CHAPITRE XVI. — LIMONAGES ËT COLMATAGES
quels on commence le remblai du massif, qu'on élève peu à peu par le même procédé, sauf à régler ensuite les lalus et à en confectionner les revêtements pendant les basses mers, à y placer au moment opportun les coëfs ou buses, qu'on amène flottantes à leur emplacement et qu'on immerge au moyen d'une surcharge, si mieux on n'aime construire à la marée des perluis en maçonnerie : on a soin d'ailleurs de procéder par tronçons isolés, entre lesquels on laisse des passages ou vides, permettant le libre jeu des courants, non sans prendre la précaution de défendre les digues en construction par des musoirs perreyés et le fond des passes à Taide d'une sorte de pavage. On s'impose presque toujours de réaliser l'opération complète en une seule campagne, afin de ne pas exposer des ouvrages inachevés aux gros temps de l'hiver; en outre, on combine tout de manière à fermer d'un coup chaque enclôture, pendant une seule marée de vive eau^ quand les divers tronçons ont une revanche d'au moins 0 m. 50 : les approvisionnements de matériaux sont faits à l'avance, on groupe un personnel suffisant, une flotille de bateaux, et, au jour dit, si le temps est favorable, après avoir préalablement enlevé les revêtements des passes, on met tout en œuvre pour fermer les brèches dans les quelques heures dont on dispose; cette dernière phase de l'opération est particulièrement délicate, et, pour en assurer le succès, il faut la préparer de longue main avec un soin vigilant puis la mener avec une vigoureuse décision. Après la fermeture, le chantier change d'aspect: au travail à la marée succède le travail continu, qu'on pousse rapidement pour élever en peu de temps le couronnement de la digue à sa hauteur définitive ; simultanément on procède à l'assèchement de la surface intérieure, dont les terrassiers prennent possession au bout de huit à dix jours et où ils entreprennent le creusement des rigoles d'assainissement, dont les matériaux doivent servir à l'achèvement de la digue ; viennent ensuite leâ derniers revêtements, les travaux de parachèvement, puis l'aménagement en vue de la culture et enfin les premières plantations.
Lorsque la pierre manque, qu'on n'a point de terres grasses^ et qu'on se trouve obligé — comme sur les côtes de Hollande — d'employer uniquement le sable du rivage et des fascines, le
mode (inexécution des digues se modifie: si parfois on les construit encore par tronçons, la fermeture des passes se fait au moyen de radeaux de branchages^ qu'on vient y échouer en plusieurs rangs superposés, et à Taide de surcharges de sable, qui forment des lits intermédiaires ; il arrive aussi qu'on les commence sur tout leur développement àlafois, sans laisser d'ouvertures, et qu'alors, à un moment donné, pendant la durée d'une morte eau, on les élève rapidement de 0 m. 50 à 1 m. 00, de manière à les rendre insubmersibles, après quoi il n'y a plus qu'aies surhauser et renforcer à loisir, au moyen d'emprunts à l'intérieur de l'enclôture, jusqu'à la réalisation du profil définitif. Ce mode de construction a été appliqué en particulier à la digue, de 8.400 mètres de longueur, qui a été établie de 1869 à 1872 entre la côte de Frise et l'île d'Amland, de manière à barrer le chenal intermédiaire; arasée à 0 m. 50 au-dessus des hautes mers, revêtue au moyen de pierres venues d'Allemagne, celle digue a provoqué, de part et d^autre, des atterrissements, qu'on a favorisés par des ouvrages parallèles aux rives et qui atteignent plusieurs milliers d'hectares.