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CHAPITRE XVI

— LIMONAGES ET COLMATAGES

Les conquêtes obtenues de même sur le rivage de la mer, ou plutôt dans certaines baies profondes et convenablement abritées, sont désignées sous le nom de polders. Elles comportent l'exécution de digues suffisamment hautes et épaisses, défendues d^ailleurs par des revêtements appropriés, pour résister à l'effort des lames et ne pas être entamées par les embruns. Pour rintroduclion des eaux colmatantes, on dispose, dans les massifs des diguès> des aqueducs en maçonnerie ou des « coëfs » en charpente, pourvus d'appareils mobiles, de vannes ordinairement, qui, après la mise en culture, sont conservés pour l'évacuation des eaux pluviales, sauf à y remplacer les vannes par des clapets automatiques, se prêtant à l'écoulement de dedans en dehors et barrant le passage aux eaux de mer: tout un réseau de rigoles, sorte de drainage à ciel ouvert, doit être établi alors h l'intérieur^ pour recueillir et emmagasiner les eaux d'égouttement dans l'intervalle de deux marées consécutives; il comprend des collecteurs de grandes dimensions, tracés parallèlement aux digues et de 8 à 20 mètres en arrière, puis des fossés de 1 m. 50 à 1 m. 70 de longueur en tête, de 0 m. 80 à 1 m. de profondeur, perpendiculaires aux collecteurs et écartés entre eux d'une vingtaine de mètres, qu'on peut réduire au bout de quelques années, quand le sol est assaini. Il ne saurait y avoir avantage à la création de polders, au prix d'ouvrages aussi importants, que si Ton dispose d'atterrissements, amenés déjà, par les effets naturels de la mer, à une hauteur telle que la dépense à faire ne soit pas hors de proportion avec les résultats à obtenir: on qualifie ordinairement de « terrains mûrs » à cet effet ceux qui s'élèvent à peu près au niveau des hautes mers de mortes eaux et se couvrent spontanément d'une végétation particulière;, composée surfout d' « herbu » (agrostis maritima) et de (( criste marine « (salicornia herbacea) ; encore faut-il que les marées de vives eaux ne dépassent pas de plus de trois mètres environ le niveau des surfaces herbées, sans quoi la hauteur à donner aux digues serait par trop considérable.

Les terres provenant de dépôts obtenus en eau saumâtre ou salée sont nécessairement imprégnées de sel marin, dont il importe qu'elles soient bientôt débarrassées en vue de la culture. Dans le Nord, les pluiesabondantes suffisent presque toujours pour assu-

rer ce résultat dans un temps assez court; dans le Midi au contraire, il faut souvent procéder à un « dessalag-e ))^par lavage systématique à l'eau douce, faute de quoi le sel remonte à la surface, par Feffet de Tévaporation très aclive que provoque la chaleur solaire, et produit des efflorescences, dont on n'a pas raison sans des arrosages répétés, qu'il faut même parfois favoriser par un drainag-e spécial: c'est ainsi notamment qu'on a dû procéder dans les terrains conquis surles étangs salés de notre littoral méditerranéen. Après le dessalage, ces terrains deviennent habituellement d'une fertilité exceptionnelle : si le défrichement peut-être entrepris un an après le colmatage, les premières années ne donnent, malgré des labours réitérés, qu'un rendement agricole médiocre et irrégulier; mais peu à peu les produits s'améliorent et, dans nos régions, on obtient aisément, après six ou huit ans, 30 hectolitres de blé à l'hectare ou iO.OOO kilogrammes de luzerne, sans qu'il soit utile pendant une très longue période, quarante ou cinquante ans peut-être, de recourir à l'emploi d'aucun engrais.

On trouve en France d'intéressants exemples de polders. Ceux de la baie de Bourgneuf, entrepris en 1852 et continués à partir de 1855 par la société qui les délient encore aujourd'hui, comportent actuellement une surface exploitée de 700 hectares, dont partie au fond de la baie, vers le village de Bouin, et le reste sur la côte de l'île de Noirmoutiers : malgré des travaux considérables^ 1.000.000 de mètres cubes de terrassements, 300.000 mètres carrés de perrés, etc., et des dépenses qui ont atteint 3.500 francs par hectare, ^opération a été rémunératrice, puisque le revenu net s'est élevé jusqu'à 200 francs à l'hectare et dépasse encore 150 francs, soit avec l'assolement biennal, blé et fèves, soit avec l'addition de quelques cultures fourragères et de quelques plantations de vignes. Les lais de mer des baies profondes, situées à l'est et à l'ouest de la presqu'île du Cotentin, et oii se dépose la tangue, ont été concédés par décret du 21 juillet 1856 à une société particulière, la Compagnie des polders de l'Ouest, qui a su les mettre en valeur : dans la baie du Mont Saint-Michel, à l'ouest, le lit sinueux et variable du Couesnon a été remplacé par un chenal rectiligne, de 5.600 mètres de longueur, sur 70 à 120 mètres

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