujours, en certains points du lit des cours d'eau, des dépôts plus ou moins abondanis de vase, que la nécessité de maintenir le libre courant de l'eau oblige à enlever de temps à autre par les curages : on a vu plus haut que le produit de ces curages, rejeté sur les berges, est habituellement employé comme engrais sur les terres riveraines. C'est là une pratique qu'il convient de rapprocher des limonages ; car^ si elle en diffère par le mode d'opérer, elle produit évidemment des résultats analogues, quoique moins favorables cependant, parce que la répartition de l'engrais n'est point faite avec une aussi parfaite régularité et qu'il ne se présente pas d'ailleurs dans cet état d'extrême division, qui est une qualité singulièrement précieuse des matières fertilisantes tenues en suspension dans les eaux troubles.
Composés de matériaux plus grossiers et généralement inertes, galets, graviers, sables, substances minérales diverses, mais à peu près dépourvus d'argile et de matières organiques, les troubles des cours d'eau torrentiels n'ont ordinairement pas de valeur fertilisante, et, s'ils envahissent les terres durant les périodes de crues, ils n'y apportent que la dévastation et la stérilité. Aussi s'efforce-t-on de protéger, par des digues ou autres ouvrages de défense, les cultures que leur situation expose à des inondations qui auraient dépareilles conséquences. Il est cependant des cas oii les apports de matériaux dus à ces inondations peuvent rendre des services à l'agriculture, en recouvrant les terrains submersibles, les faisant émerger au-dessus du niveau des eaux ordinaires, et constituajit de la sorte des alluvions, qui viennent accroître l'élendue des surfaces cullivables. Tantôt cet effet se produit naturellement^ par suite de ralentissements locaux de l'écoulement, qui ont pour résultat la formation de dépôts de graviers ou de sables, tantôt il est une conséquence de l'établissement de certains ouvrag-es, entrepris dans un autre but, et qui se
trouvent avoir une influence sur les conditions d'écoulement des eaux, tantôt enfin il peut être provoqué précisément en vue de favoriser la formation de dépôts alluvionnaires sur des surfaces convenablement choisies, qu'on se propose de conquérir à la culture par ce procédé auquel on réserve le nom de colmatage.