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CHAPITRE XVI

LIMONAGES ET COLMATAGES

d'eaux chargées de troubles, participant à la fois des limonades et des colmatages, qui ont favorisé la constitution des prés renommés que baignent la Touque, l'Orne, TAure, la Seulle, etc., et dont la valeur vénale atteint jusqu'à 5.000 et 6.000 francs l'hectare el plus.

C'est encore une sorte de colmatage, mais résultant d'un effet naturel consécutif aux travaux d'endiguement, qui a déterminé la formation dans la Basse-Seine d'une vaste étendue de prairies, couvrant 8.600 hectares environ, dont 5.700 étaient auparavant à l'état de marécages et 2.900 faisaient partie du lit même, et dont la valeur, à raison de 2.500 francs l'hectare, a été évaluée à 21.500.000 francs : cet accroissement de richesse a surtout profité aux riverains, puisque l'Etat, qui avait supporté la dépense totale des travaux, n'a recouvré, même par application de la loi du 16 septembre 1807, qu'une plus-value de 3.800.000 francs.

On cite en Suisse d'intéressants colmatages dans le Valais (haute vallée du Rhône), dans la région du Rhin, près de Ragatz, etc. En Italie, et particulièrement en Toscane, de grands travaux de colmatage ont été etîectués à diverses époques et se poursuivent encore avec succès : c'est ainsi qu'on est parvenu, dans le cours du xix*^ siècle, à transformer la région si insalubre jadis des Maremmes, qui s'étend le long de la mer, entre Livourne et Civita-Yecchia, sur 72 kilomètres de longueur, et qui, pour une superficie totale de 190.000 hectares, comptait près de 15.000 hectares de marais ; les cours d'eau endigués ont servi à combler les dépressions du sol, où, à défaut d'écoulement, s'accumulaient les eaux stagnantes, la Cornia a été utilisée pour les marais de Piombino, la Pecora pour ceux de Scarlino, la Bruna et l'Ombrone, pour ceux de Castiglioni, près de la ville de Grosscto ; pour donner une idée de l'importance des ouvrages auxquels cette gigantesque opération a donné lieu, on mentionnera que l'un des canaux dérivés de l'Ombrone ne débite pas moins de 300 mètres cubes par seconde, dépassant le plus considérable des canaux d'irrigation de la Lombardie, le canal Cavour, dont la portée n'atteint que 120 mètres cubes, qu'il a fallu pour le colmatage des marais de Castiglioni 200 kilomètres de digues et 435 millions de mètres cubes de dépôts, et que, pour le seul écou-

lement des eaux clarifiées, on a établi un réseau de canaux et rigoles de 170 kilomètres de développement ; l'amélioration, sans être encore complète, est déjà considérable, puisque 42.000 hectares de marais ont été mis en culture, 75.000 hectares de terres protégés contre les inondations, en même temps que la mortalité allait diminuant dans une forte proportion ; la dépense a été faite par l'Etat, qui en récupère une fraction sur les propriétaires, soit sous forme de plus-value payable en argent, soit par l'abandon d'une partie des terrains,

131. Colmatagieis cbê eau ^iaatllâtl•e ou fiialèe. — D'utiles

opérations de colmatage peuvent être réalisées aussi au moyen des eaux saumâtres des estuaires ou des eaux salées de la mer.

Dans le premier cas, on donne aux conquêtes faites de la sorte pour la culture la dénomination de Warpings. L'eau trouble est alors presque toujours amenée, sur les terrains préalablement endigués, par l'intermédiaire de pertuis munis de portes d'èbe et de flot, qui permettent de l'y maintenir pendant une ou plusieurs marées et d'évacuer ensuite l'eau clarifiée pendant une période de jusant. D'importants travaux de cet ordre ont été exécutés en Angleterre, près de l'embouchure du fleuve Humber: on a d'abord régularisé les surfaces des terrains à colmater, en comblant les dépressions les plus marquées, puis construit des bassins entourés de digues et enfin introduit les eaux colmatantes dans ces bassins, sous une épaisseur aussi grande que possible ; sur certains points, cette épaisseur atteignait 1 m. 60, et trois années ont suffi pour obtenir le résultat; le sol nouveau, assez compact,, a dû être parfois draîné ; on y a semé la première année du trèfle, du raygrass, de l'avoine, on l'a mis ensuite deux ans en pâture, avant d'y faire des céréales ; la dépense s'est élevée entre 950 francs et 1.250 francs l'hectare, avec majoration de 300 francs pour les parties drainées, mais l'opération n'en a pas moins été rémunératrice, car la location des terres s'est faite au prix moyen de 90 francs l'hectare, qui représente une valeur vénale de 2.000 à 3.000 francs. En France, on ne saurait guère citer que de très petites surfaces ainsi aménagées : près de l'embouchure de la Touque, aux env^irons de Trouville, ou de celle de la Bresle, entre Eu et le Tréport.

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