CHAPITRE XXVIII. - ÉPURATION DES EAUX D'ÉGOUT
seulement ; ces limites extrêmes laissent évidemment place à des intermédiaires nombreux et divers, et il est facile de s'expliquer que la fixation des doses varie étrangement suivant qu'on se propose pour but principal l'épuration proprement dite ou qu'on penche vers Tutilisation agricole plus ou moins étendue. Les doses ne doivent-elles pas différer d'ailleurs avec la perméabilité, l'épaisseur, et les qualités cullurales des terres, avec la composition des eaux d'égoul, avec la nature des plantes à récolter, avec les conditions climatériques, etc,? îl y a, au surplus, deux éléments à considérer à ce point de vue dans les eaux d'égout, leur volume et leur teneur en substances fermentescibles : la dose usitée à Berlin est trois fois moindre environ qu'à Paris, mais, par contre, les eaux y sont trois fois plus chargées ; n'est-il pas évident dès lors que le travail d'épuration, demandé à chaque hectare de terre irriguée, est à peu près le même dans les deux cas ? Aussi vaudrait-il mieux peut-être prendre pour terme de comparaison, non plus la quantité d'eau déversée sur chaque hectare dans l'année, mais, comme on l'a fait plutôt en Angleterre, le nombre d'habitants desservis, qui, de 7.000 à 2.200 pour la filtration intermittente, est tombé, avec Tutilisation agricole partielle, pour Berlin, à 750 d'abord, puis progressivement jusqu'à 300, pour Paris, à 500 environ.
L'utilisation agricole des eaux d'égout se fait par cultures irriguées ; et, comme toute irrigation comporte des arrosages successifs convenablement espacés, toute culture des opérations périodiques d'ameublissement des surfaces, les deux conditions de TépuratioQ par le sol se trouvent nécessairement remplies ; c'est là une précieuse garantie, qui résulte de l'accord complet sur l'un et l'autre point entre les exigences de l'agriculture et celles de la salubrité. Il n'en est malheureusement pas toujours ainsi, et trop souvent les intérêts de l'une et de l'autre se trouvent en opposition directe : le débit des égouts est notamment plus grand en temps de pluie^ quand précisément la terre humectée par la pluie même est le moins disposée à en recevoir les eaux ; il se maintient à peu près constant dans tout le cours de l'année, tandis que les besoins agricoles sont essentiellement variables, très restreints, presque nuls en certaines saisons, con-
sidérables en d'autres. D'où l'obligation de procéder en hiver à des limonages, sur les terres emblavées ou non, d'étudier avec soin les assolements, pour parvenir à des combinaisons rationnelles, et aussi, toutes les fois qu'on le peut, de se procurer un régulaleur,dLp^G\é à recevoir le surplus des eaux d'égout étales épurer, quand le sol cultivé ne s'y prête point ou demande tout au moins à être momentanément soulagé.
C'est la méthode d^irrigation par infiltration qui convient le mieux dans les champs d'épuralion, parce qu'elle ne met pas Feau souillée en contact direct avec les parties vives des plantes, ce qui constituerait un danger quant à celles destinées à être consommées crues par l'homme ou les animaux ; et c'est le plus souvent sur des planches étroites, séparées par des rigoles profondes^ qu'on cultive les végétaux irrigués à l'eau d'égout, ou encore en faisant passer Teau dans les raies de labour, dans l'intervalle des lignes de plants. On a cependant eu recours aussi à la méthode par déversement, pour l'emploi des eaux d'égouts dans les prairies, à celle par submersion, pour les limonages d^hiver à Berlin. Au surplus l'aménagement du sol cultivé ne diffère pas de ce qu'il est d'ordinaire pour l'application de ces méthodes, sauf la nécessité de parer au colmatage rapide des fonds et des parois des rigoles, par Tenlèvement périodique des dépôts qui s^ forment et qu'on rejette sur les planches, où ils constituent un supplément d'engrais.
Toutes les cultures auxquelles convient l'irrigation peuvent être admises et prospèrent dans les champs d'épuration : on y rencontre souvent la culture maraîchère, favorisée par la situation même, au voisinage des villes ; les prairies y sont à recommander, à cause de leur aptitude particulière pour l'absorption de l'eau à haute dose et en toutes saisons ; beaucoup de plantes industrielles y réussissent, ainsi que les pépinières, les arbres à fruits, etc.
La distribution de Feau s'opère fréquemment, dans les champs d'épuration, au moyen de réseaux de conduites sous pression, en fonte, en béton^ en ciment armé, et de bouches appropriées, qui alimentent les rigoles en terre formant les dernières ramifications. Pour éviter que la pression n'y dépasse la limite de résis-