CHAPITRE XXI. — APPROVISIONNEMENT DES EAUX UTILES
autre croirait la salubrité compromise, si tous les habitants ne recevaient pas de l'eau de source; enfin les municipalités sont plus ou moins préparées à s'imposer les sacrifices nécessaires, soit qu'elles manquent réellement de ressources, soit qu'elles ne ressentent pas assez vivement l'importance d'une bonne et large alimentation ; en toutes circonstances d'ailleurs, et quelle que soit la prospérité d'une ville, il faut savoir ménager les deniers des contribuables, et se tenir sagement dans une juste mesure, aussi éloignée d'un luxe inutile que d'une aveugle parcimonie.
Il est évident que l'étude d'un pareil problème est toujours extrêmement délicate, et que, pour parvenir à des résultats satisfaisants^ il faut qu'on s'y assujettisse à tenir compte de toutes les particularités locales, à mettre en balance les considérations favorables ou opposées^ à discuter les intérêts et les opinions en présence, etc.
Bien que toutes les eaux naturelles puissent être utilisées pour l'alimentation des villes, il est rare que la création d'un service de quelque importance soit basée sur l'emploi direct des eaux de pluie, de volume trop variable et trop difficiles à recueillir en état de pureté, non plus que sur celui de puits ordinaires descendus dans la première nappe ; par contre, on a fréquemment à prendre parti entre les eaux souterraines, mieux protégées contre le^__£ontaminations, plus limpides, à température plus constante, et les eaux de superficie, qui, dans la plupart des cas, appellent une épuration préalable.
Fréquemment on se trouve avoir l'alternative entre une alimentation par machines et une dérivation^ le premier type se recommandant par de moindres déboursés à l'origine, compensés il est vrai par de plus grosses dépenses d'exploitation^, le second comportant des frais annuels beaucoup moindres, parfois insignifiants, mais réclamant un capital considérable de premier établissement. Les machines procurent peut-être une sécurité plus grande, à la double condition qu'il y en ait plusieurs, pouvant se suppléer au besoin, et que Texploitation en soit bien conduite, tandis que la rupture accidentelle d'un aqueduc unique peut causer des interruptions de service prolongées. Par contre, une dérivation présente le caractère d'un monument durable,
d'un ouvrage définitif^ alors que les machines les plus robustes et les mieux construites s'usent, vieillissent, et doivent être remplacées au bout d'un certain temps.
Il arrive parfois, notamment dans les très grandes villes^ qu'on soit dans l'impossibilité de trouver une solution unique, qui réponde simultanément à toutes les conditions de quantité et de qualité que les circonstances réclament. U alimentation multiple peut présenter alors certains avantages: en tous cas, elle divise les risques et ne laisse plus le service à la merci du moindre incident. Elle n'est pas d'ailleurs incompatible avec un système de distribution unique, soit que diverses eaux de qualité équivalente concourent à l'alimentation du réseau général, soit que chacune ait son affectation propre, à tel quartier, à tel étage, dans un réseau divisé en plusieurs zones distinctes et séparées. On peut être conduit à la combiner avec un double système de distribution. fournissant, par deux réseaux juxtaposés de conduites, d'une part l'eau de boisson, d'autre part Teau industrielle ou de lavage : mais il ne faut pas oublier que c'est là une complication, admissible seulement à titre exceptionnel, soit dans les très grandes cités dont l'alimentation est particulièrement difficile, soit dans les autres villes, quand on y doit superposer une distribution nouvelle à un réseau déjà existant ; il faut aussi, en pareil cas, prendre des mesures spéciales, pour éviter les communications entre les deux canalisations, les erreurs et les confusions possibles, et obtenir des garanties de nature à tenir l'eau potable à l'abri de tout soupçon.
On conçoit sans peine que, dans la plupart des cas, le problème comporte plusieurs solutions possibles : il ne faut donc pas s'étonner de voir naître presque toujours des projets divers et multiples, qui ont chacun leurs partisans et donnent lieu à des discussions prolongées ; on s'explique dès lors les hésitations si fréquentes des municipalités, lorsqu'elles ont à prendre une décision ferme en semblable matière, et l'on doit s'estimer heureux, quand les considérations en jeu ne s'écartent pas du terrain technique, hygiénique ou financier, pour s'inspirer de tels ou tels intérêts politiques, qui viennent trop souvent fausser ou égarer les idées et rendre la question presque insoluble.