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CHAPITRE XXI

— APPROVISIONNEMENT DES EAUX UTILES

complètes. Pour le surplus, Tinslinct même de Tiiomme est suffisamment averti : il écarte spontanément l'eau qui blesse l'odorat ou le goûl, celle aussi dont la transparence n'est point parfaite ; une eau chaude ou tiède en été ne lui paraît pas agréable, une eau froide n'est jamais absorbée sans danger, et il recherche de préférence celle dont la température s'écarte peu en toutes saisons de la température moyenne de la localité.

Pour les autres usages domestiques^ il n'est plus indispensable que l'eau soit limpide ni fraîche, mais elle doit toujours être salubre. L'emploi qu'on en fait pour la toilette et les bains la met en contact direct avec le corps ; elle peut alors pénétrer dans les pores de la peau, et, si elle était chargée d'impuretés, elle risquerait d'avoir une influence fâcheuse sur la santé ; son action serait à redouter surtout, si elle venait alors à rencontrer quelque partie du corps oii la chair fût mise à nu par la moindre blessure. Utilisée en lavages, elle est exposée à une évaporation rapide ; et les germes pernicieux, qu'elle se trouverait contenir, se déposant sur les planchers ou les murs, pourraient se répandre dans l'air des appartements et pénétrer dans Torganisme par la voie de la respiration. Pour la cuisine, pour le lavage du linge, on écarte les eaux dures^ séléniteuses, fortement chargées de sels terreux et surtout de sulfate de chaux ou de magnésie, qui durcissejiL les légumes et provoquent une perte de savon, en formant des grumeaux insolubles avant la production de la mousse.

Les services publics ont évidemment de moindres exigences encore. Il n'est pas douteux qu'on peut, sans inconvénient, laver les ruisseaux ou faire des chasses dans les égouts avec des eaux plus ou moins impures, troubles, colorées^ ou chargées de substances solides en suspension. Cependant une eau claire sera d'un meilleur effet dans les vasques des fontaines publiques et évitera des nettoyages trop fréquents ou une usure trop rapide des appareils de distribution ; une eau très calcaire, et qui donne lieu à des incrustations abondantes dans les conduites, doit être évitée, parce qu^elle tend à en restreindre le débit, à augmenter les pertes de charge, à provoquer des frais élevés d'entretien ; une eau insalubre, contenant des germes nocifs en abondance, ne devrait

pas être employée pour l'arrosage des rues ou des promenades, puisqu'elle pourrait contribuer à la contamination de l'atmosphère, etc. Il va de soi que l'eau fournie par les fontaines publiques de puisage, et destinée aux usages domestiques ainsi qu'à la boisson, doit à ce litre présenter les mêmes caractères que celle qui est distribuée dans les maisons.

Les diverses industries sont plus ou moins faciles à desservir, suivant le rôle que l'eau est appelée à y jouer, et chacune doit être examinée à part, si l'on veut déterminer avec quelque exactitude la nature de ses besoins. D'une manière générale, on peut dire que toutes préfèrent des eaux aussi peu chargées que possible de matières en suspension : en outre, les lavoirs, les teintureries, les fabriques de tissus, etc., redoutent les eaux calcaires ou ferrugineuses ; les raffineries écartent les eaux nitratées, qui ne sont pas favorables à la cristallisation; telles eaux, chargées de sels déliquescents, de chlorures en particulier, ne conviennent pas pour l'exécution des mortiers employés en élévation à la construction des bâtiments, parce qu'il en résulterait une humidité persistante ; une teneur élevée en sels terreux est fâcheuse, quand il s'agit d'alimenter des générateurs de vapeur, où les incrustations sont à redouter et où il faut les combattre soit par des nettoyages fréquents, soit par l'emploi de désincrustants^ comportant des dépenses supplémentaires élevées, etc., etc.

On a souvent tenté de résumer l'ensemble des qualités requises pour l'eau d'alimentation des villes, en fixant des proportions limites^ pour les diverses natures d'impuretés. Mais la pratique a bientôt montré que les limites, jugées convenables dans une région, ne Tétaient pas pour une autre, et que d'ailleurs Vaccoutiimance fait accepter aisément, parles habitants d'un pays, telles proportions, qui ont par contre une influence fâcheuse sur la santé des nouveaux venus. On a constaté aussi que, dans une même localité, les limites un moment admises ne tardent pas à changer, par suite de modifications successives dans les idées : ainsi l'on se préoccupe beaucoup moins maintenant qu'autrefois de savoir si l'eau est aérée, on ne dit plus qu'elle est légère ou lourde^ suivant la proportion de gaz dissous ; on attache moins d'importance aussi à la teneur en sels calcaires ; par contre, on

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