CHAPITRE VI
faux à bras, le toar de main de l'ouvrier ; deux hommes la manœuvrent, et un cheval déplace aisément le bateau qui la porte.
On procède ordinairement à la coupe des herbes en remontant le courant ; les plantes, détachées par la faux ou le faucard, s'élèvent à la surface et sont entraînées au fil de l'eau. M.Rabault recommande au contraire de travailler à la descente : il a observé que les herbes infléchies par le courant sont plus aisément attaquées du côté où les fibres sont tendues et que par suite, la résistance étant moindre, Fefîort de traction nécessaire pour la progression de sa machine est lui-même diminué.
Tout n'est pas fini après la coupe des herbes : elles pourraient s'accumuler en grandes quantités en certains points et y devenir gênantes ; on doit donc se préoccuper de les arrêter et de les enlever. A cet effet on dispose, en des points convenablement choisis, des poutrelles de retenue, munies de dents en bois de 0 m. 25 de hauteur, qui sont amarrées au moyen de cordes sur les deux rives ; de temps à autre, on
débarrasse ces poutrelles de la masse des herbes qui s'y sont accumulées.
Au moyen des appareils qui viennent d'être décrits, on parvient à se débarrasser des plantes de fond à rubans allongés qui s'élèvent vers la surface de l'eau : d'autres^ qui forment des touffes^ se coupent mal, ou se maintiennent après la coupe entre deux eaux et ne s'arrêtent pas aux poutrelles de retenue ; quant aux mousses qui tapissent le fond du lit, elles résistent à la faux, dont la lame glisse sur leurs surfaces gluantes ; et, pour les détruire, on a recours à un engin d'un autre genre, une sorte de râteau dont les figures ci-contre donnent les dispositions générales : le râteau à 30 dents, représenté par ces figures, est employé sur le canal de
m PREMIÈRE PARTIE. — HYDROLOGIE
l'Ourcq, il se compose d'un bâti en fers plais, qui porte des dénis en forme de crochets, reliées ensemble par des chaînons et mobiles dans les deux sens, de manière à se déplacer sans se briser lorsqu'elles rencontrent les inégalités ou les saillies du fond ; un bachot l'accompagne et quatre hommes s'y attellent sur chaque rive ; le râteau, appuyé sur le fond par son poids, arrache les mousses, qui s'accumulent dans l'intérieur des dénis jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place^ ce dont on est averti quand la progression de l'outil ne rencontre plus de résistance ; on le ramène alors sur l'une des rives, en s'aidant du bachot, on le relève et on recommence, après l'avoir débarrassé des herbes dont il est chargé au moyen de grifFes. Il arrive souvent que le râteau se remplit de la sorte en moins de dix minutes, de sorte qu'on fait seulement 600 mètres de canal dans une journée de dix heures.
Le prix de revient du faucardement est très variable : il dépend de la hauteur et de la résistance des herbes; l'entretien très coûteux des faux ou faucards y entre pour une part importante. On le réduit beaucoup par l'emploi des machines de grande dimension qui opèrent sur toute la largeur du lit à la fois : mais le prix de ces machines est élevé, celle de M. Rabault coûte 3.000 francs, et l'amortissement qui vient alors s'ajouter aux frais de traction et d'entretien, compense dans une certaine mesure l'économie réalisée.
Les plantes aquatiques extraites par le faucardement peuvent, il est vrai, après dessiccation à l'air, être utilisées comme engrais et employées à la fumure des terres : elles contiennent en effet 1 à 3 0/00 d'azote et parfois un peu d'acide phosphorique. Elles sont habituellement laissées à la disposition des riverains qui en reçoivent le dépôt sur leurs terres.
40. Curage. — On remédie à l'encombrement du lit des cours d'eau par la vase en procédant à l'enlèvement des dépôts qui s'y forment : cette opération porte le nom de curage.
D'ordinaire, la nécessité s'en fait sentir périodiquement sur les diverses sections des cours d'eau ; les mêmes causes en effet — entraînement de matières par les eaux de ruissellement, éboulement des berges corrodées, développement des plantes aquatiques, etc. — y renouvellent incessamment le dépôt de vases, qui, en diminuant la section d'écoulement, provoquent un relèvement du plan d'eau, rendent plus fréquents les débordements en amont, viennent gêner la culture ou même la supprimer, si la nappe souterraine, suivant le mouvement, se tient en permanence à moins de 0 m. 30 ou 0 m. 35 de la surface du sol, et ont finalement pour conséquence la formation de marécages.
Parfois ces dépôts sont dus à certaines causes accidentelles, qui disparaissent ensuite, et l'on peut avoir alors à faire des curages exceptionnels ou extraordinaires.
Sur les grands cours d'eau, navigables ou flottables, la charge de l'entretien revient à l'Etat, qui procède par \o\e de dragages à l'enlèvement des vases. Sur les petits cours d'eau^ dont le lit et les berges sont la propriété des riverains, le curage leur incombe ; il est d'ailleurs pour eux l'exercice d'un droit, celui d'assurer vers le fonds inférieur l'écoulement des eaux qui ruissellent sur leur propre fonds ; pour qu'en exerçant ce droit ils ne se nuisent pas les uns aux autres, l'Administration en réglemente et en surveille l'application^ en vertu des dispositions du chapitre III de la loi du 8 avril 1898, qui a repris et coordonné celles des lois antérieures des 12-20 août 1790 et 14 floréal an XI.
L'autorité administrative est en effet chargée de la conservation et de la police des cours d'eau, et il lui appartient d'ordonner en conséquence tous les travaux nécessaires en vue de rétablir le libre cours des eaux. C'est le préfet qui intervient d'ordinaire pour prescrire un curage destiné à prévenir des inondations, mais il statue chaque fois par un arrêté spécial au cas considéré et ne peut prendre d'arrêté général ou permanent, réglant les curages périodiques, que s'il existe des anciens règlements ou usages locaux et à la condition que les dispositions prescrites soient en conformité avec ces usages ou ces règlements : les curages ainsi ordonnés ne peuvent tendre d'ailleurs qu'au réta-