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CHAPITRE XV. — IRRIGATIONS

En dehors des cas exceptionnels où les circonstances ont favorisé la création de prairies naturelles — qui supposent des terrains vraiment privilégiés, suffisamment humides en tout temps, assez argileux pour conserver la fraîcheur, assez absorbants pour ne pas devenir marécageux, riches en potasse et en acide phosphorique^ tels qu'on en rencontre dans le fond des vallées, sur le bord des rivières à débordements périodiques, à l'aval des sources abondantes, ou en contrebas des terres en culture dont ils reçoivent Tégouttement — on peut dire que c'est l'irrigation seule qui îsiil les prairies . Elle y est utilisée à la fois en hiver, quand l'eau est abondante et la végétation stalionnaire, pour l'accumulation dans le sol des matières fertilisantes contenues dans cette eau, en été, pour le maintien de la fraîcheur du sol qui favorise la continuité de la végétation et le développement rapide des plantes, sous la double influence de la chaleur et de Tengrais accumulé durant les arrosages d^hiver. On s'explique aisément par cette dernière considération le succès remarquable de l'irrigation à l'eau d'égout appliquée aux prairies permanentes.

lis. CoMclitîoBiÈ» pr£fttic|iAcii d'appileaiion. — L'emploi de l'eau en arrosages, durant la pousse des végétaux, doit être conduit avec un soin particulier, aiin de n'apporter à aucun moment de trouble dans les fonctions physiologiques des plantes.

Il y a pour cela plusieurs conditions à remplir dans la pratique.

Leur détermination découle de ce principe que l'irrigation est surtout favorable au développement herbacé et Test beaucoup moins pour la fructiiication. On ne ménagera donc pas les arrosages aux plantes fourragères, tandis qu'on les emploiera plus modérément dans les cultures qui ont pour objet la récolte de la graine; on les réservera pour la période oii les tiges et les feuilles se développent, oii la circulation de la sève est le plus active, et, au contraire, on les suspendra pendant la floraison et la maturation, alors que la circulation se ralentit et qu'au lieu d'une nutrition abondante la plante réclame une autre répartition d'éléments déjà accumulés dans l'organisme.

Dans la très grande majorité des cas, c'est durant la saison chaude que devra se faire Tirrigation : n'est-ce pas en efl'etl'épo-

que où les pluies profitent le moins à la terre, oii révaporation atteint la proportion la plus considérable, où par suite la fraîcheur du sol ne se maintient qu'avec peine et viendrait fréquemment à disparaître si elle n'était renouvelée par l'apport d'un volume d'eau convenable? Mais la durée de la saison chaude varie sensiblement dans les diverses régions: et si^ dans le Midi de la France, elle correspond habituellement à la période de six mois qui s'étend du avril au 1^' octobre, en Italie, en Espagne, en Algérie, elle commence plus tôt, finit plus tard, s'allonge plus ou moins, et va jnsqu^à l'année presque entière dansles contrées où les gelées sont rares ou même à peu près inconnues: les plantes irriguées redoutent en effet les gelées précoces ou tardives, et l'on doit éviter pour ce motif les arrosages, tant qu'on ne peut se considérer comme à peu près sûrement à l'abri de ces accidents météorologiques si désastreux pour la végétation. D'autre part, il est relativement rare qu'on irrigue pendant la saison chaude tout entière: suivant la nature des plantes cultivées, suivant leurs besoins nécessairement variables, c'est tantôt au commencement tantôt vers la fin, ou dans le milieu de la saison, à des moments convenablement choisis et pendant des périodes plus ou moins longues que l'on se trouve conduit à recourir aux arrosages.

Le moment précis où l'on donne chaque arrosage n'est pas non plus indifférent : en effet l'évaporation surexcitée par l'irrigation emprunte une notable quantité de chaleur au sol, qui tend dès lors à se refroidir; et, si ce refroidissement est marqué^ il peut en résulter un ralentissement ou une suspension complète dans la marche de la sève, un arrêt momentané de la végétation. Toutes les fois donc qu'on le pourra, ce qui n'est pas toujours possible tant s'en faut, on choisira le moment de l'arrosage; on le fera plutôt par un temps calme que pendant une période de vent, par un temps brumeux que sous un ciel serein, à l'entrée de la nuit que durant les heures les plus chaudes du jour.

(Chaque arrosage doit comporter d'ailleurs l'emploi d'un volume d'eau suffisamment abondant, soit pour apporter à la terre la quantité d'oxygène nécessaire aux réactions chimiques que réclame l'assimilation des matières fertilisantes, soit pour lui

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