CHAPITRE XVII DESSÈCHEMENTS
Sommaire : 133. Les marais ; 134. Historique et législation en France ; 135. Divers modes de dessèchement; 136. Nature et disposition générale des ouvrages; 137. Dessèchements par écoulement continu; 138. Dessèchements par écoulement discontinu ; 139. Dessèchements par élévation mécanique.
133. liCfs mars&iiis. — Les marécagen constituent la manifestation la plus factieuse des eaux surabondantes. Ils résultent de Taccumulation d'eaux stagnantes dans des dépressions peu profondes et privées d'écoulement, où se développent les herbes aquatiques, dont la décomposition, favorisée par les variations de niveau des eaux et les alternatives de sécheresse et d'humidité, provoque raccùmulatiou dé matières organiques fermentescibles, et détermine cet état paludéen, si redoutable pour les populations du voisinage. Ce sont à la fois des espaces perdus pour la culture et des foyers pestilentiels, oii pullulent les insectes ailés qui portent la maladie et la mort dans la région environnante.
L'insalubrité de tant de pays neufs, de la plupart de nos colonies, doit être attribuée presque uniquement à l'existence de marais; et la campagne romaine, la côte de Toscane, doivent au voisinage des Maremmes d'être le pays d'élection de la malaria. Les deltas des grands fleuves, les lagunes qui se forment souvent sur les bords des mers sans marées, les cuvettes naturelles dépourvues d'évacuateurs, sont particulièrement exposés à la formation de marécages insalubres.
Ceux qui ne se dessèchent jamais, et qu'on appelle quelquefois les marais mouillés, sonl les moins dangereux. Au contraire, les terres marécageuses, où Teau très peu profonde se renouvelle rarement, et qui découvrent entièrement par l'effet de l'évaporation estivale, perdent alors leur humidité, se fendillent, s'imprègnent de matières organiques en décomposition, deviennent extrêmement malsaines lors des premières pluies. L'insalubrité des marais suppose d'ailleurs la réunion de trois conditions nécessaires : excès d'humidité, accumulation de matières organiques et température élevée; il suffit qu'une de ces conditions manque ou puisse être écartée pour que le péril soit conjuré : ainsi, dans certaines contrées du Nord, dans les Pays-Bas par exemple, on trouve des terres humides et très chargées de matières organiques qui ne sont pas insalubres, parce que la chaleur y fait défaut; de même, il est des régions méridionales qui demeurent indemnes durant les sécheresses, et oii l'insalubrité apparaît dès les premières pluies ; et l'on atténue les effets malsains dus aux étangs de notre littoral méditerranéen, en y introduisant pendant la saison chaude l'eau de la mer relativement froide, qui combat efficacement réchauffement des eaux stagnantes par les rayons solaires.
Le remède radical contre l'influence pernicieuse des marais, véritable fléau connu comme tel dès l'antiquité, c'est évidemment la suppression de l'humidité surabondante qui en est la cause primordiale, autrement dit le dessèchement. Les hommes ont senti de tout temps et sous toutes les latitudes la nécessité de pourvoir par ce moyen à l'amélioration de la salubrité publique, et de grands efforts ont été tentés par tous les peuples civilisés pour en réaliser l'application.
134. Hifstorique et Icgislatioii cm France. — En France, 011 l'existence de marais étendus a donné lieu à de cruelles épidémies au moyen âge, il n'y a eu jusqu'à la fin du xvi^ siècle que des tentatives isolées de dessèchement de la part des seigneurs^ des abbayes, ou des associations privées, dans le golfe du Poitou, aux environs des villes d'Arles et de Narbonne par exemple.
Un édit de Henri IV, en date du 8 avril i599, marque l'ori-