DEUXIÈME PARTIE
en abondance, par suite de rexislence de bancs de schiste par
exemple, dans les pays oii la brique est fabriquée à bon marché, on s'est servi de ces matériaux pour établir de petits caniveaux de section rectangulaire ou triangulaire, qui, exigeant une certaine habileté de main et des tranchées assez larges, sont relativement dispendieux ; des tuiles plates combinées avec
des tuiles demi-cylindriques, ont été utilisées dans le même but, mais les conduites qu'on obtient de la sorte sont assez fragiles et ils ont disparu dès qu'on a pu y substituer les tuyaux de poterie, même quand on les fabriquait encore à la main sur des mandrins en bois; il n'en est pas de même de ceux que Ton constitue à Taide de plaquettes découpées dans la /oz^rôe à l'aide d'un louchet de forme spéciale et séchées
au soleil, véritables tuyaux Irès efficaces et assez économiques, qui peuvent encore rendre des services dans les régions oii la tourbe se rencontre en abondance et s'exploite aisément; quelquefois encore on a établi des drains, en ménageant simplement un vi.de au fond de la tranchée, soit au moyen d'un mandrin qu'on retire après avoir pilonné la terre au-dessus, soit en descendant un peu au-dessus du fond une plaquette de gazon ou de tourbe épaulée contre les parois; parfois aussi on les a obtenus, sans ouvrir de tranchée, à l'aide d'un outil spécial^ dit « charruetaupe », qui porte, avec un contre très allongé, un soc cylindroconique, destiné à réaliser un vide circulaire dans le sol, en comprimant la terre au passage.
Le type ordinaire des drains, dont l'emploi est devenu absolu-
ment général aujourd'hui, est celui qui utilise les tuyaux en poterie de 0 m. 30 à 0 m. 40 de longueur, qu'on fabrique couramment à l'aide d'une machine à fonctionnement intermittent
ou continu, où la pâte argileuse traverse une filière à ouvertures annulaires^ et, après y avoir pris la forme de tuyaux cylindriques, progresse sur une sorte de table composée de rouleaux mobiles: on y coupe les tuyaux à l'aide d'un simple fil métallique, puis on les porte au séchoir et de là dans un four à tuiles, oh ils sont placés debout. Les tuyaux ordinairement employés à la confection des drains élémentaires ont un diamètre intérieur de 0 m. 04 et une épaisseur de 0 m. 012 au moins; ils pèsent 800 kilogrammes le mille et coûtent environ 30 francs. Ils doivent être réguliers, nettement coupés aux deux extrémités, bien cuits et sans fissures (ce qui se reconnaît au son clair et argentin qu'ils rendent lorsqu'on les frappe l'un contre l'autre), peu absorbants (10 à 15 0/0 au plus de leur poids au bout de 24 heures d'immersion dans l'eau)^ point gélifs (essai au sulfate soude). On en fabrique de tous diamètres jusqu'à 0 m. 30, mais les prix vont en augmentant rapidement (0 m. 10, le mille 90 à 150 francs ; 0 m. 20, 300 à 450 francs; 0 m. 30, 600 à 900 francs), de sorte que, pour les drains principaux, il peut y avoir avantage à employer des tuyaux moulés en béton ou en ciment armé.
On les pose simplement bout à bout et à joints ouverts, au fond de la tranchée. A l'origine, on employait fréquemment des manchons^ formant couvre-joints, mais laissant un jeu de quelques millimètres: la pratique les a fait supprimer dans la plupart des cas.
Les applications du drainage se sont rapidement propagées en
Fraiicé à partir de 1853, an^ée où Hervé-Mangon publia ses Instruclions pratiques sur le drainage, à la suite d'une mission spéciale en Ang-leterre. Encouragées par le gouvernement, ces applications n^ont pas tardé à prendre une extension considérable, au grand profit de la production dans plusieurs de nos régions de culture.
143. ï^égislataoïa spéciale. — Les premiers résultats obtenus avaient été si remarqués en effet que les pouvoirs publics s'étaient immédiatement préoccupés de faire disparaître les obstacles auxquels le nouveau mode d'assainissement des terres aurait pu se heurter dans la pratique.
Le principal résidait dans l'impossibilité, pour le propriétaire d'un fonds non riverain d'un cours d'eau, de modifier à son profit la servitude d'écoulement sur les fonds inférieurs, qu'il lui faut traverser pour évacuer ses eaux surabondantes, en y exécutant un travail quelconque. Une loi du JO juin 1854 l'a supprimée, en accordant, à tout propriétaire qui veut assainir son fonds « par le drainage ou par un autre moyen d'assèchement », le droit de « conduire les eaux, souterrainement ou à ciel ouvert, à travers les propriétés qui séparent ce fonds d'un cours d'eau ou de toute autre voie d'écoulement », bien entendu moyennant une juste et préalable indemnité et en exceptant les maisons et les enclos attenant aux habitations. Une circulaire ministérielle du 20 janvier 1855 a donné des instructions très complètes au sujet de l'application de cette loi.
En outre, et afin de faciliter aux agriculteurs la préparation assez délicate des travaux de drainage, une décision du 30 août 4854 leur a permis de recourir gratuitement au concours des ingénieurs et conducteurs des ponts et chaussées attachés au service hydraulique \ pour l'étude des projets relatifs à ces travaux.
Enfin, dans la crainte que beaucoup d'entre eux ne puissent aisément se procurer les capitaux nécessaires, le législateur a institué par la loi du 17 juillet 1856 des prêts au taux de 4 0/0 sans frais, remboursables en 25 ans, et affecté à ces prêts une somme de 100 millions de francs. Une loi postérieure, du
ï. Aujourd'hui les agents du service des améliorations agricoles.
28 mai 4858, a substitué le Crédit foncier au Trésor pour la réalisation des prêts, dont un règlement du 23 septembre 1858, commenté par une circulaire ministérielle du 2 octobre suivant, a minutieusement réglé le mode d'instruction. Les annuités à verser par les emprunteurs représentaient, amortissement compris^ 6,41 0/0 du capital avancé; elles étaient garanties, pour Tannée en cours et Tannée précédente, par un privilège sur les récoltes et revenus, tandis qu'un autre privilège, portant sur les terrains drainés, ou, s'ils étaient hypothéqués, sur la plus-value résultant du drainage, assurait le remboursement du prêt lui-même.
Quelques années plus tard, la loi du 21 juin 1865 sur les associations syndicales édictait une facilité nouvelle pour le drainage, en ]e comprenant explicitement parmi les travaux susceptibles de motiver la formation de semblables associations.
En fait, le mouvement en faveur du drainage s'est propagé rapidement^ sans que ces dernières mesures y aient guère contribué, puisque, après vingt ans, les prêts du Crédit foncier, au nombre de 72 seulement, n'avaient atteint que 1.604.500 francs. Il ne s'était d'ailleurs pas formé de syndicats spécialement pour le drainage. On n'en comptait pas moins de nombreuses et vastes étendues de terres assainies par l'initiative privée, qui y avait consacré d'importants capitaux, évalués dès lors à une centaine de millions pour le moins. Depuis, le drainage a marché de pair avec les autres améliorations agricoles et continué à contribuer au progrès général.
144. Eltablisjseitàent de» pi^ojets <le df^aina^e. — Afin d'obtenir par le drainage un résultat satisfaisant sans dépense exagérée, il est indispensable de ne pas aller au hasard et de procéder au contraire à une étude préalable approfondie^ pour fixer le nombre et l'espacement des files de tuyaux^ la profondeur à laquelle ils seront établis, de dresser en un mot un projet complet avant d'entreprendre aucun travail. L'étude à faire est celle d'un réseau de conduits, oii Técoulement doit se produire par la seule action de la pesanteur, sans que l'eau s'y mette nulle part en pression.
On commence donc par dresser un plan coté da terrain^, et l'on se préoccupe d'y effectuer le tracé des drains et des collecteurs^ après avoir fixé le débouché, auquel l'emm^iîzVe principal doit aboutir.
Le tracé est très différent suivant qu'on adopte le drainage longitudincd^ oii les drains élémentaires sont dirigés suivant les lig-nes de plus grande pente, ou le drainage transversal dans
lequel les collecteurs au contraire occupent cette position, tandis que les drains sont obliques et non plus perpendiculaires aux horizontales du terrain. De ces deux méthodes la première a été seule préconisée par les auteurs et appliquée par la plupart des agronomes, depuis l'expansion du drainage vers le milieu du XIX® siècle jusqu'à ces derniers temps; la seconde, depuis quelques années adoptée en Allemagne et dont la supériorité avait été signalée en France par Saint-Venant, qui en donnait une démonstration mathématique dès 1849, puis par M. Ptisler, qui l'appliquait dès 1860 dans sa propriété de Calèves,est présentée dans les récents traités sur le drainage de M. Faure, de MM. Risler et Wéry, comme seule rationnelle dans la généralité des cas : on invoque en sa faveur une évacuation plus rapide, en raison de la pente plus accentuée des collecteurs, de moindres chances d'obstruction, parce que la vitesse, modérée à l'origine, va progressivement en augmentant et s'oppose par là aux dépôts, et une certaine économie, résultant soit de la moindre section des collecteurs, soit de l'espacement plus grand des drains, qui se trouvent disposés — comme l'a démontré en 1890 M. F. Mer], ingénieur agronome allemand — de manière que chacun assèche la surface maxima; en outre, dans les'terrains homogènes, où la nappe s'écoule suivant la pente, les filets liquides se trouvent tous recoupés par les drains obliques,
et, dans les terrains à couches alternativement perméables et imperméables, ils le sont aussi bien qu'avec les drains en long. Ces derniers devraient être désormais réservés au cas des terrains à faible pente, inférieure à 0 m. 004 par mètre, où l'on pourrait craindre qu'une vitesse insuffisante de l'eau dans les plus petits conduits n'y provoquâtdes dépôts et des obstructions.
La 'profondeur à laquellô seront établis les drains devrait, d'après les instructions d'Hervé-Mangon^ être déterminée au moyen de tranchées d'essai, ouvertes, dans la direction choisie, avec des profondeurs différentes, pouvant aller jusqu'à deux mètres, tenues ensuite à l'abri du soleil et du vent par des paillassons ou des fagots, et dont on observe pendant quelque temps les parois, de préférence le matin^, pour se rendre compte de la localisation des suintements, de l'épaisseur et de la nature des bancs, etc. En pratique, on donne aux drains une profondeur toujours la même et dite normale, qu'on fixait habituellement autrefois à 1 m. 20 ou 1 m. 25 et qu'on a tendance à diminuer quelque peu aujourd'hui: les drains profonds exercent leur effet plus loin, ils sont moins exposés à la gelée et à la pénétration des racines. Mais il ne doit pas y avoir de règle absolue et il faut dans une certaine mesure tenir compte de la nature et des propriétés des divers sols ; c'est ainsi que dans les terres argileuses, en Angleterre, on est conduit à ne plus descendre les drains au delà de 0 m. 90, que dans les prairies on se contente parfois de les placer à 0 m. 60, tandis que dans les terrains tourbeux, qui s'affaissent en suite de l'assèchement, on va jusqu'à 1 m. 40 et plus. Il faut aussi prendre en considération les pentes nécessaires pour conduire les eaux jusqu'au débouché : si la différence de niveau est faible, on peut être obligé de tenir les drains plus haut; dans un sol très plat, il devient nécessaire de donner aux tuyaux une pente artificielle, d'où résultent des profondeurs moindres que la normale vers l'origine et supérieures, au contraire, à l'aval. Les collecteurs s'établissent à 4 ou 5 centimètres au-dessous des drains, de manière à ménager à la rencontre de ces derniers une petite chute^ qui favorise l'écoulement et s'oppose aux obstructions; pour les mêmes motifs, on doit faire déboucher les collecteurs, autant que possible^ à 15
centimètres pour Je moins au-dessus du plan d'eau dans l'émissaire.
\J écart ement des drains a une importance capitale; car, s'il est trop grand, le drainage demeure imparfait, tandis qu'un rapprochement inutile le rendrait trop coûteux. On doit donc chercher à le déterminer d'après la direction et la profondeur admises^ les pentes, la nature du sol et des récoltes: il pourra être plus considérable avec des drains profonds et fortement inclinés, dans un terrain léger que dans un sol compact, pour les prairies que pour les cultures de plantes à racines profondes. Comme moyen d'étude, Hervé-Mangon conseillait d'établir, sur un des côtés d'une
tranchée d'essai, descendue àla profondeur choisie pour les drains et ouverte suivant leur direction, des trous de même profondeur et disposés en échiquier, à des distances variant de 2 à 12 mètres au plus, au moyen desquels on peut, après les pluies, observer l'action plus ou moins marquée de la tranchée : la distance à laquelle cette action devient peu sensible correspond à la moitié de Técartement adonner aux drains. On peut aussi faire un essai en posant deux drains parallèles à une distance arbitrairement choisie et vérifiant l'effet obtenu vers le milieu de l'écartement. Mais les données dont on dispose aujourd'hui permettent habituellement de ne pas recourir à ces expériences longues et minutieuses; et l'on peut admettre avec la plupart des auteurs que, si la pente est modérée et la profondeur normale, les drains doivent être espacés de 10 à 12 mètres dans un sol argileux très compact, de 12 à 16 dans un sol limoneux, de 16 à 20 dans un sol de sable limonf'ux, de 20 à 24 dans un sol sablonneux léger, de
24 à 30 dans un sol très léger; on peut les écarter plus, si la pente est plus prononcée ; il faut les rapprocher au contraire, si la profondeur est plus faible; dans les sables fins imprégnés d'eau, l'écartement doit être très faible, il peut être très grand dans les graviers.
hs. pente des drains doit être telle que l'eau y prenne une vitesse suffisante pour entraîner les particules de terre et les grains de sable qui peuvent y pénétrer, soit 0 m. 20 à 0 m. 35 par seconde ; et elle ne doit pas dépasser un maximum au delà duquel l'eau ravinerait le sol sous les tuyaux et provoquerait des tassements^ maximum que le professeur Friedrich, dans son Traité de Géïiie rural, fixe à 1 mètre. La seconde condition limite rinclinaison des drains, qui ne doivent pas recevoir de pente supérieure à 0 m. 10 par mètre pour le diamètre de 0 m. 03, à 0 m. 08 pour celui de 0 m. 04, à 0,035 pour celui de 0 m. 08, à 0 m. 024 pour celui de 0 m. 10 ; pour les collecteurs, on admet parfois des vitesses un peu plus fortes, jusqu^à 4 m. 58 d'après la commission générale de Silésie, et l'on peut dépasser en conséquence légèrement les chiffres qui précèdent; si l'inclinaison du sol est plus forte, on rachète la différence par de petites chutes. Il est souvent plus difficile de remplir la première condition ; car, dans Timmense majorité des cas, c'est le défaut de pente qui est principalement à redouter: on ne doit jamais donner aux petits drains une pente inférieure à 0 m. 025 par mètre.
Quant aux dimensions à donner aux drains, diamètre et lon^ giieur^ il y a évidemment une corrélation entre elles ; car, en allongeant un conduit, on augmente la surface drainée, le volume d'eau recueilli, et Ton ne tarde pas à dépasser le débit maximum que son diamètre lui permet de fournir : on a construit des tables et des abaques à double entrée, qui donnent, pour chaque diamètre, et suivant la pente, la capacité maxima des conduits, d'où Ton déduit aisément les longueurs-limites, quand on connaît l'écartement des drains, qui détermine les surfaces correspondantes, et les hauteurs de pluie, qui permettent de calculer les quantités d'eau en tenant compte du coefficient d'infiltration. A l'origine, Parkes, Hervé-Mangon, Grandvoinnet, recommandaient de donner aux drains élémentaires un diamètre de 0 m. 03 à