CHAPITRE XVI. - LIMONAGES ET COLMATAGES
rine et des finances: elles confèrent non seulencieut la jouissance immédiate mais encore la propriété future des terrains que les travaux doivent faire émerger de la mer. Peut-être la lenteur des formalités administratives, Tincertitude du succès final, la difficulté de se procurer l'important capital nécessaire, ontelles eu pour conséquence de limiter en France ce genre d'opérations, qui auraient pu prendre plus d'extension, puisque Mangon n'évaluait pas à moins de 100.000 hectares la superficie qu'il serait possible de conquérir de la sorte pour la culture,
±22. Travaax à la mer. — L^établissement des digues autour des terrains destinés à être transformés en polders ne va pas sans difficultés, puisqu'il s'agit de travaux à la mer, toujours exposés aux atteintes des vagues, et que, d'autre part, la nécessité d'une stricte économie, sans laquelle de semblables opérations demeureraient souvent inabordables, oblige à en tenir la dépense dans des limites extrêmement restreintes.
Pour réduire les difficultés d'exécution, on évite de donner une trop grande étendue aux eaclôtui^es^ dont la superficie ne dépasse guère quarante à cinquante hectares en général, tout en s'efforçant de limiter le développement des digues, de telle sorte qu'on n'en compte pas plus de 50 à 55 mètres linéaires par hectare enclos. Par mesure d'économie, on n'emploie à la confection des digues que les matériaux qu'on trouve sur place, sable, galets, débris coquilliers, en s'efforçant de restreindre au minimum la masse des terrassements par des tracés appropriés ; et, tout en donnant aux massifs les talus plus ou moins allongés qui conviennent aux circonstances locales, au régime de la mer sur la côte, les défendant en outre par des revêtements capables de supporter le choc des lames, quoique aussi peu dispendieux que possible, constitués ordinairement soit par des perrés à sec, si l'on a de la pierre à sa disposition, soit par des clayonnages à défaut de pierres, ou même par de simples gazonnements, et garnis, vers le sommet, de plantations, de préférence en forme de haies, afin de briser les lames qui y déferlent.
Pour des digues constituées au moyen de terres de bonne qualité et défendues par des perrés, Hervé-Mangon a indiqué le pro-
fil théorique représenté par la figure; en pratique on s'est un peu écarté de ce type, même dans la baie de Bourg-neuf, qu'il avait précisément en vue, et oii les digues qui entourent les polders de Bouin ont reçu un profil plus symétrique, moins raide du côté des
terres, moins allongé du côté de la mer, tout en conservant les revêlements perreyés de part et d'autre ainsi que sur le couronnement, défendu en outre par plusieurs lignes de plantations de tamaris. Les digues en langue de la baie du Mont Saint-Michel
présentent un talus de même inclinaison vers l'intérieur, mais le talus extérieur perrcyé est un peu plus adouci; sur la côle anglaise, où l'on retrouve des dispositions peu différentes, la tendance est aussi à l'allongement des talus exposés à la mer.
L'exécution de ces digues appelle, comme la plupart des ouvrages à la mer^ une organisation particulière des chantiers, qui dépend principalement du régime des marées et des courants et peut aussi varier avec les ressources en hommes et en matériel. Le plus souvent, après avoir balisé à mer basse le pourtour de l'enclôture et les limites de la digue, on établit, à mer haute et au moyen de bateaux, deux cordons d'enrochements, entre les-