‹ Hydraulique agricole et urbaineChapitre 66 sur 415 · PREMIÈRE PARTIE. — HYDROLOGIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — HYDROLOGIE

habituellement des gênes considérables à la navigation, comme à l'entrée de l'Adour par exemple, et sur les bords des mers sans marée des deltas^ qui vont en progressant sans cesse, rappelant l'épanouissement des cônes de déjection des torrents^ et à travers lesquels les eaux divaguent et se tracent plusieurs lits en patte d'oie : le delta du Nil est célèbre ; celui du Rhône, à son débouché dans la Méditerranée, progresse de 50 mètres environ chaque année; le même fleuve, dans la partie supérieure de son cours, forme aussi un delta à son entrée dans le lac Léman. Seuls, les limons^ composés de particules plus ténues^ vont se déposer plus loin encore, et, rejetés par la mer, forment, sur les rivages voisins des estuaires, des alluvions, parfois utilisées comme la tangue sur la côte du Cotentin, à cause de leurs propriétés fertilisantes.

Un des effets les plus redoutables des eaux courantes résulte des crues exceptionnelles, que le lit majeur lui-même ne peut contenir et qui déterminent le débordement des eaux sur les terrains des rives. Si elles sont lentes, les inondations ^^nv^ni être un bienfait, soit qu'elles apportent avec elles un limon fertilisant, comme il arrive dans la vallée du Nil, soit qu'elles constituent une sorte d'irrigation fécondante. Quand elles sont subites ou rapides, elles peuvent causer des ravages considérables : en 1856, on a évalué les pertes causées par le Rhône dans les campagnes inondées à près de 30 millions de francs, et dans le bassin de la Loire il y a eu 300 maisons détruites, 98 kilomètres de chemins de fer hors de service; en 1875, la Garonne a envahi un quartier de Toulouse, le faubourg Saint-Gyprien, et emporté deux ponts ; en 1879, la Theiss noyait la ville de Szegedin et y causait des dégâts évalués 27.500.000 francs; à Murcie, il y a quelques années, les pertes causées par une seule inondation ont atteint 80 millions de francs : il y a eu 1.800 morts, 5.000 familles sans abri, 25.000 têtes de bétail entraînées par les eaux ; en 1890, les désastres de la vallée de l'Ardèche ont été estimés à 12 millions de francs; en 1891, 600 personnes ont péri dans les inondations du centre de l'Espagne ! Les effets ordinaires des crues exceptionnelles sont, dans la partie haute des vallées, des ravinements graves, amenant la destruction de terres en culture, la rupture

Page 1