CHAPITRE X\ I. - LIMONAGES ÈT COLMATAGES
conséquence nécessaire un exhaussement plus rapide des premiers, qui retiennent les matériaux les plus grossiers^ parviennent dès lors plus vite au niveau définitif et peuvent être mis en culture avant les autres, où ne vont se déposer tout d'abord que peu ou point de matériaux, d'ailleurs relativement fins, et qui par suite ne s'exhaussent qu'avec lenteur et tardent beaucoup plus à atteindre ce même niveau. Si l'une est théoriquement préférable, l'autre est donc en général plus avantageuse au point de vue économique, non seulement parce qu'elle se prête à une réduction des frais de première mise mais aussi parce qu'elle permet de tirer parti, pour la culture, de certaines fractions de la surface avant l'achèvement de l'opération. On peut d'ailleurs obtenir aussi ce dernier résultat par un autre mode d'opérer, qui se recommande quelquefois et qui consiste à creuser, dans les terres à colmater, des fossés profonds, dont les déblais servent à relever les planches intermédiaires au niveau même qu'on se propose d'atteindre : on introduit ensuite les eaux colmatantes dans les fossés, tandis que les planches sont mises immédiatement en culture provisoire, sauf à faire un règlement général après le comblement des fossés.
L'eau chargée de troubles est dérivée du cours d'eau à partir d'un point convenablement choisi, où Ton pratique dans la berge une ouverture, dont le seuil est déterminé de manière à recueillir les matières colmatantes dans les conditions les plus favorables : la prise est d'ailleurs pourvue en général d'un ouvrage mobile, comportant une ou plusieurs vannes, au moyen duquel on règle à volonté l'introduction de l'eau. Le canal d'amenée^ qui fait suite à la prise d'eau, doit avoir au départ son plafond raccordé avec le seuil de l'ouvrage de tête, et aboutir sur le terrain à colmater au-dessus du niveau qu'on se propose d'y réaliser, sans qu'il ait besoin dans la plupart des cas d'être pourvu à son débouché d'un appareil de fermeture; sur le parcours, il doit présenter une pente telle que la vitesse de Teau s'y maintienne et que les troubles soient intégralement entraînés sans arrêt en aucun point, mais limitée cependant de manière à ne point provoquer une corrosion dangereuse du fond et des rives : la détermination du profil et des sections de ce canal appelle
une attention particulière, dès qu'il présente une longueur tant soit peu considérable et plus encore quand il se divise en plusieurs branches ou se ramifie en un réseau complet, car il constitue alors un des principaux éléments de la dépense, et de ses bonnes dispositions dépend le succès et même la possibilité de l'opération. enceinte qui entoure le terrain à colmater, ou enclos, se compose d'une digue continue en terre, dépassant ordinairement de 0 m. 20 à 0 m. 30 le plan d'eau maximum qu'on se propose d'y obtenir ; elle présente deux échancrures, correspondant Tune à l'arrivée du canal d'amenée de l'eau et l'autre au seuil du déversoir d'évacuation ; les terres, qui servent à la confection de cet ouvrage, sont prises tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur de l'enclos, et l'emprunt, dans ce dernier cas, peut constituer un fossé de ceinture, qui conduit au canal de fuite les eaux d'infiltration : parfois on n'élève pas dès l'origine la digue à sa hauteur définitive, se réservant de l'exhausser au fur et à mesure du relèvement du terrain lui-même, par l'effet successif des dépôts, ce qui a l'avantage, appréciable dans certains cas^ de restreindre les premières dépenses, au risque de les porter finalement à un taux plus élevé. Quant au déversoir^ il se place en un point de l'enceinte suffisamment éloigné de l'arrivée, et sa longueur est calculée de manière à réduire autant que possible l'épaisseur de la lame d'eau et sa vitesse ; le seuil en est protégé contre les corrosions, soit par des plaques de gazon, quand la vitesse y doit être très réduite, soit par un revêtement en bois ou en maçonnerie : souvent on le constitue par un barrage à poutrelles, qui permet d'effectuer très aisément le relèvement progressif du seuil de déversement en même temps que celui du plan d'eau et des digues d'enceinte ; parfois on le munit de vannes mobiles ou d'écluses. L'eau clarifiée, qui passe sur le déversoir, est reçue dans un canal de fuite^ auquel on donne des dimensions très différentes suivant qu'on procède par intermittence ou par voie d'écoulement continu, à cause de la nécessité d'écouler à certains moments un volume beaucoup plus considérable dans le premier cas, et oii d'ailleurs la pente est à peu près indifférente, puisque les eaux à y écouler ne sont pas de nature à y provoquer la formation de dépôts : il suffit d'y tenir la vitesse