CHAPITRE XY. - IRRIGATIONS
échelle, divisé par zones et portant Findication précise des terres irriguées. Il y a lieu d'y prévoir l'évacuation des eaux non employées, que des déchargeoirs convenablement placés rejettent dans des canaux de fuite^ tandis qu'on laisse habituellement aux arrosants le soin de se débarrasser de leurs eaux de colature.
Dans les cas relativement rares oii Feau est distribuée sous pression, les prises, disposées aux points convenables sur le parcours des conduites, sont le plus souvent constituées par des bouches à raccord, analogues aux bouches d'arrosage des promenades publiques et des jardins urbains, auxquelles s'adaptent des tuyaux flexibles en cuir, en caoutchouc ou en toile^ munis de lances ou autres appareils d'aspersion, dont le débit est connu et peut être d'ailleurs aisément vérifié. A ce type on a substitué dans les champs irrigués à l'eau d'égout de la ville de Paris, on rirrigation se fait par infiltration et où la projection superficielle de l'eau n'est pas de mise, une sorte de clapet métallique à vis, qu'une arcature robuste maintient au centre d'un petit bassin en maçonnerie, et qui, brisant la pression, rejette les filets liquides vers
le fond du bassin, de manière à éviter l'aspersion aux alentours : des ouvertures, pratiquées dans la murette de pourtour du bassin et pourvues de rainures, servent de point de départ aux rigoles correspondantes, qu'on peut à volonté mettre en communication avec le bassin, en levant les vannetles mobiles en bois ou en fer placées dans les rainures. A Berlin, on s'est contenté pour le
même usage de faire déboucher dans un petit bassin, à parois garnies de clayonnages, une sorte de col de cygne fixe, branché sur la conduite de distribution et commandé par un robinet-vanne.
183. Doscji pratiques. — La quantité d'eau convenable pour l'irrigation varie naturellement beaucoup dans toutes les localités avec les circonstances météorologiques, plus considérable dans un été où la sécheresse est persistante que dans une saison à pluies fréquentes. En un même point, et si les circonstances météorologiques y demeurent normales, elle dépend du climat, de la nature du sol et de celle des plantes cultivées. Sous un climat sec et chaud, le sol demande évidemment plus d'eau que sous un climat tempéré et pluvieux; un sol perméable à grande profondeur absorbe d'énormes masses d'eau, presque sans profit pour les plantes, et les arrosages y doivent être fréquemment renouvelés pour maintenir en état de fraîcheur la couche arable, tandis que les terres argileuses, retenant l'eau très longtemps^ ne réclament que des arrosages modérés et à longs intervalles; les végétaux qui émettent des racines profondes exigent moins d'eau que les plantes à végétation superficielle, parce qu'ils profilent plus longtemps de l'humidité persistante, grâce à la faculté qu'ils possèdent d'aller la chercher jusque dans les couches inférieures du sol.
Néanmoins il arrive qu'on consomme souvent beaucoup plus d'eau dans certaines régions du Nord de la France, humides et tempérées, que dans le Midi, oii la chaleur est plus marquée et surtout plus sèche : c'est qu'on y demande autre chose à l'intervention de l'eau, des éléments de fertilité ou un moyen de combattre la gelée par exemple, et non plus seulement le renouvellement périodique de la fraîcheur du sol ; c'est aussi que les habitudes culturales sont essentiellement différentes... 11 faut tenir grand compte de ces divergences, qui ne permettent guère de formuler des indications générales, en ce qui concerne les doses recommandables pour l'irrigation.
La pratique confirme d'ailleurs cette diversité très grande dans l'utilisation des eaux d'arrosage et les doses usitées varient dans des limites fort étendues-
GËAPIÏRÈ tV. - IRRIGATIONS
Pour les comparer entre elles il est d'usage de les rapporter à la surface arrosée, ce qui est tout à fait rationnel quand on emploie Teau de manière continue, ce qui Test moins pour les arrosages intermittents diversement espacés, qu'on remplace fictivement par un écoulement continu de volume total équivalent, de manière à ramener les évaluations dans les deux cas à une même unité, qui est d'ordinaire le litige -continu^ c'est-à-dire le volum.e fourni par un écoulement continu d'un litre d'eau par seconde, soit 86 me. 400 par jour de 24 heures.
En Provence, d'après les auteurs les plus accrédités, chaque arrosage exige l'équivalent d'une couche d'eau de 8 à 10 centimètres d'épaisseur répartie sur toute la surface du sol, soit 800 à 1.000 mètres cubes par hectare; et, comme les arrosages sont espacés de 10 à 12 jours en moyenne pendant la saison des irrigations, qui est de six mois ou 180 jours, le volume unitaire d'un litre continu, soit en 180 jours 15.552 mèlres cubes, doit répondre aux besoins normaux de la culture. Il est en réalité plutôt faible, et la plupart des récolles ont des exigences supérieures : les prairies demandent un à deux litres continus, parfois jusqu'à quatre ; les jardins et les cultures maraîchères deux à trois.
Si l'on passe dans nos pays du Nord, on trouve fréquemment des doses infiniment supérieures. Les observations faites sur les irrigations des Yosges par Foltz en 1846, par Hervé-Mangon en 1859-60, ont montré que les quantités employées dépassent fréquemment 100 litres-continus pour des irrigations qui s'étendent sur l'année entière^ c'est-à-dire 200 fois la quantité considérée comme normale dans le Midi. Il en est de même dans la Campine belge, où l'on consomme couramment 1.000.000 de mètres cubes par hectare et par an, ce qui correspond à l'absorption d'une tranche d'eau de 100 mètres d'épaisseur.