CHAPITRE XVI. - LIMONAGES ET COLMATAGES
entre des limites convenables pour éviter soit la corrosion des parois, soit le développement de la vég-étation aquatique.
Chaque enclos est divisé eti plusieurs bassins, par des digues secondaires de moindre relief, arasées précisément au niveau de la nappe d'eau. Ces digues secondaires peuvent recevoir une direction quelconque, quand le terrain est plat : s'il est déclive, elles sont établies généralement suivant les horizontales et d'autant plus rapprochées que la pente est plus prononcée ; le colmatage tend alors à créer une série de terrasses étagées.
130. Exemples de eolttiat^ges. — - Plusieurs des nombreux canaux d'irrigation dérivés de la Durance ont été utilisés pour opérer dans la vallée, au moyen des eaux de cette rivière, très chargées en temps de crue, d'importants et utiles colmatages : les canaux de Craponne notamment, dont la prise supérieure est àCadenet el qui présentent un développement de 145 kilomètres, avec un débit pouvant atteindre 13 mètres cubes par seconde, n^ont pas seulement servi à l'arrosage de 9.500 hectares de terre ; ils ont encore fourni au colmatage d'une superficie de 1,300 hectares de graviers, dont la valeur a passé, par suite de cette opération, de 300 francs l'hectare à 1.200 francs au moins, et dans certaines parties jusqu'à 5.000 francs. Les canaux des Alpines ont continué cette opération, au moyen des 20 mètres cubes qu'ils empruntent à la Durance à Malemort, en l'étendant à la Crau, vaste plaine caillouteuse qui s'étend d'Arles à Tétang de Berre, et que la branche la plus importante des Alpines vient border, après avoir franchi le col de Lamanon ; enfin Nadault de Buffon avait songé à compléter la transformation de la Crau par une dérivation spéciale de 20 kilomètres de longueur, dont la prise aurait été faite en Durance, auprès de Malemort, et qui aurait débité, durant les crues, 80 mètres cubes par seconde.
Dans la vallée du Yar, dont on a précédemment signalé les troubles, plus abondants encore que ceux de la Durance, il a été exécuté aussi, depuis l'annexion de l'ancien Comté de Nice en 1860, d'importants travaux de colmatage, dont les projets avaient été déjà mis à l'étude par le gouvernement sarde en 1825. Sur la rive gauche en particulier, 500 hectares de terres submersibles
DEUXIÈME PARTIË. — ilYDRAULIQUE AGRICOLE
ont été colmatés et 1.000 autres protégés, moyennant une dépense de plus de 7 millions répartie sur six années ; les ouvrages exécutés comprennent une route-digue de 17 kilomètres le long du Var et des endiguements en bordure de quelques affluents, avec défenses en blocs naturels ou artificiels, puis des digues transversales en terre, divisant les enclos en bassins de colmatage, des prises d'eau, établies obliquement par rapport au courant et formant autant de petits aqueducs ouverts à travers les digues et munis de vannes, et des déversoirs à poutrelles, partagés souvent en deux travées par une pile médiane ; le colmatage a été conduit progressivement de Tamont vers l'aval, en utilisant les deux séries habituelles de crues, consécutives à la fonte des neiges en juin et aux pluies d'arrière-saison en octobre.
Plusieurs cours d'eau de la Savoie ont donné lieu aussi depuis 1860 à des opérations de colmatage. Dans la vallée de l'Isère, à l'aval d'Albertville, où les divagations de la rivière avaient ruiné 3.000 hectares de culture et maintenaient 600 hectares à l'état de marécage, malgré les travaux entrepris dès 1823 par le gouvernement sarde, l'Etat français a provoqué la formation d'un syndicat pour la défense des rives, puis acheté 1.025 hectares de terres ravinées par les eaux, qui ont été soumises à des colmatages systématiques, au moyen de prises munies de vannes ouvertes à travers les digues et dans une direction normale, tandis que les eaux clarifiées s'écoulaient par des déversoirs protégés par de simples fascinages : sans que la dépense ait dépassé 400 francs par hectare, on a fait ainsi disparaître les bas-fonds, amélioré la salubrité de la région, relevé les cultures et porté la valeur des terres à 1.000 et 1.200 francs l'hectare. 3.500 hectares ont été conquis aussi sur l'Arve au moyen d'ouvrages très simples, construits en pierres sèches ou à l'aide de branchages maintenus par des chevalets en charpente. Sur l'Arc, affluent de l'Isère, on exécute encore actuellement un cohnatage d'une vingtaine d'hectares, qu'il s'agit de relever en neuf ans de 1 m. 35 en y accumulant 270.000 mètres cubes de dépôt, moyennant une dépense totale évaluée à 22.000 francs seulement.
Dans plusieurs vallées normandes réputées pour leurs magnifiques herbages, ce sont des irrigations par submersion au moyen