PREMIÈRE PARTIE. — HYDROLOGIE
ËflTetii des eaox courantes. — La très lente progression des glaciers ne produit habituellement d'autre effet que la formation de moraines latérales et frontale, et il n'y aurait pas à en faire mention ici, si Ton ne constatait quelquefois des fusions subites, provoquées par des chaleurs intenses ou prolongées, qui ont pour conséquence le déplacement de grandes masses capables de déterminer sur leur passage de véritables catastrophes : c'est un phénomène de ce genre qui s'est produit en 1894 au glacier de TAltels, près de la Gemmi, où une masse énorme de glace, se détachant tout à coup, est descendue dans la vallée, emportant li'oupcaux et bergers^ pour remonter par la vitesse acquise sur le versant opposé et franchir encore un faîte secondaire. C'est l'écoulement subit d'une masse d'eau, renfermée dans une sorte de poche qui s'était formée à l'un des glaciers du Mont-Blanc, qui a détruit, en 1892, l'établissement balnéaire de Saint Gervais.
Les effets des torrents sont d'autant plus marqués que leurs crues sont plus rapides. La fonte des neiges ou les grandes pluies donnent lieu en général à des crues graduelles, qui déterminent une augmentation progressive du débit, avec entraînement de matériaux de plus en plus gros ; mais certains orages provoquent des crues subites, dont les conséquences sont particulièrement redoutables. Elles débutent souvent par un courant d'air violent, s'échappant tout à coup du goulot, et suivi bientôt d'une trombe d'eau ou d'une boue noirâtre et épaisse, qui coule à la manière de la lave des volcans et avec une vilesse énorme, comparable parfois à celle du vent soufflant en tempête : le courant de lave^ s'il rencontre un obstacle, un amas de blocs par exemple, le renverse ou le surmonte, prenant un profil convexe en amont et concave en aval ; après la lave, l'eau survient toujours en abondance, se précipitant avec une vilesse plus grande encore et roulant avec bruit, par dessus la lave, même des amas de blocs et de galets.
Surell, Demontzey, donnent des descriptions frappantes de ces crues terribles, qui durent fort peu, quelques heures à peine, parfois moins d'une heure, et n'en causent pas moins des ravages épouvantables^ détruisant les cultures, arrachant les arbres, em-
CHAPITRR V. -
EFFETS PRODUITS PAR LES EAUX
portant les porils... Arrivé au cône de déjection, le courant de boue et d'eau lend à divaguer ; il se jette au hasard d'un côté ou de l'autre, s^étalant d'autant plus que le terrain envahi est plus plat,
menaçant les villages voisins, coupant les voies de communication, barrant parfois les cours d'eau et provoquant par suite des inondations dans le haut de la vallée principale. Quelquefois ce phénomène se produit après une très longue période de repos du torrent; il est alors d'autant plus redoutable que les habitants du pays, se fiant à la sécurité relative dont ils jouissent, n'hésitent pas à construire des fermes, des villages^ à créer des cultures sur le cône de déjection lui-même, de part et d'autre du lit d'écoulement qui paraît fixé ; un jour, le torrent déborde et porte dans une campagne riche et fertile la désolation et la mort. Deux torrents tributaires de la Romanche, et qui débouchent vis-à-vis l'un de l'autre, l'Infernet et le Yaudaine^ donnant simultanément en 1191, ont barré la vallée et déterminé la formation d'un lac, qui a subsisté pendant 28 ans : brusquement, en 1219, la digue s'est ouverte, le lac s'est vidé, causant une inondation terrible, oi^i plusieurs milliers de personnes ont trouvé la mort, et dont les villes de Vizille et de Grenoble, en partie détruites à cette époque, ont conservé longtemps le souvenir. Les matériaux charriés par le torrent proviennent en partie de l'afFouillement du lit ou aff oïdllement longitudinal, en partie de Téboulement des berges ou affouillenient latéral^ qui en est la conséquence ; ils proviennent aussi, dans une certaine proportion, de la désagrégation résul-