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CHAPITRE XV. ™- IRRIGATIONS

En fait ni les rigoles élémentaires de distribution ni celles de colature, ne sont disposées tout à fait suivant les horizontales du terrain : il est nécessaire en effet de leur donner une légère pente^ dans le sens de l'écoulement de l'eau, pour y déterminer une vitesse convenable et régulière ; on les trace au reste très fréquemment^ par raison de simplicité^ suivant des lignes droites^ tandis que le relief plus ou moins irrégulier du sol comporterait des horizontales de formes sinueuses. Observons en passant qu'il convient de proportionner en tous les points la section de chaque rigole au volume d'eau qu'elle est appelée à y recevoir : en conséquence,les rigoles élémentaires de distribution sont à sections décroissantes, depuis le point d'origine ou elles se détachent de la rigole maîtresse d'amenée jusqu'à leur extrémité, toujours en impasse ; et inversement celles de colature commencent avec une section très faible, qui va croissant jusqu'au débouché dans le colateur principal.

Quand les rigoles élémentaires reçoivent des longueurs un peu considérables, il arrive que le déversement ne peut y être obtenu d'un bout à l'autre avec la régularité nécessaire : on partage alors la pièce en plusieurs parties, par des bourrelets de terre dirigés suivant les lignes de plus grande pente, et l'on irrigue successivement chacune de ces parties, en établissant dans la rigole de distribution, au droit de chaque bourrelet, un petit barrage provisoire. Grâce à cet artifice, il est possible, pour ainsi dire, de donner aux rigoles de distribution des longueurs quelconques.

Il n'en est pas de même de leur espacement dans le sens de la déclivité du terrain : variable suivant la pente et aussi suivant la nature du sol, cet espacement ne doit guère dépasser en général 20 à 30 mètres, si Ton veut obtenir un ruissellement régulier, en nappe mince et uniforme, sur toute la surface de la pièce. Dans le cas des prairies permanentes, auxquelles le système d'irrigation par déversement convient tout particulièrement^ on limite même cet espacement à une quinzaine de mètres, ou, s'il est plus grand, on interpose volontiers, entre les rigoles consécutives de distribution et de colature, une ou plusieurs rigoles intermédiaires, dites de re/^me, formant cul-de-sac à leurs

deux extrémités et par conséquent isolées de l'un et de l'autre réseau ; ces rigoles recueillent l'eau momentanément au passage et en régularisent l'écoulement. Dans le cas des terres labourées, on peut disposer des raies parallèlement aux rigoles élémentaires : elles forment alors autant de rigoles de reprise, et l'eau passe de l'une à Tautre, ce qui a d'aiileurs l'avantage de réduire l'entraînement des terres meubles, qu^un écoulement continu déterminerait bien souvent sur une pente tant soit peu prononcée, au moins jusqu'au moment oi^i la pousse commence. C'est d'ailleurs la configuration du terrain naturel qui commande avant tout la disposition et l'emplacement des rigoles ; si les vallonnements sont prononcés,elles se rapprochent nécessairement, au point que les intervalles sont parfois réduits à2 ou 3mètresseulemenl, tandis qu'elles s'écartent beaucoup, quand les ondulations sont peu sensibles.

L'irrigation par déversement à l'aide de rigoles horizontales se prête aux applications les plus variées : admissible sur toutes les pentes supérieures à 0 m. 03 par mètre, elle est employée en pays de montagne dans les régions les plus déclives oii la création des prairies soit possible; elle s'adapte aussi aisément aux parcelles de périmètre irrégulier, à surface concave ou convexe, qu'à celles dont la surface est plane et délimitée par des lignes parfaitement régulières ; elle convient admirablement aux vallées étroites bordées de coteaux abrupts, oij de petites dérivations tracées sur les flancs de part et d'autre servent à l'amenée des eaux, tandis que le thalweg joue le rôle de colateur général. Son plus grand défaut est la difficulté que présente le tracé des rigoles de niveau : ce tracé exige en effet de l'habileté, de la pratique, des soins particuliers, quelquefois même des nivellements de précision ; et c'est en vue de le simplifier qu'on préfère souvent établir, sous le nom de raz-es, des rigoles élémentaires en pente et suivant des lignes droites, au détriment de la régularité du fonctionnement, moins parfait dans ce cas qu'avec les rigoles sinueuses, sauf à en corriger les petits inconvénients, s'il y a lieu, par quelques terrassements ou par l'addition de rigoles de reprise convenablement disposées.

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