CHAPITRE XXVIII
ÉPURATION DES EAUX D'ÉGOUT
pratique a d'ailleurs montré qu'il se forme à la surface du liquide, dans la fosse septique, une épaisse couche d'écume noirâtre, qui suffit à le tenir à l'abri de l'air et permet en conséquence de supprimer la couverture sans nuire à l'efîel produit.
Dans les lits de contact, composés de couches de matériaux meubles et grenus, plus ou moins grossiers mais toujours de dimensions régulières (briques concassées, coke, mâchefer, graviers), on procède — le plus souvent trois fois par vingtquatre heures — à des opérations successives de remplissage, d'arrêt et d'égouttement, qui ont pour effet de soumettre Teau au travail des microbes anaérobies et aérobies tout à la fois, et de déterminer par suite, sans passer par la putréfaction partielle^ le double effet de biolyse et de nitrifîcation nécessaire à la minéralisation complète des substances organiques. L'expérience prouve qu'en général un lit unique ne suffit pas, que le passage par deux lits successifs est le plus souvent nécessaire ; on en a même employé trois à Hampton, et le résultat paraît être plus vite et plus complètement obtenu quand on fait passer d'abord le liquide à épurer par une fosse septique, avant de passer aux lits de contact.
A Manchester, à la suite d'un examen approfondi de la questiouj par une commission d'experts, on a renoncé à la précipitation chimique précédemment pratiquée dans l'établissement de Davyhulme, avec transport des boues à la mer^ et déversement dos eaux clarifiées dans le canal maritime, pour adopter, moyennant une dépense de 12.500.000 francs, la combinaison qui vient d'être mentionnée, fosse septique et lit de contact : c'est la première application qui en ait été faite à une ville de cette importance.
Mais les installations d'épuration biologique se sont déjà multipliées dans les localités moins importantes, particulièrement en Angleterre. D'autres dispositifs y ont été en outre imaginés, dont plusieurs comportent la suppression des arrêts pratiqués dans les lits de contact et qui rendent nécessaire l'emploi de bassins élanches et d'appareils de manœuvre, ainsi qu'une surveillance attentive et ininterrompue, pour y substituer l'écoulement continu goutte à goutte, \d. percolation, qui reproduit plus
exaclement le processus de la filtratioii intermittente dans le sol perméable et ne comporte ni appareils de manœuvre, ni fonds ni parois étanches. Il semble résulter des expériences comparatives de Leeds, de Hambourg^ de Birmingham, que les lits oxydants à percolation, d'application plus facile au point de vue technique, probablement aussi plus économiques, donnent des résultats hygiéniques au moins équivalents, à la seule condition d'assurer la répartition bien régulière de Teau à la surface des lits. Pour remplir cette condition, on a d'ailleurs imaginé divers dispositifs, notamment des tourniquets hydrauliques (sprinklers), déjà très répandus et qui, animés d'un mouvement de rotation, distribuent Teau par petits jets suivant des lignes concentriques sur des lits circulaires, ou encore des conduites hxes sous pression, munies de pommes d'arrosoir (Salford, Birmingham), d'où l'eau s'échappe en gerbes et retombe en pluie sur des lits de forme quelconque.
En France, des expériences à petite échelle ont été instituées dès 1900, par le service des eaux et de l'assainissement de Paris, à Gennevilliers ; en 1904, M. le D^' Galmette a reproduit, dans une installation d'essai très soignée, à la Madeleine-lès-Lille, les dispositifs adoptés à Manchester, afin d^en vulgariser la connaissance et d'en provoquer l'utilisation ; déjà plus d'une localité, plus d'un grand établissement, sont entrés dans la voie nouvelle, et mettent en œuvre l'épuration biologique ; tout récemment enfin (1905) le département de la Seine, après un voyage d'étude de la commission spéciale en Angleterre, a décidé une expérimentation en grand et simultanée des lits de contact et des lits à percolation, en vue d'une application prochaine à l'épuration des eaux d'égout, pour lesquelles les terrains favorables font défaut.
RésuUats cobib parés. — Aucun procédé de traitement artificiel, quel qu'il soit, n'a jusqu'ici procuré l'épuration complète des eaux d'égout, telle qu'onl'obtient par l'utilisation du sol perméable : tous donnent une clarification plus ou moins étendue, quelques-uns une sérieuse épuration partielle, les plus récents une diminution considérable de la matière organique,