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CHAPITRE V. — EFFETS PRODUITS PAR LES EAUX

de Teau, croissent dans l'épaisseur de la tranche d'eau et n'émergent à la surface que pour fleurir ; dans cette catégorie rentrent les roseaux, les presles, les joncs^ les nymphéacées (nénuphar), etc., etc., dont les tiges entrelacées ou les masses compactes forment parfois d'importants barrages sur toute la hauteur du lit ; les secondes s'étalent à la surface et laissent pendre dans l'eau des racines filiformes n'atteignant pas le fond, telles les algues (conferve, liane des eaux), les naïades (lentille d'eau), les crucifères (cresson), dont les amas forment des barrages superficiels arrêtant au passage les corps flottants. Ces barrages temporaires, formant obstruction partielle, provoquent des dépôts de vase, qui exhaussent le fond et déterminent des inondations en amont.

Quand le mouvement est plus accentué, on observe des tourbillons^ au voisinage de tous les obstacles auxquels les filets d'eau viennent se heurter. Ceux d'entre eux qui rencontrent un de ces obstacles prennent immédiatement un mouvement de rotation autour d'un axe vertical, en formant un remous circulaire, creux vers le centre, dans lequel les vitesses de rotation sont variables^ plus accen- (3^/ tuées d'une part que de l'autre, parce qu'elles se composent avec la vitesse

de translation de la masse. Tout changement brusque de direction détermine aussi la formation de tourbillons. Le même phénomène se produit quand deux courants se rencontrent, et pendant longtemps leurs eaux ne se mélangent point : tel est le cas du Rhône à Villeneuve, à son débouché dans le lac Léman, de la Seine et de la Marne au confluent, si bien que les eaux jaunâtres de la Marne en temps de crue restent parfois distinctes des eaux vertes de la Seine

jusqu'au coude du Champ-de-Mars. Par suite des différences de vitesse résultant des tourbillons, les matières en suspension dans l'eau tendent à se déposer : c'est ainsi qu'à la rencontre de

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deux cours d'eau R et R' on voit des dépôts se former en C

et C, que dans les coudes prononcés des rivières, le courant se portant vers la rive concave, des remous allong"és se produisent du côté opposé provoquant des dépôts vers la rive convexe. Par contre, il y a tendance à la „ production affoiiillements, quand l'obstacle surgit brusquement au milieu d'un courant rapide qui vient s'y briser. On observe l'un et Tautre eiïet auprès des piles de ponl^ qui déterminent des aiïouillements à l'amont et sur les côtés et des dépôts à l'aval : Alfred Dnrand-Claye les a reproduits artificiellement, en plaçant des solides de formes diverses dans un canal d'expérience, dont il recouvrait le fond d^une couche de sable fin.

Plus marqués dans les cours d'eau torrentiels^ ces effets y déterminent généralement la corrosion des berges^ l'entraînement de masses considérables de matériaux, puis la formation de dépôts de gravier et de sable^ de sorte qu'on y distingue une zone d'afTouillemenl, analogue au bassin de réception des torrents, une zone d'atterrissement, qui en rappelle le cône de déjection^ et une zone intermédiaire, où les matériaux se déplacent ou s'arrêtent alternativement : c'est le cas de la Durance. Dans les cours d'eau mixtes^ comme la Loire, la Garonne, on ne rencontre que les deux dernières zones : les parties hautes des bassins ne fournissent guère de matériaux, et c'est la corrosion des rives, dans la partie moyenne, qui alimente les bancs mobiles de gravier et de sable ; le Rhône, en France, reçoit de ses affluents torrentiels la majeure partie des matériaux qu'il charrie. On a calculé que :

La Durance roule 11.000.000 de mètres cubes par an de matériaux meubles

Le Var — 11.000.000 —

La Loire — 6.000.000 —

La Garonne — 5.700.000 —

Le Rhône — 21.000.000 —

La Seine — 195.000 seulement ;

et par contre :

Le Pô — 40.000.000 —

Le Nil — 95.000.000 —

Le Mississipi — 660.000.000 —

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