‹ Hydraulique agricoleChapitre 46 sur 92 · CANAL DE LA UABTESANA · texte numérisé non relu

CANAL DE LA UABTESANA

das sar le pays étaient déjà très-marqués, et les populations voisines avaient vu croître rapidement leur richesse et leur bien-être. Il restait cependant encore quelque chose à désirer, et Ton sentait vivement le besoin d'une augmentation notable, dans la quantité d'eau dérivée de TAdda ; car elle n'était alors que d'environ 20"'%328 (484 onces).

Non-seulement tous les terrains , convenablement situés, ne pouvaient point avoir part à l'irrigation; mais , souvent encore la navigation , devenue si importante» depuis la jonction des deux rivières dans les murs de Milan, se trouvait retardée ou interrom* pue, par suite de l'insuffisance des eaux. Dans ce cas, pour assurer le passage des bateaux, l'administration était obligée de requérir, d'office , la fermeture des bouches, voisines des points où la pénurie se faisait sentir. Cette mesure, qui n'était pas tout à fait exempte d'arbitraire, donnait lieu aux plus vives réclamations, de la part des usagers des eaux d'irrigation; attendu que ce cas n'était pas prévu dans leurs concessions. Il fut donc décidé, en 1 S72, qu'une quantité supplémentaire de 100 onces d'eau (4",200) serait introduite dans le canal. Mais la chose n'était pas sans difficultés ; car la dérivation n'ayant point été destinée originairement à une si grande portée, il s'agissait d'exécuter, sur toute sa longueur, une augmentation de section , qui devenait très-difficile, dans la région supérieure, où son lit était déjà creusé au milieu des roches escarpées de la côte de l'Âdda. Il s'agissait de modifier, ou de reconstruire à neuf, la

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plus grande partie des oavrages d'art,' de rabir on cbAmage long et pr^ndiciable; il s* agissait enfin de subvenir à tant de dépenses, à une époque où les fi« nanoes de tous les États de T Europe se trouvaient plus où moins obérées. Néanmoins , en présence des avantages évidents de cette opération » toutes les difficultés s'aplanirent, et dans la même année où le projet venait d'être arrêté , il se présenta des entrepreneurs , pour le mettre immédiatement à exécution. On décida que le canal aurait 18 bras ou 40*, 80 de largeur à la cuvette; ce qui Tut fait partout, sans avoir égard aux difficultés du terrain.

La dépense d'exécution s'éleva à 43.5S0 livres, ou à environ 1.380.000 francs aujourd'hui; mais cette somme était minime, en comparaison des avantages qu'elle produisit immédiatement. On avait évalué par approximation à 984 litres (22 onces) ta quantité d'eau à aliéner, pour réaliser de suite les fonds nécessaires à l'exécution de l'entreprise. Or cette quantité d'eau, acquise par neuf particuliers , par bouches de 1 à 5 onces, produisit 68.775 livres , c'est4-dire 3.126 livres par once, valeur que l'eau d'irrigation n'avait pas encore atteinte jusqu'alors. Ou voit, en outre que , seulement sur la vente de ces 22 onces , formant moins du quart de l'accroissement total , et que l'on avait présumé devoir à peu près solder les travaux, il restait, toute dépense payée, 25.255 livres, qui purent se capitaliser au profit de l'État. Tout cela s'explique lorsque l'on comprend les grands avantages de l'irrigation. Mais ensuite, il s'agissait ici d'une

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entreprise sortant des circonstances ordinaires^ en ce qu'elle était, aa plus haut degré, l'objet de la faveur publique, et qu'elle excitait le patriotisme des hommes de toutes les conditions. De sorie que la conception de l'entreprise , le payement de l'eau , vendue d'à* vance , l'exécution des ouvrages et le concours des populations, tout cela eut lieu d'enthousiasme. Voici la narration intéressante que fait à ce sujet l'historien Settala(l):

« Trois cents maîtres maçons attaquèrent simultanément les roches de la côte, sur 20 à 30 bras (1 2 à 48 mètres) de hauteur, et sur une très-grande longueur. Dans le même temps une multitude de manœavres , travaillant au déblai des terres , les char* geaient dans des barques et bateaux , qui allaient promptement se vider dans l'Adda» D'autres s'occupaient à faire entraîner ces déblais par les eaux dans la crainte qu'ils n'en arrêtassent le cours. Sur la longueur de 8 à 9 milles (1.500 mètres), où le canal était mis à sec , les ouvriers étaient tellement nombreux, et se livraient avec tant d'ardeur à creuser le sol, à tailler la pierre, à poser des fondations, à élever des maçonneries, etc., qu'on eût cru voir une masse d'industrieuses abeilles occupées à recueillir leur miel. Les travaux se poursuivaient sans aucune in^ terruption, dans la crainte des mauvais temps, de sorte que, pendant la nuit, toute la côte était illuminée par les étincelles qui jaillissaient continuellement

(1) StrTALA, Hilai, dêi. nao. Martetana; p. 90.

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des rocherBy sous l'acier des outils. Les magistrats de Milan venaieut en corps visiter les ateliers, afin d'encourager les travailleurs. C'est ainsi que , dans le délai prescrit, l'entreprise fut heureusement ter* minée, et reçue solennellement par le gouverneur en personne. »

L'avantage immédiat réalisé par cette belle opération fut, comme on l'avait désiré^ l'introduction nouvelle de 1 00 onces d'eau dans le canal ; 22 étaient à la vérité déjà aliénées à perpétuité , mais à un prix très-élevé ; et les 88 onces restant disponibles étaient plus que suffisantes pour assurer en tout temps le service de la navigation, sans avoir désormais à imposer de fâcheuses restrictions aux arrosages. Les bateaux qui, jusqu'alors , n'avaient pu porter que 75 quintaux, furent mis aussitôt en état d'en recevoir 450. Le droit perçu au passage des écluses s'améliora, pour le gouvernement, à peu près dans la même proportion, sans que cela fit aucun tort au commerce. Le nombre des moulins et usines fut aussi beaucoup augmenté. C'est donc réellenvent de cette époque que date la grande prospérité du canal de la Martesana.

Un des premiers usages que l'administration fit du nouveau volume d'eau dont il venait d'être doté, fut de restituer, pour le nettoiement des égouts delà ville de Milan, les 504 litres (42 onces) dont ils avaient été indûment privés, depuis plusieurs années, par le détournement du Nirone, dans l'intérêt de la citadélie. On avait bien objecté alors, contre cette fâ-

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