‹ Hydraulique agricole et urbaineChapitre 277 sur 415 · CHAPITRE XY. — IRRIGATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY. — IRRIGATIONS

répétant plusieurs années de suite cette même opération, de manière systématique, on finit par obtenir un règlement satisfaisant des surfaces : c'est ce qu'on appelle \^ méthode des ados naturels.

118, î£*fl*lgati€»tîs§ par liifiItË*atloai. — La troisième méthode d'irrigation se différencie nettement des précédentes : au lieu d'amener l'eau à la surface du sol et de l'y faire ruisseler superficiellement, elle a pour objet de la diriger dans de petits fossés creusés entre les planches consacrées à la culture, de manière qu'elle s'infiltre au-dessous de la couche supérieure du sol et vienne seulement baigner les racines des plantes.

Ces fossés sont en fait des rigoles de distribution plus profondes et par là même plus larges que dans les autres systèmes ; par contre, le réseau de colature est le plus souvent supprimé. Les terres provenant du creusement des fossés^ rejetées de part et d'autre sur les planches intermédiaires, en déterminent l'exhaussement.

Cette méthode toute spéciale n'est guère applicable qu'à des terrains presque plats ou à déclivité très peu prononcée. Elle convient particulièrement à certaines cultures, parmi lesquelles on pouvait citer autrefois la garance, et d'une manière générale aux plantes à racines pivotantes ou profondes, comme la bellerave, les oseraies, la luzerne; on l'emploie avec succès dans la culture maraîchère, pour la production des légumes, des salades, des primeurs ; elle a toujours été en pratique dans les fameuses huertas du sud de l'Espagne (Valence, Grenade, etc.). Elle est la seule admissible quand les eaux employées à l'irrigation sont chargées de matières en suspension, qui colmateraient ou plomberaient la surface du sol arable, si elles y étaient épandues, ou qu'on veut éviter de mettre en contact avec les tiges ou les feuilles des plantes cultivées ; c'est le cas des eaux d'égout par exemple,

OU des eaux résiduaires industrielles ; aussi est-ce ce mode d'irrigation qui est appliqué dans la plupart des champs d'épuration, à Gennevilliers notamment, oii la culture maraîchère a su en tirer un merveilleux parti ; il en est de même à Berlin, oii le sol plus compact a nécessité un drainage profond, au moyen de files de tuyaux de poterie, qui y constituent par exception une sorte de réseau de colature entièrement souterrain. Enfin l'emploi de l'infiltration est susceptible de rendre d'utiles services, quand l'eau dont on dispose est à un niveau légèrement inférieur à celui du sol, de sorte qu'on ne saurait la distribuer à la surface sans une élévation mécanique préalable, tandis qu'on peut l'amener naturellement, ou en la faisant refluer par de légers barrages, dans des fossés suffisamment profonds.

Comme dans tous les modes d'irrigation, l'eau est généralement introduite dans les rigoles ou canaux d'infiltration à des intervalles convenablement espacés^ de telle sorte que Tirrigation s'y fasse par intermittence; et c'est seulement dans quelques cas spéciaux et relativement rares qu'on y réalise un courant continu. A chaque arrosage elle baigne le pourtour des planches, et, pour peu que le sol soit perméable, elle ne tarde pas à s'y perdre, en laissant bientôt à sec les parois et le fond des rigoles, oii se déposent nécessairement la totalité des matières en suspension.

Parfois on a recours à Tinfiltration sur les terres labourées, même présentant une inclinaison sensible, en pratiquant alors ce qu'on appelle Y arrosage à la raie, qui suppose des sillons dirigés suivant la pente du terrain et venant aboutir, vers le haut de chaque planche, à une rigole de distribution tracée horizontalement: le réseau des rigoles d'amenée d'eau est

v^^^ alors disposé exactement comme pourl'irri-

1 1 ' 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 gation par déversement; la seule différence consiste dans la direction des sillons tracés par la charrue, qui, au lieu d^être parallèles aux rigoles de distribution, sont dirigés au contraire dans le sens perpendiculaire, de manière que l'eau y coule sans surmonter les bourrelets intermédiaires. La grande culture à l'eau d'égout, à Reims, Berlin, Achères ou Méry, elc, a eu généralement

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recours à ce procédé qui convient surtout aux plantes sarclées, après le buttage exécuté dans un sens seulement.

Les applications de la méthode par infiltration sont nécessairement plus restreintes que celles des méthodes d'irrigation par submersion ou déversement, puisque les racines d'un très grand nombre de plantes cultivées végètent dans une couche de terre superficielle de 0 m. 15 à 0 m. 30 d'épaisseur et ne peuvent profiter des eaux qui imbibent la terre à une profondeur plusgrande. Ce procédé est d'ailleurs incapable de rafraîchir la surface du sol, échauffé en été par les rayons solaires, ou d'aider à la pénétration dans les couches inférieures de la chaleur accumulée à la surface, comme le font les irrigations par submersion ou par déversement, au grand avantage de la végétation.

11». Procédés divers et spécial». — Il est des cas particuliers où les méthodes d'irrigation qui viennent d'êlre décrites ne peuvent s'appliquer qu'avec des modifications appropriées, d'autres où l'on est obligé de recourir à des procédés totalement difFérents. On se bornera ici à en donner quelques exemples.

C'est ainsi, notamment, que l'emploi des eaux d'irrigation par intermittence, qui est la règle générale, est remplacé pour les jardins, les potagers, par l'arrosage au moyen à' eaux continues. On y pratique en efîet, sur une étendue relativement restreinte, la culture simultanée d'un grand nombre de plantes diverses, dont les époques de semis, de développement, de floraison, de maturation ne sont pas les mêmes, de sorte que le sol y est pour ainsi dire constamment en travail et peut être arrosé sans interruption, tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Aussi les cultures de ce genre se groupent-elles volontiers au voisinage des cours d'eau et des canaux d'irrigation, ou sur les terres qui recèlent à faible profondeur une nappe souterraine bien alimentée, autrement dit dans les régions où il est le plus facile d'obtenir, sans peine et sans frais trop élevés^, l'eau à toute heure et en toutes saisons . On y pratique l'irrigation par submersion ou infiltration plutôt que par déversement.

Parfois, mais plus rarement, on y procède par aspersion^ au moyen de l'arrosoir ou del'écope, deux outils rudimentaires qui

comportent une maîn d'œavre fort coûteuse et ne se prêtent qu'à remploi de volumes d'eau très limités. On réalise à cet égard un certain progrès en disposant de distance en distance dans les jardins de petits réservoirs, reliés entre eux et au point d'arrivée de Teau par une canalisation souterraine, et qui, servant dans les diverses parties de la surface cultivée au remplissage des arrosoirs, diminuent tout au moins la longueur des transports. On gagne plus encore en substituant à l'arrosoir ordinaire les tonneaux arroseurs^ les pompes d'arrosage, et surtout l'arrosage à la lance, alimenté par une distribution d'eau sous pression.

L'irrigation des vergers, rarement employée dans les régions tempérées, mais indispensable dans les contrées méridionales, peut être obtenue par toutes méthodes. Souvent on la réalise au moyen de fossés, tracés parallèlement ^^"^ lignes d'arbres et suivant Taxe des intervalles

qui les séparent, d'où se détachent des rigoles diri- (if^ a^^s obliquement vers les cuvettes creusées au pied

des arbres : disposition en épi, assez analogue à celle pratiquée sur les accotements de nos routes pour utiliser les eaux de ruissellement des chaussées à l'arrosage des plantations d'alignement. Dans d'autres cas, les plants sont disposés respectivement au centre de petites cases de forme carrée, dont l'ensemble rappelle assez exactement un échiquier et où l'eau passe successivement dans un ordre déterminé, de sorte qu'elles soient toutes irriguées à intervalles réguliers : cet arrangement se rencontre en Algérie dans les plantations d'orangers.

Certains terrains très inclinés, à flanc de coteau, sont disposés en terrasses pour l'irrigation : au haut de chaque terrasse court une rigole de distribution, au bas une rigole de colature ; l'eau recueillie par cette dernière va tomber en cascade dans la rigole de distribution de la terrasse immédiatement inférieure et ainsi dë suite.

ISO. E^^ècutlon des oiivi^ages. — Dans les pays où les irrigations sont pratiquées de longue date, on trouve généralement des ouvriers exercés et habiles, qui savent tracer au sentiment

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