CHAPITRE V
— EFFETS PRODUITS PAR LES EAUX
De pareils transports de matières supposent la destruction continue de vastes étendues de terrain, qui se reforment, il est vrai, partiellement par des dépôts, dans d'autres parties de chaque vallée. Les terres corrodées fournissent des matériaux de grosseur diverse et de forme irrégulière, qui, s'usant et s'arrondissant par le frottement, subissent une transformation progressive et prennent l'aspect de galets, de graviers roulés, puis de sable, d'abord grossier, ensuite plus fin, tandis que les particules argileuses demeurent en suspension et sont rapidement entraînées au loin. Quand une crue survient, le sable est tout d'abord mis seul en mouvement; les gros graviers apparaissent alors à la surface des bancs, et une observation superficielle pour rait laisser croire qu'ils y ont été amenés de la sorte, tandis que les stries qui les marquent attestent au contraire le passage des sables et Tusure qui en résulte : si la vitesse augmente suffisamment, ils se mettent en marche à leur tour. Lorsque le courant se ralentit, les dépôts ne tardent pas à se produire et naturellement en sens inverse ; les graviers s'arrêtent d'abord, puis les sables. C'est ainsi du moins que les choses se passent dans les cours d'eau non torrentiels : dans le cas contraire, les crues sont tellement subites d'ordinaire que tout s'ébranle à la fois.
L'usure progressive des matériaux en mouvement les transforme peu à peu : les graviers deviennent de plus en plus petits, et donnent lieu à des sables, qui se mettent eux-mêmes en poussière de plus en plus fine et finissent par constituer des vases, comme celles recueillies à Tembouchure de la Loire et que l'analyse de Delesse a montrées presque entièrement composées de quartz à l'état de particules impalpables. Les dépôts constitués par ces matériaux reforment sur certains points des terres nouvelles, d'où résulte une compensation partielle entre les effets de destruction d'une part et d'atterrissement de l'autre ; mais il y a toujours un certain volume de matériaux définitivement enlevés aux berges, qui diminue d'ailleurs sur le parcours par suite des extractions que font les riverains pour les besoins de la construction ou pour d'autres usages ; ceux qui atteignent la partie maritime des fleuves y constituent des havres^ quand il s'agit de mers à marée, c'est-à-dire des bancs fixes ou mobiles qui causent