CHAPITRE XV. — IRRIGATIONS
contestations s'élèvent et que, pour en avoir raison, il faut opérer avec une précision rigoureuse et par des moyens susceptibles de contrôle.
Dans l'examen des procédés et des divers ouvrages auxquels on a recours pour la solution de ce problème, il convient de distinguer deux cas bien différents, suivant qu'il s'agit de partager simplement une certaine quantité d'eau, amenée par un canal principal, entre deux ou plusieurs branches secondaires, ou que l'on a en vue la fourniture de l'eau par petites parties aux divers usagers. A ces deux cas on affecte, pour la facilité du langage, des désignations distinctes : c'est une répartition de l'eau en plusieurs fractions que l'on réalise dans le premier^ tandis que le second a pour objet une véritable distribution de cette même eau entre les ayants-droit. Dans l'un comme dans l'autre d'ailleurs, il ne faut pas omettre de tenir compte des pertes inévitables, par évaporation ou imbibition, entre le point cil s'opère le fractionnement de l'eau, la détermination des quantités, et celui où l'eau parvient sur les terres à irriguer : si le parcours est long et le sol perméable, ces pertes peuvent être très importantes ; elles ne sont jamais nulles; et, pour en tenir compte, on a soin habituellement de majorer le volume d'eau livré dans une proportion convenable, qui est souvent de 10^ 15 ou 20 pour 100.
Le fractionnement d'un volume d'eau en plusieurs parties, qui sont entre elles dans un rapport déterminé, se prête à l'emploi d'appareils d'une grande simplicité, auxquels on réserve le nom de partiteurs. Si le rapport est immuable, ce qui est fréquent, même presque général, les partiteurs peuvent être fixes ; s'il est variable, ce qui est plutôt rare^ on est amené à faire au contraire usage d'appareils mobiles, nécessairement plus compliqués. Le partiteur fixe le plus simple se compose d'un pertuis, le plus souvent à parois maçonnées, dans lequel viennent s'interposer de petites piles, également en maçonnerie, pourvues d'avant-becs arrondis ou en ogive^ dont l'écartement est convenablement calculé pour diviser dans la proportion voulue le courant d'eau qui s'y engage : le partage en deux parties égales s'obtient aisément de la sorte en plaçant une pile unique dans
l'axe même du pertuis; il * — est déjà un peu plus difficile d'obtenir la répartition en
^ trois parties égales^ parce
qu'il faut tenir compte, pour - — déterminer la position des ^^^^^ pilesintermédiaireSjdel'effet sensiblement différent des contractions qui se produisent dans le passage axial et dans les passages latéraux ; il se complique encore et réclame soit des calculs^ soit des tâtonnements, quand on se propose d'obtenir un fractionnement moins simple ou en parts inégales. Un autre type de partiteur fixe, applicable lorsqu'on dispose d'une chute, dérivé dn déversoir : la quantité d'eau que débite un déversoir étant en effet proportionnelle à la longueur du seuil, il suffit de diviser ce seuil en plusieurs parties convenablement calculées^ pour obtenir la division du volume d'eau déversé dans les proportions voulues ; le seuil est alors souvent formé d'une barre métallique^qui résiste mieux que le bois ou la pierre à l'usure produite par Féconlement continu de l'eau et aussi aux tentatives d'abaissement volour taire, que peut provoquer la malveillance ou la cupidité de certains intéressés. Il a été aussi fait emploi, dans certains cas,
de partiteurs mobiles^ qui permettent de faire varier à volonté la répartition ou le fractionnement du volume d'eau disponible : dans cette catégorie rentrent deux appareils fort curieux, qui remontent au temps des Maures et sont encore usités de nos jours en Espagne. Le premier est une sorte de barrage à aiguilles, dont on trouve une application à Lorca, et qui se compose de deux pertuis en maçonnerie, fermés par des aiguilles verticales en bois, retenues par le bas dans une rainure du radier et passant d'autre part entre deux traverses de bois, jetées entre la pile et les bajoyers; des chaînettes relient ces