‹ Hydraulique agricoleChapitre 28 sur 92 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Otiaim Wt PAOGlftg DIS ntlflATIONS DAN8 LA LOBBAIDII.

ATiBtâgftt Batorelf an mI et da climat lecondés (MV an traTail pêrséréniit. — Situation ancienne et nouTelle dn Milanais. » Entreprises dont l'origine remonte an moyen âge. — Premiers tnTanx snr TOlone et la Vettalera. — Canaux ouTerts dn xiii* an xr siècle. — Lois snccessîTes généralement faTorables an déToloppement des grands arrosages. — Progrès rapides de la richesse publique, dans ses diverses branches^ dus à cette cause principale.

En indiquant, dans le paragraphe qui précède, les conditions physiques auxquelles le Milanais est en grande partie redevable de sa prospérité actuelle, je n'ai pas prétendu induire de là que ses habitants avaient trouvé cette situation toute faite, et que la Providence s*était montrée tellement généreuse envers eux qu'elle ne leur avait rien laissé à faire. On doit reconnaître, an contraire, que le travail et l'industrie humaine ont en la plus grande part dans la réalisation des avantages dont il 8*agit. On verra en effet, par les détails historiques qui font partie de la description des grands canaux de ce pays, que de peines et de persévérance il a fallu, pendant plusieurs siècles consécutifs, pour amener les choses au point où elles sont aujourd'hui.

Le Milanais, entouré de toutes parts, et dominé, comme il Test, par des eaux d^une abondance extra-

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ordinaire, ne ponvait pas se trouver, sons ce rapport, dans une situation médiocre; il fallait qoMl triomphât de ces eanx, on quMl fût anéanti par elles. Il fallait qn'il optât entre ces deux situations : être une des contrées les plus florissantes do monde, ou bien Tune des Plus insalubres et des plus misérables. On sait dans quel sens le problème a été résolu.

Qu*on ne croie pas qu'il y a de l'exagération dans cette manière de voir, elle est justifiée par des faits incontestables; elle est, d'ailleurs, conforme à la marche ordinaire des choses. Il en est de cela comme d'une terre fertile, qui s'épuise à produire des plantes inutiles et nuisibles, si Ton a négligé d'ouvrir son sein pour lui confier quelque bonne semence. Il en est de même encore de l'intelligence humaine qui, à son de* gré le plus éminent, ne peut avoir qu'une influence funeste, une fois qu'elle est sortie de la bonne voie, faute d'un aliment utile, donné à son activité. C'est la pensée que les anciens avaient traduite par cet axiome très-juste : corruptio opiimi pessima.

Il n'y a pas encore bien des siècles que la fertile contrée, située en aval des trois lacs, n'offrait à l'œil attristé qu'un marais, entrecoupé de quelques landes arides. Ici, plus encore que sur l'antre rive duTessin, des plantes aquatiques et de tristes bruyères furent longtemps les seuls produits d'une végétation inutile. Aujourd'hui, quelle différence I Mais, on ne saurait trop le dire, il a fallu les efforts de plusieurs siècles, il a fallu des prodiges de travail et de patience pour compléter ce triomphe de l'homme sur la nature, et

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pour créer, dans les campagnes du Milanais, la richesse étonnante dont elles jouissent aujourd'hui.

Lorsque les Romains s'emparèrent de la ville et du territoire de Milan, cette cité gauloise, fondée, 385 ans avant J.-C, par les peuples de la Cisalpine, était devenue la capitale des Insubriens. Éclipsée quelque temps par Mantoue et Modène, elle redevint bientôt la première, par sa population et par les embellissements qui y furent exécutés); surtout quand, au ni'' siècle, Tempereur Maximilien la choisit pour sa résidence. Sous les rois Lombards, Pavie et même Monza furent aussi, pour quelque temps, en concurrence avec elle; mais à la destruction de cet empire, par Charlemagne, Milan reprit, et conserva toujours le premier rang, parmi les villes de l'Italie septentrionale.

Les Romains y ont laissé de nombreux vestiges des ouvrages hydrauliques qu'ils y avaient fondés. Ils consistaient principalement en des aqueducs souterrains , destinés a assurer la propreté et l'assainissement des rues de la ville, par le moyen des eaux des rivières secondaires du haut Milanais qui, dès cette époque, y étaient déjà dérivées.

Pendant les quatre ou cinq premiers siècles du moyen âge, les invasions réitérées de l'Italie par les peuples du Nord, qui avaient hâte d'en finir avec les restes de la civilisation romaine, amenèrent la des* truction totale ou partiale de œs ouvrages, destinés à la conduite des eaux; celles-ci devinrent stagnantes, et transformèrent en marécages les abords de Milan ;

OllGOnt BT PlOfiltS DBS IBBIGÀTIOHS. 123

de sorte qne les populations dorent déserter, alors, un séjour infecté par le mauvais air.

Cependant tous les peuples qui conjurèrent la ruine de Fempire romain ne méritaient pas indistinctement le nom de barbares; les Wisigotbs et d'autres encore, qui furent ses premiers assaillants , étaient amis de Tagriculture et des lois qui la protègent. Il est donc probable qne la belle position du Milanais ne fut pas longtemps dédaignée de ces nouveaux conquérants; et qu'il y eut des ouvrages faits pour en tirer parti. Mais, d'un autre c6té, à ces époques de troubles et de violences, dont Tbistoire est ensevelie dans une obscurité profonde, n'est-il pas probable aussi que la décadence générale dut atteindre Tagriculture, et à plus forte raison ses perfectionnements?

Jusqu'au milieu du xu* siècle, TOlone, le Seveso, le Nirone, rivières de second ordre, qui ont leur source dans le haut Milanais, continuèrent de couler hors de la ville , en baignant seulement le pied de ses antiques murailles , bâties par l'empereur Maximien. En 41 5S, lorsqu'elle fut réédifiée, sur un plan plus vaste, cette ceinture d'eau se trouva renfermée dans sa nouvelle enceinte et devint le canal intérieur , qui reçut plus tard des perfectionnements successifs.

En 1 1 76, les peuples du Milanais, ayant remporté sur l'empereur Frédéric Barberousse, la vict(Hre mémorable et définitive qui donna lieu à la paix de Constance, signée le S& juin 1183, leur intelligente activité , qui avait été jusqu'alors absorbée dans la guerre, se tourna vers les améliorations in té-

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rieores; les ouvrages hydrauliques, ayant pour objet Tassainissement de la ville et du territoire de Milan, furent mis en première ligne. Les anciens aqueducs existant sous les rues, furent déblayés et réparés; ou reconstruits , de manière à donner un libre passage aux eaux qu'ils recevaient autrefois. On en dériva de nouvelles de TOlone, du Seveso, dn Nirone. Outre le nettoiement des égouts, elles servirent encore à des fontaines , ainsi qu'à divers établissements publics, tels que les hôpitaux, les boucheries, etc.

Jusqu'ici, il n'y a rien encore qui soit relatif à l'irrigation , mais nous allons voir cette belle industrie renaître an pied des murs de Milan, et de là, se propager rapidement dans les provinces voisines.

Dès cette môme époque du milieu du xii* siècle, les eaux du canal intérieur, alimentées, 'soit par les dérivations directes de l'Olone, dn Seveso, du Nirone, soit par les égouts de la ville, avait déjà pour émissaire le canal secondaire, dit de la Vettabiaj autrefois Veterabia; qui, partant de la partie inférieure, ou du midi de la ville, coule du nord au sud vers la province de Pavie. A quelques kilomètres de distance, la pente naturelle du terrain permet de répandre sur les terres, ces eaux chargées de principes fertilisants; cependant il fallait quelques travaux pour les y amener.

Les plus anciennes traditions locales établissent que les premiers propriétairea auxquels le pays est redevable de cet utile emploi des eaux, furent les religieux de la ci-devant abbaye de Chiarcmalle (Clairval

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OU Clairvaux), située à une petite dislaoce aa sod de Milan, et gui, peu de temps auparavant, venait d^étre Foodée par saint Bernard (1).

Les résultats surprenants que produisit , tout d'abord, remploi des eanx si riches de la Vettabia, a inspiré aux habitants de Milan la confiance nécessaire pour tenter l'entreprise du grand canal du T^sin, qni lui-même remonte à la fia du xii* siècle.

(1) D4D3 le conn de mes racherebes aoi ce mjet imporUnI, le dm illiutre MiDt, qui eut la Boorgagae pour berceau, nuia le Du>ade eoi lëinoiD de l'infloence qu'il eieri^ «nr wn «îtcle, Tint eieiler dwd *I plot vJTemenl encore que ne l'iTtit fkil celui d'un autre Françsii i que peu de tempe tupariTanl, je Tenaii de recannallre comme le i d'nn dei priadpiax canaoi du Pitmonti j'acqui* bientôt la certiti celta abbaye de Clairval, pris Hilan, B'ilait qu'un des oambraui établiiwementa, du Bime nom, que 1« fondateur de l'ordre de Clteaoi laiua sur son puHge, dan* la plupart dea Ëtale d'Europe. C'est mtme cotte circonstance qui a donné lieu an jea de mol* conitilnaat cette èpiiaphe bizarre et hiae

Clina Nuil TillM, tad diii* iiUibni (bbu

Clihoi bit cltrum DOBun in orbe dadil.

Glanu iTii, otuiu aarilit <t du» hMurt,

Glinu et ligenio, lallgione migii.

Hon ni clan, dnii eltru elunatqiH Mpalcna.

Clariot enUU ijdrltai anta Dtam.

L'irTigation est un larrice tellement ligualé, rendu à l'Italie eeptealrionale,qa'il était d'un Irritable intirlt de mettre bien en lumitre tout ce qal concerne les hammee à qui elle en est redeiable.

Noa plua eilèbrea économielea modemee se loul empreaséi de racoenallre qu'au point de lue de la production agricole, les asiocialiona religieuiea , du nio)eD Ige, avaient rendu d'important) serticea, à cea époques de diaordrc, où la cÎTJliïaliOD antique étant détraite, la ciTilisalion moderne ne l'atail pas encore remplacée. Ce mérite appartint lurtoal au diaeiples de saint Bernard, qui, lonl en cuIliTant de lean mains lei terres delà cDmmnnaulé, avaient voué leur inlelligeoce 1 la recbercbo des plut hautes Térilés des fdencea et de la morale.

1 26 LOHBARDIS.

Les 1111% XIV* et xv* siècles virent ouvrir les grandes dérivations de TAdda ; et le canal de la Martesana, en réunissant, dans les murs mêmes de Milan , les eaux de cette rivière à celles du Tessin, vint compléter la belle position de cette citée florissante. Dans sa première origine, elle n*était située au bord d'aucun cours d^eau ; de sorte que plusieurs historiens ont reproché à ses fondateurs d'avoir manqué de prévoyance; aujourd'hui, la situation de cette capitale est préférable à celle de la plupart des villes, qui sOnt bâties au bord d'un fleuve; car elle profite, sous tous les rapports possibles, du bienfait des eaux, sans eu avoir les inconvénients.

Depuis lors, l'irrigation fut toujours prospère dans les campagnes de la Lombardie, qu'elle enrichit de jour en jour. Les divers gouvernements qui se succédèrent dans ce pays, furent constamment animés du zèle le plus grand pour les progrès de cette puissante amélioration. Le gouvernement espagnol, qui, sous d^autres rapports, n'a pas laissé, aux xvi* et xvn* siècles , de bien bons souvenirs en Italie, fut néanmoins extrêmement favorable à l'extension des arrosages; ce qui s'explique facilement; puisque les travaux desMaureâ en avaient déjà réalisé les avantages, sur le sol de l'Espagne.

A cette époque on sentait déjà, dans toute l'Italie, moins le besoin de créer des irrigations nouvelles que celui de régler les irrigations existantes. Aussi, à partir de la seconde moitié du xvi'' siècle, les plus grands efforts furent faits pour arriver à la connais-

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sance des modules ^ ou régulateurs; qui sont la sauvegarde des irrigations, contre des abus sans nombre. Le plus remarquable de ces appareils fut le fruit précoce des pruniers pas de la renaissance (1 ).

Dans la seconde moitié du xviii'' siècle, les règnes remarquables de Marie-Thérèse et de Joseph II produisirent, en améliorations au profit de Tagriculture et de ses perfectionnements, tout ce que Ton devait en attendre.

Pendant la période du premier empire, les institua tions spéciales, coordonnées avec la prospérité agricole de la Lombardie, furent ratourées d'une haute protection, dans le royaume d'Italie ; et de nombreux décrets du prince Eugène, restés toujours en vigueur, confirmèrent ceux des anciens règlements qui avaient la sanction de l'expérience ; mais posèrent les bases d'uneexcellenle administration des canaux d'arrosage.

Enfin , durant les quarante-quatre années que le gouvernement autrichien a possédé, en dernier lieu, ces mêmes provinces, il s'est lui-même efforcé de stimuler le plus possible le développement de cette source féconde de richesses; tout en maintenant Timpôt foncier sur des bases justes et modérées.

Cet ensemble de circonstances favorables ne pouvait manquer d'amener, peu à peu, la Lombardie au plus haut degré de la richesse territoriale. Mais, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, c^est surtout aux rares avantages naturels dont a été pourvu ce

(i) Voir plos loîD^ la description do modale milanai)?.

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pays privilégié ^ au point de vue topographique et hydrographique, que doit être attribuée la principale cause de cette prospérité exceptionnelle.

J'indique, avec intention , ces deux causes réunies, parce que Tune et Tautre ont incontestablement concouru à Tobtention des magnifiques résultats que Ton chercherait inutilement à réaliser^ dans des situations moins privilégiées.

En effet, si les puissantes masses d*eau qui vivi* fient si largement Tagricullure de cette contrée y coulaient sous de faibles pentes, comme le Pô qui circule dans la plaine, elles n*y seraient plus que d'un intérêt secondaire, ne pouvant plus fournir utilement de grandes dérivations.

La plaine et la montagne, en se vivifiant Tune par Tautre, ont doue surtout contribué à assurer le succès des grandes irrigations, qui sont la principale base de la prospérité exceptionnelle de la Lombardie (1).

(4) Voir aux ootef bibliographiques les citations extraites des Notizie sulla Lombardia, dans le^quelloé dintèressants détails sont donnés sur ce même sujet.

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