‹ Hydraulique agricoleChapitre 26 sur 92 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

8ITCATI01I HTDKOGRAPBIQOB Dl LA LOHBAEMI. — LACS BT BniÈUS DU MILANAIS.

DétaUs généraia tm la sitoatioii de la Lombardie. — Deacription tacemcte des laça et des riTières qui s'y alimentent. — > Cours d'eao prineipaax et secondaires da Milanais. — Leur destination k la f(^s agricole et indastrielle. — Lacs et ririères des autres provinces de la Loml»ardie.

C^asMératlMiM préllmiiaalr«M. — Dans Tintrodoction qui précède, j'ai indiqué soccinctemenl les avantages qoe présente , poar Tirrigation^ le voisi nage des hautes montagnes ayant la propriété de conserver des masses considérables de neiges et de

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glaces^ qui fondent régulièrement pendant Tété. Je ne reviendrai donc sur cet obje( que pour signaler les circonstances particulières qui ont fait à T Italie supérieure et surtout au Milanais une situation unique, par les avAitages naturels que ce pays retire de Ta* bondance et de la régularité des eaux.

En effet, si Ton se place sur un point assez élevé pour pouvoir saisir Tensemble de la topographie locale , depuis le faite des Alpes jusqu'au cours du Pô (1), on voit : i* une grande étendue de la région culminante, dominant cette immense plaine, occupée par des neiges perpétuelles qui lui versent chaque été leur tribut régulier ; %"" au pied des montagnes, de vastes lacs , placés là comme tout exprès pour modérer et pour épurer les eaux torrentielles, chargées d'un limon siliceux dont les dépôts , sans être utiles à Tagriculture , encombreraient promptement les canaux; 4* ensuite des rivières d'une abondance et d'une limpidité admirables, qui, à la faveur de la déclivité naturelle du sol, du nord au midi, s'y répandent avec facilité et y distribuent, dans tous les sens , le bienfait des irrigations ; ô"" enfin le Pô, ce grand colateur, qui reçoit et entraîne toutes les eaux, soit naturelles, soit dérivées, existant sur ses rives, et qui procure ainsi au sol de la Lombardie , du moins dans la partie qui nous occupe, le rare avantage d'élre constamment salubre quoique continueliement humecté. On pourrait ajouter encore que le climat de

(1) Voy. PI. I et II.

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cette GOBtréei peu méridionalô dans la zone des irri* gâtions , mais paissami&ent abritée par une chaîne de hautes m<Hitagnes , joait d'une de ces températures moyennes et régulières qui sont émmenment propices, à la santé des hommes conmie à celle des végétaux. En effet y le grand rideau des Alpes ^ au pied desquelles se trouve la Lombardie, produit sur les vents du nord, si nuisibles à la terre , le môme effet que les lacs du pays produisent sur les torrents qui viennent y amortir leur impétuosité.

Les détails sommaires qui complètent ce paragraphe achèveront de faire comprendre tout ce qu'il ; a de caractéristique dans la situation de la Lombardie , et en particulier dans celle du Milanais.

hmmu do mianaiii. — La nature aurait déjà beaucoup fait pour ce pays, en le dotant seulement des vastes rivières du Tessin et de TAdda, si remarquables par leur mode d'alimentation dans les neiges ; mais sa richesse hydrographique s*accro!t encore par Texistence des lacs, situés dans la région supérieure, parmi les dernières ondulations du grand soulèvement des Alpes.

Le principal est le lac Majeur, qui était désigné, chez les ancienSff sousie]nomde Yerbanus; il a, dans sa plus grande IcMigueur, 72 kilomètres et 5. 500 mètres de largeur moyenne; sa superficie est de plus de 380 kil. carrés, ou 38,000 hectares; son émissaire est le Tessin. Le deuxième, par ordre d'importance, est le lac de Gôme, autrefois Lerius^ qui a pour

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émiflflaire TAdda ; il a 70 kilomètres de longueur, environ 2 kiloinètres delargenr et 20.300hectares de superficie; le troisième est le lacdeLugano qui, plus encore que les précédents, offre à l'œil des contours très-irréguliers ; sa surface est d'environ le tiers de celle du lac de Côme.

En sus de ces trois principaux lacs, on distingue encore dans leur voisinage, ceux d'Orta et de Yarese, qui sont d'une grandeur moyenne, puis les petits lacs d'Annone, de Porlezza, de Sagrino, de Monate, de Corgenno, de Pusiano et d'Âlserio, qui tous sont traversés par des cours d'eau, destinés à arroser le territoire milanais.

Le. lac Majeur est élevé de 227",50, et le lac de Côme, de 21 1 ",25 au-dessus du niveau de la mer. La plupart des autres lacs secondaires de la même contrée sont à des niveaux plus élevés, et se déversent dans le premier; de sorte que leur ensemble représente, dans le haut milanais, Taccumulation d'une énorme masse d'eau, limpide et en grande partie exempte des variations funestes qui sont propres aux rivières torrentielles.

Les eaux qui descendent sur les pentes rapides d'une grande chaîne de montagnes ne sont pas toujours utilisables , soit pour l'industrie, soit pour l'économie rurale. La rapidité des pentes, les obstacles qu'elles rencontrent, les rendent impétueuses et bondissantes. Quelque résistant que soit le lit dans lequel elles roulent, en entraînant avec elles des fragments de rocher et des cailloux, il est impossible que ces

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eaax, lorsquelles arrivent à la partie modérée de leur cours, ne charrient pas , en quantité plus ou moins grande , un sédiment qui peut être utile ou nuisible à r agriculture ; mais qui est toujours dans ce dernier cas, par rapport aux canaux , à cause des dépôts quMI y forme. #

Un lac, interposé sur le cours d*un torrent, y produit d*abord Feffet d*un bassin d'épuration , de manière que les eaux en sortent généralement dépour^ vues de toute matière étrangère; il y produit surtout Teffet d'un régulateur, qui transforme les produits irréguliers des cours d'eau, à fortes pentes, en un débit successif et réglé, tel qu'il est si désirable de l'obtenir, pour tous les usages quelconques, mais plus particulièrement encore pour l'irrigation : il opère, en uu mot, sur ces eaux torrentielles, le même effet que le réservoir à air, qui donne, dans les pompes, un jeu continu en échange d'une alimentation intermittente.

Les grands lacs du Milanais, quoique rendant sous ce rapport un éminent service à la localité, sont cependant sujets , de temps en temps, à des crues violentes auxquelles participent néceMairement leurs émissaires le Tessin et l'Adda. Pour le lac Majeur, ces crues, qui ont lieu ordinairement au printemps et à l'automne, durent de six à quinze jours; leur hauteur varie de 3 à 5 mètres au-dessus des eaux moyennes; mais on cite des crues extraordinaires beaucoup plus élevées. Ainsi la tradition a gardé lo souvenir de celle qui parait avoir atteint la hauteur effrayante de 18 brasses ou de lO'^ySO, dans l'au-

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tomne de 1 1 78. En 1 705, la crue da même lac s'éleva à G'^yBô et causa de grands désastres : c'est la plus forte que Ton ait constatée depuis cette époque. Les autrfô principales crues considérables eurent lieu en 1787, 1792, 1823, 1830, 1834et1842. Lesexhaussements de niveau du lac de Ç^e ont lien aux mêmes époques et durent un peu moins longtemps ; leur hauteur ordinaire varie de 3 à 4 mètres; mais on cite moins de cas extraordinaires que sur le lac Majeur. La plus forte crue, celle de 1 705, ne s'éleva qu'à 5'",o7 au-dessus des eaux ordinaires. Les autres grandes eaux, dont la date a été conservée, atteignirent les hauteurs suivantes : 1792, 3"*, 29; 1810, 3",69;1823, 3",46jetc.

L'étendue et la rapidité des versants qui aboutissent à ces lacs sont telles que, malgré leur grande supperficie^ quelquefois leurs eaux se'gonflent d'une manière presque instantanée. C'est ainsi que le 7 sep* tembre 1 807 le lac Majeur s'éleva de 4 brasses ou de 2"',40 en vingt-quatre heures ; mais il est vrai de dire que de tels accidents sont très-rares. Les plus basses eaux des deux grands lacs ont lieu en hiver, notamment dans les mois de janvier et février. Dans des cas extraordinaires seulement, cette diminution de volume s'est prolongée au delà de l'ouverture des irrigations, qui a lieu vers l'équinoxe de mars.

Des profondeurs très-considérables sont un des signes distinctifs des laesde$ Alpes; celles qui ont été observées sur ceux du Milanais sont : pour le lac Majeur, de 800 mètres; pour le lac de Cùme^ de

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588 mètres; pour le lac de Lugano, de 161 mètres ; pour le lac de Yarese, de 79 mètres, et pour le lac de Puziano, de 50 mètres, etc. Cest sans doute à ces grandes profondeurs et peut-être à l'existence des courants, qui s'y établissent lors des crues, que l'on doit attribuer le niveau à peu près stationnaire de ces lacs, du moins pour la plupart d'entre eux, malgré les masses charriées qui, depuis leur formation, dans la dernière révolution du globe, s'y accamulent journellement. Quant aux petits lacs , il est positif que plusieurs d'entre eux éprouvent, par cette raison, des exhaussements de niveau qui tendent à envahir graduellement les propriétés voisines, devenues marécageuses. On attribue cet inconvénient aux constructions de barrages et usines, faites à la partie supérieure des émissaires des lacs; constructions qui, en rétrécissant les débouchés naturels, par lesquels les grandes eaux se dégageaient autrefois librement, font que ces eaux, au lieu de sortir, à certaines époques, chargées de matières limoneuses, coulent maintenant toujours claires, parce que le lac fonctionne complètement comme bassin d'épuration ; ce qui ne peut avoir lieu sans qu'il se remplisse peu à peu.

Il y aurait plusieurs observations intéressantes à faire sur ces mômes lacs, soit sous le rapport des vents réguliers, espèces cies vents alises, qui y régnent deux fois par jour, le matin d'aval en amont, et dans le sens contraire au ftiilieu du jour; circonstance dont le commerce sait très-bien tirer parti pour la naviga-

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tion à voile ; soit même sons le rapport des poissons particuliers, qai vivent dans leurs couches inférieures et dont l'organisation est curieuse» par cela seul qu^elle résiste à l'énorme pressiou d'une colonne d'eau de 600 à 800 mètres de hauteur.

Rivières prlncliMiles du ■llanala. — Le Tessin

prend sa source au pied des rochers du val Bedretto et dans les gorges effrayantes qui avoisinent le Saint- Gothard. A sa partie supérieure il reçoit, notamment dans le valLeventina, une multitude de cascades. Il a» sur la rive droite, trois affluents principaux qui sont la Moësa et les torrents des vais de Blegno et de Morobbia ; de sorte qu'à son entrée dans le lac, à MaggadinOy il offre déjà un volume d'eau considé* rable. Néanmoins, et c'est le fait essentiel que je veux signaler ici, il n'y a nul rapport entre les deux états de ce cours d'eau, considéré comme affluent ou comme émissaire du lac Majeur, c'est-à-dire entre le Tessin, médiocre torrent des Alpes, et le Tessin vaste rivière du Milanais. La chose est facile à concevoir lorsqu'on jette seulement les yeux sur la carte du lac Majeur, qui reçoit, par d'autres affluents directs, plus de deux fois autant d'eau que ne lui en apporte le Tessin. En effet, indépendamment d'une multitude de petits ruisseaux et d'eaux de source qui tombent et découlent des pentes escarpées, existant principalement sur la rive gauche de ce lac, indépendamment des eaux abondantes des torréhts des vallons de Yerzasca, de Falmenta et d'intra, Il reçoit encore

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comme affluents directs : à droite, les rivières torrentielles de la Maggia et de la Toccia, plus Témissaire du lac d'Orta ; à gauche, les rivières de Tresa et de Bardelio, émissaires des lacs considérables de Lugano et de Yarese ; outre les eaux des lacs moins importants de Monate, de Comabio, etc.

La formation granitique étant celle qui est dominante dans cette partie des Alpes, le Tessin, ainsi que les autres affluents du lac Majeur, lui versent ordinairement des eaux claires, quoique chargées néanmoins d'un sable très-fin qui, malgré cette épuration, s*accumule encore assez rapidement dans les canaux du Milanais. Mais le fait le plus remarquable à signaler ici, sur ces affluents, qui sont par le fait ceux du Tessin lui-même, c*est la proportion vraiment étonnante suivant laquelle cette masse d'eau, si admirablement disposée pour le Milanais, puise son alimentation régulière dans les neiges et les glaces des Alpes. Si l'on jette les yeux sur le vaste bassin au centre duquel se trouve le lac Majeur, on y voit d'abord le Tessin, dont la partie eupérieure s'alimente directement déjà dans les glaciers du Gries, du Mut- Hom et du Saint-Gothard, et dont tout le cours supérieur traverse une région où Thiver ne dure guère moins de huit mois, puiser encore, par son affluent du val de Blegno, dans la masse inépuisable des vallées de neige voisines des sept sources du Rhin, depuis la cime des Luckmaniers jusqu'à celle du Plattenberg; tandis que, par son affluent considérable de la Moësa, il met aussi à contribution les grands gla-

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ciers des moDls Adula, dont les masses formidables dominent les routes nouvelles du Bernardin et du Splûgen.

Si, du Tessin, ou passe à Texamen des autres affluents directs du même lac, on voit la Maggia qui s'y jette à sa partie supérieure, près de Locarno, s'alimenter aussi dans de hautes vallées qui conservent leurs neiges. On voit surtout la Toccia, d'une part , puiser , par ses affluents de la rive droite, dans les glaciers du Simplon, et, de l'autre, étendre, dans le val d'Anzasca, un rameau de 40 kilomètres qui vient, aux frontières du Valais, s'épanouir dans l'énorme masse des neiges du mont Rosa»

Telles sont les circonstances auxquelles le Tessin inférieur, à sa sortie du lac, est redevable des rares avantages qu'il offre à l'irrigation de la vaste plaine située entre Milan et Novare. Dans le trajet de plus de 1 80 kilomètres qu'il parcourt, depuis sa sortie du lac, à Sesto-Caleude, jusqu'à son embouchure dans le Pô, un peu au-dessous des murs de Pavie, il ne reçoit plus d'affluents, ni à droite ni à gauche; mais assez riche pour donner beaucoup sans rien recevoir, il subvient, dans ce trajet, par ses seules ressources, du côté de la Lombardie, à l'alimentation considérable du naviglio Grande, et du côté du Piémont, à celle des deux canaux Langosco et Sforzesca, qui arrosent la partie orientale du Novarais.

Le Tessin distribue régulièrement, à cesdivers canaux euviron 8i mètres cubes par seconde( I ), et comme sou

A) 3.000 onces milanaii^cs.

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