CHAPITRE XV. — IRRIGATIONS
comme carotte^ ie navet^ les raves ^ se développent très rapidement sur un sol irrigué ; on en profile pour les obtenir en récoltes dérobées^ après la récolte principale de blé par exemple ; à cet eiïet on fait le semis en même temps que celui du blé, puis, aussitôt après la moisson, par sarclages et binages, on favorise la pousse des plantes à racines, qui ne tardent pas à prendre un vigoureux développement; la betterave^ qui réclame un sol constamment frais jusque dans ses parties profondes, donne des résultais remarquables, loules les fois qu'on peut l'irriguer durant la période assez courte de l'été oia elle pousse et grossit; Teau permet d'obtenir, sur deslerrains légers, d'abondantes récolles de pommes de terre : dans le Midi, on les obtient de la sorte en toutes saisons, et fréquemment avant un maïs ou après un blé, en profitant d'un printemps précoce ou d'un biver tardif. Parmi les plantes fourragères^ on irrigue avec succès, dans le midi de la France, la luzerne^ qui y donne jusqu'à quatre et cinq coupes par an, soit 10.000 à Id.OOO kilogrammes de foin par beclare ; au reste loules les plantes de cette calégorie, parliculiërement lorsqu'elles sont destinées à être consommées en vert par le bétail, gagnent beaucoup à être irriguées; le trèfle lui-même, cultivé surtout dans les régions humides des pays septenlrionaux (Angleterre, Ecosse, Nord-Ouest de la France, etc.), gagnerait sans nul doute à être irrigué, et la culture en pourrait être alors étendue à d'autres régions. La plupart des /j/<rm/<?s wif/z^^^rze//^^ s'obliennent dans les terres irriguées : si le colza^ le pavot réussissent sans arrosages dans les terres humides du nord de la France, si l'o/z- ^zVr résiste merveilleusement à la sécheresse dans la Provence, si la vigne prospère dans les coteaux graveleux du Médocou sur les pentes arides de la Bourgogne ou du Beaujolais, les plantes oléagineuses exotiques, comme le sésame^ Y arachide ^ le ricin, appellent, dans les pays chauds où on les cultive, des irrigations abondantes; il en est de même de la plupart des plantes textiles^ le chanvre dans le nord de la France, le lin dans le midi, le coton dans l'Indoustan ou dans la Louisiane, la ramie, etc. ; des plantes tinctoriales, telles que la garance, naguère si répandue et si productive dans le département de Yaucluse, le nopal ou caclus à cochenille en Algérie ; des plantes à parfums, la ver-
veine^ la tubéreuse ^\di jonquille^ le fenouil et le rosier^ cultivé en plein champ pour la fabrication de Tessence de roses ; des fleurs^ que produisent si abondamment les terres arrosées des envirous de Nice et de toute la côle de Provence; du tabac^ dans les pays chauds^ midi de la Frauce, Algérie, etc. ; des cultures arborescentes^ comme le mûrier^ si prospère dans les plaines arrosées de la Lombardie, dans celle de Brousse en Asie Mineure, en Espagne, dans llude^ etc., les arbres fruitiers^ en particulier V oranger^ en Espague et en Algérie, le citronnier en Sicile, le dattier dans les oasis d'Afrique.
Mais les cuilures auxquelles Firrigation est le plus nécessaire et le plus profitable sont assurément celle des liantes potagères et celle des prairies permanentes.
Dans le andi de la France, il n'y aurait pas de jardinage possible sans irrigation; et, même dans les environs de Paris, c'est seulement par des arrosages abondants et continus que nos maraîchers arrivent à produire la masse d'excellents légumes dont les halles sont si largement approvisionnées en toutes saisons. Là où Ton dispose d'eau à bas prix, oii le sol et le climat sont favorables^ où soilla proximité des marchés, soit la facilité des transports, procurent un écoulement certain et rapide, la culture maraîchère donne lieu à des exploitations fructueuses et prend dès lors bien vite d'importantes proportions : on y fait le commerce très avantageux primeurs \ dans certaines régions du midi de la France, la culture des melons^ des pastèques^ des aubergines^ àe^ piments^ a pris, grâce à Tirrigation, l'allure d'une véritable iadiistrie ; il en est de même pour celle des fraises, qui donne dans le Var des produits particulièrement abondants. La seule culture du cresson a motivé la création de bassins spéciaux, dits cressonnières, où l'on fait passer, à raison de 60 litres par hectare et par seconde, des eaux de sources tièdes en hiver, limpides en toutes saisons, et qui sont d'autant plus recherchées pour cet emploi qu'elles sont plus chargées d'iode. La culture maraîchère à l'eaud'égoûta réussi admirablement tout auprès de Paris, dans la plaine de Gennevilliers, où elle a fait monter jusqu'à 3.000, 4.000 francs par an le produit brut à l'hectare de terres autrefois presque stériles, en permettant d'obtenir des récoltes successives et toujours abondantes.