DEUXIÈME PARTIE
la Bombes^ qui occupe une partie du département de FAin, entre Bourg et Trévoux et se termine par de brusques escarpements vers la Saône, le Rhône, TAin et la plaine de Bourg : le sol formé de sable fin et d'argile, très chargé de matières organiques, et reposant sur un fond calcaire imperméable, retenait les eaux de superficie, et Tunique ressource des habitants consistait jadis dans l'exploitation des étangs qui couvraient plus du sixième du territoire (19.215 hectares sur 112.725); de mauvais chemins sans cesse inondés rendaient les charrois difficiles ; la population misérable, mal nourrie, était décimée par les fièvres paludéennes, endémiques dans tout le pays, et la mortalité s'élevait au chiffre énorme de 40,4 pour 1.000 habitants. Le plateau étant sillonné par de nombreux cours d'eau, il semblait qu'il n'y eût qu'à détruire les barrages de retenue pour faire disparaître les étangs : mais on se heurtait à l'état d'indivision de la propriété, dont une loi seule (21 juillet 1856) put avoir raison, en instituant une sorte de procédure de licitation, qui a été fixée par un règlement d'adminislration publique du 27 octobre 1857. Les travaux de suppression des étangs furent aussitôt commencés, et plus de 4.000 hectares étaient asséchés dès 1858 ; la suite de l'opération fut confiée le 1®^ octobre 1863 à la Compagnie du chemin de fer de Bourg à Sathonay, qui, moyennant une subvention spéciale de 1.500.000 francs, s'engageait à supprimer en dix ans 6.000 hectares au moins d'étangs et qui a effectivement terminé ses travaux en 1879. En outre on a procédé au curage et à l'amélioration de 350 kilomètres de cours d^eau, à l'exécution d'un réseau de 363 kilomètres de routes agricoles, au creusement de puits pour l'alimentation en eau potable, etc. ; l'Etat s'est imposé de ce chef des sacrifices qui se sont élevés à 7.000.000 fr. Grâce à la transformation ainsi réalisée, les maigres cultures d'autrefois ont fait place aux céréales, aux plantes sarclées, aux prairies artificielles, à la vigne ; le terrain, qui valait 8 à 10 francs l'hectare en 1850, montait vite à 50 francs, 60 francs et plus; la population augmentait de moitié en quelques années, et le taux de la mortalité tombait à 25 pour 1.000. Malgré des résultats si satisfaisants, un mouvement de réaction s'est produit depuis 1897, tendant à obtenir l'autorisation de remettre en eau une partie des
étang-s. dont certains propriétaires regrettaient le mode d'exploitation et contestaient les inconvénients ; et, en dépit des objections des hygiénistes et des agronomes, une loi est intervenue en ce sens le 26 décembre 1901.
Citons encore la Sologne, qu'un assainissement agricole bien conduit a mise dans Tétat relativement prospère dont elle jouit aujourd'hui. On comprend sous cette désignation le pays qui s'étend entre la Loire et le Cher, arrosé par le Beuvron, affluent de la Loire, et la Sauldre, affluent du Cher; il mesure environ
70 kilomètres du Sud au Nord, 90 kilomètres de l'Est à l'Ouest, et s'étend sur les trois départements du Loiret, du Cher et de Loir-et-Cher : le sol, de composition variable et passant du sable pur à l'argile compacte par tous les intermédiaires, y repose sur un fond calcaire. Cette contrée malsaine et marécageuse, où les étangs couvraient, en 1848, 2,75 pour 100 de la surface totale, ne connaissait à l'époque que de maigres cultures de seigle et de sarrazin, et la population y était pauvre et clairsemée. Les travaux d'amélioration y ont été entrepris en 1849 et terminés en 1873: ils ont consisté dans le curage et le redressement des cours d'eau naturels, qui ont porté sur une longueur de 487 kilomètres, le dessèchement des étangs, dont lasurfacea été ramenée de 7.578 hectares à 469, l'ouverture d'un canal à point de partage de 47 kilomètres de longueur entre Blancafort sur la Sauldre et La Motte-Beuvron, le creusement de marnières pour la fourniture de l'élément calcaire qui manquait à la terre arable, la construction de 593 kilomètres de routes agricoles. L'Etat n'a pas consacré
moins de 12 millions de francs à cette opération ; mais les heureuses conséquences de l'assainissement de la Sologne ont largement compensé ce sacrifice, puisque M. l'ingénieur en chef Sainjon, qui a dirigé la plupart des travaux, relevait déjà en 1873 que le rendement des impôts avait augmenté de 45 0/0 et le revenu de la propriété de 68 0/0, que la population était en voie d'accroissement, que la salubrité avait progressé, que les cultures agricoles et forestières étaient grandement améliorées.
Il a été exécuté à l'étranger des travaux d'assainissement agricole encore plus importants que ceux qui viennent d'être mentionnés en France. Ainsi l'immense plaine de Hongrie, que traversent le Danube et la Tlieiss, et dont la superficie atteint 2.700.000 hectares, région à très faible déclivité et sous-sol imperméable, autrefois couverte de marais, a été complètement transformée par l'exécution de travaux systématiques commencés en 1846, et qui ont eu pour objet l'endiguement des cours d'eau d'abord, puis l'établissement de réseaux d'assainissement, dont les émissaires franchissent les digues au moyen d'ouvrages munis de vannes ou de clapets, ou dont on élève mécaniquement les eaux : ces travaux, exécutés par 53 syndicats sous le contrôle de l'Etat, ont coûté près de 250 millions de francs ; ils ont nécessité la construction de 4.980 kilomètres de digues, le creusement de 4.859 kilomètres de canaux, dont 956 vannes et 64 usines à vapeur, de la force de 3.854 chevaux, assurent l'évacuation ; la dépense, répartie sur une surface aussi considérable, n'a été en somme que de 100 francs à peine par hectare, et l'on a créé de la sorte une richesse évaluée à plus de 3 milliards : le pays conquis et assaini, que des irrigations vont améliorer encore, est devenu l'un des greniers de l'Europe. En Russie, les marais de Pinsk, qui couvraient 160.000 hectares sur les deux rives de la Pripet, affluent du Dniéper, occupaient la partie basse d'une immense plaine de 470 kilomètres de longueur sur 260 de large, dite « contrée boisée », à la fois improductive et malsaine : un service spécial, créé en 1873 sous la direction du général Zilinski, a entrepris d'assainir d'abord les tourbières marécageuses, pour les transformer en prairies, puis de gagner de proche en proche, pour défendre les forêts contre l'excès d'humidité ; 4.800 kilomètres
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de canaux et rigoles ont déjà permis d'améliorer 3 millions d'hectares, avec un plein succès au double point de vue du rendement agricole ou forestier et de la salubrité publique. D'autres opérations du même genre ont été entreprises depuis en divers points du territoire russe^ autour de Moscou, en Livonie, au Caucase,
14^. PrÎMCîpe et développement du drainage. — Le
drainage est un mode d'assainissement agricole applicable aux cas où les volumes d'eau à évacuer sont assez restreints pour qu'on puisse substituer aux fossés et canaux découverts de petits conduits souterrains.
Cette substitution a plus d'un avantage : elle évite en effet la perte de terrain qui résulterait de l'ouverture de rigoles d'assainissement et la gêne qui en est la conséquence pour la circulation dans les champs ; elle réduit considérablement i'importance des terrassements, car les tranchées, au fond desquelles on établit les conduits pour les remblayer aussitôt après, peuvent être tenues très étroites, avec des parois presque verticales, tandis que les rigoles comportent nécessairement plus de largeur et des talus adoucis ; l'écoulement dans ces conduits, protégés contre la pénétration des corps solides, se maintient plus aisément que dans des canaux en terre, toujours exposés aux éboulements ; l'entretien y est presque nul...
D'autre part le drainage, qui ne se prêterait guère à l'évacuation des grandes masses d'eau qu'exigent les dessèchements de marais, procure par contre aux terres simplement imprégnées d'humidité le moyen de se débarrasser de l'excès d'eau qui en encombre les vides et empêche Taération : il provoque par là même une meilleure circulation dans le sol de l'air atmosphérique, nécessaire à l'accomplissement des réactions chimiques ou biologiques et des phénomènes physiologiques qui sont la condition de la pousse des végétaux; il empêche le refroidissement de la couche arable, en restreignant l'évaporation et favorisant la pénétration des eaux pluviales; il en diminue la cohésion, en augmente le fendillement, l'ameublissement, la rend moins pâteuse à l'époque des pluies, moins dure pendant la saison sèche, facilitant par suite le travail des instruments aratoires et la péné-
tration des racines ; enfin il équivaut à un approfondissement du sol actif, parce qu'il détermine rabaissement du plan d'eau supé-
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rieur de la nappe phréatique et permet ainsi aux racines de s'enfoncer plus avant, ce qui a pour effet de donner une meilleure assiette aux plantes, d'aider à leur développement, et de les mieux garantir contre les sécheresses, auxquelles résiste mal la couche superficielle des terres.
On pourrait craindre que le drainage ait par ailleurs certains inconvénients, qu'il détermine notamment une déperdition des substances fertilisantes solubles contenues dans le sol: mais de nombreuses expériences^ dues en particulier à Dehérain, ont montré qu'il n'y a pas à s'en préoccuper, le pouvoir absorbant des terres suffisant toujours à en retenir la majeure partie, et les plantes s'emparant de tout ce dont elles ont besoin durant la période d'activité de la végétation ; les pertes, nulles pour l'acide phosphorique, la potasse, l'azote ammoniacal, sont assez faibles en azote nitrique, dans les sols bien cultivés, et ne prennent d'importance pour la chaux et la magnésie que dans les terrains qui en sont abondamment pourvus.
Les terres imperméables ou argileuses, dites terres fortes, celles qui ont une tendance marquée à retenir l'humidité, dites terres froides^ gagnent toujours à être drainées: les récoltes y deviennent plus abondantes et de meilleure qualité ; d'autres avantages accessoires, tels que la diminution du ruissellement superficiel et des brouillards, la disparition de certaines plantes nuisibles, l'amélioration de l'état sanitaire, la diminution des maladies qui s'attaquent au bétail et aux plantes, y sont aussi habituellement réalisés. Néanmoins, comme l'opération comporte une dépense assez élevée, on ne doit l'entreprendre, sauf le cas où la salubrité est enjeu, qu'après avoir comparé cette dépense à la plus-value qu'elle peut procurer et reconnu de la sorte si elle est justifiée au point de vue financier.
L'art d'assainir les terres au moyen de conduits souterrains était connu des anciens; il a été largentient pratiqué par les Romains : Olivier de Serres le mentionne en 4600 ; et, de temps immémorial, on a eu recours dans la Beauce et dans d'autres parties de notre territoire à ce procédé d'amélioration du sol arable. Mais la généralisation du drainage est un fait moderne, qui s'est produit d'abord en Angleterre^ ainsi que l'atteste le nom même qu'on lui a donné : Elkington, à la fin du XYIII® siècle, Smith, au commencement du XÏX% se sont efforcés d'en répandre la connaissance et la pratique ; le mouvement ne s'est accentué cependant qu'à partir de 1843, à la suite de la mise en pratique par John Read de la machine qui permet de fabriquer à bas prix les tuyaux de poterie, dont la supériorité sur tous les types de conduits souterrains antérieurement employés est manifeste. Jusque-là on se servait de ce qu'on appelle quelquefois des « fossés couverts » : Smith préconisait notamment les pierrées, formées de galets ou de pierres cassées, qu'on accumule sur 0 m. 30 à 0 m. 40 de hauteur au fond d'une tranchée de 0 m. 18 à 0 m. 22 de large et qu'on recouvre d'une couche de terre pilonnée avant d'achever le remblai, système assez coûteux, lorsqu'on n'a pas les pierrailles à pied d'œuvre, et qui est très exposé à des obstructions par la pénétration des terres ou de la boue dans les interstices. Dans les régions oii le bois est abondant, on y
l'on
utili-
sait des fascines, posées au fond des tranchées avec ou sans chevalets, soit comme en Norwège, en Suisse, oii l'on employait de véritables tuyaux en bois de sapin ; mais, dans l'un et l'autre cas, le bois pourrit au bout d'un certain temps et le résultat n'est pas durable; dans les contrées où les pierres plaies se rencontrent