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CHAPITRE XV. — IRRIGATIONS

des terrains à irrig-uer ont pour objet la création de prairies permanentes, les opérations de terrasse et mouvement de terres doivent être suivies d'un gazonnement., qu'on peut obtenir soit par semis, soit plus économiquement souvent par revêtement des surfaces, préalablement réglées suivant les nouveaux profils, au moyen de plaques de gazon, découpées dans une prairie naturelle, soit à l'emplacement même oh s'exécutent les travaux, soit dans le voisinage. La hache spéciale, dite tranche-gazon, qu'on emploie pour la confection des plaques, se manœuvre à deux mains et permet de couper la couche herbée suivant des lignes parallèles, en se guidant sur des cordeaux tendus à 0 m. 10 environ de distance, de manière à obtenir des bandes de 0 m. 20 à 0 m. 30 de largeur, qu'on recoupe ensuite transversalement pour former les plaques, qui se détachent très aisément du sous-sol, en introduisant par les coupures transversales le fer d'une bêche ou d'un louchet; il n'y a plus qu'à les soulever, au moyen d^une fourche, pour les déplacer et les charger en vue du transport au lieu d'emploi. On les range alors sur les surfaces à gazonner, en ayant soin d'alterner les joints, puis on les pilonne légèrement, au moyen d'une batte rectangulaire en bois, en aidant par l'interposition d'un peu de terre meuble à leur liaison entre elles et avec la surface sous-jacente. Si les plaques ne sont pas en quantité suffisante pour le revêtement complet, on les utilise de préférence pour les arêtes des rigoles et des talus, on répartit le surplus en quinconce sur les planches, et l'on sème dans les intervalles des graines convenablement choisies. Pour ces semis, comme pour les semis généraux, on faisait autrefois assez fréquemment usage des fenasses ou fonds de fenils, bien qu'elles ne contiennent d'ordinaire, et en mélange avec beaucoup de matières inertes, balles, poussières, particules terreuses, ainsi qu'avec des graines de plantes inutiles ou nuisibles, celles des plantes les plus tardives des prairies naturelles, parce que les autres se sont perdues en général pendant la fenaison ; il en résultait que, dans les prairies

ainsi constituées, la composition du mélange de graminées et de légumineuses était sensiblement variable; aussi la pratique actuelle, qui consiste à se procurer des semences choisies, dont on modifie à volonté les proportions, est-elle infiniment préférable ; la différence de prix qui en résulte n'est d'ailleurs pas aussi élevée qu'on pourrait croire, parce qu'on obtient aisément avec 50 kilogrammes de bonnes semences, au prix de 70 francs environ, un résultat supérieur à celui qu'auraient donné jadis 400 kilogrammes de fanasses ; on est à même en effet d'approprier les mélanges à la nature du sol, à celle des eaux d'irrigation, etc., et cette faculté, judicieusement utilisée, permet de réaliser des récoltes plus abondantes, plus nourries, plus rémunératrices. Les semis se font habituellement au printemps, après une préparation convenable du sol, qui consiste souvent en deux labours et deux hersages, suivis d'un passage du rouleau ; des arrosages modérés et des coupes fréquemment répétées favorisent la pousse de Fherbe, qui ne prend guère un développement normal avant la deuxième année.

l«t. Surveillance et entretien. — Abandonnées à ellesmêmes, les irrigations ne tarderaient pas à fonctionner dans des conditions défectueuses : l'écoulement deviendrait irrégulier, des obstructions se produiraient dans les rigoles ; bientôt certaines parties de la surface cesseraient d'être irriguées, tandis qu'en certains points il se produirait des stagnations fâcheuses, et l'on verrait les meilleures terres se transformer peu à peu en marécages improductifs et insalubres. Pour éviter un semblable danger, il suffit d'apporter à la surveillance des arrosages et à Tentretien des divers ouvrages les soins convenables. On ne saurait au reste en trop signaler l'importance ; aussi est-ce avec raison qu'on a pu dire : les prés irrigués ne valent que par la peine qu'on y prend.

La surveillance des arrosages doit porter sur la conduite, l'amenée, la répartition, la distribution de l'eau d'irrigation, la collecte et l'évacuation des colatures, toutes opérations qui supposent, de la part de celui qui les dirige, une connaissance approfondie de la culture, des besoins variables de la végétation

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